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Full text of "Le paganisme contemporain chez les peuples celto-latins"

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ENCYCLOPEDIE     SCIENTIFIQUE 

PUBLIÉE  SOUS  LA  DIRECTION 

du  D^  Toulouse,  Directeur  de  Laboratoire  à  l'École  des  Hautes-Etudes. 
Secrétaire  général  :   H.  PiÉRON,  Agrégé  de  l'Université. 


BIBLIOTHÈQUE  D'ANTHROPOLOGIE 

Directeur  :  D-^  G.  Papillault 

Professeur  à  l'École   d'Anthropologie  de  Paris, 
Directeur  adjoint  du  Laboratoire  d'Anthropologie  à  l'École  des  Hautes-Études. 


LE  PAGANISME  CONTEMPORAIN 

CHEZ  LES  PEUPLES  CELTO-LATINS 


PRINCIPAUX  OUVRAGES  DU  lYlÈME  AUTEUR 


Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne;  Coules  des  j^aysans 
et  des  pécheurs  ;  Contes  des  marins.  (Bihliotlièque  Cliarpentier).  ' 
3  iu-18.  Chaque  volume 3  50 

Contes  des   Landes   et   des   Grèves.    Rennes,  H.  Caillièie, 

petit  in-S" 5    » 

Contes  de  terre  et  de  mer.  Charpentier,  in-8°  illustré  (épuisé). 

Littérature    orale    de    la   Haute -Bretagne.    Maisonneuve, 

in-12    elzévir 5     » 

Traditions  et  superstitions  de  la  Haute-Bretagne.  Maison- 
neuve,  2  in-12  elzévlr 10     » 

Coutumes  populaires  de  la  Haute-Bretagne.  Maisonneuve, 
in-12    elzévir 5 

Petite  légende  dorée  de  la  Haute-Bretagne.  Nantes.  (Collec- 
tion  des  Bibliophiles  bretons),    in-18  illustré 5    » 

Légendes  locales  de  la  Haute-Bretagne,  t.  I.  Le  Monde 
physique  ;  t.  II.  Le  ])euple  rt  Thistuire.  (Collection  des 
Bibliophiles  bretons),  2  in-18 7    » 


Gargantua  dans  les  traditions  populaires.  Maisonneuve. 

in-12  elzévir   ....  : 5    » 

Le  Blason  populaire  de  la  France  (en  eollaburation  avec- 
Henri  Gaiduz).  L.  Cerf,  in-18 3  50 

Contes  des  provinces   de  France.  L.  Cerf,  in-18 3  50 

Littérature  orale  de  l'Auvergne.  Maisonneuve,  in-12  elzévir.      5    » 
Légendes,  croyances  et  superstitions  de  la  Mer.  (Biblio- 
thèque Charpentier).   2   in-18 7     » 

Le  Folk-Lore  des  pécheurs.  iMaisonneuve,  in-12  elzévir.  .  5  » 
Les  Coquillages  de  mer.  Maisonneuve,  in-12  elzévir.  ...  3  50 
Les  Travaux  publics  et  les  Mines.  Roths^child,  in-S»,  illustré.  40  » 
Légendes   et    curiosités   des  métiers.   Flammarion.    in-8°, 

illustré 12    )) 

Le  Folk-Lore  de  France,  t.  I.  Le  Ciel  et  la  Terre  ;  t..  II.  La 
Mer  et  les  Eaux:  t.  III.  La  Faune  et  la  Flore;  t.  IV.  Le  Peuple 
et  l'Histoire.  Guihnoto,  4  vol.  in-8°,  16  fr.  le  vol,  le  t.  III.     .     18    » 


Tous  droits  réservés. 


LE   PAGANISME 

CONTEMPORAIN 

CHEZ  LES  PEUPLES  CELTO-LATLNS 


PAR 

Paul   SÉBILLOT 

Ancien    Président    de    la  Société    d'Anthropologie, 
Directeur  de  la  Revue  des  Traditions  populaires. 


PARIS 
O  C  T  A  V  E     JDOllSr,     ÉDITEUR 

S,    PLACE      DE      l'oDÉOX,    8 

1908 

Tous  droits  réservés. 


INTRODUCTION 


L'étude  des  idées  cosmogoniques  ou  religieuses  des 
peuples  qu'on  a  désignés  par  le  vocable  de  non 
civilisés,  a  commencé  dès  les  années  qui  suivirent 
la  découverte  du  Nouveau  Monde.  Plusieurs  compa 
gnons  des  conquistadores  nous  ont  laissé  de  précieuses 
et  sincères  notices  sur  les  indigènes  et  sur  les  civi- 
lisations que  les  Espagnols  éteignirent  si  brutalement. 
Plus  tard  les  colonisateurs  de  la  Nouvelle-Angleterre 
étudièrent  les  mœurs  des  Peaux-Rouges,  en  même  temps 
que  ceux  de  la  Nouvelle-France  enregistraient  les  usages 
et  les  croyances  des  indigènes  du  Canada.  Madagascar, 
la  Guinée  et  d'autres  jDarties  jusqu'alors  ignorées  de 
l'Afrique  étaient  eriquêtées  par  des  conducteurs  d'expé- 
ditions comme  Flacourt,  ou  par  des  voyageurs  avisés, 
tels  que  Bosman  et  quelques  autres.  L'exploration  de  ces 
pays  ne  s'est  pas  ralentie  ;  de  plus  les  peuplades  du  Paci- 
fique, ce  second  Nouveau  Monde,  dont  Cook  et  Bougain- 
ville  avaient  tracé  d'excellentes  esquisses,  ont  été  l'objet 
d'enquêtes  systématiques,  très  bien  conduites,  et  de 
nos  jours  la  curiosité  des  ethnographes  australiens  et 
zélandais  s'est  attachée  à  noter  les  moindi'es  détails  de  la 
vie  indigène.  Cet  ensemble  considérable  d'études 
d'après  nature  a  permis  de  rédiger  de  précieux  ouvrages 
de  civilisation  primitive  comparée,  et    de  reconstituer, 


XVI  INTRODUCTION 

peut-être  avec  un  peu  de  systématisation,  la  psycho- 
logie sociale  ou  religieuse  des  groupes  extra-européens, 
les  uns  parvenus  à  un  stade  d'évolution  relativement 
avancé,  les  autres  n'ayant  pas  dépassé  la  culture  rudi- 
mentaire  des  premiers  âges  de  l'humanité. 

Les  paganismes  de  l'ancien  monde  et  de  l'Europe 
occidentale  en  particulier  nous  sont  bien  moins  connus, 
soit  dans  leur  période  rétrospective,  soit  à  l'époque 
actuelle. 

Si  les  écrivains  grecs  et  latins  nous  ont  transmis  des 
notions  précises  sur  les  pratiques  des  religions  officielles, 
ils  nous  renseignent  beaucoup  moins  sur  les  cultes  rus- 
tiques, sur  les  superstitions  des  paysans  de  la  Grèce,  de 
l'Italie,  et  aussi  sur  les  idées  des  peuples  que  les  Romains 
subjugèrent  successivement.  Les  écrivains  les  plus  curieux 
ne  décrivent  guère  que  les  cultes  organisés  et  les  pra- 
tiques qui  se  font  en  public  ;  rarement  ils  se  préoccupent 
des  idées  cultuelles  ou  superstitieuses  des  classes  popu- 
laires rurales.  Elles  ne  figurent  que  par  hasard,  pour 
ainsi  dire,  chez  la  plupart  des  prosateurs,  et  c'est  peut- 
être  aux  poètes  que  nous  devons  le  plus  de  renseignements 
sur  ces  actes  dont  le  pittoresque  les  séduisait.  Nous 
connaissons  sans  doute  par  quelques  passages,  d'ordi- 
naire peu  détaillés,  quelques-uns  des  hommages  rendus 
aux  forces  de  la  nature  et  en  particulier  aux  arbres  et 
aux  fontaines  ou  aux  divinités  rustiques  qui  y  prési- 
daient. Pour  d'autres  cultes,  celui  des  pierres  brutes,  par 
exemple,  si  l'on  ne  relevait  parfois  des  allusions  assez 
peu  précises  à  des  offrandes,  on  serait  presque  tenté  de 
croire  qu'il  n'existait  pas,  même  en  Gaule  et  en  Bretagne 
où,  à  l'aurore  même  du  vingtième  siècle,  il  est  loin  d'être 
éteint. 


INTRODUCTION  XVII 

Lorsque  les  missionnaires  chrétiens  furent  en  commu- 
nication suivie  avec  les  paysans,  ils  ne  tardèrent  pas  à 
observer  qu'àcôté  de  la  religion  officielle  qui,  en  beaucoup 
de  pays,  était  celle  des  conquérants,  existait  une  sorte 
de  sous-religion,  beaucoup  plus  ancienne,  et  qui  s'adres- 
sait à  des  divinités  locales  ou  aux  forces  de  la  nature. 
Les  nouveaux  chrétiens  qui  avaient  accepté  sans  trop 
de  difficulté  le  changement  de  culte  principal,  toléré  la 
destruction  des  idoles,  et  en  nombre  de  cas  la  substitu- 
tion d'un  saint  à  un  petit  dieu  local,  ne  renonçaient  pas 
à  des  croyances  et  à  des  pratiques  séculaires.  Leur  persis- 
tance est  attestée  par  les  conciles  et  par  des  défenses  de 
l'autorité  civile  qui  se  renouvellent  jusqu'à  l'époque 
carlovingienne.  Comme  le  célèbre  sermon  de  saint  Eloi, 
qui  catalogue  les  principales  dévotions  populaires  de 
la  Gaule  au  VIF  siècle,  ils  n'entrent  pas  d'ordinaire  dans 
des  détails  suffisants  pour  nous  permettre  de  connaître 
au  juste  comment  se  pratiquaient  la  plupart  de  celles 
qui  y  sont  signalées.  La  collection  des  décrets  de  Bur- 
cliard  de  Worms  (+1024),  qui  résume  les  prohibitions 
antérieures,  contient  une  centaine  d'actes  de  paganisme 
formellement  interdits,  et  s'ils  sont  énoncés  parfois  très 
succinctement,  comme  ceux  qui  visent  les  hommages 
rendus  aux  pierres,  aux  arbres  et  aux  fontaines,  il  en  est 
d'autres  qui  sont  décrits  d'une  façon  assez  précise. 

Les  paganismes  et  les  superstitions  rurales  ne  figurent 
qu'à  titre  épisodique  chez  les  écrivains  du  moyen-âge; 
presque  toujours,  il  s'agit  d'allusions  plutôt  que  de 
mentions  assez  précises  pour  permettre  une  reconstitu- 
tion exacte.  C'est  seulement  vers  la  fin  du  XV^  siècle, 
au  moment  où  la  Renaissance  commence  à  poindre, 
que    furent    composés    les    Evangiles    des  Quenouilles, 


XVin  ENTRODUCTIO^r 


ce  petit  livre  incomparable  pour  l'étude  du  folk-lore, 
non  pas  des  paysans,  mais  des  gens  de  métier  et  de 
la  petite  bourgeoisie.  Les  commères  qui  y  dialoguent 
d'une  façon  si  naturelle  et  si  plaisante,  parlent  aussi  des 
pratiques  païennes,  qu'elles  commentent  parfois  avec 
un  pittoresque  qui  n'exclut  pas  la  précision. 

Les  écrivains  de  la  Renaissance  ne  furent  pas  très 
curieux  des  choses  populaires,  et  bien  que  j^lusieurs, 
comme  l'auteur  de  V Apologie  pour  Hérodote  Henri 
Estienne,  aient  enregistré  nombre  de  traits,  ils  ne  nous 
renseignent  que  faiblement  sur  la  mentalité  des  pay- 
sans au  point  de  vue  spécial  qui  nous  occupe. 

Le  XVII®  siècle  est  plus  riche  en  documents  :  lorsque 
de  1614  à  1620  le  célèbre  missionnaire  Michel  Le  Nobletz 
parcourut  la  partie  de  la  Bretagne  qui  correspond  au 
département  du  Finistère,  il  y  rencontra  des  groupes 
chez  lesquels  existaient  des  idées  et  des  pratiques  pure- 
ment païennes  :  un  de  ses  biographes  a  relaté  les  plus 
saillantes  de  celles  qui  y  étaient  d'un  usage  courant  et 
public,  et  sans  doute  sa  liste  est  incomplète  puisque  le 
culte  des  pierres  y  est  totalement  omis.  En  1679,  J.-B. 
Thiers,  curé  de  Champrond,  dans  la  Beauce,  écrit  le 
Traité  des  supers titio7is,  livre  très  précieux  au  point  de  vue 
indiqué  par  son  titre,  mais  qui  ne  donne  qu'un  nombre 
relativement  restreint  de  faits  se  rapportant  aux  obser- 
vances cultuells  des  rustiques;  il  parle  sans  doute  à 
plusieurs  reprises  des  visites  aux  fontaines,  des  pratiques 
en  relation  avec  les  arbres,  mais  il  entre  assez  rarement 
dans  les  détails  ;  lui  aussi  semble  à  peu  près  ignorer  les 
hommages  rendus  aux  pierres,  ce  qui  est  d'autant  plus 
singulier  que  la  paroisse  où  il  exerçait  son  ministère 
est  voisine  d'une  région  où  les  mégalithes  devaient  être 


INTRODUCTION  XIX 

nombreux,  puisque  maintenant  encore  il  en  subsiste 
beaucoup,  et  que  plusieurs  sont,  de  nos  jours,  l'objet  de 
pratiques  qui  ne  sont  pas  toutes  clandestines. 

Un  petit  livre  populaire,  Mother^s  Bunch  Closet  (1685) 
décrit  sous  une  forme  liumourist'que  le  détail  des  pro- 
cédés magiques  auxquels  les  jeunes  Anglaises  avaient 
recours  pour  connaître  leur  futur  époux  ou  pour  se 
procurer  des  amoureux.  En  1686  Aubrey  relève  dans  les 
Bemaines  of  gentilismc  and  judaïsme,  les  idées  et  les 
pratiques  païennes  de  l'Angleterre,  parfois  avec  la 
précision  d'un  folkloriste  contemporain. 

Les  Encyclopédistes  ne  firent  pas  entrer  dans  le  cycle 
de  leurs  recherches  l'étude  des  superstitions  et  de  la 
mythologie  rustique  ;  au  reste  le  XVIIP  siècle  est.  en 
France  du  moins,  jusque  vers  l'époque  révolutionnaire, 
bien  plus  pauvre  au  point  de  vue  du  folk-lore  que  ceux 
qui  l'ont  précédé. 

L'importance  de  l'étude  des  traditions  et  de  la  psy- 
chologie populaires,  s'gnalée  déjà  par  quelques  savants, 
ne  commence  à  être  comprise  que  vers  le  début  du 
siècle  dernier.  Le  mouvement,  d'abord  restreint,  s'étend 
peu  à  peu,  le  programme  des  recherches  devient  plus 
vaste,  les  méthodes  plus  scientifiques  ;  vers  1850  l'en- 
quête s'accentue,  et  dans  les  trente  dernières  années  elle 
est,  un  peu  partout,  en  pleine  activité. 

C'est  par  centa'nes  que  les  explorateurs  se  mettent  à 
l'œuvre,  et  plusieurs  étudient  avec  une  véritable  passion, 
serve  par  des  procédés  scientifiques  rigoureux,  par  une 
patience  méritoire,  la  littérature  orale  et  l'ethnographie 
traditionnelle  des  diverses  contrées  de  l'Europe.  Pour 
ne  parler  que  des  pays  celto-latins,  on  peut  citer  quelques 

a. 


XX  INTRODUCTION 

douzaines  d'auteurs  qui,  se  bornant  à  enquêter  de  leur 
mieux  leur  province  natale,  ont  composé  des  monogra- 
phies qui,  faites  d'après  nature,  sans  autre  préoccupation 
que  la  recherche  de  la  vérité,  constituent  des  tableaux 
fidèles,  sinon  complets,  du  Folk-lore  d'un  groupe  déter- 
miné. Grâce  à  eux,  et  aussi  à  des  enquêteurs  secondaires, 
nous  commençons  à  connaître  passablement  les  légendes, 
la  littérature  orale,  les  coutumes  et  les  superstitions 
courantes  des  paysans  et  des  classes  peu  cultivées  qui, 
même  dans  les  contrées  les  plus  civilisées,  forment  la 
grande  masse  de  la  population. 

Cette  enquête  présente  cependant  plusieurs  lacunes, 
et  certaines  s'appliquent  à  des  sujets  intéressants  au 
premier  chef.  C'est  ainsi  que  nous  ne  sommes  renseignés 
que  d'une  façon  incomplète  sur  d'antiques  croyances, 
des  pratiques  quasi-cultuelles  qui  ne  sont  pas  d'ordinaire 
l'objet  de  manifestations  publiques ,  mais  dont  les 
racines  sont  si  profondes  que  dix-huit  siècles  de  prédi- 
cation chrétienne  n'ont  pu  faire  disparaître  ces  survi- 
vances des  religions  successives,  depuis  les  plus  rudi- 
mentaires  jusqu'aux  mieux  organisées,  qui  ont  été  domi- 
nantes dans  les  diverses  contrées  de  l'Europe  ;  la  vitalité 
de  ces  antiques  idées  populaires  est  encore  assez  grande 
pour  faire  subir,  en  dépit  des  efforts  des  clergés,  des  défor- 
mations aux  cultes  actuels  les  plus  hiérarchisés.  C'est  en 
réalité  une  sorte  de  Paganisme,  qui  nous  est  moins  connu 
que  celui  des  races  inférieures  ou  extra-européennes. 

Cette  infériorité  dans  l'information  tient  à  plusieurs 
causes  :  la  curiosité  des  voyageurs  d'espr!t  cultivé  est 
facilement  éveillée  parle  milieu  dans  lequel  ils  se  trouvent 
transportés,  et  qui  diffère  totalement  de  celui  de  leur 
propre  pays,  et  ils  y  remarquent  aisément  des  pratiques 


INTRODUCTION  XXI 

dont  certaines  ne  sont  pourtant  pas  plus  étranges  que 
celles  dont  ils  ont  été  témoins  depuis  leur  enfance,  s'ils 
ont  vécu  à  la  campagne,  et  que  l'accoutumance  les  em- 
pêche d'observer  autrement  que  pour  en  sourire. 

Chez  les  primitifs  des  pays  étrangers  la  séparation 
entre  les  classes  est,  au  point  de  vue  cultuel,  moins 
tranchée  qu'en  Europe  :  il  y  a  aussi  des  pratiques  secrètes, 
un  plus  grand  nombr?  de  celles  qui  tiennent  aux  vieux 
cultes  s'accomplissent  publiquement,  et  les  indigènes 
en  parlent  plus  volontiers  que  nos  paysans.  Ceux-ci 
craignent  qu'on  ne  se  moque  de  leur  simplicité,  et  c'est 
une  des  raisons  pour  lesquelles  il  est  difficile  de  les 
bien  connaître;  ce  n'est  souvent  que  par  hasard  ou 
par  des  moyens  détournés,  par  des  diplomaties  d'in- 
terrogatoire, que  l'on  arrive  à  être  renseigné  sur  les  plus 
curieuses  et  les  plus  anciennes  de  ces  survivances.  On 
peut  ajouter  qu'une  des  difficultés  vient  de  ce  que  les 
rustiques  craignent  aussi  qu'elles  ne  parviennent  aux 
oreilles  des  prêtres. 

Il  semblerait  que  ceux-ci  devraient  être  mieux  in- 
formés que  les  laïques  sur  ces  sous-religions  populaires, 
dont  les  manifestations  plus  ou  moins  secrètes  se  font 
souvent  à  une  petite  distance  des  églises.  Par  leiu"  origine, 
beaucouj)  se  rattachent  à  ceux  qui  les  pratiquent,  et  ils 
en  ont  été  témoins  dans  leur  enfance  ;  mais  les  études 
ecclésiastiques  les  ont  séparés  de  bonne  heure  de  leur 
ancien  milieu,  avant  l'âge  où  l'on  observe;  plus  tard,  ils 
vivent  dans  une  sorte  d'atmosphère  spéciale,  et  leur 
éducation  les  porte  peu  aux  observations  exactes. 
Lorsqu'ils  sont  devenus  conducteurs  d'âmes,  ils  ne  sont 
guère  plus  renseignés,  parce  que  les  pratiques  se  font  à 
leur  insu,  et  que  la  confession  elle-même  ne  leur  en  révèle 


XXri  INTEODUCTION 

que  fort  peu.  Beaucoup  de  leurs  paroissiens  sont  en 
effet  des  «  païens  innocent  ;  »  qui  ne  considèrent  pas 
comme  damnables  des  usages  transmis  par  les  anciens, 
et  qu'ils  regardent  comme  se  rattachant  à  une  sorte  de 
religion  supplémentaire,  et  licite  après  tout.  Les  con- 
fesseurs ne  leur  posent  guère  de  questions  à  ce  sujet,  à 
moins  que  n'éclate  quelque  scandale  dans  la  région, 
parce  que  les  traités  de  théologie  sont  très  sobres  au 
sujet  des  vaines  observances  et  des  superstitions  qui 
n'ont  pas  de  rapport  direct  avec  les  sacrements.  J'ai 
été  assez  surpris,  en  lisant  les  plus  détaillés,  de  constater 
que  lorsqu'ils  arrivent  à  parler  de  cultes  indus,  ils  se 
tiennent  presque  toujours  dans  le  vague  des  généralités. 

Quoique  au  cours  d'une  vie  déjà  longue,  j'aie  été  en 
rapi^orts  constants,  pendant  plusieurs  mois  chaque 
année,  avec  les  paysans  et  les  pêcheurs,  dans  un  pays 
qui  est  le  mien,  et  dont  je  connais  bien  le  patois,  je  n'avais 
entendu  parler  que  d'un  petit  nombre  de  faits  pouvant  se 
rattacher  au  paganisme,  jusqu'au  moment  où,  il  y  aune 
trentaine  d'années,  je  commençai  à  recueillir  les  contes 
et  les  légendes  de  la  Haute-Bretagne,  et  peu  à  peu  à' 
enquêter  les  diverses  parties  du  Folk-Lore.  Je  ne  tardai 
pas,  quoique  je  ne  me  sois  pas  d'abord  attaché  particu- 
lièrement aux  idées  religieuses  de  mes  compatriotes,  à 
noter  un  assez  grand  nombre  de  vestiges  des  cultes  natu- 
ralistes que  je  n'avais  pas  jusqu'alors  soujDÇonnés  ; 
en  1882,  ils  occupaient  une  quarantaine  de  pages  dans 
les  Traditions  et  superstitions  de  la  Haute- Bretagne. 
Beaucoup  de  faits  nouveaux  sont  venus  depuis  à  ma 
connaissance,  et  dans  la  Bévue  des  Traditions  populaires 
quelques-uns  de  mes  collaborateurs  ont  répondu    aux 


INTRODUCTION  XXIII 

enquêtes  que  je  m'efforçais  de  provoquer.  Pendant  les 
lectures  que  j'ai  faites  pour  réunir  les  matériaux  du 
Folk-Lore  de  France,  et  qui  ont  jjorté,  sinon  sur  la 
totalité,  tout  au  moins  sur  la  plus  grande  partie  de 
ce  qui  a  été  écrit  sur  ce  sujet  dans  les  divers  pays  de 
langue  française,  j'ai  trouvé  de  nombreuses  traces  de 
paganisme  plus  ou  moins  caractérisé. 

Une  grande  partie  a  trouvé  place  dans  les  divers  cha- 
pitres de  ce  gros  ouvrage,  et  la  plupart  contiennent  une 
section  où  ils  figurent.  D'autres  qui  ne  rentraient  pas 
dans  le  plan  an  Folk-Lore  de  France,  formaient  un  dossier 
respectable  que  je  me  proposais  d'utiliser  dans  un  nouvel 
ouvrage,  lorsqu'on  me  demanda  de  collaborer  à  l'Ency- 
clopédie scientifique. 

Après  avoir  pensé  aux  divers  sujets  d'intérêt  général 
qui  pouvaient  être  traités  dans  sa  section  ethnogra- 
phique, je  songeai  que  l'on  n'avait  pas  jusqu'ici  tracé 
un  tableau  des  traditions  et  des  croyances,  qui  se  tra- 
duisent dans  la  pratique  par  des  rites,  des  gestes  et  des 
formules,  débris  de  cultes  naturalistes  ou  déformat'ons 
de  religions  plus  avancées,  qui  survivent  encore  chez  les 
peuples  civilisés,  et  à  l'ensemble  desquels  on  peut  donner 
le  titre  de  Paganisme  contemporain,  et  je  me  suis  mis  à 
examiner  les  matériaux  qui  pouvaient  y  entrer.  Aux 
notes  déjà  prises  dans  les  livres  et  les  périodiques  fran- 
çais ou  étrangers,  je  joignis  celles  provenant  de  lectures 
nouvelles  dans  d'autres  ouvrages,  que  je  consultais  pour 
la  première  fois,  ou  que  je  n'avais  pas  envisagés  à  ce  point 
de  vue,  et,  du  dépouillement  des  œuvres  de  ceux  qui,  dans 
les  pa3'S  celto-latins,  avaient  le  mieux  enquêté  leur 
région,  résulta  une  conclusion  à  peu  près  identique  à 
celle  que  j'avais  tirée  pour  la  France,  à  savoir  que,  bien 


XXIV  INTRODUCTION 

que  nulle  part  l'enquête  n'eût  été  systématique  et 
poussée  à  fond,  les  faits  constatés  étaient  assez  nom- 
breux et  assez  concordants  pour  permettre  d'affirmer 
qu'à  l'aurore  du  vingtième  siècle,  le  paganisme  était 
loin  d'avoir  disparu  du  monde  occidental,  et  qu'il  était 
encore  associé  à  une  foule  de  circonstances  de  la  vie 
du  peuple. 

De  la  naissance  à  la  mort,  qu'il  s'agisse  d'amour  ou 
de  liaine,  d'heur  ou  de  malheur,  on  rencontre  des  actes 
où  tantôt  il  est  conservé  presque  sans  atténuation, 
tantôt  recouvert  d'un  vernis  chrétien  assez  transparent, 
tantôt  assez  altéré  pour  qu'à  première  vue  il  ne  soit  pas 
toujours  aisé  de  discerner  le  point  par  lequel  il  s'y 
rattache.  Les  uns  et  les  autres  appartiennent  à  une  sorte 
de  sous-religion,  qui  n'ayant  pas  de  représentants  officiels 
n'est  pas  systématisée,  mais  qui  a  dans  le  peuple  de  si 
profondes  racines  qu'on  y  retrouve  encore  la  plupart  des 
observances  anathématisées  aux  premiers  siècles  du 
christianisme,  en  même  temps  que  d'autres,  tout  aussi 
anciennes,  dont  les  missionnaires  et  les  conciles  ne  parlent 
pas.  Leur  pratique,  qu'elle  soit  secrète  ou  qu'elle  se  passe 
au  grand  jour,  semble  en  plusieurs  cas  aussi  utile  que 
les  rites  orthodoxes,  dont  elle  paraît  quelquefois  le 
complément  nécessaire,  ou  qu'elle  surpasse  même  en 
puissance,  puisqu'on  n'y  a  recours  qu'en  dernier  ressort. 

Ces  actes  sont  aussi  associés,  non  plus  à  l'individu 
lui-même,  mais  au  milieu  dans  lequel  il  se  meut,  aux 
constructions  qui  l'abritent,  à  ses  bêtes  domestiques,  et 
enfin  aux  opérations  de  culture  ou  d'arboriculture  des- 
tinées à  subvenir  à  ses  besoins  matériels. 

Les  forces  de  la  nature  jouent  un  rôle  considérable 
dans  les  préoccupations  de  l'homme  :  elles  interviennent 


INTRODUCTION  XXV 

comme  agents  implorés  ou  actifs  dans  les  diverses  phases 
de  sa  vie  sociologique;  en  dehors  de  cet  ordre  d'idées,  il 
en  est  qui  sont  l'objet  de  sa  crainte,  de  son  respect  et  de 
ses  vœux,  et  autour  desquels  gravitent  des  cultes  ou  des 
observances  plus  caractérisés  que  ceux  qui  ont  trait  à  la 
vie  humaine  proprement  dite. 

Dans  nombre  de  chapitres  figurent  des  déformations 
de  cultes  orthodoxes  ou  des  actes  qui  ont  pour  théâtre 
les  abords  des  temples  des  religions  officielles,  ou  ces 
temples  eux-mêmes.  Il  en  est  d'autres  qui  n'ont  pu  logi- 
quement trouver  place' dans  les  trois  grandes  cU visions 
de  ce  livre.  Je  les  ai  réunis  dans  un  appendice  :  Le 
Paganisme  dans  les  églises,  qui  n'est  pas  très  long, 
parce  que  ce  sujet  n'a  pas  été  jusqu'ici  étudié  autant  qu'il 
serait  désirable. 

Ce  Hvre  a  été  composé  sans  parti  pris,  et  il  n'est  aucun 
de  ses  paragraphes  qui  ne  s'appuie  sur  un  ensemble  de 
preuves,  relevées  dans  des  pays  variés,  par  des  obser- 
vateurs qui  les  ont  décrites  d'après  nature,  de  bonne  foi, 
et  sans  connaître  souvent  les  faits  connexes  déjà  enre- 
gistrés ailleurs.  J'ai  essayé  d'y  tracer  un  parallèle, 
aussi  exact  que  possible,  de  nos  connaissances  actuelles 
sur  les  croyances  d'origine  antique  et  sur  les  supersti- 
tions qui  se  traduisent  par  des  actes  dans  lesquels  on 
peut  reconnaître  des  vestiges  de  cultes  qui,  parfois, 
remontent  aux  premiers  âges  de  l'humanité,  et  dont  on 
retrouve  aussi  des  similaires  chez  les  peuplades  sauvages. 

Si  nous  étions  aussi  bien  renseignés  sur  les  idées  et  les 
observances  de  nos  propres  pays  que  nous  le  sommes 
sur  les  groupes  extra-européens,  si  nous  savions  quel  a 


XXVI  INTRODUCTION 

été  leur  rôle  aux  diverses  époques,  nous  verrions  sans 
doute  que  le  Paganisme  contemporain  ne  diffère  pas 
souvent  dans  ses  grandes  lignes,  de  celui  qui  était  prati- 
qué, il  y  a  des  milliers  d'années,  et  que  cette  sous-religion 
actuelle,  que  nous  sommes  loin  de  connaître  à  fond,  n'a 
pas  été  entamée  sensiblement,  dans  ses  parties  ensen- 
tielles,  par  les  religions  plus  savantes  et  plus  raffinées  qui 
se  sont  succédé,  avec  un  caractère  officiel,  dans  les  diverses 
contrées  de  l'Europe  celto-lâtine.  En  ce  qui  concerne  les 
époques  relativement  modernes,  on  peut  constater  que 
l'on  retrouve  encore  de  nos  jours  la  presque  totalité  des 
paganismes  qui  ont  été  relevés  depuis  les  écrits  des  pre- 
miers apôtres  jusqu'à  l'époque  antérieure  au  XIX^  siècle; 
le  nombre  seul  de  ceux  qui  les  observent  a  diminué,  et  le 
caractère  clandestin  des  pratiques  s'est  accentué  en  raison 
du  changement  opéré  par  la  plus  grande  facilité  des 
communications,  par  suite  des  échanges  d'idées,  un  peu 
aussi  grâce  à  la  diffusion  de  l'instruction,  à  la  presse,  au 
service  militaire  obligatoire.  Toutefois,  même  en  laissant 
de  côté  les  superstitions  proprement  dites,  qui  sont 
innombrables,  le  vieux  fond  de  la  crédulité  populaire 
qui  se  traduit  par  des  actes  de  paganisme  plus  ou  moins 
apparent,  subsiste  toujours,  et  l'on  pourrait  presque 
emprunter,  pour  figurer  par  une  image  la  mentalité  de 
la  masse  des  paysans,  un  dessin  qui  illustre  la  nouvelle 
édition  des  Vies  des  Saints  de  Bretagne  (Quimper  1901, 
in-4t')  avec  ce  titre  :  «  Catholique  et  breton  toujours,  » 
et  qui  montre  un  Breton  appuyé  assez  mollement  sur 
une  croix  enfoncée  dans  un  dolmen,  alors  que  ses  pieds 
sont  solidement  plantés  sur  la  table  fruste  de  l'antique 
monument. 


LE  PAGANISME  CONTEMPORAIN 

PREMIÈRE    PARTIE 
LA     VIE     HUMAINE 


CHAPITRE   PREMIER 
La  fécondité. 

1.  Pratiques  avant  la  consommation  du  mariage.  —  2.  Pendant  la 
période  qui  la  suit.  —  3.  En  cas  de  stérilité  manifeste.  —  4.  La 
transmission  de  la  fécondité.—  5.  La  stérilité  volontaire.  —  6.  La 
protection  des  femmes  enceintes.  —  7.  Pèlerinages  et  consulta- 
tions. —  8.  Les  tabous  de  la  grossesse. 

1.  Beaucoup  des  nombreuses  pratiques  destinées  à 
assurer  ou  à  rendre  la  fécondité  présentent  encore  des 
circonstances  qui  permettent  de  les  considérer  comme 
des  vestiges   d'anciens   cultes   naturalistes. 

Quelques-unes,  que  l'on  peut  appeler  préventives, 
précèdent  la  consommation,  et  parfois  même  la  célé- 
bration du  mariage.  C'est  ainsi  qu'en  Haute-Ecosse, 
la  fiancée  se  rendait,  le  matin  du  jour  où  il  devait  avoir 
lieu,  à  la  Fontaine  de  la  Mariée,  accompagnée  de  ses 

LE    PAGANISME   CON'TEMrORAI.N  1 


Z  LA  VIE  HUMAINE 

filles  d'honneur,  qui  lui  lavaient  les  pieds  et  le  haut  du 
corps  avec  les  eaux  sacrées,  pour  qu'elle  devînt  féconde. 
Elles  déposaient  ensuite  dans  la  source  des  morceaux 
de  pain,  afin  que  ses  enfants  à  venir  ne  fussent  jamais 
dans  le  besoin  (1).  Vers  le  milieu  du  XIX^  siècle,  à 
Yarrow,  dans  le  comté  d'York,  la  mariée  s'asseyait,  si- 
tôt après  la  cérémonie,  dans  un  antique  fauteuil  placé 
dans  la  sacristie,  avec  l'espoir  que  cet  acte  lui  ferait 
avoir  beaucoup  d'enfants  ;  certaines,  aux  mêmes  inten- 
tions, en  détachaient  des  fragments  (2),  que  peut-être 
elles  mêlaient  à  un  breuvage,  ainsi  que  cela  se  fait  en 
d'autres  pays  où  l'on  attribue  des  vertus  prolifiques 
aux  poussières  des  rochers.   Cette  double  observ^ance, 
assez   fréquente   dans   les   cultes   mégalithiques,    avait 
vraissmblablement  été,  dans  un  but  de  christianisatioii, 
transportée  à  ce  fauteuil  après  la  destruction  de  pierres 
du  voisinage  sur  lesquelles  ce  rite  aurait  été  pratiqué. 
On  rencontre  en  France  des  exemples  plus  carac- 
térisés  de   survivances   de   cérémonies   anciennes.    En 
quelques  endroits  du  Puy-de-Dôme  les  nouveaux  mariés 
dansent  autour  d'un  menhir  ou  d'une  croix  qui  a  été 
érigée  à  sa  place  ;  parfois,  pendant  que  les  invités  for- 
maient une  ronde,  les  époux  en  faisaient  trois  fois  le 
tour,  en  dansant,  pour  que  leur  union  fût  féconde.  A 
Grancey,  près  de  Niort,  les  mariées  allaient  baiser  un 
certain   noj'^er,    pour   être    bonnes    nourrices  ;    l'époux 
l'embrassait   aussi,    probablement   pour   lui   demander 
une  progéniture,  et  les  gens  de  la  noce  faisaient  ensuite 
une  ronde  autour  de  l'arbre.  Dans  plusieurs  communes 

(1)  Folk-Lore,  III  (1893),  p.  68. 

(2)  Dkxham,  1.  p.  110-111  ;  II,  p.  67. 


LA    FECONDITE  à 

du  Poitou,  les  mariées,  pour  être  assurées  de  devenir 
mères,  trempaient  leurs  souliers  dans  des  sources  ; 
lorsqu'elles  ne  s'y  prêtaient  pas  de  bonne  grâce,  les 
assistants  les  contraignaient  à  mettre  un  pied  dans 
l'eau,  et  alors  ils  s'écriaient  en  employant  une  formule 
traditionnelle  : 

«  La  mariée  a  botté. 
Elle  aura  un  poupon  dans  l'année.  » 

On  fait  aussi  le  marié  et  la  mariée  franchir  ensemble 
le  bassin  d'une  petite  source,  et  les  garçons  et  les  filles 
les  aspergent  au  passage,  en  s'efforçant  de  leur  jeter 
de  l'eau  entre  les  jambes.  Cette  circonstance  permet  de 
supposer  qu'à  des  périodes  anciennes,  la  lustration  ne 
différait  peut-être  guère  de  celle  qui  consiste,  lors  de 
certains  pèlerinages,  à  arroser  les  parties  génitales  des 
étalons  et  des  juments  avec  l'eau  de  la  source  sacrée  (1). 

Des  amulettes  destinées  à  assurer  la  fécondité,  et 
peut-être  à  prévenir  le  nouement  d'aiguillette,  sont 
mises  dans  la  couche  nuptiale  :  en  Haute-Bretagne, 
l'homme  qui  désire  avoir  beaucoup  d'enfants  doit,  le 
jour  du  mariage,  et  sans  que  l'épousée  le  sache,  placer 
dans  le  Ht  un  fer  à  cheval  ayant  servi,  un  bouquet  de 
verveine  et  un  liard  (2)  ;  il  est  vraisemblable  que  cette 
pièce  avait  autrefois  l'empreinte  d'une  croix,  comme 
celles  qui  sont  ordinairement  associées  aux  talismans 
non  chrétiens.  Dans  le  pays  de  Liège  on  cache,  sous  le 
traversin  des  époux,  aux  mêmes  intentions,  un  morceau 
de  fer,  de  préférence  une  clé  (3). 

(1)  SÉKiLLOT,  1,  IV,  p.  61  ;  II,  p.  232  ;  III,  p.  79. 

(2)  Revue  des  Trad.  pop.  XIX  (1904),  p.  114. 

(3)  Wallonln,  III  (1895\  p.  168. 


4  LA  VIE  HUMAINE 

2. —  Des  actes  d'un  naturalisme  beaucoup  plus  accen- 
tué sont  accomplis  par  les  époux  pendant  la  période 
comprise  entre  la  consommation  du  mariage  et  l'époque 
où  normalement  doivent  se  manifester  des  symptômes 
de  fécondité.  On  a  relevé  sur  divers  points  de  la  France 
une  douzaine  d'exemples  de  la  friction  sur  le  fétiche 
des  parties  voisines  des  organes  sexuels  qui,  autrefois, 
jouaient  vraisemblablement  le  principal  rôle  dans  cette 
sorte  de  sacrifice  et  qui  le  jouent  peut-être  même  parfois 
encore.  Il  n'est  pas  en  e£fet  certain  que  les  auteurs  qui 
ont  rapporté  les  plus  curieuses  des  pratiques  actuelles  ne 
les  aient  pas  gazées  un  peu;  il  en  est  aussi,  ainsi  qu'on 
le  verra,  qui  ont  évolué  dans  le  sens  de  l'atténuation. 
Quelle  que  soit  la  forme  réelle  de  l'usage,  il  est  encore 
observé,  avec  une  impudeur  ingénue,  par  ceux  qui  ont 
foi  en  son  efficacité.  Le  plus  habituellement  ils  s'adressent 
à  des  pierres  sur  lesquelles  on  remarque  des  protubé- 
rances, parfois  nettement  phalliformes,  et  c'est  cette 
particularité  qui  leur  attira  à  l'origine  les  hommages 
qu'on  leur  rend  encore.  Deux  mégaHthes  du  Finistère 
sont  visités  par  les  nouveaux  époux  ;  l'un  est  le  beau 
menhir  de  Plouarzel,  dans  le  nord  du  département,  qui 
présente  sur  deux  de  ses  faces  opposées,  à  un  mètre 
environ  du  sol,  une  bosse  ronde.  Suivant  l'usage,  déjà 
signalé  il  y  a  plus  d'un  siècle  par  Cambry,  ils  se  dévêtent 
en  partie,  et  la  femme  d'un  côté,  le  mari  de  l'autre,  se 
frottent  le  ventre  sur  une  de  ces  bosses,  le  mari  pour 
avoir  des  enfants  mâles,  la  femme  pour  être  maîtresse 
au  logis  ;  un  menhir  de  Moelan,  dans  le  sud  du  Finistère, 
qui  n'a  qu'une  bosse,  est  l'objet  de  la  même  observance. 
Les  femmes  seules  se  frottent  le  ventre  à  nu  sur  une 
aspérité  de  la  Pierre  de  Chantecocq,  en  Eure-et-Loir, 


LA    FECONDITE  5 

qui  représente  assez  grossièrement  un  phallus  (1).  Une 
saillie  sur  le  menhir  de  Simandre  dans  l'Ain,  à  un  mètre 
environ  du  sol,  est  visitée  par  les  deux  époux  qui  s'y  fric- 
tionnent ;  une  cavité  a  été  creusée  auprès  par  les  pèlerins 
qui  en  enlèvent  la  poussière  et  l'avalent.  (2). 

En  Provence,  les  jeunes  mariées  s'adressent  à  des 
arbres;  à  Collobrières  (Var)  elles  allaient  glisser  sur  les 
grosses  racines  d'un  châtaignier  séculaire,  dont  le  tronc 
porte  deux  bosselures  globuleuses.  A  Aix,  jusqu'à  ces 
dernières  années,  le  jour  de  la  fête  champêtre,  elles 
heurtaient  par  trois  fois  avec  leur  derrière  le  tronc  d'un 
gros  oHvier  (3). 

La  friction  à  nu  se  fait  aussi  sur  des  mégahthes 
dépourvus  de  protubérance.  Elle  avait  lieu  dans  les 
Landes  sur  la  Pierre  Longue  de  Dax,  en  Saône-et-Loire 
sur  une  pierre  levée  voisine  de  Saint-Laurent-lès-Mâcon, 
dans  le  pays  de  Ludion  sur  un  menliir  de  la  montagne 
du  Bourg  d'Oueil,  que  les  femmes  embrassaient  en  outre 
avec  ferveui'.  A  Saint-Ronan  (Finistère)  les  nouvelles 
mariées  se  frottaient,  tout  récemment  encore,  sur  un 
gros  bloc  appelé  la  Jument  de  pierre  ;  à  l'Ubayette, 
dans  les  Basses- Alpes,  elles  se  laissaient  glisser  sur  une 
ancienne  roche  sacrée  (4). 

Plusieurs  sources  renommées  pour  leur  vertu  proH- 
fîque  sont  visitées  par  les  jeunes  femmes,  qui  se  conten- 
tent ordinairement  d'y  boire,  en  adressant  une  prière 
au   patron  de   la  fontaine.    Les  pratiques^  accessoires 

(1)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  56-57. 

(2)  Revue  des  Trad.  pop.  XVIII  (1903),  p.  501. 

(3)  Bérenger-Féraud,  II,  p.  176-177. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  57  ;  I,  p.  336. 


6  LA   VIE  HUMAINE 

semblent  rares  ;  la  plus  curieuse  est  celle  qui  se  fait  à 
Locminé  (Morbihan)  :  après  avoir  bu  un  peu  d'eau  à 
l'une  des  sept  fontaines  de  l'église  Saint-Nicodème,  la 
pèlerine  monte  dans  le  clocher,  sans  se  retourner,  et 
s'assied  pendant  quelques  secondes  dans  un  vieux 
fauteuil  (1). 

Le  pèlerinage  que  les  nouveaux  époux  font  ensemble 
à  la  Sainte-Baume  (Var)  est  accompagné  d'actes  qui 
sont  peut-être  des  survivances  lointaines  du  culte  des 
arbres  et  des  pierres  ;  ils  embrassent  en  entrant  dans 
la  forêt  le  premier  gros  chêne  qu'ils  rencontrent,  en 
demandant  à  sainte  Madeleine  de  leur  donner  une  pro- 
géniture. Ils  accumulent  aussi  dans  l'endroit  le  plus 
inaccessible  et  le  plus  solitaire  autant  de  pierres  qu'ils 
désirent  d'enfants  (2). 

La  caractéristique  de  quelques  pratiques  qui  ont 
lieu  près  des  temples  et  même  dans  l'intérieur,  est  le 
contact  avec  un  objet  réputé  puissant,  mais  difficile  à 
atteindre.  Les  jeunes  femmes  essayaient,  le  jour  de  la 
fête  patronale,  de  toucher  avec  la  main,  en  s'élevant  sur 
la  pointe  du  pied  ou  en  sautant,  une  pierre  saillante  qui 
se  trouve  dans  le  mur  de  la  petite  chapelle  de  Saint  Roch 
à  Solliès-Pont  (Var).  Jusqu'à  l'incendie  de  l'église 
d'Aubervilliers  près  Paris ,  les  nouveaux  mariés  tou- 
chaient la  corde  de  la  cloche  ;  dans  une  chapelle  du 
Morbihan,  ils  doivent  la  saisir  ensemble  (3). 

3.  —  La  femme  sans  enfants  est  l'objet  d'une  sorte  de 
défaveur  :  à  Venise,  on  la  compare  à  l'arbre  stérile  qui 

(1)  Sébillot,  1,  II,  p.  232-233. 

(2)  Bérenger-Féraud,  II,  p,  182-183. 

(3)  Sébillot,  1,  IV,  p.  138, 145. 


LA   FECONDITE  / 

doit  être  coupé  et  jeté  au  feu.  Eu  Haute-Bretague  et 
dans  le  pays  de  Valdèse,  elle  est  traitée  de  mule  (1)  ; 
elle  est  aussi  en  butte  à  des  quolibets  qui  s'adressent  à 
son  mari,  et  le  taxent  d'impuissance. 

Celles  qui  désirent  faire  cesser  cet  état  qui  leur  est 
pénible  à  bien  d'autres  points  de  vue,  ont  recours  à  de 
nombreuses  observances  traditionnelles.  Plusieurs  se 
rattachent,  plus  étroitement  que  celles  du  début  du 
mariage,  au  culte  des  forces  de  la  nature,  et  certaines 
présentent  un  caractère  phallique  encore  plus  accentué. 
La  friction  à  nu  est  pratiquée  par  les  épouses  stériles, 
et  certaines  pierres  semblent  être  affectées  à  son  accom- 
plissement, comme  l'étaient  à  la  fin  du  XVIIP  siècle 
deux  rochers  à  Locronan  (Finistère)  sur  lesquels  on 
montrait  l'empreinte  des  roues  de  la  charrette  qui  avait 
transporté  le  corps  d'un  saint  (2)  ;  à  Saint-Etienne  en 
Coglès  (Ille-et-Vilaine)  les  femmes  se  frottent  à  une 
sorte  de  champignon,  au  flanc  d'un  rocher  au  sommet 
duquel  on  voit  un  superbe  bassin  (3).  Il  est  probable 
que,  comme  au  Lite  au  Roi  près  de  Cressey  en  Bugey, 
011  l'usage  n'a  cessé  que  depuis  peu  (4),  elles  mettaient 
leur  ventre  en  contact  avec  la  pierre,  comme  le  faisaient 
aussi  vraisemblablement  celles  qui,  vers  1840,  passaient 
et  repassaient  sur  le  Rouquet  de  saint  Xicoulas  à  Sar- 
rance  (Basses-Pyrénées).  Ce  rite  a  été  transféré  de  la 
campagne  aux  églises  :  à  Mende,  les  femmes  se  frottent 
le  ventre  sur  un  énorme  battant  de  cloche,  placé  comme 

(1)  Bernoni,  p.  143.  Archtvio,  XIV  (1895),  p.  94. 

(2)  Cambry,  p.  278. 

(3)  SÉBILLOT,  1 ,  I,  p.  404. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.  XVIII  (1903),  p.  499. 


8  LA  VIE  HUMAINE 

un  menhir  près  de  la  cathédrale  ;  à  la  chapelle  d'Orcival 
(Puy-de-Dôme),  la  suppliante  faisait  trois  fois  le  tour 
d'un  des  piliers,  auquel  naguère  encore  elle  se  fric- 
tionnait à  nu  (1).  Il  y  a  une  cinquantaine  d'années,  le 
jour  du  pardon,  des  paysannes,  soulevant  à  tour  de 
rôle  leurs  jupes,  se  frottaient  le  ventre  sur  un  saint 
Nicolas  vermoulu  qui  se  balançait  au  bout  d'une  corde 
jetée  en  travers  d'une  poutre  au  fond  d'une  chapelle 
des  environs  de  Pleubian  (Côtes-du-Nord)  (2).  En  Poitou 
une  statue  très  mutilée  d'un  ancien  couvent  de  Corde- 
liers  reçoit  le  même  hommage;  le  mari,  qui  est  d'ordi- 
naire présent,  engage  sa  femme  à  se  trémousser  vigou- 
reusement (3). 

Le  simple  contact  de  la  suppliante  avec  l'objet  de  sa 
dévotion  suffit  parfois  pour  que  son  vœu  soit  exaucé. 
Quelques  années  avant  la  Révolution,  le  Fauteuil  de 
saint  Fiacre,  dans  la  chapelle  d'une  petite  ville  qui 
portait  le  nom  du  saint,  rendait  féconde  la  femme  qui 
s'asseyait  dessus,  pourvu  qu'aucun  vêtement  ne  se 
trouvât  entre  son  corps  et  la  pierre  (4)  ;  un  siège  de  pierre 
que  l'on  voyait,  à  une  époque  antérieure  à  la  Réforme, 
dans  le  prieuré  de  Finchal,  comté  de  Durham,  faisait 
cesser  la  stériHté  de  toute  femme  qui,  après  avoir  accom- 
pH  certaines  cérémonies,  s'y  asseyait  en  souhaitant  avec 
ferveur  un  enfant  (5).  Dans  les  deux  cas  c'était  proba- 

(1)  SÊBiLLOT,  1,  I,  p.  338  ;  IV,  p.  145, 158. 

(2)  LiÉGARD,  p.  18.  Cette  scène  a  été  décrite  à  l'auteur  par  une  dame 
qui  en  avait  été  témoin  dans  sa  jeunesse. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.,  XIII  (1898),  p.  266-267. 

(4)  DuLAURE,  p.  286-287. 

(5)  Denham,  II,  p.  109. 


LA   FÉCONDITÉ  9 

blement  la  cliristianisation  d'un  rite  '^païen,  qui  est 
encore  usité  sur  des  dépressions  en  forme  de  fauteuils 
renommées  pour  leurs  propriétés. 

Le  Lit  de  Darby  et  de  Grane  en  Irlande,  creux 
sur  un  mégalithe  qui  doit  son  nom  à  deux  amants 
légendaires,  guérissait  la  stérilité  de  la  femme  qui  le 
visitait  en  compagnie  de  son  mari  (1).  Le  rite  obligatoire 
n'est  pas  décrit,  mais  il  est  vraisemblable  que  la  postu- 
lante s'étendait  dessus,  et  la  présence  du  mari  peut 
suggérer  l'hypothèse  qu'il  servait  en  réalité  de  couche 
nuptiale,  le  lieu  étant  désert  et  entouré  de  buissons. 
En  Portugal,  les  épouses  s'étendent  sur  une  pierre  qui 
émerge  du  sol  dans  la  montagne  de  S.  Domingos  (2). 
Au  XVP  siècle  une  statue  de  saint  Greluchon,  gisante 
de  plat  dans  une  abbaye  de  la  ville  de  Bourg-Dieu  en 
Vendômois,  rendait  la  fécondité  à  celles  qui  s'éten- 
daient dessus  (3)  ;  naguère,  à  Saint-Ronan  (Finistère), 
elles  se  couchaient  sur  un  rocher  naturel  colossal;  à 
Decines  (Rhône)  elles  s'accroupissaient  sur  un  mono- 
lithe au  lieu  dit  Pierre  Frite  (4). 

L'application  du  pied  sur  les  empreintes  merveilleuses 
a  été  et  est  encore  pratiquée  à  Spa  (Belgique)  par  les 
femmes  qui  posent  leur  chaussure  sm-  le  Pas  de  saint 
Remacle  (5).  Le  nom  du  bienheureux  a  servi  à  christia- 
niser un  usage  peut-être  antique  dont  on  trouve  un 
parallèle  dans  l'égHse  de  Pontigné  (Yonne)  où  il  fallait 

(1)  BORLASE,  p.  846. 

(2)Leite,  l,p.  91. 

(3)  ESTIENNE,  I,  ch.  38. 

(4)  SÉsn-LOT,  1, 1,  p.  339-340. 

(5)  SÉBILLOT,  1, 1,  p.  404. 


10  LA   VIE   HUMAINE 

marcher  sur  un  carreau  rond  en  marbre  vert  qui  formait 
le  centre  du  pavé  (1).  Dans  la  Creuse  la  femme  passait 
sous  le  dolmen  de  Cressac  (2). 

La  poussière  des  statues  de  saints  dont  le  nom  indique 
la  spécialité,  a  aussi  le  privilège  de  rendre  la  fécondité  ; 
au  XVP  siècle,  les  pèlerines,  après  s'être  étendues  sur 
celle  de  saint  Greluchon,  la  grattaient  pour  en  mélanger 
la  poudre  à  leur  breuvage  ;  un  fragment  de  dolmen  à 
Noliant-Vic,  sanctifié  sous  le  même  nom,  fut  jusqu'à 
la  Révolution  l'objet  de  la  même  pratique  (3),  et  main- 
tenant encore  les  intéressées  mélangent  aux  eaux  de 
la  fontaine  de  Saint  Plotat  à  Saint-Sernin  des  Bois 
(Saône-et-Loire)  la  poussière  qu'elles  ont  grattée  sur 
la  statue  de  saint  Frelucliot  (4). 

C'est  un  des  rares  exemples  de  circonstances  acces- 
soires accompagnant  les  visites  faites  aux  sources  par 
les  femmes  stériles  (5).  D'après  ceux  qui  en  ont  parlé, 
elles  se  bornent  à  y  boire,  en  récitant  quelque  prière, 
et  en  répétant  la  pratique  neuf  matins  de  suite,  comme 
à  la  fontaine  de  sainte  Eustelle  à  Saintes  (6)  ;  on  n'a 
jusqu'ici    relevé    en   France,    ni    conjuration,    ni    acte 


(1)  MOISET,  p.  150. 

(2)  Revue  Archéologique  (1881),  p.  44. 

(3)  SÊBiLLOT,  1, 1,  p.  340  ;  IV,  p.  66. 

(4)  Lex,  p.  40. 

(5)  En  Grèce  elles  s'adressaient  à  la  source  thespienne  sur  l'Hélicon, 
à  une  fontaine  du  mont  Hymette,  voisine  d'un  temple  d'Aphrodite,  à 
la  rivière  Elatus  en  Arcadie,  et  à  quelques  fontaines  de  Baïa  près  de 
Pompéi.  (Folk-Lore.  XVIIl  (1907),  p.  271).  Cet  article  signale  aussi 
quelques  parallèles  asiatiques  ou  africains,  sans  indiquer  les  rites. 

(6)  SÉBU.LOT,  1,  II,  p.  234. 


LA    FÉCONDITÉ  11 

superstitieux  ou  singulier,  ni  offrande  spéciale  ;  les 
bains  que  prennent  parfois  les  prlerines,  la  lotion  de 
leurs  seins  avec  l'eau  sacrée  ne  paraissent  pas  non  plus 
accompagnés  d'observances  ;  peut-être  se  font-elles 
d'une  façon  assez  secrète  pour  avoir  échappé  aux  obser- 
_vateurs.  A  l'étranger,  où  existe  aussi  la  croyance  au 
pouvoir  fécondant  des  eaux,  on  a  rarement  noté,  pro- 
bablement pour  la  même  raison,  les  pratiques  accomplies 
par  les  croyantes  ;  dans  le  nord  de  l'Angleterre,  où  une 
fontaine  était  visitée  vers  l'époque  du  solstice,  la  sup- 
pliante se  contentait  de  prier  auprès,  ou  d'exprimer 
mentalement  le  vœu  d'avoir  des  enfants,  qui  était 
exaucé  dans  les  douze  mois  si  elle  avait  la  foi  parfaite  (1). 
En  Serbie  les  femmes  stériles  offrent  à  une  eau  courante 
du  vin  et  un  gâteau  qu'elles  ont  boulangé  (2)  ;  en  Por- 
tugal, elles  se  rendent  sur  deux  des  ponts  de  la  rivière 
d'Ave,  et  demandent  à  la  première  personne  qui  passe 
de  les  arroser  avec  un  peu  de  son  eau  en  prononçant  les 
paroles  du  baptême  (3).  C'est  une  sorte  de  magie  imi- 
tative  dont  on  rencontre  un  autre  exemple  dans  le 
Morbihan  :  la  pèlerine  par  procuration  de  l'épouse  sans 
enfants  s'agenouillait  sur  la  margelle  de  la  fontaine  de 
Notre-Dame  de  Quelven,  y  puisait  quelques  gouttes 
d'eau  dans  ses  deux  mains  et  en  aspergeait  le  sol  tout 

(1)  Denham,  II,  p.  155. 

(2)  Folk-Lore,  XVIII  (1907),  p.  271. 

(3)  Pedroso,  1,  n'ôiS. 

En  Italie  et  en  Espagne  on  est  allé  autrelois  demander  la  fécondité 
aux  eaux;  au  XVII«  siècle,  un  des  bains  de  Palicarro.prèsdeViterbe, 
avait  la  vertu  de  faire  concevoir.  (Archiuio,  XVI  (1897),  p.  467;  àSéville, 
les  femmes  s'abreuvaient,  il  y  a  une  centaine  d'années,  au  Pozzo  Santo. 

(LfMBROSO,  p.  11). 


12  LA  VIE  HUMAINE 

autour  en  murmurant  de  vagues  prières  (1).  Aux  îles 
Shetland  la  femme  stérile  se  lavait  les  pieds  dans  une 
eau  courante,  après  y  avoir  mis  un  caillou  de  quartz  en 
forme  d'œuf,  qui  devait  probablement  à  cette  circons- 
tance la  vertu  qu'on  lui  attribuait  (2). 

Bien  que  l'on  accorde  aux  arbres  de  l'influence  sur 
la  génération  (p.  2,  5),  il  est  rare  que  les  femmes 
s'adressent  à  eux  pour  faire  cesser  la  stérilité  ;  cependant 
à  Marlieux-en-Dombes,  elles  vont  secouer  un  cerisier 
placé  au  milieu  d'un  bois  (3),  et  dans  le  Morbihan, 
certaines  mangent  les  feuilles  d'un  arbre  auquel  a  été 
pendue  une  martyre  (4). 

Plusieurs  pratiques  sont  en  relation  avec  les  églises. 
Vers  1820,  la  femme  qui  tardait  à  être  féconde  allait 
en  dévotion  soit  à  l'abbaye  de  Brantôme,  soit  à  quelques 
chapelles  du  Périgord,  et  toutes  celles  qui  étaient  dans 
le  même  cas  s'invitaient  à  assister  à  la  messe  ;  après  la 
cérémonie,  elles  prenaient  le  verrou  de  la  porte  et  le 
faisaient  aller  et  venir  jusqu'à  ce  que  leurs  maris  les 
ramènent  chez  elles  par  la  main.  A  Rocamadour  dans 
le  Rouergue,  elles  se  contentaient  de  baiser  le  verrou  (5). 
Il  est  possible  que,  suivant  l'hypothèse  de  Dulaure,  les 
prêtres  catholiques  aient  substitué  à  un  culte  priapique 
des  objets  qui  blessaient  moins  la  décence  (6). 

D'autres   actes   semblent  avoir  pour  but  d'appeler, 

(1)  SÉBILLOT,  1,    II,  p.  234. 

(2)  Black,  1,  p.  151-152. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.  XVIII  (1903).  p.  503. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  433. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  139. 

(6)  Dulaure,  p.  286. 


LA   FÉCONDITÉ  13 

par  un  procédé  matériel,  l'attention  de  la  divinité-mère 
.sur  la  suppliante.  En  Provence  elle  va  remuer  pieuse- 
ment le  berceau  dit  de  sainte  Anne  à  Apt,  dont  la  vertu 
fécondante  est  constatée  par  un  proverbe  (l).  Le  sanc- 
tuaire que  cette  sainte  possède  près  d'Auray  est  aussi 
réputé  pour  la  cessation  de  la  stérilité  ;  on  raconte  qu'une 
fermière  des  environs  de  Dinan  y  accomplit  un  pèleri- 
nage en  traînant  derrière  elle  un  berceau. 

Il  est  possible  que  l'acte  qui  consiste  à  employer  des 
procédés  violents  pour  contraindre  la  divinité  à  accorder 
la  grâce  demandée,  ait  été  usité  en  matière  de  fécondité. 
Un  parallèle  atténué  était  observé  au  XVIIP  siècle, 
près  de  Cardiff  ;  la  femme  stérile  se  rendait  le  lundi  de 
Pâques  dans  le  cimetière  ^e  la  paroisse  avec  deux  dou- 
zaines de  balles  de  paume,  une  douzaine  recouverte  de 
cuir  blanc,  l'autre  douzaine  de  cuir  noir  ;  elle  devait 
les  lancer  par  dessus  l'église  et  les  gens  du  village  se 
disputaient  les  balles  aussitôt  tombées  à  terre  ;  l'opéra- 
tion se  répétait  tous  les  ans  jusqu'à  ce  que  la  pèlerine 
vît  enfin  ses  vœux  accomplis  (2). 

4.  —  Suivant  une  croyance  dont  on  ne  connaît  que  peu 
d'exemples,  la  femme  qui  a  eu  des  enfants  peut  trans- 
mettre sa  fécondité  à  celle  qui  jusqu'alors  en  a  été  privée. 
Un  auteur  du  XVP  siècle  raconte  qu'en  Poitou  une 
femme  stérile  pria  une  accouchée  de  se  baigner  en  même 
eau  après  elle,  disant  qu'on  lui  avait  affirmé  que  cela 
servait  pour  avoir  des  enfants  (3).  En  Italie,  les  épouses 
infécondes  empruntent  à  une  amie  déjà  plusieurs  fois 

(1)  Bérenger-Féraud,  II,  p.  183. 

(2)  Mélusine,  VI,  (1892),  col.  258. 

(3)  BoucHET,    II,  23. 


14  LA  VIE  HUMAINE 

mère  une  de  ses  chemises,  qu'elles  endossent  avant  de 
coucher  avec  leur  mari  (1).  Cette  idée  de  la  possibilité 
d'une  transmission  se  retrouve,  avec  un  caractère 
moins  direct,  en  Anjou,  où  la  première  femme  qui 
visite  une  accouchée  aura,  elle  aussi,  un  enfant  dans 
l'année  (2),  et  en  Italie  où  l'épouse  à  laquelle  une  sage- 
femme  fait  un  salut  ou  un  compliment  ne  tardera  pas 
à  devenir  enceinte  (3).  En  Allemagne,  à  la  fin  du  XVIIP 
siècle,  on  jetait  sur  celle  qui  était  stérile  la  nappe  qui 
avait  servi  à  un  repas  de  baptême  (4). 

Suivant  une  superstition  de  la  Basse-Bretagne,  la 
violation  d'une  défense,  proba.blement  antique,  peut 
rendre  grosses,  même  sans  aucun  rapport  sexuel,  celles 
qui  ont  osé  la  commettre.  La  jeune  fille  ou  la  jeune 
femme  qui,  sortant  le  soir  pour  uriner,  se  tourne  vers 
la  Lune  risque  fort  de  concevoir  par  la  vertu  de  cet 
astre,  et  de  donner  naissance  à  un  être  monstrueux  (5). 

5.  —  La  stérilité  volontaire  est  punie  en  Bretagne  par 
des  pénitences  posthumes  ;  la  femme  mariée  qui  con- 
trarie l'augmentation  de  la  famille  revient  sur  terre 
sous  la  forme  d'une  truie  accompagnée  d'autant  de  petits 
cochons  qu'elle  aurait  eu  d'enfants  en  suivant  la  loi 


(1)  Zanetti,  p.  104.  Cet  auteur  rapproche  cette  pratique  de  celle 
rapportée  par  Egede  :  les  Groenlandais  croyant  les  Européens  plus 
prolifiques  qu'eux,  se  procuraient  pour  les  faire  porter  à  leurs  femmes, 
des  morceaux  de  vieux  habits. 

(2)  Fraysse,  p.  94. 

(3)  Zanetti,  p.  105. 

(4)  Grimm,   IV,  p.  1795,  n»  479. 

(5)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  41,  cf.  aussi  III,  p.  15,  les  conceptions  pro- 
duites par  le  contact  du  hérisson. 


LA    FÉCONDITÉ  15 

naturelle  (I).  Je  ne  crois  pas  que  l'on  ait  noté  dans  ce 
pays  des  procédés  ayant  pour  but  de  «  pécher  sans 
concevoir  ».  Aucune  des  innombrables  visites  que  l'on 
y  £ait  aux  sources  sacrées  ne  semble  inspirée  par  ce 
désir  ;  si  la  pratique  existe,  elle  est  tellement  clandestine 
qu'elle  a  échappé  jusqu'ici  aux  observateurs  les  plus 
avisés.  EUe  paraît  avoir  été  usitée  en  Saintonge  :  vers 
1840  des  femmes  venaient  demander  à  sainte  Eustelle 
de  mettre  un  terme  à  leur  fécondité,  et  c'est  à  cette 
intention  expresse  qu'elles  buvaient  l'eau  d'une  fontaine 
dédiée  à  cette  bienheureuse  dans  le  voisinage  immédiat 
des  arènes  de  Saintes.  D'après  une  enquête  récente,  on 
ne  conserve  même  plus  le  souvenir  de  ce  singulier 
pèlerinage  (2). 

Les  procédés  auxquels  les  femmes  ont  recours  pour 
ne  pas  être  exposées  à  concevoir  ont  été  surtout  rele- 
vés en  Italie;  le  plus  ordinairement  elles  portent,  pen- 
dant le  coït,  des  amulettes  de  diverses  natures;  cer- 
taines mettent  sur  leur  poitrine  un  récipient  rempli  de 
mercure  ;  d'autres  se  munissent  d'un  sachet  contenant 
du  lait  pris  à  une  chèvre  avant  que  le  chevreau  ne  l'ait 
tétée,  d'un  fragment  de  peau  de  cerf  trempée  dans  du 
vin,  d'un  peu  de  rognure  de  sabot  de  mule  ou  de  limure 
d'acier  (3)  ;  en  France,  au  XVI^  siècle,  la  fiente  de 
lièvre  était  considérée  comme  efficace  (4).  En  SicUe, 
la  femme  qui  absorbe  à  jeun  trois  matins  de  suite  un 

(1)  Le   Men,  p.  420. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,  H,  p.   234.  Dans  la   PjTrhée  un  fleuve  nommé 
Aphrodisius  causait  la  stérilité  (Pline,  XXXI,  7). 

(3)  Zanetti,  p.  105. 

(4)  Maison  rustique  (1597),  1.  VII,  c.  35. 


15  LA   \IE  HUMAINE 

peu  de  poussière  de  sèche  se  croit  assurée  d'être  infé 
conde  (1).  Une  autre  pratique  italienne,  destinée  à  em- 
pêcher que  la  conception  ne  se  produise  trop  tôt  après 
l'accouchement,  consiste  à  éteindre  des  charbons,  en 
récitant  une  conjuration,  avec  le  sang  qui  coule  à  la 
suite  de  l'extraction  du  placenta  (2). 

A  SéviUe,  au  commencement  du  XIX^  siècle,  les 
femmes  qui  craignaient  les  désagréments  d'une  précoce 
fécondité,  buvaient  les  eaux  du  Pozzo  Santo  (3). 

6.  —  Les  pratiques  qui  se  rattachent  à  des  cultes 
naturalistes,  fréquentes  lorsqu'il  s'agit  d'obtenir  la  fécon- 
dité sont  plus  rares  et  moins  caractéristiques  après 
qu'ehe  s'est  manifestée  par  des  signes  évidents. 

Les  femmes  enceintes,  dans  l'espoir  de  se  procurer 
une  heureuse  déUvrance,  se  laissaient  glisser  du  sommet 
d'une  pierr  plate  fortement  inclinée  que  l'on  voyait,  il 
y  a  cinquante  ans,  à  Saint-Alban,  dans  l'Ain  (4).  Celles 
qui  étaient  près  de  leur  terme  s'asseyaient  dans  la  dépres- 
sion en  forme  de  fauteuil  d'un  bloc  de  granit,  situé  en 
Ecosse,  dont  le  nom  gaélique  signifie  la  Pierre  des  femmes, 
et  qui  avait  aussi  le  pouvoir  de  procurer  un  mari  (5). 

En  Touraine  beaucoup  de  femmes  grosses  vont  boire 
à  la  fontaine  d'Aiguevives  ;  l'intéressée  peut  se  faire 
remplacer  ;  l'eau  qu'elle  boit,  et  qu'elle  emploie  parfois 
pour  ses  ablutions,  est  utile  à  l'enfant  qu'elle  porte  dans 
son  sein.  Dans  les  Côtes-du-Nord  des  femmes  se  baignent 

(1)  Castelli,  p.  34. 

(2)  Zanetti,  1.  c. 

(3)  LUMBROSO,   p.    11. 

(4)  SÉBILLOT,  1.  I,  p.  338. 

<5)  Gregor,  1,  p,  42. 


LA    FÉCONDITÉ  17 

dans  une  fontaine  de  saint  Eutrope,  et  l'on  va  tremper 
leur  linge  de  corps  dans  une  source  dédiée  à  sainte 
Thouine.  La  pratique  de  plonger  la  ceinture  de  la 
femme  enceinte  dans  les  fontaines  sacrées,  signalée 
dans  le  Finistère  à  la  fin  du  XVIIP  siècle,  est  encore 
en  usage  en  Basse-Bretagne,  où  celles  qui  se  sont 
entouré  deux  ou  trois  fois  les  reins  avec  un  ruban  qui  a 
été  l'objet  de  cette  consécration,  se  croient  sûres  d'ac- 
coucher à  terme  et  sans  danger  d'un  enfant  robuste  (1). 
Les  amulettes  spéciales  à  la  grossesse  sont  surtout 
portées  dans  l'Europe  méridionale  :  en  Italie  plusieurs 
se  nomment  Pietra  gravida,  pierre  de  la  grossesse.  L'une 
d'elles  est  une  limonite  argileuse  en  forme  de  boule  qui 
a  à  l'intérieur  des  parties  détachées  de  la  masse.  Lors- 
qu'on la  secoue  on  entend  comme  un  léger  bruit  :  ces 
parties  détachées  sont  considérées  comme  de  petites 
pierres,  filles  de  la  pierre  mère,  qui  les  a  dans  son  sein. 
C'est  en  raison  de  cette  particularité,  et  aussi  de  la 
forme  qui  a  quelque  analogie  avec  celle  de  l'utériis,  que 
cette  pierre  est  regardée  comme  l'amulette  de  la  gros- 
sesse. On  croit  qu'elle  en  assure  le  cours  réguHer,  et  elle 
est  portée,  liée  ou  suspendue  au  bras  gauche  pendant 
le  temps  de  la  gestation  (2).  En  Portugal  des  femmes 
placent  sur  leur  sein  un  sachet  contenant  de  la  poussière 
raclée  sur  une  pierre  (3)  ;  en  Italie,  une  bandelette 
formée  de  la  peau  d'un  veau  mort-né,  dont  la  mère  est 
crevée  pendant  l'opération  césarienne,  prévient  l'avor- 

(1)  SÉBiLLOT,   1,  II,  p.  234-235.  La  source   du  Linus    en    Arcadie, 
maintenait  le  fœtus  et  empêchait  les  avortements  (Pline,  XXXII,  7). 

(2)  Bellucci,  1,  p. .48. 

(3)  Leite,  1,  p.  91. 


18  LA  VIE  HUMAINE 

tement  (1).  Les  Ursulines  de  Quintin  (Côtes-du-Xord) 
envoient  à  leurs  anciennes  élèves,  dès  qu'elles  sont 
enceintes,  un  ruban  de  soie  blanche  sur  lequel  est  écrit  : 
N.  D.  de  Délivrance,  protégez-nous.  Et  la  jeune  femme 
le  met  autour  de  son  corps  pour  avoir  des  couches 
heureuses  (2). 

En  Sicile,  où  le  principal  protecteur  des  femmes 
grosses  est  saint  François  de  Paule,  celles  qui  se  recom- 
mandent à  lui  se  rendent  chaque  vendredi  à  son  église, 
et,  la  première  fois  qu'elles  y  entrent,  elles  se  font  bénir 
sur  le  dos  le  cordon  du  saint,  après  avoir  fait  une 
aumône,  et  donné  deux  fèves  bénies,  des  liosties  et  une 
petite  chandelle  de  cire.  Elles  se  ceignent  du  cordon, 
et  mangent  par  dévotion  les  fèves  et  les  hosties  (3). 

7.  —  Quelques  pèlerinages  de  la  Somme  sont  fréquentés 
par  les  femmes  pour  obtenir  un  accouchement  facile  ; 
à  celui  de  Saint  Vincent  à  Gamache,  elles  font  toucher 
à  la  statue  du  saint  la  petite  chemise  destinée  à  l'enfant 
qui  va  naître,  et  un  ruban  de  soie  dont  la  moitié  est 
suspendue  au  bras  du  saint,  en  guise  de  mémento  ; 
l'enfant  sitôt  né  est  revêtu  de  cette  chemise,  et  quand, 
au  bout  de  neuf  jours  sa  mère  la  lui  retire,  elle  lui  passe 
le  ruban  autour  du  cou,  et  le  laisse  aussi  pendant  neuf 
jours  (4). 

La  plupart  des  nombreux  moyens  aestinés  à  comiaître 
le  sexe  de  l'enfant  à  venir  rentrent  dans  la  catégorie 
des  menues  superstitions.  En  Portugal,  on  se  sert  quel- 

(1)  Zanetti,  p.  252. 

(2)  Bull.  Soc.  d'Anthropologie  (1886),  p.  754. 

(3)  PiTRÈ,  1.  II,  p.  127-128. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.,  XVI  (1901),  p.  210. 


LA    FÉCONDITÉ  19 

quefois  de  la  consultation  par  le  lancement  numérique  : 
La  femme  qui  désire  savoir  si  elle  aura  un  garçon  ou 
une  fille  va  jeter  trois  petites  pierres  dans  une  lucarne 
qui  se  trouve  au  sommet  du  portail  sud  de  l'église  de 
St.  Miguel  de  Castello,  où  l'on  révère  une  sainte  Margue- 
rite protectrice  des  accouchements  ;  si  l'une  d'elles  rentre 
dans  la  lucarne,  la  femme  aura  un  garçon,  si  elle  ne 
réussit  pas,  elle  doit  s'attendre  à  la  naissance  d'une  fille  (1). 
En  Basse-Bretagne  on  pose  sur  l'eau  d'une  fontaine  une 
chemise  de  garçon  et  une  chemise  de  fille  :  celle  qui  surna- 
gera le  plus  longtemps  donne  la  réponse.  Dans  le  Morvan 
en  y  plongeant  les  langes  de  l'enfant  à  venir,  on  sait  le 
sort  qui  lui  est  réservé  ;  pour  qu'il  soit  de  bonne  venue, 
il  faut  qu'ils  en  sortent  sans  être  souillés  par  la  vase  (2). 
Suivant  des  croyances  assez  rarement  constatées, 
les  femmes  sont,  pendant  leur  grossesse,  exposées  aux 
entreprises  des  génies  ou  des  êtres  malfaisants  ;  on 
disait  autrefois  en  Ecosse  que  les  fairies  les  enlevaient  (3). 
En  Normandie,  vers  le  commencement  du  siècle  der- 
nier, elles  évitaient  d'aller  dehors  après  le  crépuscule, 
de  peur  que  le  diable  ne  s'empare  de  leur  fruit  ;  en  Ille- 
et-Vilairie  elles  peuvent,  entre  l'Angélus  du  soir  et  celui 
du  matin,  être  foulées  par  de  grandes  bêtes  noires.  En 
Haute-Bretagne,  elles  ne  doivent  jamais  sortir  pour 
uriner  le  soir,  et  on  menace  de  la  vengeance  de  la  lune 
celle  qu'on  voit  se  diriger  vers  la  porte  ;  en  Basse-Bre- 

(1)  Leite,  1,  p,  91. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  242-243. 

(3)  Stewart,  p.  121.  Les» fairies  >  des  îles  britanniques  sont  mâles 
et  femelles,  et  non  des  femmes  surnaturelles  comme  les  fées  de  la  plu- 
part des  pays  de  France. 


20  LA  VIE  HUMAINE 

tagne  on  leur  interdit  seulement  de  se  tovirner  vers  la 
lune  (1). 

Des  actes  involontaires  ou  des  rencontres  exercent 
sur  la  femme  enceinte  ou  sur  son  fruit  une  influence 
fâcheuse,  qu'elle  peut  cependant  neutraliser  en  obser- 
vant les  rites  prescrits  ;  c'est  ainsi  qu'en  Danemark 
elle  aura  une  délivrance  pénible  si  elle  ne  crache  pas 
trois  fois  lorsqu'il  lui  arrive  de  marcher  sur  un  endroit 
où  est  posé  un  couteau  (2)  ;  en  Irlande,  celle  qui  foule 
une  tombe  accouchera  d'un  enfant  ayant  un  pied  bot, 
à  moins  qu'elle  ne  s'agenouille  aussitôt  en  récitant  une 
prière,  et  qu'elle  ne  fasse  trois  signes  de  croix  sur  la  terre 
avec  la  semelle  de  son  soulier  (3).  Dans  le  comté  écossais 
de  Fife  celle  qui  s'asseyait  sur  un  endroit  où  un  Hèvre 
s'était  couché  pouvait  accoucher  d'un  enfant  ayant 
un  bec  de  lièvre  (4).  Le  même  malheur  menace  en  Irlande 
celle  qu'un  lièvre  a  effrayée  (5)  ;  dans  le  Suffolk,  elle  n'y  est 
exposée  que  si  elle  retourne  sur  ses  pas  ;  elle  en  est  in- 
demme  si  elle  le  laisse  passer  (6).  Aux  environs  de  Naples, 
celle  qui  regarde  un  lapin  ou  un  lièvre  peut  avoir  un 
enfant  à  longues  oreiUes,  ou  déformé  par  un  bec  de 
lièvre  (7).  Dans  le  Connaught  elle  évite  le  mauvais 
augure  du  lièvre  ou  du  lapin  en  coupant  un  morceau  de 
sa  chemise  et  en  le  lançant  à  l'animal  (8). 

(1)  SÉBiLi.oT,  1,   I,  p.   161-162,42. 

(2)  Thorpe,  II,  p.  276. 

(3)  Wilde,  p.  205. 

(4)  Folk-Lore,  IX  (1898),  p.  286. 

(5)  Folk-Lore  Journal,  II  (1884),  p.  258. 

(6)  GURDON,  p.  9. 

(7)  Amalfi,  p.  1. 

(8)  Folk-Lore,  VII  (1896),  p.  300. 


LA    FÉCONDITÉ  21 

8.  —  Il  existe  toute  une  série  d'interdictions  dont'  la 
violation  entraîne  de  graves  conséquences  pour  l'enfant; 
en  voici  quelques-unes.  En  Catalogne,  en  Andalousie, 
la  femme  grosse  ne  doit  pas  filer  ;  car  autant  de  tours 
elle  donne  à  son  éclieveau,  autant  elle  fait  s'enrouler'le 
cordon  ombilical  autour  du  cou  du  fœtus  (1)  ;  pour  la 
même  raison,  il  lui  est  interdit,  dans  la  Gironde  et  en 
Espagne  de  dévider,  en  Anjou,  dans  la  Gironde,  à  Naples 
de  placer  autour  de  son  cou  le  fil  qui  lui  reste  après 
qu'elle  a  enfilé  son  aiguille  (2)  ;  à  Modène  de  passer  sous 
une  corde  ou  sous  le  cou  d'un  cheval  ;  ou  de  traverser 
une  corde,  sous  peine  d'un  accouchement  difficile  (3). 
En  Espagne  si  elle  passe  sous  un  échafaud,  son  enfant 
se  retournera  dans  son  sein  (4).  Dans  la  Gironde  elle  ne 
doit  pas  se  peser,  ou  son  enfant  ne  vivra  pas  ;  il  en  est 
de  même  en  Portugal  si  elle  respire  des  fleurs  (5)  ; 
et  en  ce  pa^^s  on  doit  s'abstenir  de  coudre  sur  la  tête 
d'une  femme  enceinte,  parce  que  son  enfant  naîtrait 
estropié  (6).  Dans  la  Gironde  si  on  se  serre  le  cou  en 
sa  présence,  comme  quelqu'un  qui  s'étrangle,  on  risque 
d'étrangler  le  fœtus.  (7). 

(1)  CORTILS,  p.  76.  GUICHOT,  p.  248. 

(2)  Mensignac,  1,  p.   9.    Olavarria,  2,  p.    264.  Fraysse,  p.  74. 
Amalfi,  p.  3. 

(3)  RiccARDi,  p.  57. 

(4)  Olavarria,  1.  c. 

(5)  Mensignac,  1.  c.  Leite,  1,  p.  201. 

(6)  Pedroso,  1,  n"  448. 

(7)  Mensignac,  1.  c. 


CHAPITRE  II 


La   naissance. 


9.  Précautions  avant  ou  après  l'accouchement.  —  10.  Actes  qui  le 
suivent.  —  11.  Le  placenta  et  le  cordon  ombilical.  —  12.  Avant 
et  après  les  relevailles.  —  13.  Actes  favorables  au  nouveau-né  : 
le  premier  bain.  —  14.  Pratiques  protectrices.  —  15.  L'allaite- 
ment et  l'abondance  du  lait.  —  16.  Le  berceau.  —  l7.  L'enfant 
non  baptisé.  —  18.  Le  baptême.  —  19.  Le  retour  à  la  maison. 


9.  —  Les  êtres  malveillants  qui  ont  essayé  de  nuire 
à  la  femme  durant  sa  grossesse  se  montrent  particuliè- 
rement aotifs  pendant  la  période  de  l'accouchement. 
Quelques-uns  semblent  s'efforcer  d'empêcher  l'arrivée 
de  la  sage-femTie  ou  du  médecin  ;  celui  qui  va  les  cher- 
cher est  exposé,  s'il  est  seul,  à  des  apparitions  comme 
en  Haute- Bretagne  ou  comme  en  Hainaut  à  de  mauvais 
tours  des  esprits  malins  (1).  Le  paysan  modénois  qui 
ne  peut  se  faire  accompagner  prend  deux  pains  «  pour 
avoir  avec  soi  la  grâce  de  Dieu  »,  et  se  garantir  du  diable 
qui  pourrait  survenir  au  miheu  du  chemin  (2)  ;  en  Ba- 
vière le  5  méchants  esprits  viennent  à  la  rencontre  de 
la  sage-femme  pour  lai  barrer  la  route  (3).  Celle  du  pays 

(1)  SÊBiLLOT,  5,  I,  p.  20(5.  Harou,  p."75. 

(2)  RiccARDi,  p.  53. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.  VI  (1<Î31),  p.  35. 


LA    NAISSANCE  23 

de  Liège  met  ses  bas  ou  ses  jupons  à  l'env^ers  pour  s'en 
préserver  (1). 

Il  est  utile  de  prendre  à  la  maison  les  précautions  tra- 
ditionnelles destinées  à  rendre  vaines  leurs  tentatives. 
En  Bavière,  on  place  derrière  la  porte,  en  attendant  l'ar- 
rivée de  la  sage-femme,  un  vieux  balai  et  une  fourche, 
les  manches  en  bas  et  croisés,  pour  empêcher  la  sorcière 
d'y  pénétrer;  dans  la  Hesse  c'est  une  hache  et  un  balai  en 
croix, en  Suisse  une  fourchette  et  un  couteau  en  croix;  en 
beaucoup  de  pays,  on  enfonce  un  couteau  dans  la  porte  (2). 

La  présence  dans  la  maison  de  la  parturiente  de 
certains  animaux  ou  de  certaines  personnes  peut  lui 
être  funeste.  En  Sicile  où,  comme  en  d'autres  pays,  on 
croit  que  des  êtres  méchants  peuvent  emprunter  la 
forme  de  chats,  on  a  soin  de  les  éloigner,  et  l'on  raconte 
que  la  parente  d'une  femme  qui  avait  avorté  la  nuit, 
ayant  eu  besoin  d'aller  à  la  cuisine,  y  vit  une  chatte 
monstrueuse  qu'elle  essaya  en  vain  de  chasser  ;  elle 
revint  peu  après  avec  une  autre  personne  qui  conjura 
la  bête  au  nom  de  Dieu,  et  il  leur  parut  qu'elle  ressem- 
blait à  une  vieille  voisine,  réputée  sorcière  (3). 

On  croyait  en  Limousin  au  commencement  du  XIX^ 
siècle  que  si  une  veuve  entrait  dans  la  chambre  où  une 
femme  était  en  travail,  elle  empêchait  l'accouchement  ; 
en  Lorraine  la  veuve  de  l'année  avait  seule  ce  fâcheux 
privilège,  et  la  délivrance  ne  se  faisait  que  lorsqu'elle 

(1)  MONSEUR,  p.  4. 

(2)  Revue  des  Trad.  pop.  t.  V.  (1890),  p.  390. 

Silvan  s'efforce  de  tuer  Taccouchée  et  son  enfant  ;  on  se  défend  de 
lui  avec  le  balai,  la  hache  et  la  massue  à  mortier.  (Saint-Augustin. 
De  cite  Del,  VI,  9.) 

(3)  Castelli,  p.  16. 


24  LA   VIE  HUMAINE 

était  sortie  (  1  ) .  En  Sicile  elle  est  retardée  par  l'arrivée  d'une 
personne  de  mauvaise  vie,  par  le  geste  que  fait  une  femme 
en  portant  la  main  à  la  tête  et  en  se  la  serrant  avec 
force  ;  pour  rendre  vaines  les  fascinations  de  tout  ordre, 
on  retourne  toutes  les  chaussures,  on  crache  par  la  fenêtre, 
ou  l'on  place  une  paire  de  ciseaux  sous  le  matelas  (2). 

Quelques  actes  sont  rigoureusement  interdits  :  en 
Sicile,  on  défend  de  toucher  au  coton,  jDarce  que  s'il 
venait  à  être  tordu,  l'enfant  naîtrait  avec  le  cordon 
ombilical  enroulé  autour  du  cou  (3).  En  Irlande,  il  ne 
faut  rien  emporter  de  la  maison,  mais  il  faut  surtout 
éviter,  sous  peine  d'exposer  la  femme  à  de  graves  incon- 
vénients, sinon  à  la  mort,  d'y  prendre  un  charbon 
ardent;  en  Allemagne,  la  défense  s'apphque  surtout  au 
pain  et  au  sel  (4).  A  Menton,  la  femme  ne  doit,  sous 
aucun  prétexte,  répondre  à  qui  l'appelle  au  dehors  (5). 

Les  femmes  enceintes  portent  pendant  plusieurs  mois 
les  amulettes  protectrices  de  la  grossesse  ;  celles  dont 
la  spéciaHté  est  de  favoriser  les  accouchements  ne  leur 
sont  mises  qu'au  moment  où  des  symptômes  évidents 
en  annoncent  l'approche  ;  elles  sont  parfois  prêtées  par 
leurs  possesseurs,  comme  l'était  une  agate  veinée  et 
cornée  retenue  dans  une  monture  d'argent,  qui,  dans 
la  Lozère,  était  réputée  pour  sa  propriété  de  favoriser 
la  délivrance  (6).  Elle  était  mise  au  cou,  comme  l'est 

(1)  Juge,  p.  135.  Richard,  p.  223. 

(2)  PiTRÊ,  1,  II,  p.  135-136. 

(3)  PiTRÈ,  1,  II,  p.  136. 

(4)  Foîk-Lore  Journal  II,  (1884),  p.  257.  Grimm,  IV,  p.  1798,  n"  538. 

(5)  Revue  des  Trad.  pop.  IX  (1894),  p.  111. 

(6)  Cartailhac,  p.  98. 


LA    NAISSANCE  25" 

en  Catalogne  la  fève  de  St  Jaunie,  nom  donné  à  l'opercule 
de  l'escargot  de  mer,  que  l'on  place^dans  un  sachet 
en  forme  de  scapulaire  avec  une  image  du  saint  et  la 
tige  d'une  plante  marine  (1).  Ces  talismans  sont  parfois 
plus  christianisés,  comme  dans  les  Ardennes  le  coUier  de 
fragments  du  cierge  pascal,  et  les  médailles  et  médail- 
lons dans  la  Gironde  (2). 

C'est  sur  le  corps  même,  et  spécialement  sur  le  siège 
de  la  douleur,  que  l'on  met  les  objets  protecteurs; 
dans  plusieurs  communes  de  Lorraine  on  plaçait Jdes 
reliques  sur  le  ventre  des  femmes  en  travail  ;  à  Modica 
en  Sicile,  on  l'entoure  de  la  chaîne  en  argent  de  la  madone 
de  la  Catena.  réputée  pour  cette  spécialité  (3),  qui  était 
attribuée  au  XVIP  siècle  à  la  ceinture  Sainte  Marguerite 
de  Saint-Germain  des  Prés,  que  de  grandes  dames 
envoyaient  chercher  dans  les  moments  difficiles  (4)  ; 
en  Berry,  dans  les  paroisses  dont  cette  sainte  était  la 
patronne,  on  passait  autour  du  corps  de  la  parturiente 
la  ceinture  de  sa  statue  ;  (5)  dans  les  Vosges  la  ceinture 
de  noces  de  la  femme,  après  avoir  été  mise  en  croix  sur 
le  Ht,  lui  entoure  le  corps  (6).  En  Loir-et-Cher,  après 
avoir  lu  une  prière  soi-disant  trouvée  en  1505  dans  le 
sépulcre  de  Notre-Seigneur,  on  pose  le  papier  sur  le  sein 
gauche  de  la  gisante,  en  le  couvrant  pour  qu'elle  ne  le 
voie  pas,  et  on  ne  le  retire  que  pour  le  placer  sur  le  sein 

(1)  CORTILS,   p.   83. 

(2)  Meyrac,  p.  173.  Daleau,  p.  43.  Mensignac,  1,  p.  24. 

(3)  Richard,  p.  255.  Pitre,  1,  II,  p.  137. 

(4)  Tallemant,  Historiettes,  1840,  iii-12,  III,  p.  251. 

(5)  Laisnel,  II,  p.  5. 

(6)  Sauvé,  p.  220. 


26  LA  VIE  HUMAINE 

droit  du  nouveau-né  qu'elle  préservera  d'un  grand  nom- 
bre d'accidents  (1). 

En  Anjou  la  femme  qui  a  fait  bénir  par  une  tierce 
personne  deux  de  ses  chemises  dans  une  église  où  se 
trouve  la  statue  d'une  sainte  invoquée  pour  les  accou- 
chements, en  revêt  une  aux  premières  douleurs  ;  l'autre 
servira  à  envelopper  l'enfant  dès  qu'il  sera  né  (2).  Quel- 
quefois, les  saintes  images  sont  apportées  à  la  maison  : 
à  Palerme,  où  cet  usage  existe,  lorsque  les  femmes  juives 
souffrent  beaucoup,  elles  envoient  chercher  la  statuette 
de  la  Madone  pour  obtenir  la  grâce  d'être  promptement 
déhvrées  ;  elles  disent  :  «  Entre,  Marie  !  »  mais  à  peine 
sont-elles  accouchées  qu'elles  la  font  sortir  de  la  maison 
en  disant  :  «  Dehors,  Marie  !  »  (3). 

On  attribue  aux  objets  préhistoriques  une  influence  sur 
les  couches  difficiles  ;  à  Ratzwiller  en  Alsace,  on  frotte 
légèrement  le  ventre  avec  des  haches  de  pierre,  et  aux 
environs  de  la  Réole  avec  une  hache  en  jadéite,  dont  on 
ne  doit  pas  payer  le  prêt  en  argent.  En  Suède  on  la 
plaçait  jadis  dans  le  ht  (4).  En  Sicile,  un  galet  ramassé 
dans  la  mer  adoucit  les  douleurs  (5)  ;  en  Angleterre  un 
morceau  de  fer  garantissait  des  fairies  (6).  Autrefois 
en  Ecosse  on  plaçait  une  Bible  sous  l'oreiller,  à  Liège 
un  petit  livre  intitulé  le  Tréj^as   (7).  Aux  îles  d'Aran 

(1)  Revue  des  Trad.  pop.  XV  (1900),  p.  369. 

(2)  Fraysse,  p.  94. 

(3)  PiTRÈ,  1,  IV,  p.  461. 

(4)  Sébillot,  1,  IV,  p.  74.  Cahtailhac,  p.  21. 

(5)  PiTBÈ,  1,  II,  p.  135. 

(6)  Black,  2,  p.  178. 

(7)  Gregop,  4,  p.  477.  Hock,  p.  164. 


LA    NAISSANCE  27 

(Irlande)  on  met  sur  le  lit  neuf  objets  appartenant  au 
mari,  disposés  en  trois  groupes,  au  nom  des  trois  person- 
nes de  la  Trinité  (1). 

Certains  des  actes  accomplis  en  dehors  de  la  demeure 
de  la  parturiente  sont  en  rapport  direct  avec  les  églises. 
L'un  des  plus  fréquents  consiste  à  faire  résonner  les 
cloches,   peut-être  pour  avertir  les  saints  protecteurs 
que  leur  interv^ention  est  désirée.  Autrefois  on  Uait  à 
la  cloche  de  l'égUse  paroissiale  la  ceinture  même  de  la 
femme,   et  on  en  sonnait  trois  coups  ;   en  Saintonge, 
on  récitait  alors  certaines  prières  ou  même  des  paroles 
mystérieuses  qui  avaient  la  vertu  d'éloigner  tout  malé- 
fice  ou   toute   influence   diabolique    (2).    En   Portugal 
neuf  filles  du  nom  de  IVIarie,  toutes  les  neuf  vierges, 
font  résonner  neuf  fois  la  cloche  en  tirant  la  corde  avec 
les  dents  (3)  ;  en  Sicile  on  fait  sonner  trois  fois  la  cloche 
d'une  église  où  se  trouve  l'image  de  sainte  Anne  ou  de 
sainte  Monique,  en  invoquant  leur  aide  ;  à  NajDles  le 
mari  est  souvent  chargé  de  cet  office  (4)  ;  en  Portugal 
c'est  parfois  un  parent,  qui  doit  en  outre  réciter  une  orai- 
son ;  le  nombre  de  coups  est  assez  habituellement  de 
neuf,  et  si  c'est  le  mari,  il  doit  toucher  la  corde  avec  les 
dents  (5). 

Pendant  les  douleurs  de  l'enfantement,  des  personnes 
de  la  famille  faisaient  naguère  trois  fois  le  tour  de  la 
cathédrale  de  Saint  Lambert,  et  les  pèlerines  par  procu- 

(1)  Folk-Lore,  VII  (1896),  p.  300. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  145. 

(3)  Leite,  1,  p.  201. 

(4)  Castelli,  p.  17.  Amalfi,  p.  7. 

(5)  Pedroso,  1,  n"'  616, 113, 114. 


28  LA  VIE  HUMAINE 

ration  celui  de  Téglise  Saint-Paul,  à  Liège  (1)  ;  en  Portu- 
gal, lorsque  l'accouchement  est  difficile,  il  faut  tourner 
une  tuile  d'une  église  ou  d'une  chapelle,  et  parfois  c'est 
au  mari  que  ce  soin  incombe  (2).  A  Bordeaux,  l'un  des 
plus  proches  parents  de  la  femme  juive  va  à  la  synagogue 
et  ouvre  la  porte  du  tabernacle  c^ui  doit  rester  dans  cet 
état  jusqu'au  dénouement,  et  il  en  rapporte  la  clé,  qu'il 
place  sous  le  lit  de  la  malade  (3).  A  Chartrené  (Maine-et- 
Loire)  neuf  femmes  mariées  se  rendent  à  l'église,  et  celle 
qui  dirige  la  neuvaine  allume  un  petit  cierge  devant  une 
ancienne  statue  de  sainte  Edwige  qui  porte  le  nom  de 
N.-D.  de  la  Déhvrance  ;  chacune  des  autres  tient  une 
petite  bougie  et  récite  des  prières  tant  que  dwce  la 
flamme  (4). 

La  raison  de  certaines  pratiques  n'est  pas  toujours 
aisée  à  déterminer,  et  elle  semble  oubliée  ou  avoir  échap- 
pée aux  auteurs  qui  les  ont  notées.  En  Irlande,  dès  qu'une 
femme  ressent  les  premières  douleurs,  on  ouvre  tous  les 
tiroirs  et  toutes  les  armoires  (5)  ;  en  Ecosse  aucune 
serrure  ne  doit  rester  fermée  (6).  Cette  même  coutume, 
observée  plus  fréquemment  lors  de  l'agonie,  et  qui  a  pour 
but  de  facihter  la  sortie  de  l'âme,  est  peut-être  ici  des- 
tinée à  aider  son  entrée  dans  le  monde.  D'autres  actes 
ont  pu  être  motivés  par  une  analogie  assez  lointaine 
entre  eux  et  les  phases  de  l'accouchement  ;  c'est  ainsi 

(1)  SÉBILLOT,  1,   IV,  p.  135. 

(2)  Leite,  1,  p.  201. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  154. 

(4)  Fraysse,  p.  94. 

(5)  Wilde,  p.  202. 

(6)  Gregor,  1,  p.  4. 


LA    NAISSANCE  29 

qu'à  Naples  on  arrache  parfois  les  entrailles  à  une  poule 
encore  vivante  (  I  )  ;  dans  le  pays  de  Modène  on  fend  en 
quatre  une  poule  noire  et  on  en  coiffe  la parturiente  (2), 
10.  —  Lorsque  la  délivrance  est  arriv^ée,  la  mère 
et  l'enfant  ont  besoin  d'être  préservés  des  entreprises 
des  esprits.  En  Irlande,  on  se  hâte  de  fermer  les  armoires 
que  l'on  avait  ouvertes  au  commencement  de  l'opération, 
de  peur  que  les  fairies  ne  s'y  cachent,  pour  épier  l'occa- 
sion d'enlever  l'enfant  et  de  lui  substituer  un  de  leurs 
rejetons  (3).  Dans  les  îles  du  nord  de  l'Ecosse,  on  pro- 
menait jadis  un  flambeau  allumé  autour  de  la  mère  et 
du  nouveau-né.  (4)  En  Portugal,  il  est  utile  d'étendi'e  du 
sel  moulu  sur  le  sommet  de  la  toiture,  afin  que  les  sor- 
cières, occupées  à  le  ramasser,  ne  viennent  pas  téter 
l'accouchée  (5).  On  ne  dit  pas  comment  on  peut  se  garan- 
tir d'un  lutin  appelé  Gripet  en  Bas  Languedoc,  qui  se 
tient  sous  le  lit  des  femmes  en  couches  et  mord  les 
moUets  de  celles  qui  les  soignent  (6).  Dans  les  Vosges, 
une  personne  de  la  maison  reste  auprès  de  l'accouchée 
pendant  les  premières  heures  qui  suivent  la  déhvrance, 
pour  la  surveiller  en  récitant  des  prières  ;  c'est  au  mo- 
ment où  elle  est  alors  prise  de  sommeil  qu'elle  est  le 
plus  exposée  à  subir  l'influence  des  mauvais  esprits  (7). 
Dans  les  Asturies,  on  la  préserve  des  douleurs  internes 

(1)  Amalfi,  p.  14. 

(2)  RicCARDi,  p.  58. 

(3)  Wilde,  p.  202. 
(4)Brand,  II,  p.  78. 

(5)  Pedroso,  1,  n"  528. 

(6)  Revue  des  Trad.  pop.   II  (1887),  p.  432. 

(7)  Sauvé,  p.  225. 


30  LA   VIE  HUMAINE 

en  plaçant  sous  son  matelas,  sans  qu'elle  le  sache,  des 
ciseaux  en  forme  de  croix  (1). 

11.  —  On  croit  en  beaucoup  de  pays  à  une  relation 
sympathique  entre  la  délivre  ou  le  cordon  ombilical  et 
le  corps  dont  ils  ont  fait  partie  (2),  et  c'est  poiu-  mettre 
l'enfant  à  l'abri  des  influences  funestes  que  l'on  a  soin 
de  les  protéger  de  l'atteinte  des  bêtes  ou  des  esprits.  En 
Espagne,  on  doit  se  garder  de  jeter  la  moindre  partie 
du  placenta,  car  s'il  était  mangé  par  un  animal,  l'enfant 
aurait  toutes  les  mauvaises  quahtés  de  celui-ci  (3).  En 
Irlande,  il  doit  être  brûlé  pour  préserver  le  nouveau- 
né  des  fairies  (4). 

En  Portugal,  on  conserve  avec  soin  le  cordon  ombiU- 
cal  ;  si  les  rats  venaient  à  le  dévorer,  l'enfant  deviendrait 
voleur  ;  en  Toscane,  on  le  cache  sous  une  pierre  parce 
qu'il  aurait  le  même  vice  si  un  chat  le  mangeait  (5). 
En  Anjou,  on  ne  le  brûle  pas,  car  l'enfant  périrait  par 
le  feu  ;  et  il  serait  exposé  à  se  noyer  plus  tard  si  on  le 
jetait  à  l'eau.  En  Haute-Bretagne,  où  cette  prohibition 
est  motivée  par  les  mêmes  craintes,  on  le  brûle  parfois 
lorsqu'il  tombe,  pour  empêcher  l'enfant  de  devenir 
voleur  ou  tout  au  moins  de  pisser  au  ht  (6).  Dans  le 
Mentonnais,  on  se  hâte  de  le  détruire,  car  le  nouveau-né 
souÉfrirait  s'il  venait  à  être  mangé  par  quelque  bête  (7). 

(1)  Olavabria,  2,  p.  267. 

(2)  Frazeb,  I,  p.  54-58. 

(3)  Olavabria,  2,  p.  268.  Arivau,  p.  472. 

(4)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  104. 

(5)  Pedroso,  1,  n"  122.  Gubernatis,  1,  p.  32. 

(6)  Fraysse,  p.  78.  Sébillot,  3,  p.  20. 

(7)  Revue  des  Trad.  pop.  IX,  (1894),  p.  111. 


LA    NAISSANCE  31 

En  Portugal,  il  est  bon  de  le  jeter  au  feu  lorsqu'il  se 
détache,  et  d'exposer  les  mains  de  l'enfant  à  la  fumée, 
en  disant  :  «  Sois  habile  et  heureux  (1).  » 

12.  —  Plusieurs  précautions  traditionnelles  ont  pour 
but  d'éviter  des  inconvénients  surnaturels  à  l'accouchée 
qui  est  assez  bien  pour  quitter  le  lit.  Dans  les  villages  du 
comté  de  Banff,  les  femmes  pour  éloigner  les  maléfices 
des  puissances  des  ténèbres,  promènent  ordinairement 
trois  fois  une  petite  torche  allumée  autour  de  l'apparte- 
ment (2)  ;  à  l'île  de  Lewis  (Ecosse)  on  faisait  le  matin  et 
avant  la  nuit,  le  tour  de  la  femme  qui  n'avait  pas  été 
relevée  en  tenant  à  la  main  un  tison  enflammé  (3). 

Jusqu'à  ce  que  la  cérémonie  des  relevailles  ait  été 
accomphe,  la  femme  est  exposée  et  elle  expose  les  autres 
à  de  nombreux  inconvénients  :  chez  elle,  elle  est  consi- 
dérée comme  impure,  et  en  Berry  elle  mange  à  part,  elle 
ne  doit  pas  travailler  ou  son  enfant  sera  voleur,  ni 
toucher  à  quoi  que  ce  soit,  ou  à  qui  que  ce  soit  (4). 
Dans  le  nord  de  l'Angleterre,  celle  qui  entre  dans  une 
maison  y  apporte  la  mauvaise  chance  ;  si  rencontrée,  elle 
reçoit  des  insultes  ou  des  coups,  elle  n'a,  assure-t-on, 
aucun  recours  légal  (5).  En  France  où  l'on  est  pas  aussi 
rigoureux,  on  croit  cependant  que  si  elle  va  chez  une  nour- 
rice, elle  fait  tarir  son  lait,  que  son  entrée  empêche  le 
linge  de  blanchir,  qu'elle  fait  aigrir  le  vin,  et  que  l'eau 
des  puits  ou  des  fontaines  où  elle  puise  devient  trouble 

(1)  Pedboso,  1,  n»  159. 

(2)  Revue  des  Trad.  pop.,  II  (1887).  p.  463. 

(3)  Brand,  II,  p.  486. 

(4)  Laisnel,  II,  p.  14. 

(5)  Henderson,  p.  16. 


32  LA  VIE  HUMAINE 

OU  se  change  en  sang  (1).  A  Menton,  elle  est  tourmentée 
par  les  mauvais  esprits  si  elle  outrepasse  les  délais  ordi- 
naires (2). 

Bien  des  femmes  du  Northumberland  n'osaient  quit- 
ter leur  logis  sans  avoir  mis  un  morceau  de  charbon 
sur  le  linteau  de  la  porte  (3).  En  Irlande,  où  il  est  plus 
encore  rigoureusement  prescrit  à  celles  qui  n'ont  pas 
été  relevées  de  garder  la  maison,  elles  en  sortent  impu- 
nément, à  la  condition  de  mettre  sur  leur  tête  un  frag- 
ment de  leur  toit,  brique  ou  bois  ;  elles  peuvent  ainsi 
affirmer  au  prêtre  qu'elles  ne  sont  pas  sorties  de  dessous 
leur  toit  (4).  Les  paysannes  de  plusieurs  communes  de 
la  Gironde  emploient  le  même  procédé  :  eUes  portent, 
sur  la  tête,  une  tuile  qui  a  été  enlevée  par  le  mari  à  la 
toiture  même  de  la  maison,  et  qui  représente  pour  l'ac- 
couchée l'habitation  elle-même  (5). 

Parmi  les  assez  nombreuses  observances  qui  accom- 
pagnent les  relevailles,  quelques-unes  sont  vraisembla- 
blement anciennes  ;  en  Bavière  et  en  Ukraine,  la  mère 
doit  enjamber  une  hache  ou  un  couteau  mis  sur  le  seuil 
de  la  maison  au  moment  où  elle  part  (6)  ;  dans  plusieurs 
pays  du  nord,  on  jette  après  elle  un  tison  enflammé, 
pour  empêcher  les  esprits  de  l'enlever  ou  de  l'ensorce- 
ler (7)  ;  dans  la  Flandre  française  des  femmes  lancent  un 

(1)  NoGUÊs,  p.  25.  Daleau,  p.  31.  Sébillot,  1,   II,  p.  213,  314. 

(2)  Revue  des  Trad.  pnp.  IX  (1894),  p.  112. 

(3)  Balfour,  p.  91. 

(4)  Henderson,  p.  16. 

(5)  Mensignac,  1,  p.  37. 

(6)  Revue  des  Trad.  pop.  VI,  (1891),  p.  37. 

(7)  T-ÏXOR,  II,  p.  254. 


LA    NAISSANCE  33 

paquet  de  sel  derrière  elles,  afin  que  leurs  couches  n'aient 
pas  de  suites  fâcheuses  (1). 

13.  —  Plusieurs  des  actes  traditionnels  qui  accueillent 
l'enfant  à  son  entrée  dans  le  monde  ont  pour  but  de  le 
mettre  à  l'abri  des  mauvaises  influences  ou  de  lui  assu- 
rer la  chance  dans  l'avenir.  La  sage-femme  irlandaise 
qui  crache  sur  lui,  dès  qu'il  est  né,  accomplit  un  rite 
qui  était  usité  chez  les  Romains  contre  la  fascination, 
et  qui  dans  le  Haut-Ogôué  est  destiné  à  préserver  le 
nouveau-né  des  sortilèges  (2).  Dans  le  Galway  (Irlande 
de  l'ouest)  c'est  parfois  le  père  lui-même  qui  est  chargé 
de  ce  soin  (3). 

Les  observances  qui  suivent  sont  basées  sur  l'idée 
"qu'elles  peuvent  influer  sur  le  bonheur  de  l'enfant.  En 
Sussex,  il  doit,  sitôt  né,  être  porté  en  haut  de  l'escalier, 
ou  il  ne  sera  pas  riche  ou  puissant  ;  à  défaut  d'escalier, 
on  monte  sur  une  chaise  (4).  En  Ecosse,  on  l'enve- 
loppe dans  un  vêtement  de  femme  si  c'est  un  garçon, 
dans  celui  d'un  homme  si  c'est  une  fille,  sans  cela  il  ne 
connaîtrait  pas  les  joies  du  mariage  (5).  Dans  quelques 
communes  du  Béarn,  on  jetait  par  la  fenêtre  du  fro- 
ment et  des   pièces  de  monnaie,    et   l'on   croyait  que 

(1)  Desrousseaux,  II,  p.  288. 

(2)  Folk-Lore  Journal,  II  (1884),  p.'257. 

Perse,  Satire  II,  v.  31-34  :  La  grand'mère  ôtait  l'enfant  du 
berceau,  et  le  purifiait  avec  de  la  salive  lustrale,  préservatif  certain 
contre  le  mauvais  regard.  La  pratique  africaine  consiste  à  cracher 
sur  le  nouveau-né  des  herbes  mâchées.  (C.  de  Mensignac.  Le  Crachat  et 
lasalive,p.  51-54.) 

(3)  Folk-Lore,  IV  (1893),  p.  357. 

(4)  GURDON,  p.  10. 

(5)  Gregor,  1,  p.  7. 


34  LA  VIE  HUMAINE 

cette  offrande  serait  favorable  au  petit  être  (1).  Dans  le 
nord  de  l'Angleterre,  on  distribue  du  pain  et  du  fromage 
ou  l'enfant  ne  sera  j)as  beau  (2). 

Le  premier  lavage  du  nouveau-né  est  l'objet  de 
pratiques  qui  montrent  l'importance  que  l'on  attache 
à  cet  acte  pré-baptismal.  En  Portugal,  on  met  des 
aiguilles  dans  le  fond  du  vase,  et  l'on  y  puise  de  l'eau 
pour  faire  un  signe  de  croix  en  récitant  cette  formule  : 

L'eau  à  laver,  le  Seigneur  à  la  bénir,  l'eau  à  courir, 
et  l'enfant  à  croître»  (3),  Dans  le  nord  de  l'Ecosse,  en 
plusieurs  parties  de  l'Angleterre  et  de  l'Allemagne,  on 
y  plonge  un  charbon  ardent  ou  un  poker  rougi  (4).  En 
Portugal,  en  Suède,  on  y  jette  une  pièce  de  monnaie 
pour  assurer  le  bonheur  de  l'enfant  (5)  ;  dans  le  nord* 
de  l'Ecosse  c'est  de  l'argent,  et  plus  grosse  est 
la  somme  plus  il  sera  chanceux  (6).  En  Ecosse  on  avait 
grand  soin  de  ne  pas  laisser  l'eau  toucher  la  paume  des 
mains,  pour  ne  pas  lui  enlever  la  jouissance  des  biens 
de  ce  monde  ;  dans  le  nord  et  l'ouest  de  l'Angleterre 
cette  défense  ne  s'apphque  qu'à  la  main  droite  (7). 

L'eau  qui  la  première  a  été  en  contact  avec  le  corps 
du  nouveau-né  emprunte  à  cette  circonstance  un  carac- 
tère particuher,  et  elle  semble  être  en  connexion  magi- 
que avec  lui  ;  aussi  ne  la  traite-t-on  pas  comme  une  eau 

(1)  NoRE,  p.  122. 

(2)  Henderson,  p.  11. 
<3)  Leite,  2,  II,  p.  111. 

(4)  Gregor,  1,  p.  7.  Folk-Lore,  XII  (1901),  p.  472. 

(5)  CoELHo,  p.  563.  Thorpe,  II,  p.  109. 
<6)  Folk-Lore  Journal,  VI  (1888)  p.  235, 
<7)  Gregob,  1,  p.  7.  Henderson,  p.  16. 


LA    NAISSANCE  35 

ordinaire,  dans  la  croyance  que  l'on  peut  s'en  servir 
pour  nuire  à  l'enfant,  ou  pour  lui  procurer  des  avantages; 
elle  est  l'objet  des  mêmes  traitements  que  le  placenta  et 
le  cordon  ombilical  (p.  30)  et  que  le  bonnet  de  baptême. 
En  Wallonie,  on  la  renverse  dans  le  feu,  pour  éviter  les 
maléfices  que  pom-rait  subir  l'enfant  si  elle  venait  à 
être  emploj^ée  par  des  sorcières  (1)  ;  en  Estlionie,  j)our 
la  même  raison,  on  la  versait  sur  le  gazon,  à  l'écart  du 
chemin  (2).  En  Ecosse,  si  on  la  répand  sur  les  fondations 
d'un  édifice,  elle  le  met  à  l'abri  de  l'incendie  et  l'enfant 
est  à  l'avenir  préservé  de  toute  brûlure  (3).  Dans  les 
Highlands  elle  communique  sa  vertu  à  la  corde  de 
paille  qui  a  entouré  le  corps  du  nouveau-né  à  la  fin 
de  l'opération;  ses  morceaux  le  garantissent,  sa  vie 
durant,  de  l'épilepsie  et  de  plusieurs  autres  maladies  (4). 
En  Portugal  son  rôle  est  purement  symbolique  :  on  la 
jette  dehors  si  celui  qui  vient  d'y  être  lavé  est  un 
garçon,  dans  la  maison  si  c'est  une  fille,  parce  que  le 
bonheur  de  l'homme  est  au  dehors,  et  celui  de  la  femme 
au  logis  (5). 

En  Ecosse,  lorsque  la  nourrice  avait  fini  de  mettre 
à  l'enfant  ses  premiers  vêtements,  elle  le  tournait  trois 
fois  dans  ses  bras,  sens  dessus  dessous,  le  bénissait,  et 
le  faisait  choquer  trois  fois  la  tête  en  bas.  Ces  cérémonies 
tenaient  les  fairies  à  distance  et  le  préservaient  des 
frayeurs   nocturnes    et    du   rachitisme.  On  les  répétait 

(1)  MONSEUR,  p.  37. 

(2)  Grimm,  IV,  p.  1844,  n«  28. 

(3)  Gregor,  1,  p.  7. 

(4)  Campbell,  2,  p.  27. 

(5)  Leite,  2,  II,  p.  98. 


36  LA  VIE  HUMAINE 

d'ailleurs  chaque  fois  qu'on  l'habillait  (1).  Dans  les 
Highlands  on  avait  soin  de  lui  mettre  la  tête  en  bas  en 
faisant  sa  toilette  le  matin,  ce  qui  constituait  une 
excellente  garantie  contre  toute  espèce  de  fascination  (2). 
14.  —  La  plupart  des  amulettes  destinées  à  préserver 
les  enfants  des  mauvais  esprits,  des  sorcières  et  des 
maladies  qui  tiennent  à  des  causes  surnaturelles  leur 
sont  mises  aussitôt  après  leur  naissance.  En  Basse- 
Bretagne,  vers  1840,  on  introduisait  dans  la  manche 
du  premier  vêtement  du  nouveau-né  un  morceau  de 
pain  de  seigle  grillé  sur  des  charbons  ;  grâce  à  ce  talis- 
man, les  sorcières,  les  envieux  qui  jettent  des  sorts  et 
soufflent  de  mauvais  vents  ne  pouvaient  lui  nuire  ; 
le  pain  absorbait  les  maléfices,  mais  il  fallait  avoir  soin 
de  le  changer  tous  les  jours  (3).  En  Sicile  on  lui  suspend 
au  cou  des  rubans  et  des  amulettes  qui  consistent  en  une 
ou  plusieurs  petites  cornes,  en  une  petite  main  de  corail 
qui  forme  la  corne  contre  le  mauvais  œil,  une  coquille 
de  mer  percée,  ou  des  médailles  de  saints  ou  des  sachets 
où  sont  enfermées  leurs  images,  parfois  avec  d'autres 
objets  (4).  En  Galice,  on  lui  attache  au  cou  une  branche 
de  corail  et  au  poignet  une  médaille  de  saint  Benoît  (5). 
Dans  le  Finistère,  la  pierre  de  coadri  (staurotide)  le 
préserve  parce  qu'elle  porte  en  relief  l'image  de  la 
croix  (6),  En  Ecosse,  vers  1820,  un  ruban  rouge  autour 

(1)  Gregor,  1,  p.  7. 

(2)  Stewart,  p.  114. 

(3)  BouET,  I,  p.  60. 

(4)  PiTRÈ,  1,  II,  p.  177-179. 

(5)  Arivau,  p.  258. 

(6)  BouET,  1,  c. 


LA   NAISSANCE  37 

du  COU,  une  croix  en  sautoir  étaient  efficaces  contre  le 
mauvais  œil,  les  méchants  esprits,  et  les  divers  inconvé- 
nients ;  maintenant  on  y  met  le  commencement  de  l'évan- 
gile de  Saint  Jean,  un  clou  recourbé  de  fer  à  cheval  ou 
un  morceau  de  peau  de  loup  (1).  Dans  les  Apennins, 
sept  fragments  de  corail  pris  aux  colliers  de  sept  jeunes 
filles  nommées  Marie,  enfilés  dans  un  cordon  de  soie 
rouge  attaché  au  bras  gauche  de  l'enfant,  constituent 
un  antidote  souverain  contre  l'envie  (2).  Comme  pré- 
servatif du  mauvais  œil,  on  suspend  souvent  au  cou  des 
petits  enfants  itaUens  des  poils  de  blaireau  montés  en 
argent  (3)  ;  en  Portugal,  pour  que  les  sorcières  ne  puis- 
sent s'emparer  de  ceux  qui  ne  sont  pas  encore  baptisés, 
on  leur  attache  au  bras  les  culottes  de  leur  père  (4)  ; 
en  Saintonge,  elles  étaient  placées  près  du  ht  avec 
un  rameau  de  buis,  et  dès  lors  ces  femmes  ne  pou- 
vaient substituer  au  joli  poupon  un  petit  monstre  né 
d'elles  (5). 

Le  fer,  métal  odieux  aux  esprits  et  aux  suppôts  du 
diable,  est  d'un  usage  fréquent.  Dans  le  comté  d'York 
on  préservait  le  sommeil  des  nouveau-nés  non  encore 
baptisés,  qui  sont  alors  à  la  merci  des  fairies,  en  suspen- 
dant vers  la  tête  du  berceau  un  couteau  à  découper 
dont  la  pointe  était  voisine  de  la  face  de  l'enfant  (6). 
En  Suède  on  place  dans  le  berceau  un  couteau  ou  tout 

(1)  Stewart,  p.  114.  Black,  2,  p.  154. 

(2)  Mélusine,  VIII  (1896-7),  col.  20. 

(3)  Bellucci,  l,p,  69. 
(4)Leite,  l,p.  202. 

(5)  NoGUÈs,  p.  21. 

(6)  Brand,  II,  p.  80. 

LE   PAGANISME   CONTEMPORAIN  3 


38  •  LA  VIE   HUMAINE 

autre  instrument  de  fer  (1);  en  Portugal,  on  met  sous  le 
traversin  des  ciseaux  ouverts  en  croix,  auxquels  on 
ajoute  parfois  de  la  rue  ;  ils  sont  souverains  contre  les 
sorcières,  de  même  que  l'était,  en  Saintonge,  le  morceau 
de  fer  placé  auprès  de  l'enfant  non  baptisé  (2).  Dans 
le  Northumberland,  des  pierres  trouées  sont  souvent 
mises  sur  le  berceau  ;  en  Ecosse  c'est  une  Bible  (3). 
En  Irlande,  un  peu  de  sel  caché  dans  les  vêtements  de 
l'enfant  constitue  la  meilleure  sauvegarde  contre 
l'enlèvement  par  les  fairies  (4).  En  Portugal,  on  empêche 
le  nouveau-né  d'être  fasciné  en  enfonçant  une  aiguille 
dans  le  sol  (5). 

Le  feu  et  la  lumière  figurent  parmi  les  sauvegardes 
efficaces.  Dans  l'île  de  Lewis  on  promenait  matin  et  soir 
autour  des  enfants,  jusqu'à  ce  qu'ils  eussent  été  baptisés, 
un  tison  enflammé  pour  les  préserver  des  mauvais  es- 
prits qui,  à  ce  moment,  sont  prêts  à  leur  faire  du  mal  et 
à  les  enlever  pour  leur  substituer  leurs  malingres 
rejetons.  Dans  les  îles  de  l'ouest  de  l'Ecosse,  une  femme 
balançait  dans  le  même  but  l'enfant  trois  ou  quatre 
fois  au  dessus  d'une  flamme  (6).  En  Suède,  pour  effrayer 
les  Trolls  et  prévenir  le  changeling,  il  doit  y  avoir  jour 
et  nuit  du  feu  dans  le  foyer  ou  des  lumières  dans  la 
chambre.  Dans  le  nord  de  l'Allemagne,  c'était  pour  proté- 
ger les  enfants  des  femmes  blanches  qui  se  plaisaient 

(1)  Thorpe,  II,  p.  82, 

(2)  Pf.droso,  2,  p.  15.  NoGUÊs,  p.  21. 

(3)  Balfour,  p.  51.  Gregor,  4,  p.  477. 
<4)  Wilde,  p.  204. 
(5)Leite,1,p.  100. 

(6)  Brand,  II,  p.  486,  77. 


LA    NAISSANCE  S9 

autrefois  à  les  enlever,  qu'on  allumait,  sitôt  après  la 
naissance,  un  feu  qui  devait  brûler  constamment 
jusqu'après  le  baptême  (1).  En  Portugal,  c'est  comme 
préservatif  contre  la  puissance  des  sorcières  qu'on  tient 
une  lumière  jour  et  nuit  dans  la  chambre  (2). 

En  Béarn  pour  empêcher  le  démon  de  venir  avant  le 
lever  du  soleil  s'emparer  de  l'enfant,  une  femme  qui  se 
sent  la  force  de  ne  pas  dormir  de  toute  la  nuit  fait  allu- 
mer à  ses  côtés  deux  cierges  bénits,  couche  le  nouveau-né 
sur  ses  genoux  et  le  berce  sans  cesse  en  prononçant  ces 
paroles  «  Dors,  dors  tranquille,  joU  petit.  —  Tu  es  bien 
gardé  par  le  petit  ange.  —  Demain  nous  te  donnerons 
un  saint  nom  —  »  (3).  Dans  la  Bigorre,  de  peur  que  les 
sorciers  ne  profitent  pour  jeter  un  sort  au  nouveau-né 
du  moment  où  la  matrone  se  serait  endormie,  on  place 
du  pain,  de  l'ail  et  du  sel  sur  une  table  recouverte  d'une 
serviette  (4).  En  Irlande,  l'enfant  né  à  minuit  doit  être 
chaque  nuit  aspergé  d'eau  bénite  et  veillé  sept  jours,  sinon 
il  est  exposé  à  être  changé  par  les  «  bonnes  gens  »  (5). 

15.  —  Plusieurs  des  pratiques  destinées  à  assurer 
l'abondance  du  lait  sont  antérieures  à  la  maternité,  et 
elles  s'accomplissent  en  même  temps  que  celles  qui  ont 
pour  but  la  fécondité.  C'est  pour  obtenir  cette  double 
faveur  que  les  nouveaux  mariés  de  quelques  villages 
d'Auvergne  font  trois  fois  en  dansant  le  tour  des  pierres, 
et  que  des  paysannes  allaient  naguère  la  nuit,  dépouillées 

(1)  Thorpe,  II,  p.  76;  III,  p.  71. 

(2)  Pedroso,  2,  p.  15. 

(3)  Barthety,  p.  11. 

(4)  ROSAPELLY,  p.   5. 

(5)  Folk-Lore  Journal,  II  (1884),  p.  257. 


40  LA  VIE  HUMAINE 

de  tout  vêtement  jusqu'à  la  ceinture,  se  frotter  les  seins 
et  le  ventre  contre  une  pierre  levée  des  environs  de 
Mâcon  (1). 

Les  amulettes  augmentent  la  sécrétion  du  lait  ; 
l'usage  de  la,  piètre  del  latte  est  général  dans  les  campagnes 
d'Italie  ;  ce  sont  des  fragments  d'agate,  des  calcédoines 
de  diverses  couleurs,  des  grains  de  sélénite  ou  de  corail 
blanc  que  les  nourrices  suspendent  à  leur  cou  ou  lient 
sur  le  corset  (2).  En  Portugal,  elles  portent  au  cou  une 
petite  pierre  appelée  leituario  ou  un  grain  nommé  conta 
leiteiria  (3).  Dans  les  Vosges,  on  se  sert  d'une  graine 
en  albâtre  de  forme  ovoïde,  dit  gland  de  saint  Anselme  (4). 
Les  nourrices  ombriennes  s'assurent  un  lait  abondant 
ou  le  font  revenir  en  s' attachant  au  cou  un  sachet 
rempli  de  terre  prise  dans  une  petite  chapelle  voisine 
d'Umbertide,  où  l'on  vénère  une  statue  de  la  vierge 
appelée  31  adonna  délie  latte  (5).  Dans  les  Asturies,  et 
dans  le  nord  du  Portugal,  un  coquillage  nommé  cuento 
de  la  lèche,  grain  de  lait,  qui  doit  avoir  été  ramassé 
dans  la  mer,  est  suspendu  par  un  cordon  au  cou  de  la 
nourrice  (6).  A  Venise,  on  lui  met  un  hippocampe  sur  le 
sein  ou  sur  la  chemise  (7)  ;  dans  la  Haute-Garonne,  les 
nourrices  se  préservent  d'un  mal  qui  vient  au  sein  par 
suite  du  mauvais  œil,  en  portant  au  cou  une  pierre  percée 

(1)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  61,  57. 

(2)  Zanetti,  p.  153.  Bellucci,  1,  p.  35. 

(3)  Leite,  1,  p.  92. 

(4)  SAtrvÉ,  p.  114. 

(5)  Zanetti,  p.  74,  146. 

(6)  SÉBILLOT,  2,  I,  p.  276. 

(7)  Bernoni,  p.  146. 


LA   NAISSANCE  41 

nommée  Gar do-lait  {l).  Les  Gougadpatereu du MorhihsLn, 
colliers  composés  d'objets  provenant  des  sépultures 
préhistoriques,  empêchent  la  disparition  du  lait  ou  le 
font  revenir  (2).  Les  femmes  qui  vont  en  pèlerinage  à 
la  Vierge  d'Aillas-le- Vieux,  dans  la  Gironde,  y  font  bénir 
des  boules  de  verroterie  dites  graines  de  lait  (3). 

Des  analogies  d'aspect  ont  motivé  des  visites  à  plu- 
sieurs jeux  de  nature  :  les  femmes  portugaises  qui  n'ont 
pas  de  lait  font  trois  fois  le  tour  d'un  rocher  appelé 
Pedra  leital,  et  elles  sucent  les  protubérances  en  forme 
de  mamelles  qui  se  trouvent  sur  une  de  ses  faces  (4).  Il  y 
a  de  semblables  aspérités  dans  la  grotte  de  Sos  (Landes) 
où  coule  la  fontaine  de  Las  poupettes,  dont  l'eau  rend  le 
lait  aux  nourrices  qui  la  boivent  après  une  offrande 
et  une  prière  à  la  Vierge  ;  le  linge  trempé  dans  celle  qui 
dégoutte  d'un  rocher  des  environs  de  la  Réole  (Gironde), 
dont  les  concrétions  pierreuses  ressemblent  à  des  ma- 
melles allongées,  est  aussi  appliqué  sur  le  sein  pour  aug- 
menter le  lait  (5). 

Les  nourrices  qui  s'adressent  à  un  grand  nombre 
de  fontaines  de  France  réputées  pour  leur  vertu  lactifère 
boivent  le  plus  ordinairement  un  peu  de  leur  eau,  en 
accomplissant  quelques  rites  accessoires.  Ces  visites 
paraissent  plus  rares  à  l'étranger  ;  cependant  en  Por- 
tugal, la  femme  qui  n'a  pas  de  lait  va  boire  à  la  Fonto  do 
leite,  et  fait  ensuite  à  l'eau  une  offrande  de  pain,  de  lin, 

(1)  Mélusine,  VII,  (1894) col.  213. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  77. 

(3)  Daleau,  p.  39. 

(4)  Leite.  1,  p.  92. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  236  ;  I,  p.  341. 


42  LA  VIE  HUMAINE 

de  vin,  etc.,  qui  peut  être  ramassée  par  la  première  per- 
sonne qui  passe.  (1) 

L'eau  est  parfois  prise  en  breuvage  et  appliquée  à  la 
lotion  des  seins  ;  lorsque  les  nourrices  ont  lavé  les 
leurs  à  la  fontaine  Moriane  près  d'Uchon  (Saône-et- 
Loire),  elles  puisent  de  l'eau  dans  un  vase,  le  font  toucher 
avant  de  boire  à  une  statue  vénérée,  et  emportent  le 
reste  à  la  maison  pour  continuer  le  traitement.  Les  ablu- 
tions sont  aussi  associées  à  d'autres  rites  :  à  Gouézec 
(Finistère)  les  pèlerines  doivent  faire  trois  fois,  le  corsage 
déboutonné,  le  tour  de  la  chapelle  de  Notre-Dame  de 
Treguron,  se  laver  les  seins  à  la  fontaine  après  chaque 
tour,  puis  rentrer  à  l'église,  réciter  cinq  Pater  et  cinq  Ave 
et  mettre  quelque  monnaie  dans  le  tronc.  L'ofirande 
seule  peut  suffire,  comme  à  la  fontaine  de  Notre-Dame 
de  Treguron  en  Edern,  où  la  suppliante  laisse  choir 
dans  l'eau  une  à  une,  en  se  signant  à  chaque  fois,  trois 
épingles  de  son  corsage.  (2) 

Deux  pratiques  bretonnes  ont  pu  être  inspirées  par 
des  idées  d'analogisme  ou  de  magie  sympaUiique  :  A 
Saint-Gilles-PHgeaux  (Côtes-du-Nord),  la  pèlerine  vide 
une  fontaine  à  l'aide  d'une  écuelle,  se  rend  à  l'église,  dit 
un  chapelet  et  retourne  à  la  maison  ;  pendant  que  la  fon- 
taine se  remplit,  les  seins  de  la  femme  se  gonflent  d'un  lait 
excellent  (3).  Près  de  Tregueux  (Côtes-du-Nord),  les  jeunes 
mères  tirent,  comme  si  elles  trayaient  une  vache,  sur  les 
branches  d'un  gros  genêt  placé  au  bord  d'un  ruisseau  (4). 

(1)  Leite,  1,  p.  73. 

(2>  Sébillot,  1,  II,  p.  236. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  236. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.  XVIII  (1903),  p.  531. 


LA    NAISSANCE  43 

Un  procédé  employé  en  Portugal  pour  faire  revenir  le 
lait  est  peut-être  fondé  sur  la  croyance  au  pouvoir  de 
la  rosée.  Il  consiste  à  exposer  un  corset  au  serein  nocturne 
trois  nuits  de  suite,  à  le  frapper  chaque  fois  à  plusieurs 
reprises,  puis  à  revêtir,  avant  le  lever  du  soleil,  ce  corset 
imprégné  de  rosée  (1). 

Les  nourrices  dont  les  seins  sont  malades  ou  taris 
font,  en  invoquant  sainte  Agathe,  sept  fois  le  tour  de  la 
chapelle  qui  lui  est  dédiée  à  Langon  (Ille-et- Vilaine)   (2). 

Les  femmes  croient  aussi  utile  de  s'assurer  par  des 
présents  la  protection  des  puissances  célestes.  Celles  qui 
n'ont  pas  de  lait  vont  en  pèlerinage  à  la  statue  de  saint 
Christovan,  aux  environs  d'Elva  (Portugal),  et  lui  pro- 
mettent un  bol  de  lait  et  cinq  petits  pains.  Lorsque  son 
vœu  a  été  exaucé,  la  suppliante  vient,  accompagnée 
de  cinq  petites  filles,  appelées  Marie,  portant  le  lait  et  les 
petits  pains,  qui  doivent  avoir  été  mendiés  ;  les  Maries 
mêlent  le  pain  avec  le  lait  et  le  mangent  ;  la  femme  assiste 
à  cet  acte  ;  mais  ne  mange  pas  (3).  Les  nourrices  de 
la  Dordogne  font  des  offrandes  en  nature  d'un  carac- 
tère particulier  ;  elles  déposent  sur  l'autel  de  la  Vierge  à 
Saint-Pardoux-la-Rivière  un  fromage  fait  de  leur  propre 
lait  ;  à  BusseroUes,  elles  se  contentent  d'y  déposer  une 
fiole  de  lait  et  un  morceau  de  pain  (4). 

Des  actes  accomplis  par  autrui  ou  par  la  femme  en 
violation  de  certaines  défenses  peuvent  amener  la  dis- 
parition du  lait.  Dans  les  Vosges,  en  brûlant  des  coques 

(I)Leite.  l,p.  202. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  136. 

(3)  Revista  lus'tana,  VIII  (1905),  p.  277. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.  X  (1895),  p.  229. 


44  i^A   VIE  HUMAINE 

d'œufs  on  tarit  infailliblement  le  sein  de  la  nourrice 
qui  allaite  dans  la  maison  ou  qui  y  entre  (1).  En  Portugal 
si  l'on  y  porte  une  branche  de  figuier,  le  lait  de  la  mère 
séchera  et  le  nourrisson  sera  ensorcelé.  La  femme  qui 
allaite  ne  doit  pas  faire  boire  son  lait  à  un  chat  ou  à  un 
chien,  ou  l'enfant  en  pâtit  ;  il  devient  arthritique  ou 
épileptique  si  on  lui  donne  le  sein  entre  l'élévation  de 
l'hostie  et  celle  du  calice  (2). 

Quelques  actes  s'appliquent  au  nourrisson  lui-même  ; 
dans  la  Suisse  romande,  pour  qu'un  nouveau-né  prenne 
le  sein  avec  facilité  et  profit,  on  lui  fait  faire  trois  fois 
le  tour  de  la  crémaillère  la  tête  en  bas  (3).  En  Provence 
lorsqu'un  enfant,  par  la  suite  d'un  sort,  prend  mal 
le  sein,  il  faut  le  destarrar,  c'est-à-dire  le  faire  sortir 
des  limites  de  la  commune  ;  une  femme  de  la  famille 
le  prend  dans  ses  bras,  et  est  accompagnée  d'un  parent 
qui  porte  du  pain  ;  dès  qu'ils  sont  arrivés  dans  la 
commune  voisine,  le  pain  est  offert  à  la  première  per- 
sonne que  l'on  rencontre  ;  si  elle  l'accepte  avec  empresse- 
ment, et  y  goûte  sans  retard,  l'enfant  est  guéri,  et  il 
prend  aussitôt  le  sein  qu'on  lui  présente  (4). 

Les  observances  pratiquées  au  moment  du  sevrage 
touchent  parfois  à  la  magie.  En  France,  au  XVP  siècle, 
la  femme  qui  voulait  faire  passer  son  lait  devait  sauter 
trois  ou  quatre  matins  de  suite  sur  de  la  sauge  dans  le 
jardin  d'un  prêtre  (5)  ;  en  Portugal,  on  mélange  un  peu 

(1)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  232. 

(2)  Pedroso,  1,  n»»  251,  252,  62. 

(3)  Ceresole.  p.  329. 

(4)  Bérenger-Féraud,  V,  p.  14. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  496. 


LA    NAISSANCE  45 

de  lait  avec  de  l'argile  que  l'on  met  en  dehors  de  la  porte  ; 
à  mesure  que  ce  mortier  sèche,  le  lait  sèche  aussi  (1). 
En  Allemagne  on  mettait  dans  le  cercueil  de  l'enfant 
mort  avant  d'avoir  été  sevré  une  bouteille  remplie  du 
lait  de  sa  mère  ;  quand  il  se  desséchait  celui  de  la  mère 
séchait  sans  lui  occasionner  de  douleur  (2).  A  Modène 
la  femme  qui  sèvre  n'éprouve  aucun  inconvénient 
si  elle  jette  dans  un  puits  une  poignée  de  sel  de  cuisine, 
en  ayant  soin  de  se  sauver  assez  vite  pour  ne  pas  l'enten- 
dre tomber  (3).  Dans  les  Ardennes  l'enfant  ne  souffre 
pas  si  on  le  fait  sortir  de  la  maison  le  dos  en  avant, 
au  moment  où  l'on  attache  au  cou  de  la  mère  un  collier 
de  douze  bouchons  de  liège  (4),  bois  auquel  on  attribue 
en  beaucoup  de  pays  le  privilège  de  faire  disparaître 
le  lait. 

16.  —  Le  berceau  est,  ainsi  qu'on  l'a  vu,  orné  d'amu- 
lettes protectrices  ;  il  est  aussi  l'objet  de  plusieurs  actes 
qui  ont  pour  but  de  préserver  de  divers  inconvénients 
le  fragile  petit  être  qui  l'occupe.  En  Ecosse  lorsqu'on 
l'y  place  pour  la  première  fois,,  on  promène  autour  de 
lui  une  petite  torche  allumée,  en  prononçant  quelques 
paroles  de  bénédiction,  et  on  la  promène  aussi,  ordinaire- 
ment trois  fois,  autour  de  l'appartement  (5). 

L'interdiction,  assez  générale,  de  balancer  un  berceau 
vide  est  motivée  par  des  raisons  variées  :  à  Marseille  le 
diable  vient  s'y  mettre,  car  il  prend,  dès  qu'il  le  peut 

(I)COELHO,  p.  563. 

(2)  Grimm,  IV,  p.  1819,  n»  974. 

(3)  RicCARDi,  p.  58. 

(4)  Meyrac,  p.  190. 

(5)  Revue  des  Trad.  pop.  II  (1887),  p.  464. 


46  LA  VIE  HUMAINE 

la  place  des  anges,  et  les  esprits  aiment  à  être  bercés  (1)  ; 
dans  les  Vosges,  il  serait  capable  de  faire  mourir  l'enfant 
pour  ne  pas  la  lui  rendre  (2). En  Andalousie  le  nourrisson 
mourrait  de  bonne  heure  (3);  en  Hollande  cet  acte  est  pour 
lui  un  présage  de  mort  (4).  En  Sicile,  il  risquera  de  mourir 
ou  aura, comme  à  Marseille  et  dans  le  Finistère  des  co- 
liques ou  des  tranchées  (5)  ;  en  Portugal,  il  ne  deviendra 
ni  vigoureux,  ni  brave  (6)  ;  en  Suède,  il  sera  pleurard 
et  criard  (7).  Dans  le  nord  de  l'Angleterre,  il  sera 
exjîosé  à  des  disgrâces  (8)  ;  en  Cornouaille  et  en  Sussex, 
celui  qui  balance  le  berceau  aura  une  nombreuse  fa- 
mille (9). 

En  Ecosse  lorsqu'on  en  transporte  un,  il  est  nécessaire 
qu'il  y  ait  quelque  chose  dedans,  et  on  y  met  parfois 
de  petits  gâteaux  (10);  suivant  les  paysans  du  Finistère, 
il  doit  être  recouvert  d'un  tablier  ou  d'un  drap,  ou  bien 
quelque  chose  de  si  effrayant  qu'on  n'ose  le  dire,  pour- 
rait venir  prendre  la  place  inoccupée  (11).  En  Portugal, 
il  faut  le  faire  sortir  par  la  tête  et  non  par  les  pieds  (12), 

(1)  Régis,  p.  276. 

(2)  Sauvé,  p.  225. 

(3)  GuiCHOT,  p.  289. 

(4)  Henderson,  p.  18. 

(5)  PiTRÈ,  1,  II,  p.  178.  Mélusine,  III  (1886),  col.  375. 

(6)  Pedroso,  1,  n°  15. 

(7)  Thorpe,  II,  p.  110. 

(8)  Denham,  II,  p.  49. 

(9)  Folk-Lore  Journal,  V(1887),  p.  210.  Latham,  p.  11. 

(10)  Gregor,  2,  p.  26. 

(11)  Mélusine,  III  (1886),  col.  375. 

(12)  COELHO,  p.  560. 


LA    NAISSANCE  47 

vraisemblablement  parce  que  c'est  ainsi  que  les  cadavres 
sont  transportés  hors  de  la  maison. 

17.  —  Plusieiu-s  actes,  en  outre  de  ceux  qui  suivent 
immédiatement  la  naissance,  ont  pour  but  de  garantir 
de  tout  inconvénient  les  enfants  pendant  la  période  qui 
précède  le  baptême  ;  dans  les  îles  écossaisses  de  Lewis, 
lorsqu'il  était  différé  plus  que  de  coutume,  on  appelait 
le  garçon  Maoldonuich,  c'est-à-dire  dévoué  à  Saint 
Dominique,  et  la  fille  Creudach,  l'enfant  du  Credo,  ce 
qui  signifiait  que  dès  lors,  il  était  sous  la  protection  de 
l'église  (1)  ;  dans  les  Algarves  les  gens  du  peuple  donnent 
le  nom  d'Ignacio  et  d'Ignacia  aux  nouveau-nés  pour 
que  les  sorcières  n'aient  aucun  pouvoir  sur  eux  (2). 

Autrefois  en  Haute-Écosse,  s'il  y  avait  à  faire  un 
long  trajet  pour  transporter  l'enfant  à  l'église,  on  répan- 
dait sur  lui  du  sel  de  cuisine,  dans  la  croyance  qu'il 
était  dès  lors,  quoique  non  régénéré,  à  l'abri  de  tout 
dommage  (3).  En  Irlande  et  en  Ecosse,  on  met  du  pain 
et  du  fromage  dans  ses  vêtements  (4)  ;  à  la  fin  du  XVIII^ 
siècle,  un  morceau  de  pain  noir  attaché  au  cou  de  l'en- 
fant breton  le  préservait  des  mauvais  sorts,  et  c'est 
dans  le  même  but  qu'on  en  place  un  dans  sa  man- 
che (5).  Autrefois  en  Allemagne  on  passait  par  la 
fenêtre  celui  qu'on  portait  baptiser,  afin  qu'il  devînt 
grand  et  fort  (6). 

(1)  Folk-Lore,  XI  (1900),  p.  444. 

(2)  Pedboso,  2,  p.  15. 

(3)  Black,  1,  p.  131. 

(4)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  333.   Gregor,  4,  p.  477. 

(5)  Cambry,  p.  346.  Mélusine,  III  (1886),  col.  374. 

(6)  Grimm,  IV,  p.  1788,  n»  265. 


48  LA  VIE  HUMAINE 

Le  trajet  de  la  maison  à  l'église  est  l'objet  de  plusieurs 
pratiques  traditionnelles.  Dans  la  Cornouaille,  une  per- 
sonne, ordinairement  une  femme,  précède  le  cortège 
tenant  un  morceau  de  pain  qu'elle  donne  au  premier 
passant  rencontré  sur  la  route,  peut-être  avec  l'idée  que 
le  mauvais  œil  qui  pourrait  tomber  sur  l'enfant  serait 
détourné  par  ce  présent  (  1  )  ;  cet  usage  était  aussi  observé 
en  Béarn  vers  1840  ;  mais  le  pain  était  placé  sur  le  nour- 
risson lui-même  (2). 

En  Béarn  lorsque  la  femme  qui  porte  l'enfant  a  com- 
mis une  seule  fois  l'imprudence  de  regarder  en  arrière, 
il  pleurerait  d'une  façon  désolante  pendant  la  première 
année  si  l'on  ne  se  hâtait,  dès  le  retour  à  la  maison,  de 
le  passer  au  milieu  de  la  litière  de  la  loge  aux  porcs,  sur 
un  râteau  à  neuf  pointes  ;  après  l'avoir  laissé  pleurer 
pendant  quelques  secondes,  on  le  retire  en  pronon- 
çant une  incantation  traditionnelle  (3)  ;  dans  l'Albret, 
si  la  porteuse  se  retourne,  l'enfant  sera  fourbe  et 
menteur  (4).  En  quelques  parties  de  la  Haute-Bretagne, 
le  parrain  doit  le  prendre  dans  ses  bras  et  le  faire  passer 
par  dessus  un  ruisseau,  pour  qu'il  ne  se  noie  pas  dans 
la  suite  (5). 

18.  —  On  rencontre  dans  le  comté  d'York  une  rémi- 
niscence du  sacrifice  usité  au  temps  du  paganisme  pour 
la  consécration  d'un  édifice  neuf,  et  l'on  prétend  que  le 


(1)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  209. 

(2)  NoRE,  p.  122. 

(3)  Barthety,  p.  11-12. 

(4)  Dardy,  II,  p.  255. 

(5)  Sébillot,  3,  p.  17. 


LA    NAISSANCE  49 

premier    enfant   baptisé  sur   des    fonts  nouveaux    est 
assuré  de  mourir  à  bref  délai.  (1) 

Les  assistants  observent,  pour  en  tirer  des  augures, 
les  gestes  de  l'enfant  pendant  la  cérémonie  :  En  Por- 
tugal s'il  ne  crie  pas,  il  mourra  avant  un  an  ;  à 
Marseille,  à  Menton  et  dans  le  Sufïolk,  il  ne  vivra 
guère  (2).  Dans  le  nord  derAngleterre,enCornouaille,eten 
Sussex,  on  dit  que  le  diable  n'est  pas  sorti  de  son  corps 
et  on  le  pince  pour  le  faire  crier  (3).  Dans  le  Cantal, 
l'enfant  qui  ne  pleure  pas  sera  bon  ;  dans  le  Val 
d'Aoste  il  sera  un  peu  indolent,  et  n'aura  pas  grande 
intelligence  (4).  En  Sussex  et  dans  l'Angleterre  du 
nord,  si  l'enfant  crie,  le  mauvais  esprit  s'en  va  ;  c'est 
aussi,  comme  à  Marseille,  le  présage  d'une  bonne  consti- 
tution ;  mais  dans  cette  ville  quelques-uns  disent  qu'il  sera 
absolu  et  colère,  à  Liège  qu'il  aura  mauvais  caractère  ; 
en  Allemagne,  il  ne  devait  pas  vivre  vieux  (5). 

En  Saintonge,  l'enfant  qui  recevait  le  sel  de  mau- 
vaise grâce  était  exposé  à  des  inconvénients  multiples  (6); 
en  Wallonie  s'il  remue  alors  la  langue,  il  sera  intelligent 
et  deviendra  prêtre  ou  religieuse  (7).  En  Andalousie  et 
en  Castille  plus  le  curé  met  de  sel  à  l'enfant,  plus  il  sera 


(1)  Henderson,  p.  121. 

(2)  Pèdroso,  1,  n"  180.  Régis,  p.  264.  Revue  des  Trad.  pop.  IX (1894), 
p.  112.GURD0N,  p.  12. 

(3)  Henderson,  p.  16.  Folk-Lore.lV,  (1893),  p.  338.  Lath.\m,  p.  11. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.  V  (1890),  p.  536.  Christillin,  p.  283. 

(5)  Régis,  1.  c.  Monseur,  p.  38.  Grimât,  IV,  p.  1778,  n"  30. 

(6)  NoGUÈs,  p.  23. 

(7)  Monseur,  p.  38. 


50  LA  VIE  HUMAINE 

heureux.  (1)  Autrefois,  en  Esthonie,  on  croyait  que  s'il  se 
tenait  la  tête  droite,  il  était  destiné  à  une  longue  vie, 
alors  qu'elle  devait  être  courte  s'il  la  laissait  tomber  (2). 
Dans  le  pays  de  Naples,  il  faut  avoir  soin  de  bien 
réciter  toutes  les  paroles  du  Credo,  ou  l'enfant  en  gran- 
dissant sera  tourmenté  continuellement  par  les  esprits 
et  les  follets  (3).  A  Menton,  il  sera  bègue  si  c'est  le  parrain 
qui  se  trompe  ;  dans  les  Côtes-du-Nord,  que  ce  soit  le 
parrain  ou  la  marraine,  il  sera  débile  (4).  En  Corse  il 
suffit  d'une  erreur  d'un  seul  mot  pour  que  le  filleul 
devienne  stregho,  strega  (sorcier  ou  sorcière)  ou  mor- 
tolaio  ;  en  ce  cas,  il  voit  tout  ce  que  font  les  revenants 
dans  leurs  courses  nocturnes  (5). 

On  croit  dans  une  commune  de  la  Gironde  qu'un  en- 
fant devient  lebroun  ou  lebrette  (loup-garou  mâle  ou 
femelle)  suivant  que  c'est  un  garçon  ou  une  fille,  si  le  curé 
qui  a  fait  le  baf)tême  l'a  baptisé  avant  d'avoir  dit  sa 
messe.  S'il  n'était  pas  en  état  de  grâce,  l'enfant  commen- 
cera à  courir  la  ganipaute  à  l'âge  de  sept  ans  et  continue- 
ra jusqu'à  ce  qu'il  ait  été  rebaptisé  ;  mais  il  faut  que  son 
parrain  et  sa  marraine  primitifs  soient  encore  vivants  (6). 

Dans  la  Cornouaille,  où  l'on  se  sert  pour  le  baptême 
des  eaux  de  plusieurs  fontaines  sacrées,  celles  de  Saint 
Euny,  de  Ludgvan  ou  de  Saint  Ruth  confèrent  à  l'en- 
fant le  privilège  de  ne  pouvoir  être  pendu  par  une  corde 

(1)  GuiCHOT,  p.  287. 

(2)  Grimm,  IV,  p.  1845,  n»  45. 

(3)  Amalfi,  p.  17. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.  IX  (1894),  p.  112.  Sébillot,  3,  p.  17. 

(5)  Revue  des  Trad.  pop.  IX  (1894),  p.  465. 

(6)  Mensignac,  1,  p.  68.  Daleau,  p.  38. 


LA   NAISSANCE  51 

de  chanvre  (1).  Avant  la  Réforme  une  de  celles  d'Ecosse 
préservait  de  la  peste  toute  personne  qui  avait  été 
baptisée  avec  son  eau  (2). 

L'eau  de  la  cuve  baptismale  était  naguère  si  réputée 
en  Cornouaille  pour*  ses  vertus,  que  l'on  fermait  à  clef 
les  baptistères  pour  empêcher  les  gens  de  venir  la 
prendre.  Les  pm'itains  d'Ecosse  la  regardaient  comme 
curative  de  beaucoup  de  maladies;  elle  préservait 
aussi  de  la  sorcellerie,  et  les  yeux  qui  en  avaient  été 
baignés  ne  voyaient  jamais  de  fantômes  (3). 

A  Menton,  pour  éviter  les  sorcières,  il  faut  après  le 
baptême,  sortir  par  une  autre  porte  et  retourner  par 
un  autre  chemin  (4).  Dans  la  vallée  d'Aoste,  on  donne 
au  parrain  une  chandelle  allumée,  qu'il  doit  porter  jus- 
qu'à la  maison  ;  si  elle  s'éteint  vite,  l'enfant  ne  vivra 
pas  longtemps  (5). 

19.  —  A  Fouvent,  dans  la  Haute-Saône,  les  parents 
de  celui  qui  venait  d'être  baptisé  le  passaient  par  l'ou- 
verture de  la  Pierre  percée  ;  c'était  le  baptême  de  la 
pierre,  qui  devait  le  préserver  de  toutes  sortes  de  mala- 
dies et  lui  porter  bonheur  pendant  tout  le  cours  de  son 
existence.  Les  villageois  de  la  Saintonge  faisaient 
passer  les  nouveau-nés  par  les  trous  de  la  table  de  cer- 
tains dolmens  ;  à  AUaines  (Eure-et-Loir)  cette  pra- 
tique qui  avait  pour  but  de  les  préserver  des  maléfices. 


(1)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  92. 

(2)  Brand,  II,  p.  373. 

(3)  HuNT,  p.  288,  300.  Black.    2,  p.   89. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.  IX  (1894),  p.  112. 

(5)  Christillin,  p.  284. 


52  LA   VIE  HUMAINE 

a  eu  lieu  jusqu'à  la  destruction  du  dolmen  (1).  Les  pierres 
ne  possèdent  pas  seules  le  pouvoir  de  conférer  des 
privilèges  ;  il  s'étend  à  d'autres  objets,  ordinairement 
percés  ;  autrefois  les  protestants  picards  qui  avaient 
fondé  le  village  de  Friedrichsdorf,  près  de  Hambourg, 
avaient  coutume  de  faire  passer  trois  fois  à  travers  l'ou- 
verture ronde  d'un  chêne  qui  se  trouvait  sur  la  route  de 
Hambourg  les  enfants  qu'ils  y  portaient  pour  les  faire 
baptiser  (2).  En  Sussex,  ceux  que  l'on  a  passés  à  travers 
les  branches  d'un  érable  sont  assurés  d'une  longue 
vie  (3).  Autrefois  à  Oxford,  on  creusait  un  fromage  au 
milieu  de  façon  à  en  faire  un  grand  anneau  que  l'on 
faisait  traverser  à  l'enfant  le  jour  de  son  baptême  (4). 
Les  actes  accomplis  au  logis  après  la  cérémonie  ont 
été  rarement  relevés,  et  ils  ne  présentent  pas  des  circons- 
tances aussi  curieuses  que  celles  qu'on  observait  en 
Ecosse  il  y  a  un  peu  plus  de  cent  ans.  Dans  le 
Perthshire  lorsqu'un  enfant  avait  été  baptisé  à  la 
maison,  on  le  mettait  dans  un  panier  propre,  garni 
de  linge  sur  lequel  on  avait  disposé  du  pain  et  du 
fromage,  et  on  lui  faisait  faire  trois  fois  de  suite  le  tour 
de  la  crémaillère.  Cet  acte  avait  pour  but  de  prévenir 
les  entreprises  que  les  sorcières  et  les  mauvais  esprits 
étaient  supposés  faire  contre  les  nouveau-nés.  Autrefois 
en  Ecosse  dès  qu'un  enfant  était  revenu  de  l'église, 
une  femme  le  balançait  doucement  trois  ou  quatre  fois 
au-dessus  d'une  flamme  en  disant  :  «  Que  la  flamme  te 

(1)  SÉBILLOT,   1,    IV,   p.    59. 

(2)  Gaidoz,  p.  11-12. 

(3)  Lathiam,  p.  43. 

(4)  Brand,  II,  p.  71. 


LA    NAISSANCE  53 

consume  maintenant  ou  jamais  (1).  En  Franche-Comté 
on  suspend  au  lit  de  la  mère,  quand  on  rentre  à  la  mai- 
son, la  couronne  de  fleur  et  le  bouquet  que  l'enfant 
avait  portés  au  baptême  et  on  a  soin  de  les  placer  très 
haut  pour  qu'un  autre  nouveau-né  ne  survienne  pas 
bientôt  (2).  En  Allemagne  la  femme  qui  avait  porté 
l'enfant  le  posait  sur  la  table,  afin  qu'il  devînt  grand 
et  fort,  puis  son  père  le  prenait  et  le  passait  à  la  mère  (3). 
Le  bonnet  de  dessous  que  l'enfant  a  revêtu  au  bap- 
tême est  dans  quelques  pays  l'objet  de  préoccupations 
analogues  à  celles  qui  s'attachent  au  placenta  et  au 
cordon  ombilical  (p.  30).  Dans  les  Vosges,  s'il  venait  à 
être  perdu  ou  volé,  l'enfant  sur  la  tête  duquel  il  aurait 
passé  serait  exposé  aux  plus  grands  maUieurs  (4)  ;  en 
Haute-Bretagne,  on  doit  le  brûler,  et  non  le  jeter,  parce 
que  les  devins  et  les  sorcières  pourraient  s'en  servir 
pour  leurs  maléfices  ;  en  lUe-et- Vilaine,  il  a  le  privilège 
de  procurer  un  bon  numéro  au  conscrit  (5). 

(1)  Brand,  II,  p.  79,  77. 

(2)  Mélusine,  I  (1878),  col.  370. 

(3)  Grimm,  IV,  p.  1785,  n"  192. 

(4)  Sauvé,  p.  224. 

(5)  SÉBILLOT,  3.  p.  19. 


CHAPITRE  III 
L'enfance. 


20.  Les  ennemis  des  enfants.  —  21.  La  première  sortie.  —  22.  L'évo- 
volution  :  la  croissance  favorisée  ou  retardée. —  23.  La  marche,  les 
dents  et  la  p'irole.  —  24.  Le  rachitisme  guéri  par  les  eaux  ou  les 
pierres.  —  2.").  Les  maladies  et  les  procédés  magiques.  —  26.  La 
coqueluche  et  les  animaux  guérisseurs;  le  passage  à  travers  l'arbre 
et  les  mégalithes,  —  27.  Les  fontaines. 


20.  —  Le  baptême  ne  garantit  pas  d'une  façon  absolue 
les  petits  chrétiens  des  entreprises  des  esprits.  Ceux-ci 
peuvent,  si  on  ne  surveille  pas  les  enfants,  venir  les  prendre 
à  la  maison  et  mettre  à  leur  place  dans  les  berceaux 
leurs  rejetons  à  l'air  vieillot  qui  ne  grandissent  pas,  bien 
qu'ils  mangent  comme  quatre.  La  croyance  à  cette 
substitution,  qui  forme  un  épisode  si  fréquent  dans  les 
récits  populaires,  existe  encore  dans  nombre  de  pays. 
On  en  cite  même  des  exemples  récents  :  Le  Men  avait 
rencontré  au  milieu  du  XIX^  siècle,  des  vieillards  du 
Finistère  qui  affirmaient  avoir  été  enlevés  par  les  cor- 
rigans  (1)  ;  en  1882  et  en  1883,  on  parla  à  M.  Rhys,  sur 
plusieurs  points  du  pays  de  Galles,  de  gens  qui  avaient 
été  emportés  par  les  fairies,  et  on  lui  cita  des  personnes 
qui  étaient  de  leur  race  (2).  Il  y  a    une  quarantaine 

(1)  Le  Men,  p.  230. 

(2)  Rhys,  I,  p.  100,  194,  199. 


l'enfance  55 

d'années,  dans  les  Côtes-du-Nord,  une  femme  de  grande 
taille  mariée  à  un  gendarme  qui  avait  été  cuirassier, 
disait  en  parlant  de  son  fils,  une  espèce  de  nain  noir 
de  visage,  qu'on  le  lui  avait  changé,  et  dans  le  voisi- 
nage des  grottes  des  Margot-la-Fée  et  des  houles  du 
littoral,  qui  passent  pour  avoir  été  habitées  jusqu'à 
une  époque  récente  par  des  tribus  de  fées  voleuses 
d'enfants,  on  dit  encore  couramment  de  ceux  qui  sont 
noirâtres  et  rabougris,  que  ce  sont  des  enfants  des 
fées  (1). 

Dans  cette  région  et  dans  les  autres  parties  de  la 
France  où  l'on  a  redouté  ces  enlèvements  presque 
jusqu'à  nos  jours,  on  a  perdu  la  mémoire  des  moyens 
de  préservation  spéciale  qui  y  étaient  vraisemblable- 
ment usités  jadis.  On  en  retrouve  quelques-uns  à  l'étran- 
ger ;  en  Sicile  les  mères  et  les  nourrices  qui  laissent  seuls 
les  enfants,  répandent  sur  eux,  pour  empêcher  les  fées 
de  les  enlever,  un  peu  de  lait  en  disant  :  «Ici  sa  mère 
l'a  fait,  comme  elle  l'a  fait, elle  l'a  couché»  (2).  En  Ecosse 
elles  posent  près  d'eux  une  Bible  ouverte,  qui  les  garan- 
tira des  fairies  (3),  dans  la  Cornouaille  anglaise,  elles 
mettent  parfois  sous  l'oreiller,  comme  un  charme  contre 
les  Pixies,  un  livre  de  prières  (4). 

Lorsqu'on  supposait  qu'en  dépit  de  toutes  les  précau- 
tions l'échange  avait  été  fait,  on  avait  recours  à  des 
procédés  traditionnels  destinés  à  connaître  si  réellement 
le  berceau  contenait  un  intrus.  L'un  des  plus  ordinaires 

(1)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  442  ;  II,  p.  109. 

(2)  Castelli,  p.  15. 

(3)  Black,  1,  p.  165. 

(4)  Folk-  Lore  Journal.  V  (1887),  p.  182. 


56  LA  VIE  HUMAINE 

consiste  à  le  faire  parler  en  excitant  son  étonnement 
par  un  acte  insolite  :  l'eau  mise  à  bouillir  devant  le  feu 
dans  des  coques  d'œufs  ou  des  coquillages  déliait  la  lan- 
gue des  rejetons  des  fées.  On  faisait  alors  mine  de  le 
battre,  ou  on  le  frappait  réellement,  parfois  près  de  la 
grotte  où  les  «  bonnes  gens  »  avaient  leur  résidence  ; 
ou  bien  on  le  privait  de  nourriture  ;  les  fées  accouraient 
à  ses  cris  et  restituaient  l'enfant  qu'elles  avaient 
dérobé  (1).  Dans  les  Higlilands  où  l'on  a  cru  plus  longtemps 
qu'ailleurs  à  ces  échanges,  le  changeling  était  porté  le 
soir  au  confluent  de  trois  rivières  à  la  limite  de  trois 
comtés,  et  on  l'y  laissait  seul  ;  si  réellement  les«  fairies» 
avaient  volé  l'enfant  véritable,  elles  le  rapportaient  la 
nuit,  et  emportaient  le  leur  (2). 

Les  ennemis  des  enfants  semblent  parfois  leur  faire 
du  mal  uniquement  par  plaisir  :  en  Sicile  les  méchantes 
fées  les  ôtent  de  leur  berceau  pendant  leur  sommeil,  et 
on  les  retouve  le  matin  étendus  sur  la  terre  froide  (3), 
Dans  ce  pays,  jusqu'au  quarante  -  neuvième  jour 
après  leur  naissance,  la  sorcière  peut  leur  nuire  ;  on  la 
dépeint  comme  une  chatte  monstrueuse  avec  une  longue 
queue  ;  c'est  un  voisin  ou  une  vieille  qui  a  pris  cette 
forme  ;  elle  déchire  et  gâte  les  enfants  non  baptisés,  et 
ceux  qui  n'ont  pas  cinquante  jours.  Pour  les  garantir, 
les  parents  ont  soin  de  tenir  une  lumière  dans  la  chambre, 
d'attacher  à  la  porte  l'image  d'un  saint,  un  linge  effilé, 
un  vase  rempli  de  sel  ;  la  sorcière  est  obhgée  de  compter 
tous  les  grains  de  sel,  tous  les  fils  de  la  toile,  et  cette 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  440-442. 

(2)  Stewart,  p.  115. 

(3)  Grisanti,  p.  136. 


l'enfance  57 

occupation  n'est  pas  finie  quand  le  jour  arrive  (1).  En 
d'autres  parties  de  l'Italie,  on  l'écarté  en  attachant  aux 
cheveux  des  enfants  quelques  fragments  du  cierge  pas- 
cal, en  mettant  à  leur  cou,  une  staurotide,  de  l'ambre, 
la  pierre  de  sorcière  (schiste  chloritique),  une  petite 
croix  en  bois  de  sorcier  [Ilex  agrifolium),  une  peau 
de  blaireau,  ou  un  os  de  la  queue  de  cet  animal  (2)  ;  en 
AUemagne,  une  clé  près  de  lui  était  efficace  (3)  ;  en 
Portugal,  on  pose  sous  l'oreiller  des  enfants  qui 
dorment,  des  ciseaux  ouverts  en  forme  de  croix  ;  quel- 
quefois, on  y  ajoute  des  branches  de  romarin  et  de  rue; 
qui  empêchent  les  sorcières  de  venir  sucer  leur  sang  (4). 
Suivant  une  croyance  portugaise  les  âmes  de  l'autre 
monde  sont  parfois  aussi  dangereuses  que  les  adeptes 
de  la  sorcellerie.  On  vend  vers  l'époque  de  la  fête  des 
morts  des  petits  gâteaux  appelés  Sanctorios,  que  l'on 
place  sous  l'oreiller  des  enfants,  pour  que  les  morts  ne 
viennent  pas  leur  manger  les  oreilles  (5). 

Les  sorcières  et  les  fasciniers  sont  plus  redoutés  que 
les  fées,  et  on  croit  encore  actuellement  à  leur  puissance. 
En  Portugal,  si  l'on  veut  savoir  si  un  enfant  est  v^ic- 
time  d'un  sort  jeté,  on  répand  du  sel  sur  le  feu,  et  on 
le  passe  trois  fois  par  dessus  ;  si  le  sel  éclate  il  n'y  a  pas 

(1)  Castelli,  p.  16. 

(2)  Zanetti,  p.  255. 

(3)  Grimm,  IV,  1798,  n»  484. 

(4)  Pedroso,  2,  p.  15. 

(5)  Pedroso,  3,  p.  20. 

Dans  le  Grand  Duché  de  Luxembourg,  un  esprit,  «  berce  les  enfants 
à  mort  »  pendant  la  nuit  de  Noël  {Revue  des  Trad.  pop.  XXII  (1907) 
p.  366). 


58  LA   VIE   HUMAINE 

de  sorcellerie  (1).  Dans  la  Cornouaille lorsqu'on  supposait 
qu'un  enfant  avait  été  ensorcelé,  son  père  et  deux  com- 
pagnons se  rendaient  au  logis  de  la  sorcière,  et  l'atta- 
chaient sur  le  plancher.  Le  père  prenait  dans  le  feu  deux 
tisons  enflammés  et  les  plaçait  l'un  sur  l'autre  en 
dehors  de  la  porte  ;  il  forçait  l'enfant  à  passer  trois 
fois  sur  ce  feu,  signifiant  ainsi  qu'il  devenait  un  être  nou- 
veau sur  lequel  la  sorcière  n'avait  plus  de  pouvoir  (2). 

En  Ecosse  on  préserve  l'enfant  de  la  fascination  en 
le  passant  trois  fois  à  travers  la  chemise  ou  la  jupe  que 
sa  mère  portait  lors  de  son  accouchement  (3)  ;  en  Por- 
tugal, on  le  délivre  du  sort  jeté  en  le  faisant  traverser 
trois  fois  un  écheveau  de  fil,  ou  en  lui  mettant  au  cou 
un  cordon  de  soie  dans  lequel  on  a  enfilé  trois  deniers 
d'argent  volé,  une  dent  de  loup,  une  demi-lune  (4).  En 
Suisse  le  charme  disparaît  quand  on  a  placé  une  Bible 
sous  son  oreiller  (5). 

21.  —  En  Irlande,  de  vieilles  femmes  crachaient 
parfois  par  terre  tout  autour  de  l'enfant  qui  était  en 
promenade  avec  sa  nourrice  pour  le  préserver  des  fai- 
ries  (6).  En  Portugal,  pendant  sa  première  année,  l'enfant 
que  l'on  sort  la  nuit  est  exposé  aux  entrei^rises  des  sor- 
cières, mais  il  en  est  indemme,  s'il  a  au  cou  un  peu  de 
pain,  et  sa  mère  peut  le  garantir  en  ayant  sur  elle  du 
pain  ou  du  sel  (7).  Dans  le  comté  de  Wexford,  on  enve- 

(1)  Pedro so,  l,n<'234. 

(2)  HuNT,  p.  236-237. 

(3)  Gregor,  1,  p.  8. 

(4)  Pedroso,  1,  n"  108,  314. 

(5)  Folk-Lore  Journal,  VI  (1888),  p.  380. 

(6)  Folk-Lore.  IV  (1893),  p.  358. 

(7)  Pedroso,  1,  n"  620. 


l'enfance  59 

loppe  un  morceau  de  pain  dans  un  des  vêtements  du 
bébé  (1).  Au  commencement  du  XIX^  siècle,  en  Norman- 
die, une  femme  ne  devait  jamais  sortir  seule  ayant  sur 
les  bras  un  enfant  de  moins  d'un  an  ou  un  nourrisson 
non  sevré  ;  le  diable  aurait  pu  lui  tordre  le  col,  lui  aplatir 
la  tête  ou  l'emporter  ;  jusqu'à  sept  ans  révolus,  dès 
que  le  soleil  était  couché,  les  enfants  couraient  le  risque 
d'être  enlevés  par  des  sorciers  ou  des  vieillards  qui  les 
mangeaient  ensuite  (2). 

En  Sicile,  les  femmes  qui  vont  glaner  laissent  souvent 
sur  la  terre  nue  leurs  enfants  encore  au  maillot,  et  croient 
les  garantir  de  tout  mal  en  lançant  tout  autour  du  lait 
de  leur  propre  sein  ;  elles  sont  persuadées  qu'elles  peu- 
vent ensuite  s'éloigner,  et  que  ni  les  serj^ents  ni  les  vi- 
pères ni  aucune  bête  venimeuse  ne  jDOurront  franchir 
cette  mystérieuse  barrière  (3).  Les  glaneuses  des  comtés 
voisins  de  l'Ecosse  mettaient  le  berceau  sur  le  haut 
bout,  de  peur  que  leur  marmot  ne  fût  remplacé  par  un 
nourrisson  des  fées  (4). 

22.  —  En  dehors  des  visites  aux  sanctuaires  et  aux 
fontaines,  qui  ne  sont  pas  accompagnées  de  circons- 
tances bien  jDarticulières,  on  rencontre  peu  de  pratiques 
ayant  pour  but  d'assurer  le  développement  de  l'enfant 
dont  la  croissance  est  normale.  La  plus  intéressante  est 
celle  du  Finistère  où,  pour  qu'il  devienne  grand  et  fort, 
après  l'avoir  balancé  neuf  fois  en  le  tenant  par  les  bras 
devant  un  feu  de  la  Saint-Jean,  on  le  soulève  au  dessus 

(1)  Folk-Lore,  V  (1894),  p.  83. 
(2)SÉBILLOT,  1,  I,  p.  161. 

(3)  PiTRÈ.  1,  IV,  p.  477.' 

(4)  Denham.  II,  p.  138. 


60  LA  VIE  HUMAINE 

du  brasier  en  criant  :  «  Dieu  le  fasse  croître  !  »  (1) 
Beaucoup  plus  nombreux  sont  les  procédés  de  fasci- 
nation ou  de  magie  destinés  à  nuire  à  sa  croissance. 
Celui  qui  consiste  à  passer  la  jambe  par  dessus  la  tête 
de  l'enfant  est  très  répandu  ;  il  était  courant  en  France 
au  XV^  siècle  {Evangiles  des  Quenouilles,  I.  24),  et  il  est 
encore  pratiqué  parfois  par  plaisanterie,  mais  aussi 
sérieusement,  surtout  par  les  enfants.  En  plusieurs  paj^s 
il  figure  parmi  les  actes  interdits,  et  l'on  y  dit  com- 
munément qu'il  empêche  de  grandir  celui  qui  en  a  été 
l'objet.  Ceux  qui  contreviennent  à  la  défense  accom- 
pagnent parfois  l'enjambement  d'une  formule  par 
laquelle  ils  expriment  leurs  désirs  ;  dans  le  Montferrat, 
la  victime  ne  doit  plus  grandir  d'ici  cent  ans  (2).  En 
Gascogne  on  dit  :  «  Je  t'étête,  crapaud,  jamais  tu 
ne  viendras  plus  haut  »  (3).  Les  enfants  dans  leurs 
f ormulettes  indiquent  très  explicitement  la  fascination  ; 
c'est  ainsi  que  ceux  de  la  Haute-Bretagne  disent  :  «  Faîne, 
faîne,  —  Dans  la  râ  (raie)  du  chêne — Tu  n'grandiras 
p'us  jamais  d'autre  »  (4)  et  que  ceux  du  Portugal 
commencent  la  leur  par  :  «  Je  te  porte  malheur  »  (5). 
L'effet  de  la  conjuration  peut  être  détruit  si  celui 
qui  l'a  faite  repasse,  comme  en  Portugal,  une  première 
fois  par  dessus  l'enfant,  puis  une  seconde  en  sens 
inverse  (6).  Ce  moyen,  employé  au  XV^  siècle  en  France 

(1)  Mélusine,  III  (1886),  col.  375. 

(2)  Grimm,  IV,  p.  1779,  n»  45.  Ferraro,  p.  20. 

(3)  Bladé,  p.  112. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.  XX  (1905),  p.  299. 

(5)  Leite,  1,  p.  159. 

(6)  Pedroso,  1,  n"  220. 


l'enfance  61 

{Evangiles  des  Quenouilles  I.  24)  est  encore  usité  en 
plusieurs  régions,  notamment  en  Vivarais  (1).  En 
Haute-Bretagne,  l'enfant  jette  une  pierre  sur  la  tête 
de  son  camarade  en  prononçant  cette  conjuration  :  «  Je 
vais  te  faîner  (fasciner),  tu  ne  grandiras  plus  »  (2).  En 
Portugal,  si  on  place  une  lumière  sur  la  tête  d'un 
enfant,  il  ne  croît  plus  ;  en  Wallonie  il  suffit  de  lui 
poser  la  main  sur  la  tête  (3).  En  Suède  on  défend  de 
marcher  autour  de  celui  qui  est  assis  sur  le  plancher 
ou  qui  est  dans- son  chariot  (4). 

23.  —  Plusieurs  des  pratiques  destinées  à  faire  mar- 
cher les  enfants  ressemblent  à  celles  qui  ont  pour  but 
d'assurer  la  fécondité.  Dans  les  Landes,  on  leur  fait 
faire  neuf  fois  le  tour  de  la  Pierre  de  Gribère  près  de  Dax, 
ou  on  les  porte  à  la  Pierre  de  Grimann,  voisine  de  Sabres, 
sur  laquelle  on  dépose  une  offrande  (5).  Ce  rite  des  neuf 
tours  a  été  christiaj;iisé  ;  à  Berven  (Finistère)  il  est  ac- 
compli, trois  lundis  de  suit-e,  autour  d'une  chapelle  (6)  ;  à 
Trensacq  dans  la  Gironde,  autour  de  l'autel  de  Saint 
Eutrope  ;  à  Bordeaux,  vers  1830,  il  avait  lieu  autour 
du  tombeau  de  Saint  Fort,  dans  l'église  de  Saint-Seurin, 
et  les  nourrices  passaient  à  chaque  fois  l'enfant  débile 
sur  la  pierre  sépulcrale.  La  spéciaUté  de  ce  saint, 
comme  celle  attribuée  à  saint  Samson  dans  une  chapelle 
voisine  de  Lannion,  tient  vraisemblablement  à  son  nom  : 

(1)  Vaschalde,  p.  16. 

(2)  Revue  des  Trad.  pop.  XX  (1905),  p.  29. 

(3)  Pedroso,  1,  n"  226.  Monseur,  p.  39. 

(4)  Thorpe,  II,  p.  110. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  62.  CUSACQ,  p.  28. 

(6)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  136. 


62  LA  VIE  HUMAINE 

on  y  frictionne  l'enfant  en  retard  sur  une  pierre  de  la 
longueiir  d'un  homme,  qui  fut  peut-être  un  menhir, 
et  on  lui  en  fait  faire  trois  fois  le  tour  en  récitant  des 
oraisons  (1). 

Les  dépressions  sur  les  rochers,  auxquelles  on  assigne 
souvent  une  origine  légendaire,  sont  visitées  par  les 
mères  dont  les  enfants  tardent  à  marcher  ;  dans  le  Mor- 
bihan, elles  posent  leurs  petits  pieds  sur  les  pas  de  per- 
sonnages sacrés,  ailleurs,  sur  ceux  de  leurs  montures  ; . 
une  pierre  à  écuelles  du  Beaujolais  est  l'objet  d'une 
singulière  offrande  ;  les  enfants  urinent  dans  sa  cavité, 
les  mères  y  déposent  une  pièce  de  monnaie  dans  certai- 
nes empreintes  (2).  Dans  la  chapelle  de  Sainte  Avoye 
(Morbihan)  on  place,  les  fesses  nues,  les  enfants  des  deux 
sexes  sur  le  creux  d'une  belle  meule  primitive,  qui  servit 
de  bateau  à  la  sainte  j^our  venir  en  Bretagne  (3).  A 
Pluzunet  (Côtes-du-Nord)  on  assied  le  petit  retarda- 
taire dans  le  ht  de  Saint  Idunet,  et  après  l'avoir  main- 
tenu de  force  tant  que  dure  l'oraison  de  circonstance, 
on  puise  de  l'eau  dans  le  creux  de  la  main,  on  l'en  arrose 
trois  fois,  puis  on  lui  frictionne  les  reins  et  on  secoue 
trois  gouttes  sur  le  sol  environnant.  L'immersion  p!us 
ou  moins  complète,  dont  le  curé  Thiers  signalait  l'usage 
aux  environs  de  Chartres  au  XVIP  siècle,  est  encore 
fréquemment  pratiquée   (4). 

On  emploie  en  Allemagne  une  sorte  de  procédé  magi- 
que :  lorsqu'un  enfant  grandit  mal,  ou  qu'il  ne  marche 

(1)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  158-159. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  404-406. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.,  XXII  (1907),  p.  370. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  4(;0  ;  II,  p.  27">-276. 


l'enfance  63 

point,  on  le  place,  la  veille  de  la  Saint-Jean,  tout  nu 
sur  le  gazon,  et  on  sème  du  lin  sui'  le  sol,  et  sur  l'enfant 
même  ;  dès  que  le  lin  poussera,  l'enfant  doit  aussi  pous- 
ser et  marcher  (1). 

Il  est  plus  malaisé  de  déterminer  la  raison  de  ces 
pratiques  portugaises  :  On  obtient  qu'un  enfant  marche 
de  bonne  heure  en  le  mettant  tous  les  jours  à  l'angle 
d'une  porte,  tout  en  récitant  VAve  Maria,  et  quand  il 
est  en  retard,  on  lui  pose  le  pied  sur  un  angle  au  mo- 
ment où  somie  TAngélus  en  répétant  trois  fois  :  «  l'An- 
gélus sonne,  que  mon  poupon  se  mette  à  marcher»  (2); 
en  Espagne,  on  chausse  dans  une  église  le  petit  retarda- 
taire (3). 

Le  choix  de  plusieurs  des  amulettes  destinées  à  facili- 
ter l'évolution  dentaire  a  été  motivé  à  l'origine  par  des 
idées  analogiques,  et  Ton  y  voit  souvent  figurer  des  dents 
de  mammifères  connus  pour  la  soUdité  et  la  blancheur 
de  leur  dentition.  En  ItaUe,  elles  se  composent  de  dents 
de  sanglier,  de  loup,  de  chien,  d'ours,  ou  d'une  dent 
taillée,  ayant  appartenu  à  un  autre  enfant  (4).  Dans 
l'Oise  et  en  Haute- Bretagne,  on  prend  quelquefois  cette 
dent  parmi  celles  du  cimetière  (5).  Les  paysans  du  centre 
de  la  France,  et  ceux  de  l'Italie,  suspendent  au  cou  des 
nourrissons,  comme  au  temps  de  Phne  (XXXVIII,  78) 
une  dent  de  loup  (6).  En  Forez  on  leur  en  met  un  colher 

(1)  GUBERNATIS,  2,  II,  p.  199. 

(2)  Pedroso,  1,  n°  20,  215. 

(3)  Olavarria.  2,  p.  270. 

(4)  Zanetti,  p.  254. 

(5)  L'Homme,  III  (1883),  p.  430-431. 

(6)  Belluci,  1,  p.  64. 


64  LA   VIE  HUMAINE 

tout  entier  ;  et  dans  la  Suisse  romande,  il  est  composé 
de  dents  de  renard  (1);  en  Espagne,  la  dent"  de  chien  a 
la  même  efficacité  que  celle  du  loup.  (2) 

En  Alsace,  les  celts  combattent  les  convulsions 
occasiormées  par  la  pousse  des  dents  ;  dans  le  Morbihan, 
on  emploie  des  colliers  dits  Gougad  patereu  pour  les 
faire  sortir  (3)  ;  en  Sussex,  des  colliers  de  racines  de 
pivoine  (4)  ;  dans  le  Loiret,  ils  sont  faits  avec  les  graines 
de  cette  plante,  dans  la  Gironde,  avec  des  racines  de 
lierre  en  nombre  impair  ;  en  beaucoup  de  pays  de 
France  on  apphque  sur  l'enfant,  ou  l'on  met  dans  un 
sachet,  divers  fragments  de  taupe  (5). 

Aux  environs  de  Saint-Méen,  (Ille-et-Vilaine)  quand 
les  gencives  sont  dures  et  ne  laissent  pas  percer  les  dents, 
on  les  incise  trois  fois  par  jour,  le  matin,  à  midi,  et  le 
soir  avec  la  pointe  d'une  dent  de  loup  abattu  par  un 
temps  de  neige.  Lorsque  les  enfants  dont  les  dents  sont 
en  retard  vont  en  pèlerinage  à  la  chaj)elle  de  Saint  Eloi 
en  Plouaret,  on  leur  promène  sur  les  gencives  un  mor- 
ceau de  fer  à  cheval  trouvé  dans  le  cimetière  qui  l'en- 
toure. (6) 

Les  dents  de  lait  ne  doivent  pas  être  jetées  sous  peine 
d'inconvénients;  en  GaUce,  si  l'une  d'elle  venait  à  être 
avalée  par  une  poule,  il  n'en  repousserait  pas  à  l'enfant. 
En  Poitou,  on  l'enterre,  parce  qu'il  lui  viendrait  des 

(1)  SÉBU-LOT,  1,    III,  p.   50. 

(2)  Olavarria,  2,  p.  260. 

(3)  Sébillot,  1,  IV,  p.  74;  77. 

(4)  Henderson,  p.  21. 

(5)  Sébillot;  1,  III,  p.  489,  411,  50. 

(6)  L'Homme,  III  (1883),  p.  432-433. 


l'enfance  65 

dents  de  chien  si  elle  était   mangée  par  cet  animal  ; 
dans  le  Jma  on  évite  cette  substitution  en  la  jetant  au 
feu,  que  l'on  conjure  de  la  rendre  dans  un  mois  blanche 
comme  l'argent  :   cet  usage  est  observé  en  Suisse,  en 
Grande-Bretagne,   en  Suède  et  dans   les  Abruzzes,  où 
l'on  adjure  le  feu  de  la  rendi-e  en  la  faisant  repousser 
bien  droit.  En  Espagne  et  au  Brésil,  les  enfants  la  lan- 
cent sur   le   toit,   en  exprimant  dans  des  formulettes 
rimées  le  vœu  d'en  avoir  une  meilleure.  Dans  c^uelques 
pays,  la  dent  est  mise  dans  un  trou;  les  enfants  siciliens 
en  l'y  cachant,  disent  à  saint  Nicolas  qu'ils  lui  donnent 
une  vieille  pioche  et  lui  en  demandent  une  nouvelle  ; 
en  Lorraine  et  en  Limousin,  ils  les  mettent  dans  un 
trou  de  souris,  ou  de  rat,  dans  la  croyance  que  ces  bes- 
tioles viendront  les  prendre  et  leur  donneront  en  échange 
de  jolies  petites  dents.  Les  enfants  juifs  font  de  même 
en  disant  à  la  souris  de  faire  ce  remplacement,  et  les 
enfants  annamites  conjiu^ent  le  rat   de  consentir  à   cet 
échange.  (1) 

Plusieurs  procédés  magiques  ont  pour  but  de  faire 
parler  les  enfants  qui  sont  en  retard.  En  Portugal,  la 
marraine  met  son  filleul  dans  un  sac,  et  le  porte  dans 
trois  maisons,  trois  jours  de  suite,  en  demandant  l'aumône, 
et  l'enfant  doit  manger  ce  c[u"on  lui  donne  ;  ou  elle  se 
présente  avec  lui  dans  sejjt  ou  neuf  maisons,  goûte  ce 
qui  lui  est  offert  et  met  le  reste  dans  la  bouche  de  l'en- 
fant ;  ailleurs,  c'est  la  mère  qui  fait  cette  tournée,  et  elle 
ne  doit  pas  sorth"  par  la  porte  par  laquelle  elle  est  entrée. 
A  Braga,  l'enfant  tenant  à  la  main  un  sac  de  dragées, 
passe  sous  le  brancard  de  saint  Louis,  le  jour  de  sa  fête. 

(1)  L'Homme,  III  (1883),  p.  435-438. 


66  LA  VIE  HUMAINE 

et  la  personne  qui  le  conduit  récite  um  formulette  à 
saint  Louis  roi  de  France  (1).  En  Basse-Bretagne,  les 
petits  pains  consacrés  à  saint  Claude  délient  la  langue 
des  enfants,  et  la  roue  à  clochette  conservée  à  Mahallon 
près  Pont-Croix  guérit  ceux  qui  sont  bègues  (2).  En 
Limousin  IsiFoun  sewtoCag'mto,  la  fontaine  de  lasaintequi 
caqueté,  est  visitée  par  ceux  qui  ne  parlent  pas  de  bonne 
heure   (3). 

24.  —  Dans  les  Flandres,  le  rachitisme  s'appelle 
vulgairement  de  Oude  Man ,  le  vieillard  ;  c'est  un 
mauvais  esprit  qui  a  établi  son  séjour  dans  le  corps 
de  l'enfant  et  le  fait  dépérir  rapidement  (4).  En 
Norwège,  où  l'on  admet  plusieurs  espèces  de  cet 
état  morbide,  lorqu'on  veut  savoir  au  juste  celle  dont 
un  enfant  est  atteint,  on  fait  fondre  dans  l'eau  prise  à 
un  ruisseau  qui  coule  au  nord,  un  morceau  de  plomb 
dérobé  à  la  fenêtre  d'une  église  après  le  coucher  du 
soleil  (5). 

On  connaît  en  France  un  assez  grand  nombre  de  fon- 
taines auxquelles  on  s'adresse  pour  la  guérison  de  la 
faiblesse  ou  du  rachitisme  des  enfants  ;  mais  ceux  qui 
en  ont  parlé  se  contentent  d'ordinaire  de  dire  qu'on 
leur  fait  boire  de  l'eau  prise  à  la  source  sacrée,  ou  qu'on 
les  y  plonge  jusqu'au  cou.  Il  est  vraisemblable  qu'il  y  a 
pourtant  des  pratiques  accessoires  apparentées  à  celles 
usitées  à  une  fontaine  de  Saint- Vizia,  dans  le  Finistère  : 

(1)  Pedroso,  1,  n°  120,  620,  628,  636,  199.  Leite,  1,  p.  207. 

(2)  LiÉGARD,  p.  36-37. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  269. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.' ÎI  (1887),  p.  160. 

(5)  Thorpe,  II,  p.  47. 


l'enfance  67 

pendant  trois  lundis  consécutifs,  les  enfants  y  sont  plon- 
gés, on  leur  asperge  la  tête  avec  son  eau,  et  on  leur  en 
fait  couler  dans  les  manches  et  dans  le  dos,  on  leur 
fait  faire  ensuite  trois  fois  le  tour  de  la  chapelle,  puis  on 
les  roule  sur  la  pierre  d'autel  (1). 

Nous,  sommes  mieux  renseignés  sur  les  traitements 
en  usage  dans  les  parties  celtiques  de  la  Grande-Bretagne. 
Dans   plusieurs   districts   de   la   Cornouaille,  les   petits 
rachitiques  et  ceux  qui  souffrent  des  maladies  mésen- 
tériques  sont  plongés  trois  fois,  les  trois  premiers  mer- 
credis de  mai,  dans  ime  fontaine,  tournés  vers  le  soleil, 
puis  traînés  trois  fois,   toujours  dans  la  direction  du 
soleil,  sur  le  gazon  qui  avoisine  la  source.  Dans   l'ouest 
du  même  pays,  avant  le  lever  du  soleil,  les  trois  premiers 
dimanches  de  mai,  les  enfants  sont  conduits  à  plusieurs 
fontaines  réputées.  Ils  y  sont  plongés  trois  fois  tout  nus 
par  leurs  parents,  qui  font  face  au  soleil,  puis  les  pro- 
mènent neuf  fois,  de  l'ouest  à  l'est,  autour  de  la  source. 
Lorsqu'ils  ont  été  rhabillés,  on  les  met  à  dormir  auprès  ; 
s'ils  reposent  bien  et  que  l'eau  bouillonne,  le  présage 
est  excellent  ;  sous  peine  de  rompre  le  charme,  on  ne  doit 
pas  dire   un   seul  mot  pendant  toute  cette  opération. 
Un   petit  morceau  de   vêtement  de   l'enfant,    arraché 
et  non  coupé,  est  suspendu  à  une  épine  qui  a  poussé 
près  de  la  chapelle  de  saint  Madron,  voisine  de  la  plus 
fréquentée  de  ces  sources  (2).  Autrefois  on  baignait  les 


(1)  SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  269,  275-277. 

(2)  HuNT,  p.  297-298.  Foîk-Lore  Journal,  IV  (1886),  p.  228-229. 
Quelquefois  on  laissait  quelques  morceaux  de  leurs  vêtements  sur  les 
buissons  pour  se  rendre  favorables  les  Pixies.  (Folk-Lore  Journal,  V, 
(1887)  p.  211). 


68  LA  VIE  HUMAINE 

enfants  dans  une  fontaine  située  au  pied  des  monts 
Cheviot  près  de  Wooler,  après  avoir  crié  :  «  Hey,  how  !  « 
puis  on  y  laissait  comme  offrande  un  morceau  de  pain 
et  du  fromage  (1). 

L'usage  de  tremper  dans  une  fontaine  sacrée  la  che- 
mise de  l'enfant  malade  etde  l'en  revêtir  ensuite  est  assez 
répandu  en  France  (2).  On  le  retrouve  moins  à  l'étranger; 
cependant  il  est  usité  dans  la  Valteline  à  la  fontaine 
de  saint  Luigi  qui  a  la  réputation  de  guérir  ceux  qui 
souffrent  à  la  suite  d'un  sort  jeté.  (3)  Vers  1850,  dans 
la  Cornouaille  on  baignait  l'enfant  maladif  le  premier 
mai  sur  le  gazon  imprégné  de  rosée,  et  l'opération  pour 
être  efficace  devait  être  renouvelée  les  deux  jours  sui- 
vants (4). 

A  Trie  dans  l'Oise,  suivant  un  usage  constaté  au 
commencement  du  XIX^  siècle,  et  qui  subsiste  encore, 
on  jaasse  les  enfants  dans  le  trou  de  la  pierre  de  fond 
du  dolmen,  de  dedans  en  dedans  (5).  AMinchin  Hampton 
(Gloucester),  on  les  passait  à  travers  une  pierre  trouée 
qui  avait  été  un  menhir  ou  une  dalle  de  dolmen,  pour 
les  préserver  ou  les  guérir  de  la  rougeole,  de  la  coque- 
luche et  des  diverses  maladies  enfantiles  (6)  ;  la  même  pra- 
tique avait  lieu  près  de  Whitby  dans  le  Yorkshire,  afin 
de  faire  cesser  leur  rachitisme  (7). 

(1)  Denham,  II,  p.  152. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  278-^-79. 

(3)  Archivio,  XVII  (1898),  p.  416. 

(4)  Folk-Lore  Journal,  IV,  (1886)  p.  230. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  59. 

(6)  Hartland,  p.  41. 

(7)  Folk-Lore  Journal,  V,  (1887).  Gutch,  p.  15. 


l'enfance  69 

En  Cornouaille,  les  parents  contraignaient  leurs  en- 
fants faibles  des  reins  à  marcher  à  quatre  pattes,  et  en 
allant  de  l'est  à  l'ouest,  autour  de  la  pierre  trouée  de 
Madron,  et  s'ils  étaient  assez  minces,  les  passaient  par 
l'ouverture  ;  il  fallait,  pour  que  l'opération  fût  efficace, 
que  deux  personnes  de  sexe  différent  se  trouvent  de 
chaque  côté  de  la  pierre  ;  si  l'enfant  était  mâle,  il  devait 
d'abord  être  passé  par  une  femme,  et  toujours  de  gauche 
à  droite.  Au  village  de  Lanyon,  aussi  dans  la  Cornouaille, 
après  le  triple  passage  à  travers  la  pierre  percée  voisine 
du  village  des  enfants  scrofuleux,  qui  doivent  être  tout 
nus,  on  les  traînait  trois  fois  sur  le  sol  au  rebours  du 
soleil  (1). 

Les  mères  portent  au  rocher  de  saint  Maurice  dans  le 
bois  de  Griseyre  (Haute-Loire),  les  enfants  dont  les  jam- 
bes sont  arquées  ou  faibles  ;  elles  s'agenouillent,  placent 
l'enfant  dans  une  anfractuosité  du  roc,  et  répètent  par 
trois  fois  :  «  Saint  Mam'ice,  ayez  pitié,  guérissez-le.  » 
Elles  glissent  sous  le  rocher  une  offrande,  et  gravent 
une  croix  sur  l'écorce  d'un  pin  du  voisinage  ;  pour  que 
la  guérison  s'opère,  il  faut  que  le  premier  passant  prenne 
l'offrande,  s'agenouille  à  son  tour  et  fasse  une  prière. 
Lorsqu'on  a  assis  l'enfant  dans  le  trou  de  la  grosse  pierre 
de  Saint  Benoît  près  de  Poitiers,  on  doit  y  jeter  quelques 
pièces  de  monnaie  en  nombre  impair  (2). 

A  Nancleadra  près  de  Saint-Ives  (Cornouaille), 
il  y  avait  autrefois  une  pierre  branlante  que  l'on  ne 
pouvait  remuer  qu'à  minuit,  et  les  enfants  rachitiques 
que  l'on  posait  dessus  à  cette  heure  étaient  guéris  ; 

(1)  HUNT,  p.  176. 

<2)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  340-341. 


70  LA  VIE  HUMAINE 

mais  le  roc  demeurait  immobile  s'ils  étaient  illégitimes  (  1  ). 
A  Saint-Sernin-des-Bois  (Saône-et-Loire),  on  raclait  la 
statue  de  saint  Plotat,  et  on  en  faisait  boire  la  poussière 
délayée  dans  l'eau  d'une  fontaine  aux  petits  rachitiques(2). 

25.  —  Les  maladies  enfantiles  qui  se  manifestent 
par  des  convulsions  ou  des  accès  sont  assez  fréquemment 
attribuées  à  la  fascination  ou  à  la  sorcellerie.  Les  parents 
connaissent  plusieurs  moyens  d'être  renseignés  à  cet 
égard.  En  Ecosse  lorsqu'on  soupçonne  quelque  ensor- 
cellement, on  fait  tourner  trois  fois  autour  de  la  crémail- 
lère un  shilling  neuf,  puis  on  le  dépose  au  fond  d'un  plat 
de  bois  que  l'on  remplit  d'eau,  et  on  la  jette  immédiate- 
ment ;  si  la  pièce  sort  avec  elle,  l'enfant  n'a  pas  été 
ensorcelé.  On  prend  aussi  dans  un  ruisseau  coulant  vers 
le  sud,  et  formant  la  limite  de  deux  domaines,  trois 
pierres,  l'une  ronde  qui  représente  la  tête,  une  autre 
qui  se  rapproche  de  la  forme  d'un  corps,  et  une  troisième 
de  celle  des  jambes.  Lorsqu'elles  ont  été  chauffées  au 
rou^e,  on  les  met  dans  un  vase  contenant  un  peu  d'eau 
que  l'on  jette  sur  un  shilhng  neuf  mis  au  fond  d'un  plat 
de  bois;  l'eau  est  ensuite  transvasée,  et  si  le  shilling 
adhère  au  fond  de  l'écuelle,  la  maladie  est  due  à  la  sor- 
cellerie (3). 

En  France  plusieurs  épreuves  ont  pour  but  de  con- 
naître la  fontaine  propice  à  la  guérison  ;  en  Limousin, 
on  jette  dans  un  vase  plein  d'eau  les  charbons  de  ba- 
guettes de  coudrier  cueiUies  la  veille  de  la  Saint-Jean  ; 
comme    chaque   parcelle    représente    une   fontaine,    la 

(1)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  96. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  345. 

(3)  Gregor,  1,  p.  8. 


l'enfance  71 

première  qui  tombe  au  fond  indique  celle  à  laquelle 
il  faut  se  rendre.  Les  matrones  allument  aussi  aux 
quatre  coins  du  berceau  quatre  bougies  au  nom  de 
quatre  saints  présumés  favorables  à  la  guérison  de  la 
maladie  ;  la  première  consumée  donne  la  réponse. 
Elles  font  aussi  brûler  une  tige  de  fusain  ou  de  noise- 
tier en  récitant  le  nom  des  saints  qui  président  aux  fon- 
taines du  pays  ;  le  nom  de  celui  qui  est  prononcé  au 
moment  où  le  feu  s'éteint  indique  le  lieu  où  doit  être 
fait  le  pèlerinage.  On  s'adresse  aussi  aux  fontaines  elles- 
mêmes  ;  dans  la  Meuse  on  jette  sur  l'eau  de  quelque 
source  une  chemise  de  l'enfant  ;  si  elle  surnage,  il  est 
condamné  comme  ne  «  tenant  pas  du  Saint  »,  si  elle  coule 
tout  entière  il  tient  du  joatron  de  la  fontaine  et  sa  guéri- 
son  est  assurée  ;  si  une  partie  seulement  est  immergée, 
la  partie  correspondante  du  corps  est  seule  atteinte  ; 
en  Hainaut,  celle  qui  se  mouille  en  premier  lieu  indique 
le  siège  de  la  maladie.  Les  Bretons  posent  aussi  sur 
la  surface  de  plusieurs  fontaines  la  chemise  de  leur  petit 
malade  :  suivant  qu'elle  s'enfonce  par  le  haut  ou  par  le 
bas,  ils  en  tirent  le  présage  de  la  guérison  ou  de  la 
mort  ;  si  elle  surnage,  l'affection  est  bénigne  ;  si  elle 
descend  au  fond,  les  jours  du  j^etit  être  sont  comptés; 
quand  elle  flotte  entre  deux  eaux,  la  maladie  est  grave, 
la  guérison  incertaine,  et  il  faut  se  hâter  de  revêtir 
l'enfant  du  linge  trempé  dans  la  source  sacrée  (1). 

Ces  ordahes  se  font  aussi  dans  les  éghses.  A  Saint- 
Broladre  (Ille-et- Vilaine)  on  mettait  la  tête  de  l'enfant 
malade  depuis  longtemps  dans  un  trou  de  la  muraille 
de  la  chapelle  de  Saint-Guinefort  «  qui  donne  la  vie  ou 

(1)    SÉBILLOT,  1,  II,  p.  270,  247,  246. 


72  LA  VIE  HUMAINE 

la  mort  »  s'il  la  redressait,  c'était  signe  de  vie,  s'il  la 
laissait  tomber,  c'était  une  réponse  de  mort  (1).  En 
Portugal,  on  place  le  petit  malade  sur  l'autel  de  sainte 
Auta;  s'il  pleure,  il  mourra,  s'il  se  tait,  il  guérira  (2). 

En  Sicile,  les  femmes  coupent  un  chou,  et  après 
l'avoir  arrosé  avec  l'eau  encore  chaude  qui  a  servi  à 
baigner  le  petit  malade,  elles  le  jettent  sur  le  toit  de  la 
maison  ;  si  dans  l'espace  de  trois  jours  il  jaunit,  l'enfant 
mourra  sûrement  (3). 

26. — Parmi  les  maladies  du  premier  âge,il  n'en  est  guère 
dont  la  thérapeutique  populaire  présente  autant  de 
circonstances  curieuses  que  la  coqueluche.  L'une  des 
pratiques  du  noi-d  de  l'Angleterre  s'adresse  même  à  une 
sorte  d'être  surnaturel  qui  a  f>u  remplacer  une  divinité  à 
laquelle  cette  spécialité  était  attribuée  autrefois.  Les 
parents  conduisaient  le  petit  malade  à  la  caverne  de 
Hob,au  bord  delà  mer,  jDrèsd'Hartlepool,  résidence  d'un 
esprit  applé  Hob,  et  quand  ils  y  étaient  entrés  ils  mur- 
muraient à  voix  basse  une  incantation  pour  le  prier  de  le 
guérir  (4).  En  Basse-Bretagne,  c'est  saint  André  qui  est 
invoqué  le  plus  souvent  pour  cette  affection  ;  les  mères 
couchent  les  petits  coquelucheux  sur  son  tombeau,  que  la 
chapelle  de  Lomarc'h  en  Crac'h  (Finistère)  prétend  con- 
server; à  Plounevez  Lochrist  on  fait  l'enfant  embrasser 
sa  statue,  puis  on  lui  introduit  dans  la  nuque  un  peu 
d'une  poignée  de  terre  prise  sous  la  niche,  le  reste  est 
mis  dans  sa  chaussure  et  y  demeure  jusqu'à  la  guérison, 

(1)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  157. 

(2)  Pedro  so,  1,  n"  335. 

(3)  Castelli,  p.  29. 

(4)  Henderson,  p.  264. 


l'enfance  73 

après  laquelle  on  revêt  le  saint  du  bonnet  et  d'une  des  che- 
mises du  petit  malade.  Les  eaux  d'un  certain  nombre 
de  fontaines  sont  efficaces  pour  la  coqueluche  ;  dans 
celle  de  N. -D.  du  Pen-drew,  à  Belle  -  Isle  -  en  -  Terre 
(Côtes-du-Nord),  on  trempe  la  chemise  de  l'enfant  le 
premier  jour  du  mois,  et  l'on  offre  à  la  Vierge  un  bonnet 
rempli  de  grains  ou  d'étoupes  (1). 

En  Cornouaille,  il  faut  prendre  dans  un  ruisseau, 
et  sans  en  interrompre  le  cours,  neuf  cailloux,  y  puiser 
de  l'eau  dans  la  direction  du  courant,  les  faire  rougir  au 
feu,  et  les  jeter  dans  l'eau.  Mélangée  à  un  verre  de  vin, 
celle-ci  est  administrée  neuf  matins  de  suite  à  l'enfant  (2). 
Dans  les  Abruzzes  on  lance  de  l'eau  courante  à  la  figure 
de  celui  qui  est  atteint  de  rougeole,  en  disant  :  «  Loup, 
louveteau,  tu  es  sorti  de  la  grotte  ;  eau  courante,  éteins 
le  feu  ardent.  »  Pour  la  guérison  du  mauvais  œil  et  de 
toutes  sortes  de  maladies,  une  des  plus  proches  parentes 
du  patient  se  couvre  d'un  manteau  noir,  et,  au  lever 
du  soleil,  elle  va  éteindre  un  tison  enflammé  dans  le 
cours  d'eau  le  plus  voisin,  en  ayant  soin  de  ne  pas  se 
retourner  et  de  ne  parler  à  personne  ;  ce  rite  est  répété 
trois  fois   (3). 

En  Serbie,  la  mère  de  l'enfant  qui  pleure  constam- 
ment, parce  qu'il  souffre  d'un  mal  appelé  Wriska,  le 
porte  sur  le  bord  d'un  lac  ou  d'une  rivière,  et  lorsqu'elle 
a  aperçu  un  feu  sur  l'autre  rive,  elle  le  plonge  dans  l'eau  ; 
une  autre  personne  tient  un  plat  et  un  tison  enflammé, 
que  la  mère  éteint  dans  l'eau,  en  adressant  trois  fois  à 

(1)  LlÉGARD,"p.  37-38. 

(2)  HuNT,  p.  416. 

(3)  NiNO,  p.  17,  6. 

LE    PAGANISME    COMEMPORAIX  5 


74  LA  VIE  HUMAINE 

la  fée  aquatique  cette  conjuration  :  «  La  Wila  marie  son 
fils  et  a  invité  mon  enfant  à  sa  noce,  mais  je  ne  peux 
l'y  envoyer,  parce  qu'il  est  trop  criard.  »  Elle  fait  ensuite 
boire  à  l'enfant  autant  d'eau  qu'elle  le  peut  (1). 

Les  animaux  interviennent  comme  guérisseurs  de  la 
coqueluche  ;  en  Provence  on  fait  passer  le  petit  malade 
sept  fois  sous  le  ventre  d'un  âne  en  allant  de  droite  à 
gauche,  jamais  de  gâïïclie  à  droite  ;  car  si  l'on  oubliait 
cette  précaution,  les  passages  en  sens  inverse  se  neutraH- 
sant,  on  n'obtiendrait  pas  le  résultat  désiré  ;  dans  cer- 
tains villages,  il  y  a  des  ânes  plus  ou  moins  réputés  pour 
leur  vertu  curative  (2).  Dans  la  partie  gaéhque  de 
l'Irlande,  et  en  Ecosse,  la  mère  passe  trois  fois  le  petit 
coquelucheux  dessus  et  dessous  un  âne,  au  nom  de  la 
Trinité. Parfois  on  donne  à  l'animal  un  morceau  de  pain, 
et  les  miettes  qui  tombent  sont  mises  dans  le  bouillon 
du  patient  (3).  En  Cornouaille,  c'est  un  homme  qui  le 
passe  à  une  femme,  à  neuf  reprises  (4).  L'usage  de  faire 
passer  le  petit  malade  sous  le  cou  d'un  âne  est  encore 
fréquent  dans  le  nord  de  l'Angleterre,  et  l'on  observe  aussi 
les  chiffres  de  neuf  et  de  trois  ;  dans  le  comté  deWorcester, 
l'animal  sur  le  dos  duquel  on  a  mis  l'enfant  tourne  neuf 
fois  autour  d'un  poteau;  en  Sussex,  le  patient  doit  porter 
un  sachet  contenant  des  poils  coupés  sur  la  partie  en 
croix  de  l'échiné  de  sa  monture.  Parmi  les  recettes  usitées 
dans  cette  région  qui,  à  ce  point  de  vue,  est  privilégiée, 
il  en  est  qui  sont  basées  sur  la  croyance  à  la  transmission 

(1)  Folk-Lore,  XVIII  (1907),  p.  256. 

(2)  Bull.  Soc.  anthrop.  1890,  p.  897. 
(3)MooNEY,  p.  162. 

(4)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  211. 


l'enfance  75 

du  mal  à  une  bête  ;  on  suspend  à  un  arbre  des  cheveux 
coupés  sur  le  sommet  de  la  tête  de  l'enfant,  dans  la 
persuasion  que  les  oiseaux  en  les  emportant  pour  leurs 
nids  y  emportent  aussi  le  mal  ;  des  cheveux  avalés 
par  un  chien  dans  une  boulette  le  lui  transmettent, 
une  truite,  mise  dans  la  bouche  du  patient  l'en  débarrasse, 
et  il  passe  à  la  chenille  poilue  que  l'on  a  enfermée  dans 
un  sachet  pendu  au  cou  de  l'enfant  (1).  Dans  le 
Galway  la  mère  du  malade  va  trouver  le  propriétaire 
d'un  cheval  blanc,  et  lui  dit  :  «  Compagnon  du  che- 
val blanc,  que  faut-il  pour  guérir  la  coqueluche?  » 
Il  répond  ordinairement  :  «  Une  tasse  de  thé  et  un 
morceau  de  pain,  »  et  l'on  donne  à  l'enfant  ce  qu'il  a 
indiqué  (2). 

Dans  le  Finistère  on  fait  «  moudre  la  coqueluche  »  ; 
pour  cela  on  assied  le  petit  malade  sur  la  trémie,  et 
aussitôt  que  la  meule  a  été  mise  en  mouvement,  la 
personne  qui  a  apporté  l'enfant  reçoit  du  meunier 
l'ordre  de  faire  neuf  fois  de  suite  le  tour  extérieur  de 
la  maison.  Elle  s'incline  et  sort  en  se  signant  ;  chaque 
fois  qu'elle  passe  devant  la  porte  ou  devant  la  fenêtre 
du  moulin,  elle  s'arrête  et  dit  :  «  Qu'y  a-t-il  à  moudre 
ici?  —  La  coqueluche,  répond  le  meunier.  —  Se  moud- 
elle  bien?  —  EUe  se  moud  bien.  »  Quand  le  neuvième 
tour  est  achevé  le  meunier  déclare  que  la  coqueluche 
est  moulue  tout  net,  et  la  guérison  est  faite  ou  doit  se 
faire  à  bref  délai  (3). 

Un  usage  d'Ecosse   est  fondé  sur  l'idée   que    l'eau 

(1)  Hendersox,  p.  140-143. 

(2)  MooNEY,  p.  162. 

(3)  Méliisine,  III  (1886),  col.  381. 


76  LA  VIE  HUMAINE 

forme  une  barrière  infranchissable  aux  maladies  ;  on 
portait  l'enfant  dans  une  autre  paroisse  en  ayant 
soin  de  franchir  un  ruisseau  (1). 

Le  passage  à  travers  un  arbre  troué,  qui  emprunte  à 
cette  circonstance  une  vertu  analogue  à  celle  que  l'on 
attribue  aux  pierres  percées,  est  réputé  efficace  pour  la 
guérison  de  la  coqueluche,  de  diverses  maladies,  et  plus 
souvent  encore  de  la  hernie.  Les  exemples  modernes 
de  ce  rite  accompli  sur  des  arbres  présentant  par  un 
lustis  naturœ  un  trou  accidentel  ne  sont  pas  très  nom- 
breux. Il  est  vraisemblable  que  ce  rite  est  le  plus  ancien 
et  Etienne  de  Bourbon  a  donné  une  description  détaillée 
de  la  façon  dont  il  était  pratiqué  au  XIIP  siècle  (2)  ; 
au  XVIII*^  siècle  à  Selborne  (Hantshire)  on  faisait 
passer  trois  fois  les  enfants  coquelucheux  à  travers  un 
frêne,  et  plus  récemment  dans  l'ouverture  d'une  aubé- 
pine près  d'Oxford  (3).  Un  frêne  antique  dans  le  parc 
de  Richmond  (Surrey)  qui  présentait  aussi  une  ouverture 
naturelle,  a  été  visité  jusque  vers  1853  par  les  mères 
dont  les  enfants  étaient  ensorcelés ,  malades  de  la 
coqueluche  ou  d'autres  affections  ;  l'acte  pour  réussir 
devait  être  accompli  avant  le  lever  du  soleil,  et  aucun 
étranger  ne  devait  en  être  témoin.  La  mère  du  petit 
malade  était  accompagnée  d'une  espèce  de  sorcière  qui 
indiquait  la  marche  à  suivre  ;  il  y  avait  des  incan- 
tations à  prononcer,  puis  la  commère  passait  neuf  fois 
l'enfant  tout  doucement  au-dessus  et  au-dessous  de 
la  barre  qui  formait  un  des  côtés  de  l'ouverture,  en 

(1)  Folk-Lore  Journal,  VI  (1888)  p.  264. 

(2)  Sébillot,  1,  III,  p.  417. 

(3)  Gaidoz,  p.  13-14. 


LENFANCE  77 

murmurant  des  charmes  ou  en  récitant  des  vers  tradi- 
tionnels (1). 

L'acte  qui  consiste  à  faire  passer  les  enfants  atteints 
de  hernie  à  travers  un  arbre,  ordinau'ement  fendu  pour 
la  circonstance,  est  plus  répandu,  Il  a  été  constaté 
plusieurs  fois  en  France  depuis  le  V^  siècle  où  le  méde- 
cin Marcellus  Empiricus  de  Bordeaux  le  conseillait  et 
en  donnait  la  recette  (2).  On  en  connaît  quelques  exem- 
ples contemj)orains,  dont  le  plus  récent  a  été  relevé  en 
Provence  en  1890  :  on  fend  dans  toute  sa  longueur  un 
jeune  arbre  d'apparence  vigoureuse,  sans  l'arracher 
ni  pousser  la  fente  jusqu'aux  racines,  puis,  écartant  les 
deux  parties,  on  fait  passer  entre  elles,  à  trois  ou  sept 
reprises  différentes,  le  petit  hernieux  ;  les  deux  portions 
de  la  tige  sont  ensu'te  rapprochées  très  exactement, 
et  maintenues  en  contact  à  l'aide  d'un  Uen  fortement 
serré  ;  si  elles  se  recollent  bien  et  que  l'année  d'après 
l'arbre  ait  repris  la  soUdité  de  sa  tige,  l'enfant  est  guéri  ; 
s'il  ne  se  ressoude  pas,  on  peut  prédire  qu'il  restera 
hernieux  toute  sa  vie  (3).  En  Sicile  c'est  à  travers  un 
jeune  chêne  que  s'effectue  trois  fois  le  passage,  et  on  tire 
les  mêmes  présages  de  son  aspect  au  bout  d'un  an  (4). 
En  Angleterre  la  pratique  a  été  fréquente  et  elle  sub- 
siste encore  :  en  Sussex,  l'enfant  est  passé  à  travers  un 
frêne  fendu  avec  une  hache,  que  le  propriétaire  a  aban- 
dormé  aux  parents  pour  que  le  mal  ne  retombe  pas  sur 
lui.  L'opération  est  faite  de  bon  matin,  neuf  jours  de 

(1)  Folk-Lore,  VIII  (1898),  p.  335-337. 

(2)  Gaidoz,  p.  14. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  417-418. 

(4)  PiTRÈ,  2,  p.  399-400. 


78  LA  VIE  HUMAINE 

suite,  et  le  petit  hernieux  doit  être  accompagné  de  neuf 
personnes,  dont  chacune  le  passe  à  travers  la  fente  en 
allant  de  l'ouest  à  Test  ;  le  neuvième  matin,  on  attache 
étroitement  l'arbre  avec  une  corde  :  à  mesure  que  la 
fente  se  bouche, l'enfant  doit  guérir;  parfois  il  était  nu, 
et  après  l'opération  on  frictionnait  la  partie  souffrante 
de  l'arbre  avec  de  la  terre  glaise  (1). 

On  croyait  parfois  à  une  véritable  relation  entre  le 
malade  et  le  médium  employé  pour  sa  guérison  :  En 
1804,  non  loin  de  Birmingham,  le  propriétaire  d'un 
arbre  à  travers  la  fente  duquel  il  avait  été  passé 
étant  enfant,  ne  souffrait  pas  qu'on  en  coupe  aucune 
branche,  croyant  que  la  vie  de  celui  qui  avait  subi  cette 
opération  était  liée  à  celle  de  l'arbre  (2). 

Dans  la  province  de  Minho,  l'enfant  hernieux  se  rend 
avec  trois  Maries,  qui  portent  une  quenouille,  et  trois 
Josephs ,  la  nuit  de  la  Saint- Jean  à  minuit ,  dans  une 
oseraie;  un  des  Josephs  fend  un  osier,  et  les  deux 
autres  passent  l'enfant  aux  Maries  à  travers  l'ouver- 
ture ;  les  Josephs  disent  :  «  Que  faites- vous  ici  ?  »  Les 
trois  Maries  répondent  :  «  Nous  filons  du  hn  pour 
attacher  l'osier,  parce  que  l'enfant  a  la  hernie.  »  Après 
que  cette  formule  a  été  répétée  trois  fois,  l'osier  est 
rattaché;  s'il  se  ressoude,  l'enfant  guérit.  A  Porto,  le 
parrain  tend  l'enfant  à  la  marraine  à  travers  un 
chêne  fendu,  en  prononçant  une  formule  à  laquelle 
la  marraine  répond  (3).  En  Catalogne,  c'est  au  coup 
de    minuit    de    la  Saint-Jean    qu'il    doit   être    passé 

(1)  Black,  2,  p.  67.  Gurdon,  p.  27-28.  Latham,  p.  40-41. 
(2)Brand,  III,  p.  289. 
(3)  Leite.  1,  p.  112-113. 


l'enfance  79 

à  travers  un  jonc  par  deux  personnes  qui  s'appellent 
Jean  et  Marie  (l).En  Allemagne  ceux  qui  président  à  cette 
pratique  doivent  aussi  se  nommer  Jean   (2). 

Le  passage  à  travers  l'arbre  est  le  procédé  le  plus 
usité  ;  on  a  relevé  en  Seine-et-Oise  une  pratique  beau- 
coup plus  rare,  et  dont  le  caractère  quasi  rituel  peut 
faire  présumer  l'antiquité  :  il  y  a  une  trentaine  d'années, 
on  portait  sous  un  chêne  l'enfant  atteint  de  hernie, 
et  des  femmes  dansaient  autour  en  murmurant  des 
conjurations  (3). 

Des  pierres  érigées  de  main  d'homme  ou  qui  présen- 
tent des  particularités  remarquables  sont  réputées 
efficaces  pour  les  enfants  en  retard  (cf.  p.  68)  ;  on  y 
a  plus  rarement  recours  en  cas  de  maladies  caractérisées. 
Dans  la  Cornouaille,  on  portait  au  bord  de  la  mer  les 
petits  malades  et  on  les  passait  à  travers  la  fente  d'un 
rocher  assez  voisin  de  la  fontaine  de  Perran  (4).  Dans  le 
Nortliumberland,  on  les  passait  sur  un  rocher  appelé 
le  Drake  Stone,  près  duquel  se  trouve  une  pierre  à 
bassin  (5).  On  gratte  un  menliir  de  Saint-Cenery  (Orne) 
pom-  en  faire  boire  la  poussière  mélangée  à  l'eau  aux 
enfants  qui  ont  des  cohques  (6).  Dans  la  Bigorre  cer- 
taines maladies  infantiles  sont  guéries  par  le  toucher 
ou  le  port  d'un  vêtement  frotté  à  des  pierres  sa- 
crées (7). 

(l)GoMis,  3,  p.  100. 

(2)  Gaidoz,  p.  16-17 

(3)  Mélusinc,  I  (1877-78),  col.  32. 

(4)  HuNT,  p.  300. 

(5)  Balfour,  p.  1. 

(6)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  66. 

(7)  ROSAPELLY,  p.  36. 


80  LA   VIE  HUMAINE 

27.  — L'immersion  des  petits  malades  dans  les  fontaines 
est  assez  fréquente  en  France  (1),  mais  elle  n'est  pas 
accompagnée  de  rites  aussi  caractérisés  que  ceux  qui 
étaient  naguère  observés  dans  les  pays  celtiques  de  l'au- 
tre côté  du  détroit.  Il  y  a  une  cinquantaine  d'années 
les  femmes  du  voisinage  de  la  fontaine  de  Madron 
(CornouaiUe)  y  apportaient  leurs  enfants  pour  les  guérir 
du  zona,  des  dartres  et  d'autres  maladies,  aussi  bien  que 
pour  les  garantir  de  la  sorcellerie  ou  du  mauvais  œil. 
Une  vieille  femme  se  tenait,  au  mois  de  mai,  aux 
environs  de  la  fontaine,  et  elle  gagnait  de  quoi  vivre 
en  enseignant  aux  gens  du  haut  pays  la  façon  dont  ils 
devaient  pratiquer  le  rite.  Il  fallait  que  l'enfant  fût 
complètement  nu;  on  le  plongeait  trois  fois  dans  l'eau 
au  rebours  du  soleil,  puis  on  lui  faisait  faire  rapidement 
neuf  fois  le  tour  de  la  source,  de  l'est  à  l'ouest,  ou  en 
suivant  le  cours  du  soleil  ;  il  était  ensuite  rhabillé, 
roulé  dans  quelque  chose  de  chaud,  et  couché  près  de 
la  source  ;  s'il  dormait,  et  si  beaucoup  de  bulles  s'éle- 
vaient au-dessus  de  l'eau,  c'était  bon  signe.  Aucune 
parole  ne  devait,  sous  peine  de  rompre  le  charme,  être 
prononcée  pendant  cette  opération.  Pour  assurer  la 
cliance,  un  morceau  arraché,  et  non  coupé,  des  vête- 
ments de  l'enfant  était  laissé  près  de  la  fontaine  ;  ordi- 
nairement on  le  mettait  entre  les  pierres  bordant  le 
ruisselet,  ou  on  le  suspendait  à  une  épine  qui  avait 
poussé  dans  le  mur  de  la  chapelle.  Lorsque  d'autres 
personnes  survenaient  pendant  que  s'accomphssaient 
ces  rites,  elles  restaient  en  dehors  de  la  barrière,  parce 
qu'aucune  parole  ne  devait  alors  être  prononcée  devant 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  II.  p.  276-277. 


l'enfance  81 

la  fontaine.  On  payait  la  vieille  femme  en  nature,  jamais 
en  argent,  et  l'on  déposait  les  présents  qui  lui  étaient 
destinés  en  dehors  de  l'enceinte  de  la  fontaine  (1*). 

La  fontaine  du  Dimanche  dans  le  comté  d'Antrim 
(Irlande)  était  visitée  le  dimanche  pour  les  maladies 
des  enfants  ;  on  y  jetait  des  petits  cailloux,  et  on  laissait 
à  côté  une  épingle  piquée  dans  un  morceau  du  vêtement 
du  malade  (2). 

(1)  BOTTRELL,   I,  p.  240-241. 

(2)  Folk-Lore  Journal,  VI  (1888),  p.  55. 


CHAPITRE    IV 
La  jeunesse   et  les  amours. 


28.  La  première  communion.  —  29.  Le  tirage  au  sort.  —  30.  Conju- 
rations et  pratiques  pour  savoir  si  on  se  mariera.  —  31.  Pour 
connaître  son  futur  époux.  —  32.  Pour  se  faire  aimer.  —  d3  En- 
voûtement des  insensibles  ou  des  infidèles. 


28.  —  Les  traces,  même  légères,  d'observances 
païennes  paraissent  peu  nombreuses  dans  la  période 
entre  l'enfance  et  la  puberté.  Quelques-unes,  pratiquées 
le  jour  de  la  première  communion,  sont  presque  toujours 
augurales.  Aux  environs  de  Liège,  si  la  flamme  du  cierge 
de  l'enfant  brûle  sans  osciller,  il  suivra  le  droit  chemin 
dans  la  vie  ;  si  elle  vacille,  il  s'en  écartera  ;  la  petite 
fille  dont  la  couronne  de  fleurs  d'oranger  tombe  à  terre 
ne  tardera  pas  à  j  eter  son  bonnet  par  dessus  les  moulins  (  1  ) . 
En  1871,  on  faisait  passer  les  enfants  qui  venaient  de  rece- 
voir le  sacrement  par  le  trou  d'un  cénotaphe  placé  au 
miheu  du  chœur  de  l'éghse  de  Saint-Dizier  (Haut-Rhin) 
qui  avait  été  pendant  des  siècles  renommé  pour  la  gué- 
rison  de  la  folie  (2). 

29.  —  Dans  les  pays  où  le  recrutement  se  fait  ou 
se  faisait  par  voie  de  tirage  au  sort,   ceux  qui  y  sont 

(1)  Revue  des  Trad.  pop,  XIX  (1904)  p  85. 

(2)  MéZusme;  VIII  (1896-1897),  coL  248. 


LA   JEUNESSE  ET  LES  AMOURS  83 

soumis  OU  leurs  parents  accomplissent  des  pratiques 
parallèles  ou  semblables  à  d'autres  plus  anciennes  qui 
sont  usitées,  avec  un  paganisme  plus  accentué,  en  d'au- 
tres circonstances  de  la  vie.  La  veille  du  tirage  une 
vieille  femme  se  rendait  à  des  fontaines  spéciales,  telles 
que  la  Fontaine  de  Minuit,  dans  la  vallée  du  Guindy, 
ou  à  celle  de  Saint-Efflam  à  Plestin-les-Grèves  (Côtes- 
du-Nord),  et  elle  y  trempait,  à  minuit,  deux  serviettes 
blanches  qu'elle  plaçait,  toutes  mouillées,  sur  la  poitrine 
du  conscrit;  vers  1850,  c'était  la  mère  qui  lavait  dans 
une  source  sacrée  le  vêtement  que  son  fils  devait  porter 
le  lendemain.  Le  jeune  homme  allait  boire  à  la  fon- 
taine de  Gisors  (Eure)  et  dans  la  Loire- Inférieure  il  se  lavait 
les  mains  dans  un  ruisseau  près  de  Saint-Père  en  Retz. 
Les  mères  du  Bocage  normand  vont  déposer  une  bran- 
che sur  le  dolmen  de  la  pierre  Dyâlan  et  en  font  neuf 
fois  le  tour  (1). 

Les  jeunes  gens  ont  aussi  recours  à  des  talismans  ; 
ceux  du  pays  de  Luchon  portaient  sur  eux  une  pierre 
à  tonnerre,  ceux  de  la  Haute-Bretagne  une  langue 
arrachée  à  une  couleuvre  vivante,  ceux  de  la 
Gironde  une  peau  de  serpent  (2).  En  Poitou,  et  en  Hai- 
naut,  on  regardait  comme  efficace  un  os  de  mort,  ramassé 
à  minuit  dans  le  cimetière.  (3)  Le  bénitier  sert  à  d'assez 
nombreuses  opérations  propitiatoires  :  les  garçons  de 
Basse-Normandie,  en  sortant  de  la  messe  dite  pour  eux 
la  veille  du  tirage,  y  enfonçaient  le  bras  gauche  jusqu'au 
coude  et  faisaient  un  signe  de  croix  avec  cette  main 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  237,  238,  376  ;  IV,  p.  63. 

(2)  SÉBiLLOT  ,1,  IV,  p.  75  ;  III,  p.  287. 

(3)  Souche,  1,  p.  47.  Revue  des  Trad.  pop.  II  (1887),  p.  400. 


84  LA  VIE   HUMAINE 

qu'ils  plongeaient  dans  l'urne  le  lendemain  ;  en  Wallonie 
à  la  suite  de  chaque  messe  de  neuvaine  le  conscrit  laisse 
tomber  une  pièce  de  monnaie  dans  le  bénitier.  En  Sain- 
tonge,  on  y  baignait  les  trois  pièces  qui  mises  à  l'insu 
du  jeune  homme  dans  un  de  ses  vêtements  lui  procu- 
raient le  bon  numéro  (1). 

Quelques  actes  ont  pour  but  de  préserver  des  ma- 
ladies ou  de  la  mort  le  soldat  qui  part.  Dans  le  sud  du 
Morbihan,  l'aïeul  ou  ses  parents  le  conduisent  à  une 
fontaine  sacrée  et  le  soumettent  à  des  ablutions  qui  doi- 
vent le  tirer  à  peu  près  sain  et  sauf  des  dangers  (2). 
Des  recrues  anglaises  détachaient  des  fragments  de 
la  plus  grosse  pierre  d'un  cercle  mégahthique  du 
Warvickshire,  pour  être  braves  et  avoir  de  la  chance 
(3).  Aux  environs  de  Lorient  on  dit  que  celui  qui  a 
sur  soi  une  pierre  à  tonnerre  ne  risque  pas  d'être  tué 
à  la  guerre.  Un  tahsman  des  Abruzzes  qui  a  la  même 
vertu  protectrice  est  aussi  en  connexion  avec  la  foudre  : 
il  consiste  dans  des  feuilles  d'un  chêne  cjui  a  été  fou- 
droyé (4). 

30.  > —  Les  pratiques  augurales  en  relation  avec 
l'amour  et  le  mariage  sont  faites  non  seulement  par  les 
grandes  personnes,  mais  par  les  enfants.  Les  uns  et  les 
autres  interrogent  l'oracle  pour  savoir  s'il  est  dans  leur 
destinée  de  se  marier.  En  quelques  pays  de  France  on 
dit  en  touchant  successivement  chacun  des  piquants  de 
la  feuille  de  houx  :  «  Fille,  femme,  veuve,  religieuse.  » 

(1)  SÉBILLOT,  1,    IV,   p.    149. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  237-238. 

(3)  Folk-Lore,  VI  (1895),  p.  22-23. 
(5)  GUBERNATIS,  2.  II,  p.  67-68. 


LA    JEUNESSE   ET   LES   AMOURS  85 

Le  mot  que  l'on  prononce  sur  le  dernier  piquant  indique 
l'avenir.  En  Auvergne,  on  effeuille  la  fougère  en  disant 
à  chaque  foliole  enlevée  :  «  Prêtre,  marié,  garçon  ». 
Les  jeunes  Picardes  détachent  en  commençant  par  le 
bas  les  feuilles  de  l'ivraie  et  disent  :  «  M' marierai, 
m'marierai  point  !  d  (1) 

Les  consultations  qui  ont  pour  but  de  connaître 
combien  d'années  séparent  du  mariage  sont  beaucoup 
plus  nombreuses  ;  l'une  d'elle  consiste  à  souffler  sur  des 
aigrettes  légères,  comme  celle  du  pissenlit  ;  le  nombre 
de  celles  qui  restent  donne  la  réponse.  Dans  le  Sufïolk 
et  à  Dublin,  les  amoureux  récitent  au  mille-pertuis  une 
conjuration  dans  laquelle  ils  s'adressent  à  lui  comme 
à  une  personne  capable  de  les  entendre,  et  ils  lui  sou- 
haitent le  bonjour  (2). 

Les  garçons  et  les  jeunes  fiUes  qui  consultent  le  coucou 
emploient  des  formules  rimées,  d'un  caractère  tradi- 
tionnel, dont  il  a  été  recueilU  de  nombreuses  variantes 
en  France,  en  Italie,  en  Portugal,  en  Espagne,  en  Angle- 
terre, en  Allemagne  et  dans  les  pays  Scandinaves  (3). 
Ordinairement  après  l'avoir  récitée  on  observe  l'endroit 
où  l'oiseau  chante  :  autant  de  fois  il  répète  son  refrain, 
autant  d'années  il  'faudra  attendre.  S'il  reste  muet, 
celui  qui  l'a  consulté  ne  se  mariera  jamais.  En  France 
et  en  Wallonie  on  interroge  en  récitant  une  formulette, 


(1)  SÉBiLLOT,  1,  III,  p.  395,  503,  505. 

(2)  Folk-Lore  Record,  I  (1878),  p.  156. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  201.  CiBELE,  p.  57-58.  Leite,  1,  p.  146- 
147-  Arivau,  p.  251.  Swainson,  p.  116-117.  Grimm,  III.  p.  677. 
Thorpe,  II,  p.  106. 


86  LA   VIE  HUMAINE 

la  coccinelle,  et  le  plus  rarement  le  faucheux  (1). 
La  consultation  se  fait  aussi  par  le  lancement  d'un 
objet  avec  lequel  il  faut  toucher  un  but  déterminé. 
Le  nom  de  Penedo  de  casamento,  le  rocher  du  mariage, 
que  porte  un  bloc  du  Portugal,  indique  sa  spécialité  et 
probablement  l'ancienneté  de  la  pratique  :  suivant  qu'il 
est  atteint  par  la  première,  la  seconde,  etc.,  des  pierres 
qu'on  lui  lance,  le  mariage  du  consultant  aura  Heu 
dans  le  nombre  d'années  indiqué  (2).  En  Catalogne, 
où  des  mégalithes  étaient  peut-être  jadis  interrogés 
de  cette  façon,  c'est  aux  croix  que  l'on  s'adresse, 
et  l'on  voit  souvent  à  leurs  pieds  les  cailloux  qui  leur 
ont  été  jetés  ;  près  de  Tarragone  c'est  dans  une  niche 
d'une  chapelle  de  la  Vierge  qu'il  faut  faire  pénétrer  une 
pierre  (3)  ;  le  même  usage  a  été  relevé  aux  environs 
de  Saint-Brieuc  (Côtes-du-Nord)  et  en  Wallonie  (4). 
A  Tolède  on  lance  des  épingles  dans  la  chapelle  de  la 
Vierge  aux  épingles  (5)  ;  au  Croisic  (Loire- Inférieure) 
il  fallait  les  faire  passer  par  la  fente  d'un  volet  de  la 
chapelle  de  Saint  Goustan  ;  à  Echemiré  (Maine-et-Loire) 
on  jette  un  sou  à  travers  la  porte  d'une  chapelle  de  la 
Vierge  dans  la  direction  de  l'autel  ;  il  doit  rester  sur  la 
table,  ou  le  mariage  est  retardé  d'autant  d'années  qu'il 
y  a  de  pavés  séparant  le  sou  de  l'autel  (6).  En  Andalousie, 
le  jour  de  la  fête  de  saint  Antoine  de  Padoue,  on  lance  des 

(1)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  322. 

(2)  Leite,  1,  p.  90. 

(3)  GoMis,  3,  p.  108. 

(4)  SÉBILLOT,    1,     IV,    p.    140. 

(5)  GoMis,  1.  c. 

(6)  SÉBILLOT,  1,   IV,  p.  139-140. 


LA   JEUNESSE  ET  LES  AMOURS  87 

aiguilles  à  sa  statue  et  celui  qui  l'atteint  à  un  certain 
endroit  se  marie  dans  l'année  (1). 

C'est  aux  sources  que  les  amoureux,  et  surtout  les 
jeunes  fiUes  s'adressent  le  plus  fréquemment  pour  con- 
naître le  sort  qui  leur  est  réservé.  L'agent  de  consulta- 
tion est  d'ordinaire  l'épingle  :  celle  qui,  posée  sur  l'eau, 
surnage  indique  à  l'intéressée  que  son  mariage  aura  lieu, 
et  souvent  dans  l'année.  Cette  épreuve  qui  est  courante 
en  Bretagne,  se  faisait  à  l'époque  révolutionnaire,  à 
une  fontaine  près  de  Sens;  elle  a  été  depuis  constatée 
dans  ce  même  pays,  dans  les  Vosges,  et«  dans  les  Ar-' 
dermes. 

Dans  une  autre  série  de  consultations,  l'augure  dépend 
des  circonstances  qui  accompagnent  la  submersion  de 
l'objet,  ou  de  la  place  qu'il  occupe  quand  il  touche  le 
sol  de  la  fontaine.  En  Poitou,  dans  les  Vosges,  en  Haute- 
Bretagne,  il  est  favorable,  si  l'épingle  descend  sans  faire 
de  tourbillons  ;  aux  environs  de  Pont-l'Abbé,  si  elle 
tourne  sur  elle-même  avant  de  couler,  dans  le  Morbihan 
si  elle  descend  la  tête  en  bas  (2).  A  Sefton  dans  leLancas- 
hire,  celles  qui  jettent  une  épingle  dans  une  fontaine  en 
tirent  des  conclusions  sur  la  fidélité  de  leurs  amoureux  et 
la,  date  de  leur  mariage,  suivant  qu'elle  se  tourne  vers 
le  nord  ou  vers  un  autre  point  de  la  boussole  (3). 
Les  jeunes  filles  du  Croisic  qui  naguère  lançaient  une 
épingle  dans  la  mer  observaient  la  façon  dont  elles  s'y 
enfonçait  et  qui  leur  indiquait  si  elles  se  marieraient 
ou  non  dans    l'année.   A    Plumaudan  (Côtes-du-Nord) 

(1)  GOMIS,  1.  c. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  248-250. 

(3)  Henderson,  p.  231. 


88  LA  VIE   HUMAINE 

autant  de    fois  la  consultante    peut    compter   jusqu'à 
trois,     autant    d'années    la   séparent   du   mariage.    Le 
nombre  de    bulles    qui    se   montrent   à   la  surface   de 
la  fontaine  de  Saint- Derrien  (Finistère)  lorsqu'on  l'in- 
terroge, non  plus  avec  des  épingles,  mais  avec  des  mor- 
ceaux de  poteries,  prédit  à  la  jeune  fille  combien  d'années 
elle   devra   attendre   un   mari    (1).    Cette   circonstance 
préoccupe  aussi  les  jeunes  cornouaillaises  qui,  ^u   mois 
de  mai,  lancent  dans  les  fontaines  des  paires  d'épingles 
recourbées  ou  des  petits  objets  lourds  ;  s'ils  restent  en- 
semble et  forment  le  couple,  elles  sont  destinées  à  se 
marier,    et    le    nombre    de    bulles    qu'elles    produisent 
indique  combien  de  temps  doit  s'écouler  avant  l'événe- 
ment. Quelquefois  cette  divination  se  fait  au  moyen  de 
pailles  fixées  au  milieu  par  une  épingle' (2).  Dans  le  sud- 
ouest  de  la  France,  on  tire  des  présages  de  la  position 
que  les  épingles  occupent  sur  le  sol  de  la  fontaine  où 
elles   sont  lancées  par  paires,    quelquefois  par  dessus 
l'épaule  gauche  de  la  pèlerine, qui  tourne  le  dos  à  la  source  ; 
si  elles  tombent  en  croix,  elle  se  mariera  avant  l'année 
révolue  (3).  Lorsque,  les  matins  d'été,  les  jeunes  filles 
venaient  consulter  la  fontaine  de  Madron,  dans  la  Cor- 
nouaille,  une  vieille  femme,  qu'on  ne  devait  jamais  payer 
en  argent,  leur  indiquait  le  rite  à  suivre  ;  les  épingles, 
les  cailloux,   les   menus   objets  lourds,   recevaient  des 
noms  ;  mais  il  ne  fallait  en  prononcer  aucun    pendant 
qu'ils  descendaient  sous  l'eau  ;  il  suffisait  de  penser  à 
ceux  qu'ils  représentaient  ;  suivant  que  les  épingles  ou 

(1)  SÉBiLLOT,  1.  II,  p.  165,  250,  251. 

(2)  Folk-Lore  Journal,  IV,  (1885).  p.  229. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  250. 


LA   JEUNESSE   ET  LES  AMOURS  89 

les   cailloux   restaient   ensemble   ou   se   séparaient,  le 
mariage  était  certain,  ou  il  était  impossible  (1). 

A  Trigavou  (Côtes-du-Nord)  si  le  courant  entraînait 
la  branche  d'aubépine  ou  la  croûte  de  pain  jetée  sur  la 
fontaine  de  Sainte  Apolline,  le  mariage  avait  lieu.  Le 
jour  de  la  Pentecôte  les  jeunes  filles  posent  sur  les  eaux 
d'une  fontaine  de  la  vallée  du  Gapeau,  formée  de  deux 
bassins  superposés,  une  feuille  d'arbre  qui  doit,  pour  don- 
ner une  réponse  favorable,  descendre  sans  encombre 
dans  le  bassin  inférieur.  On  place  sur  le  canal  de  la  fon- 
taine de  Saint-Efflam  à  Plestin  (Côtes-du-Nord)  deux 
petits  morceaux  de  pain  dont  l'un  représente  la  jeune 
fille  et  l'autre  le  garçon  ;  il  faut,  pour  .que  le  mariage 
soit  prochain,  que  les  deux  morceaux,  jusqu'à  leur  arrivée 
au  déversoir,  conservent  la  distance  qui  les  séparait  au 
début  de  la  course.  En  Poitou,  lorsque  le  courant 
entraîne,  sans  les  faire  chavirer,  les  feuilles  jetées  dans 
le  ruisseau,  le  mariage  aura  lieu  dans  l'année  ;  cette 
épreuve  est  fréquente  en  Provence  où  il  est  nécessaire 
que  la  feuille  surnage.  Près  de  la  fontaine  de  Virginie 
(Calvados)  la  jeune  fille  va,  seule,  allumer  une  chandelle 
neuve;  si  elle  brûle  jusqu'au  bout,  elle  se  mariera  dans 
l'année  (2). 

Les  jeunes  anglaises  demandent  à  la  lune  des  oracles 
amoureux  ;  celles  du  Yorkshire  en  regardant  à  travers 
un  mouchoir  de  soie  la  première  lune  de  l'année,  lui 
adressaient  une  formule  rimée  dont  voici  la  traduction  : 
«  Nouvelle  lune,  je  te  salue,  sois  gracieuse  pour  moi,  — 
Dis-moi  si  j'épouserai  un  homme.  Montre-moi  dans  com- 

(1)  BOTTRELL,    I,  p.   241, 

(2)  SÉBiLLOT.  1,  II,  p.  251-253,  383. 


90  LA  VIE  HUMAINE 

bien  d'années  cela  m'arrivera.  »  Quelquefois,  le  mou- 
choir devait  être  noir  et  non  lavé  ;  le  nombre  de  lunes 
qu'on  voyait  au  travers  indiquait  les  années  qui  sépa- 
raient du  mariage  (1). 

En  Portugal,  pour  savoir  si  deux  personnes  sont  des- 
tinées à  devenir  mari  et  femme,  on  pose  dans  le  feu,  en 
même  temps  et  sans  qu'ils  se  touchent,  deux  poupées 
de  filasse  dont  l'une  représente  le  garçon,  et  l'autre 
la  fille  ;  le  mariage  aura  lieu,  si  en  brûlant,  elles  se  tien- 
nent l'une  à  côté  de  l'autre  ou  à  peu  de  distance  (2). 

31. — Beaucoup  d'autres  procédés  traditionnels  sont  em- 
ployés par  les  jeunes  filles  désireuses  de  connaître  la 
profession  de  leur  futur  mari  ;  dans  le  nord  du  Piémont, 
elles  mettent  sur  la  fenêtre  ou  sur  le  toit,  la  veille  de 
l'Epiphanie,  une  écuelle  remplie  d'eau  ;  le  lendemain 
à  la  pointe  du  jour,  les  empreintes  sur  la  glace,  qu'elles 
attribuent  aux  trois  Mages,  indiquent  par  leur  forme 
le  métier  de  celui  qu'elles  sont  destinées  à  épouser  (3)  ; 
la  même  épreuve  est  en  usage  ^ans  les  montagnes  de 
Modène  à  cette  époque  et  la  nuit  de  la  Saint-Paul  de 
Segni  ;  si  par  hasard,  la  glace  est  parfaitement  unie 
le  mari  sera  un  homme  riche  (4).  En  Sicile  la  jeune  fille 
lance  de  l'eau  de  puits  dans  la  rue,  le  jour  Saint-Jean, 
et  elle  augure  de  la  profession  de  son  futur  d'après  celle 
de  la  première  personne  qui  passe  (5).  La  même  indica- 
tion est  fournie  par  la  forme  que  prennent  les  fragments 

(1)  Henderson,  p.  115.  Denham,  II,  p.  281. 

(2)  Leite,  1,  p.  213. 

(3)  Giovanni,  p.  26. 

(4)  RiccARDi,  p.  83. 

(5)  Castelli,  p.  49. 


LA   JEUNESSE   ET  LES  AMOURS  91 

du  plomb  fondu  versé  dans  de  l'eau  froide  la  veille  de 
la  Saint- Jean  (1). 

En  Sicile  le  futur  mari  sera  de  la  même  condition  que 
le  premier  homme  que  verra,  le  jour  Saint- Jean,  la  jeune 
fille  qui  aura  mis  un  anneau  dans  sa  bouche,  ou  de  celui 
qui  passe,  à  midi  sonnant,  sur  un  fil  posé  dans  la  rue 
par  elle  ou  par  sa  mère  (2). 

Ce  mode  de  consultation  n'est  pas  usité  en  France  ; 
mais  on  y  pratiquait  au  quinzième  siècle  un  parallèle 
aujourd'hui  oublié,  mais  qui  a  subsisté  en  Allemagne 
jusqu'à  une  époque  récente;  il  était  destiné  à  obtenir  un 
renseignement  encore  plus  précis.  La  fille  désireuse 
de  savoir  le  nom  de  son  mari  à  venir  devait  tendre  de- 
vant son  huis,  son  premier  fil,  filé  depuis  le  matin,  et 
demander  son  nom  au  premier  homme  qui  passerait  ; 
c'était  celui  que  devait  avoir  son  mari  (3).  En  Anda- 
lousie, après  avoir  versé  du  haut  de  son  balcon  de  l'eau 
sur  la  rue,  le  soir  de  la  Saint- Jean,  elle  demande  son 
nom  au  premier  homme  qui  la  franchit,  et  ce  sera  celui 
de  son  éjjoux  futur  (4).  A  Venise  elle  s'adresse  ainsi  cette 
même  nuit  à  la  lune  :  «  Lune,  lunaire,  qui  vas  par 
le  monde,  viens  par  ici,  dis-moi  le  nom  de  mon  futur 
mari.  »  Celui  qu'elle  entend  ensuite  prononcer  le  pre- 
mier sera  celui  de  son  époux  à  venir  (5).  A  Liège,  celle 
qui  chaque  soir,    pendant  sept    jours,  a    compté  sept 

(1)  PiTRÈ,  1,    II,  p.  3.    Amalfi,   p.    23,  MoiSET,  p.  127.    Remic  des 
Trad.  pop.  IX  (1894),  p.  19. 

(2)  Castelli,  p.  49. 

(3)  Grimm,  IV,  p.  1781,  n»  110.  Evangiles  des  Quenouilles,  I,  6. 

(4)  GuiCHOT,  p,  254. 

(5)  GoMis,  4,  p.  14. 


92  LA  VIE  HUMAINE 

étoiles,  en  recommençant  si  une  seule  fois  des  nuages 
s'interposent,  se  croit  destinée  à  épouser  le  premier 
homme  qui  lui  tendra  la  main  ;  ailleurs,  comme  à 
Nivelles  et  dans  la  Creuse,  le  nombre  prescrit  est  neuf, 
et  le  futur  est  le  premier  garçon  rencontré  ensuite  dans 
la  rue  (1). 

Les  opérations  destinées  à  faire  voir  en  songe  aux 
jeunes  filles  celui  qu'elles  doivent  épouser  sont  extrême- 
ment nombreuses  et  variées.  Les  plus  curieuses  sont 
ceUes  par  lesquelles  elles  s'adressent  à  la  lune  comme 
à  une  véritable  entité,  en  récitant  des  formules  qui 
montrent  combien  elles  ont  foi  en  son  pouvoir.  Presque 
toutes  celles  que  l'on  récite  en  France  sont  purement 
païennes,  ce  qui  semble  indiquer  l'ancienneté  de  la 
pratique  ;  la  christianisation  n'apparaît  que  dans  des 
actes  accessoires,  avant  ou  après  l'invocation  ;  celle-ci 
dont  les  variantes  ont  été  recueillies  par  dizaines  en 
France,  dans  la  Suisse  romande  et  en  Wallonie,  se 
compose  habituellement  de  trois  ou  de  six  vers,  les  deux 
derniers  qui  mentionnent  la  grâce  sollicitée  sont  presque 
partout  les  mêmes  : 

"    Fais  moi  voir  en  mon  dormant 
Qui  j'aurai  en  mon  vivant.  »  (2) 

En  Angleterre  où  son  usage  est  constaté  par  un  livre 
populaire,  Mothers'' Bunch  Closet  p.  19,  imprimé  en  1685, 
elle  était  prononcée  les  mains  jointes  et  à  trois  reprises 
différentes  au  moment  de  l'apparition  de  la  lune  après 
son  premier   changement  de  l'année.  En  Yorkshire,  à 

(1)  SÉBILLOT,    1,     I,    p.    54. 

(2)  SÉBILLOT,  1 ,  I,  p.  .57-.59. 


LA   JEUNESSE  ET  LES  AMOURS  93 

une  époque  plus  récente,  la  jeune  fille  se  plaçait  sur 
la  porte  et  regardait  l'astre  en  disant  :  «  Tous  mes  saluts 
à  toi,  Lune  ;  je  te  prie,  bonne  lune,  de  me  révéler  cette 
nuit  qui  sera  mon  mari.  »  Dans  le  Sussex  elle  devait 
être  seule,  et  n'avoir  fait  part  à  personne  de  son  inten- 
tion ;  dans  le  Yorkshire  elle  s'agenouillait  parfois  sur 
une  pierre  adhérente  au  sol  (1). 

En  Toscane,  la  jeune  fille  récite  trois  samedis  de  suite 
avant  de  se  coucher  une  prière  traditionnelle  à  saint 
Augustin,  et  elle  voit  en  songe  au  pied  de  son  lit  trois 
jeunes  gens  ;  celui  qui  se  trouve  au  milieu  sera  son 
futur  époux  (2). 

Les  feuilles  ou  les  fruits  favorisent  ces  rêves  :  en  Lor- 
raine, la  consultante  mange  en  se  couchant,  la  veille 
de  la  Saint- André,  et  en  récitant  une  formule,  une  pomme 
mise  dans  sa  iDOche  à  son  insu;  à  Guernesey,  la  nuit  de 
la  Saint-Thomas,  ce  fruit  est  percé  de  deux  épingles  en 
croix  et  posé  sous  l'oreiller  ;  en  Ille-et- Vilaine,  on  y 
place  une  ou  trois  feuilles  de  laurier,  la  veille  des  Rois, 
dans  la  Gironde,  une  des  feuilles  de  la  jonchée  piétinée 
par  la  mariée  (3). Dans  le  nord  de  l'Angleterre  des  feuilles 
de  houx  femelle  cueillies  le  vendredi  à  minuit  par  une 
personne  qui,  depuis  cet  acte  jusqu'à  l'aurore  doit  ob- 
server un  silence  rigoureux,  sont  réunies  dans  un  mouchoir 
auquel  elle  fait  trois  nœuds,  ou  bien  neuf  feuilles  sont 
mises  dans  un  mouchoir  ayant  un  pareil  nombre  de  nœuds 
et  placés  sous  l'oreilller  (4).  A  Guernesey,  la  jeune  fille 

(1)  Henderson,  p.  115.  Latham,  p.  30.  Denham,  I,  p.  281. 

(2)  GUBERNATIS,   1,   p.   20. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  398. 

(4)  Denham,  II,  p.  284. 


94  LA  VIE  HUMAENE 

qui  un  jour  de  mariage,  y  aura  déposé  un  fragment  du 
gâteau  passé  à  travers  la  bague  d'une  femme  mariée 
rêvera  neuf  jours  de  suite,  et  son  dernier  songe  lui  mon- 
trera sonfutur  époux  (1).  En  Poitou,  elle  se  procure  cette 
vision  en  jettant  sur  une  table,  la  veille  de  la  Saint- André, 
une  poignée  d'épingles  dont  eUe  choisit  les  deux  plus 
éloignées  pour  les  piquer  sur  sa  camisole,  ou  en  cachant 
un  miroir  sous  son  oreiller  (2);  dans  le  Dorsetshire,  elle 
doit  en  se  mettant  au  Ht,  et  en  formulant  son  souhait, 
déposer  ses  souhers  à  angle  droit  ;  en  Devonshire,  elle 
attache  sa  jarretière  au  pied  du  lit  dans  lequel  elle 
couche  pour  la  première  fois  (3). 

Les  jeunes  filles  connaissent  d'aussi  nombreux  procé- 
dés pour  voir  la  figure  de  leur  mari  à  venir  ;  elle  se  mon- 
tre à  minuit  de  la  Saint-Jean,  à  la  jeune  andalouse  qui 
regarde  dans  une  terrine  d'eau  claire  (4).  Le  procédé  était 
plus  compliqué  dans  la  région  des  Pjnrénées  au  commen- 
cement du  XIX^  siècle  :  la  consultante  levée  avant  le 
jour,  le  premier  mai,  nettoyait  un  seau  avec  une  branche 
de  romarin,  puis  allait  s'agenouiller  sur  le  bord  d'une 
fontaine  solitaire,  faisait  une  prière,  plantait  sa  branche 
dans  un  buisson,  et  remplissait  son  seau  ;  dès  que  le 
soleil  commençait  à  paraître,  elle  troublait  l'eau  avec 
la  main  gauche  en  disant  neuf  fois  :  «  Ami,  rohi,  vohi  ». 
Si  elle  avait  fini  avant  que  le  soleil  se  montre  entier,  si 
elle  n'avait  été  vue  de  personne  sur  sa  route,  ni  pendant 
la  cérémonie,  l'image  de  son  futur  époux  apparaissait 

(1)  Mac  Culloch,  p.  102. 

(2)  Souche,  1,  p.  24. 
(3)Denham,  II,  p.  279. 
(4)  GuiCHOT,  p.  253. 


LA   JEUNESSE  ET  LES  AMOURS  95 

au  fond  du  seau  (1).  Cette  image  se  reflétait  sur  le  cristal 
même  des  fontaines,  à  minuit  juste,  le  soir  de  la  pleine 
lune,  à  celle  Barenton  (Ille-et- Vilaine);  en  Berrj^  aux 
premiers  rayons  du  soleil  de  la  Saint-Jean  ;  en  Basse- 
Bretagne,  il  faut  aller  à  la  fontaine  Sainte-Brigitte  au 
crépuscule  par  trois  lundis  de  mai  et  se  pencher  trois 
fois,  à  Guernesey  faire  neuf  matins  de  suite  et  à  jeun 
une  visite  à  la  source  :  la  vision  ne  se  montrait  que  le 
neuvième  jour  (2). 

Dans  la  Cornouaille  et  en  Sussex,  le  soir  de  la  Saint- 
Jean  à  minuit,  la  jeune  fille  lave  un  de  ses  vêtements  ; 
et  le  met  en  silence  à  sécher  sur  une  chaise  devant  le 
feu  de  la  cuisine,  en  laissant  la  porte  ouverte,  et  elle 
voit  une  personne  qui  le  retourne,  et  qui  sera  son  futur 
époux  (3).  En  Irlande,  c'est  la  chemise  qui  sert  à  la  même, 
épreuve,  le.  soir  de  la  Toussaint,  après  avoir  été  lavée 
dans  de  l'eau  courante  en  récitant  des  prières  (4). 

Les  églises  et  leur  pourtour  sont  aussi  le  théâtre 
d'opérations  amoureuses.  Dans  le  Northumberland, 
la  jeune  fille,  qui,  à  minuit  de  la  Saint-Jean,  répand  de 
la  graine  de  chanvre  dans  le  cimetière  en  récitant  une 
incantation  adressée  à  la  graine  pour  la  prier  de  faire 
apparaître  son  amoureux,  se  mariera  si  elle  eritend  son 
futur  époux  la  ramasser  derrière  elle  (5).  A  Kendal  dans  le 
Westmoreland,  celui  qui,  une  certaine  nuit,  faisait 
trois  fois  le  tour  de  l'éghse,  et  s'asseyait  ensuite  sous  le 

(1)  Mém.  de  VAcad.  celtique,  V  (1810),  p.  386. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  252. 

(3)  HuNT,  p.  384.  Latham,  p.  33. 

(4)  Folk-Lore,  VII  (1896),  300. 

(5)  BiLLSON,  p.  32. 


96  LA  VIE   HUMAINE 

porche  voyait  passer  devant  lui  l'image  de  la  personne 
qu'il  était  destiné  à  épouser  (1).  Dans  le  comté  de  Done- 
gal  (Irlande)  après  avoir  tourné  trois  fois, à  la  Toussaint, 
autour  d'une  meule  de  foin,  on  y  enfonce  un  couteau  à 
manche  noir,  en  prononçant  le  nom  du  diable  ;  la  per- 
sonne qui  l'ôte  se  mariera  avec  celle  qui  l'y  a  enfoncé  (2). 

Les  jeunes  filles,  jiour  voir  leur  futur  époux,  passaient 
la  tête  dans  une  des  pierres  percées  du  département  de 
l'Aisne.  (3) 

Plusieurs  consultations  ont  pour  but  de  connaître 
les  sentiments  réels  des  personnes  pour  lesquelles  on  les 
fait.  Les  jeunes  filles  de  Roch  en  Cornouaille  jettent,  le 
jour  de  l'Ascension  et  les  deux  dimanches  suivants, 
avant  le  lever  du  soleil,  des  épingles  crochues  et  des  cail- 
loux dans  une  fontaine  sacrée,  et,  d'après  les  bulles  qui 
s'élèvent  à  la  surface,  elles  cherchent  à  savoir  si  leurs 
amoureux  sont  sincères  ou  faux  (4). Dans  le  pays  de  Gal- 
les elles  étendaient  leur  mouchoir  sur  les  eaux  de  la 
fontaine  de  Saint-Cybi  ;  s'il  était  poussé  vers  le  sud,  leur 
galant  était  honnête  et  avait  des  intentions  pures,  s'il 
était  poussé  vers  le  nord,eUes  en  tiraient  des  conclusions 
opposées  (5).  En  Sicile,  le  grain  d'orge  qui,  après  avoir 
été  dans  la  bouche  de  la  jeune  fille,  est  lancé  à  l'eau 
le  jour  de  la  Saint- Jean  lui  présage  un  bon  mariage 
s'il  flotte,  un  mauvais  s'il  coule  (6). 

(1)  Denham,  II,  p.  284. 

(2)  Folk-Lore,  VII  (1896),  p.  300. 

(3)  Sébillot,  1,  IV,  p.  58. 

(4)  Folk-Lore  Journal,  IV  (1886),  p.  221. 

(5)  Rhys,  I,  p.  365. 

(6)  Castelli,  p.  15. 


LA   JEUNESSE   ET  LES   AMOURS  97 

Dans  le  Nortliumberland,  la  veille  de  la  Toussaint 
l'amoureux  place  dans  le  feu,  côte  à  côte,  deux  noix, 
dont  l'une  est  sa  propre  représentation  et  l'autre  celle 
de  la  personne  aimée.  Si  toutes  deux  brûlent  ensemble 
rapidement,c'est  l'augure  d'une  vie  heureuse  en  ménage, 
si  au  contraire  elles  éclatent  et  se  séparent,  le  présage 
est  mauvais  (1) .  Cette  pratique  est,  dans  le  Sussex,  pré- 
cédée d'une  incantation  adressée  au  feu  :  «  S'il  m'aime, 
brille  et  éclate;  s'il  me  déteste,  affaisse-toi  et  meurs» (2). 

En  Poitou,  les  jeunes  filles  déposaient  le  soir  au  pied 
d'une  croix,  et  d'une  certaine  façon,  plusieurs  pierres  ; 
si  le  matin,  elles  les  retrouvaient  dans  le  même  ordre, 
leur  mariage  devait  être  heureux,  dans  le  cas  contraire, 
elles  devaient  se  résoudre  à  rester  célibataires,  ou  à  être 
battues,  si  elles  se  mariaient. 

32.  —  Les  pratiques  emploj^ées  pour  exciter  l'amour 
sont  dans  leur  ensemble,  le  parallèle  à  peu  près  exact  de 
celles  qui  ont  pour  but  d'assiu-er  ou  de  rendre  la  fécondité, 
et  l'on  y  retrouve  aussi  des  vestiges  apparents  d'anciens 
cultes  naturalistes.  Les  blocs  qui  présentent  des  dépres- 
sions en  forme  de  sièges,  les  pierres  à  bassins,  les  méga- 
lithes véritables  sont  de  la  part  des  amoureux  des  deux 
sexes,  mais  surtout  des  femmes,  l'objet  d'observances 
qui  montrent  que  la  foi  en  leur  vertu  est  loin  d'avoir 
disparu.  Elles  sont  surtout  fréquentes  dans  les  pays 
celtiques  :  en  Ecosse  les  filles  à  marier  allaient  s'asseoir 
dans  un  creux  en  forme  de  fauteuil,  dont  le  nom  gaéUque 
signifie  la  pierre  des  femmes  (3)  ;  la  «  Chaire  au  diable  »  des 

(1)  Balfour,  p.  56. 

(2)  Lath.\m,  p.  30. 

(3)  Gregor,  1,  p.  42. 


98  LA  VIE  HUMAINE 

environs  de  Fougères  est,  à  une  certaine  période  de  l'année, 
occupée  pendant  un  temps  déterminé  par  ceux  qui  dési- 
rent être  aimés  d'une  personne.  A  Carnac,  c'est  au 
moment  de  la  pleine  lune  que  les  jeunes  filles  s'asseyent, 
après  avoir  relevé  leur  jupon,  sur  la  table  d'un  dolmen 
ruiné,  qui  porte  le  nom  de  Pierre  chaude  (1). 

L'ascension  sur  le  bloc,  qui  est  souvent  accompagnée 
de  circonstances  accessoires,  procure  aussi  l'amour  et 
le  mariage  à  bref  délai,  ordinairement  dans  le  cours  de 
l'année.  Il  suffisait  pour  cela  de  grimper  sur  le  haut  du 
menhir  de  Saint-Samson  près  de  Dinan  ;  la  jeune  fille 
qui  le  jour  de  l'assemblée  montait  sur  une  pierre  à  bassin 
des  environs  de  Fougères  et  s'y  tenait  en  équilibre  était 
certaine  de  trouver  un  épouseur.  A  Colombiers  (Calvados) 
il  fallait,  après  y  avoir  déposé  une  pièce  de  monnaie, 
sauter  du  haut  de  la  pierre  levée  ;  deux  autres  pierres 
des  environs  de  Bayeux,  étaient,  en  1840,  l'objet  de  la 
même  observance.  Les  filles  du  Crocq  dans  la  Creuse, 
se  précipitaient  du  sommet  d'un  dolmen.  Plusieurs  gros 
blocs  du  nord  de  l'Ille-et- Vilaine,  souvent  parsemés 
de  cupules,  portent  le  nom  significatif  de  «  roches 
écriantes  »  parce  que  les  jeunes  filles  se  laissent 
glisser,  en  patois  écrier,  du  haut  en  bas  ;  elles  ne 
doivent  être  vues  de  personne,  et  laissent  d'ordinaire 
comme  offrande,  un  morceau  d'étoffe  ou  un  ruban.  En 
Provence  le  secret  n'était  pas  obligatoire  pour  celles 
qui,  le  jour  de  la  fête  patronale  de  Bonduen,  pratiquaient 
Vescourencho,  l'écorchade,  probablement  à  nu,  sur  un 
rocher  formant  un  plan  incliné  derrière  l'éghse,  et  qui 
était  devenu  poH  comme  du  marbre  ;  dans  les  Basses- 
Ci)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  404  ;  IV,  p.  58. 


LA   JEUNESSE   ET  LES   AMOURS  99 

Alpes,  la  glissade  a  lieu  sur  une  ancienne  roche  sacrée. 
A  Loemariaker  elle  se  faisait  jadis  sur  le  grand  menhir 
la  nuit  du  premier  mai  ;  le  contact  de  la  chair  nue  avec 
la  pierre  était  obligatoire,  comme  pour  la  glissade  sur  la 
pente  du  plus  gros  des  blocs  de  quartz  de  Lesmon  en 
Plouër  (Côtes-du-Nord)  (1).  A  Collobrières  en  Provence,  le 
même  rite  avait  Ueu,  non  plus  sur  un  rocher,  mais  sur  les 
énormes  racines  d'un  châtaigner  séculaire  formant  saillie 
sur  le  sol  (2). 

La  friction  à  nu  sur  les  pierres,  à  laquelle  on  a  encore 
assez  souvent  recours  pour  avoir  des  enfants,  est  beau- 
coup plus  rarement  employée  par  ceux  qui  désirent  se 
marier,  et  elle  paraît  en  voie  de  disparition.  Elle  a  été 
pratiquée  jusqu'à  une  époque  assez  récente,  et  presque 
pubUquement  à  Carnac,  où  les  jeunes  filles  se  déshabil- 
laient complètement  et  se  frottaient  le  nombril  à  un 
menhir  spécialement  consacré  à  cet  usage,  pendant  que 
les  jeunes  gens  faisaient  bonne  garde  à  une  distance 
respectueuse.  En  Eure-et-Loir  elles  se  contentaient  de 
retrousser  leur  jupon  et  de  se  frictionner  le  ventre,  le  soir, 
contre  une  aspérité  phalliforme  de  la  Pierre  de  Chan- 
tecoq.  Une  pratique  qui  semble  une  atténuation  des 
précédentes  avait  lieu  aux  environs  de  Grenoble  :  les  filles 
et  les  veuves  qui  désiraient  un  mari  montaient  à  l'oratoire 
de  Brandes  et  restaient  longtemps  devant  l'autel  en 
tenant  entre  leurs  genoux  une  sorte  de  terme  en  pierre 
appelé  Pierre  de  Saint  Nicolas  (3), 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  IV,  p.  58;  1,  I,  p.  407;  1,  IV,  p.  58  ;  1,  I,  p.  335,  336. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  425. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  56,  159. 


100  LA  VIE  HUMAINE 

Le  tour  numérique  de  l'objet  réputé  puissant,  pierre, 
croix,  ou  arbre,  dont  on  a  de  nombreux  exemples,  était 
naguère  pratiqué  en  Ille-et-Vilaine  :  les  fiUes  désireuses 
de  se  marier  devaient  faire  trois  fois  sans  parler  ni 
sans  rire  celui  d'une  épine  à  trois  branches  située  à 
Miniac-sous-Bécherel  (1).  Les  jeunes  Bigoudennes  dan- 
sent des  rondes,  le  jour  du  pardon,  autour  d'un  menhir 
de  Plounéour  (Finistère)  pour  trouver  un  mari  (2).  En 
Portugal,  le  triple  tour  des  pierres  se  faisait  autrefois  en 
dansant  (3). 

Les  eaux  exercent  aussi  une  influence  sur  le  mariage 
futur,  et  les  croyants  leur  font  des  offrandes.  Dans  le 
pays  messin,  le  garçon  qui  a,  le  premier,  suspendu  des 
rubans  ou  des  œufs  à  la  poutre  du  puits,  à  minuit,  la 
veille  du  jour  de  l'an,  est  sûr  de  se  marier  dans  l'an- 
née (4).  A  Wooler,  dans  le  Nortliumberland,  les  amoureux 
jettent,  à  minuit;  une  épingle  courbée  dans  une  fontaine 
réputée,  en  formulant  le  vœu  d'un  prochain  mariage  ; 
le  nombre  des  épingles  qui  parsèment  le  fond  atteste 
la  vitalité  de  la  croyance.  Autrefois  on  venait  en  proces- 
sion, le  premier  mai,  à  la  Fontaine  de  l'Ëpingle,  où  cha- 
cun lançait  une  épingle  recourbée,  en  exprimant  un  désir 
que  la  fée  ou  le  génie  de  la  source  devait  réaliser  avant  la 
fia  de  l'année.  Maintenant  encore,  les  amoureux  s'y 
rendent  individuellement  et  accomphssent  la  même  pra- 
tique (5).  Plusieurs  fontaines  de  l'Anjou  reçoivent  aussi 

(1)  SÉBILLOT,  1.   III,  p.  436. 

(2)  Revue  Celtique,  XXVIII  (1907),  p.  128. 

(3)  Braga,  I,  p.  232. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  322. 

(5)  Balfour,  p.  G  . 


LA   JEUNESSE  ET  LES  AMOURS  101 

des  épingles  ofifertes  par  des  gens  désireux  de  se  marier 
dans  l'année  (1). 

C'est  à  la  source  elle-même,  considérée  comme  une 
sorte  de  divinité,    que  s'adressaient  naguère   dans  la 
Côte-d'Or  les  amantes  qui  n'étaient  pas  payées  de  retour  ; 
elles  allaient  de  grand  matin,  à  la  fontaine  de  Tussy, 
et  s'agenouillaient  en  disant  :  «Je  t'apporte  mon  malheur, 
source,  donne-moi  ton  bonheur  ;  »  après  s'être  relevées, 
elles  jetaient  en  arrière  dans  l'eau  un  sou,  une  épingle, 
ou  un  fromage  ;  mais  il  fallait  que  la  pèlerine  ne  fût  vue 
par  personne.  Pour  se   marier  à  bref  délai,  il  suffit  de 
boke  un  verre  d'eau  puisé  dans  les  fontaines  réputées 
pour  ce  privilège,  de  tremper  le  pied  gauche  dans  une 
source  des  environs  d'Apt  (Vaucluse)  ou  de  se  baigner 
les  pieds  à    certains  jom-s  dans  une  fontaine  de  Nor- 
mandie dédiée  à  saint  Martin,  en  adressant  une  prière 
à  l'apôtre  des  Gaules  (2). 

En  Allemagne  celui  qui  désirait  forcer  une  jeune  fille 
à  l'aimer  se  procurait  secrètement  un  de  ses  cheveux, 
et  une  de  ses  épingles,  enroulait  ce  cheveu  autour  de 
l'épingle,  et  la  jetait  par  derrière  lui  dans  ime  rivière  (3). 

Les  jeunes  filles  qui  invoquent  si  souvent  la  lune 
pour  savoir  qui  elles  doivent  épouser  ou  pour  le  voir  en 
songe,  l'implorent  beaucoup  plus  rarement  pour  la 
réussite  de  leurs  amours.  Cependant  en  SicUe,  elles  font 
une  invocation  rimée  à  la  «  belle  lune  du  mardi  »  en 
prononçant  le  nom  de  leur  préféré  (4).  En  Provence, 

(1)  Sébillot,  1,  II,  p.  295. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  230,  231, 

(3)  Grimm,  IV,  p.  1023,  n°  1059. 
(4)PlTRÈ,  1,  III,  p.  26. 


102  LA  VIE  HUMAINE 

certaines  se  peignent  au  clair  de  lune  pour  trouver  un 
mari  (1). 

Plusieurs  pratiques  amoureuses  sont  en  relation  avec 
l'extérieur  ou  même  l'intérieur  des  églises.  Les  jeunes 
filles  essayaient  d'atteindre  avec  la  main,  en  s'élevant  sur 
la  pointe  des  pieds,  une  tuile  saillante  placée'^sur  le 
mur  de  la  chapelle  Saint-Roch  à  Solliès-Pont  (Var)  ; 
à  Provins,  elles  remuaient  le  loquet  de  la  porte  de  celle 
de  Saint-Nicolas,  en  adressant  au  patron  une  formule 
pour  lui  demander  de  ne  pas  les  oublier  ;  à  Fumay  près 
de  Rocroy,  elles  baisent  un  des  clous  de  la  serrure  d'une 
chapelle  de  Saint-Roch.  Celles  qui  réussissaient  à  attraper 
la  corde,  assez  haut  placée,  de  la  chapelle  du  Fossé  se 
mariaient  dans  l'année  (2).  Une  des  dalles  du  pavé  de 
l'église  de  Saint-Nicolas  du  Port  (Meurthe-et-Moselle) 
assure  la  même  grâce  à  la  pèlerine  qui  met  le  pied  dessus, 
mais  nul  ne  sait  quelle  est  cette  dalle  merveilleuse  (3). 
En  Portugal,  on  peut  captiver  l'amour  de  la  persorme 
que  l'on  a  touchée  avec  un  fragment  de  pierre  d'autel 
en  récitant  une  formule  (4). 

La  visite  à  la  Sainte-Baume  de  Provence  assure  le 
mariage  aux  jeunes  filles  qui  ont  observé  tous  les  rites 
nécessaires,  dont  l'un  consiste  à  perdre,  arrivées  sur 
le  Saint-Pilon  et  dans  certaines  circonstances,  leur  jarre- 
tière gauche  ;  celles  qui  ont  commis  une  seule  omission 
restent  sept  ans  avant  d'avoir  un  épouseur  (5).  Lors 

(1)  SÉBILLOT,  1,  I.  p.  4G. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  IV,  138, 139,  145. 

(3)  Revue  celtique,  XXVIII  (1907),  p.  128. 
(4)Leite,  2,  II.  p.  109. 

(5)    BÊRKNGER-FÉRAUD,    II,    p.    181. 


» 


LA   JEUNESSE   ET  LES  AMOURS  103 

d'un  pèlerinage  fait  à  Saint- Junien-les-Combes  dans 
la  Haute- Vienne,  pour  invoquer  saint  Eutrope,  les 
postulantes,  après  une  longue  procession,  faisaient  trois 
fois  le  tour  d'une  croix,  et  y  attachaient  la  jarretière 
de  laine  de  la  jambe  gauche  (1). 

Les  effigies  des  saints  auxquels  s'adressent  les  jeunes 
filles  sont  l'objet  des  mêmes  traitements  que  si  elles  étaient 
en  chair  et  en  os,  capables  de  comprendre,  de  sentir,  de 
souffrir.   La  prière  est  asez  souvent  accompagnée  de 
menaces,  qui  sont  suivies  d'effet  si  la  grâce  implorée 
n'est  pas  accordée  à  bref  délai,  et  de  procédés  de  mnémo- 
technie  qui  constitueraient  pour  un  être  vivant  une  véri- 
table torture.  Dans  le  Minervois  (Hérault),  vers  1850,  à 
chaque  nouveau  mariage,les  jeunes  filles  défilaient  devant 
la   statue  de  saint  Sicre,  et   levaient  sur  sa  tête  une 
hachette  en  lui  disant,avec  une  formule  rimée,  qu'elles  l'en 
frapperaient  si,  dans  un  an,  elle  ne  leur  avaient  pas  donné 
un  amoureux.  Dans  l'Ain,  elles  terminaient  leur  prière  à 
saint  Biaise  en  le  menaçant  de  le  jeter  dans  le    Rhône. 
Les  filles  de  Sorbey  (Meuse)  lapident  saint  Vildbrock, 
s'il  ne  les  a  pas  exaucées  dans  un  délai  déterminé  (2). 
En  Portugal,  celles  qui,  le  mercredi,  visitent  un  saint 
Elysée  placé  dans  une  niche  sur  le  mont  Sainte-Lucie, 
le  tournent  vers  elles,  et  lui  lancent  une  pierre  en  lui 
disant  qu'elles  veulent  être   mariées  (3).   En  plusieurs 
pays  de  l'ouest  de  la  France  les  statues   des    saints 
réputés  bons  pour  le  mariage  sont  criblées  d'épingles 
qu'on  enfonce  surtout  dans  leurs  pieds  ou  dans  leurs 

(1)  NoRE,  p.  169. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,  IV.  p.  168, 167. 

(3)  Braga,  II.  p.  117. 


104  LA   VIE  HUMAINE 

genoux,  et  qui  parfois  sont  retirées  et  conservées  comme 
talismans  (1). 

i-;  A  Lisbonne,  les  jeunes  filles  dont  saint  Antoine  tarde 
trop  à  exaucer  les  vœux  mettent  sa  statuette  dans  un 
puits  ou  même  la  brisent  en  morceaux.  Dans  les 
Algarves,  elles  l'attachent  et  la  jettent  dans  un  puits, 
la  tête  en  bas,  et  elles  ne  la  retirent  que  si  elle  leur  donne 
satisfaction.  (2)  En  Andalousie,  après  avoir  allumé 
deux  cierges  en  son  honneur,  elles  font  subir  le  même 
traitement  à  son  image  (3). 

Les  jeunes  filles  de  la  Valteline  vont  gratter  dévote- 
ment la  vitre  qui  recouvre  la  Madone  de  Primolo,  persua- 
dées qu'après  cela  elles  ne  peuvent  manquer  de  trouver 
un  mari  (4). 

A  Se  ville,  la  suppliante  doit  dire,  en  s' adressant  à 
saint  Cucufate,  pendant  quarante  jours  de  suite,  autant 
de  Pater  qu'il  s'est  écoulé  de  jours  depuis  le  premier 
jour  qu'elle  a  commencé  à  compter  ;  ainsi  elle  en  récitera 
un  le  premier  jour,  deux  le  second,  et  ainsi  de  suite  ; 
si  elle  manque  de  mémoire  ou  se  trompe  dans  son  compte, 
elle  n'obtiendra  pas  la  grâce  qu'elle  sollicite  (5). 

Une  pratique  du  pays  de  Galles  est  purement  sym- 
bolique et  païenne.  Un  garçon  tenant  de  la  main  gau- 
che un  twia,  sorte  de  couteau  composé  d'une  vieille 
lame   de    rasoir  emmanchée  dans  une  corne  de  bélier 

(1)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  168. 

(2)  Annuarîo  per  os  esludos  de  iradiciones.  Porto,  1882,  In-lS,  p.  27. 
Plusieurs  refrains  populaires  font  allusion  à  cet  usage. 

(3)  GuiCHOT,  p.  277. 

(4)  Archivio,   XVII  (1898),   p.   416. 

(5)  GtncHOT,  p.  248. 


LA   JEUNESSE   ET  LES  AMOURS  105 

OU  de  clièvre,  fait  sept  fois  le  tour  de  l'église  en  disant  : 
((Voici  la  lame,  je  cherche  le  fourreau  !»  (1)  D'après  un 
livre  populaire  anglais  du  XVIF  siècle,  le  postulant 
faisait,  à  minuit,  neuf  fois  le  tour  de  l'église,  une  épée 
nue  à  la  main,  en  récitant  la  même  formule  :  au  neu- 
vième tour  l'épouse  qui  lui  était  destinée  devait  se 
présenter  et  lui  donner  un  baiser  (2). 

33.  —  Les  amoureux  ont  recours  pour  la  réalisation  de 
leurs  vœux  au  règne  végétal.  A  l'époque  de  la  Renaissance, 
on  pouvait  contraindre  une  jeune  fille  à  se  marier  en 
lui  faisant  manger  une  pomme.  En  Picardie,  celui  qui 
s'est  frotté  la  main  avec  des  feuilles  d'arbre  sur  lesquelles 
se  sont  formées  des  boules  où  nichent  des  insectes, 
la  fait  toucher  à  celle  d'une  jeune  fille  qui,  dès  qu'elle 
a  porté  la  main  à  son  visage,  est  forcée  de  l'aimer  (3). 

Certaines  pratiques  constituent  une  sorte  d'en- 
voûtement destiné  à  forcer  la  volonté  de  celui  ou 
de  celle  qui  résiste  à  l'affection.  Au  XVI*^  siècle  en 
France,  on  brûlait  un  laurier,  en  souhaitant  que  l'amou- 
reux s'enflamme  et  se  consume  d'amour  comme  lui  (4). 
Cette  opération  n'a  pas  été  relevée  de  nos  jours  ;  mais 
on  retrouve  à  l'étranger  des  conjurations  parallèles. 
En  Portugal,  l'amant  qui  est  brouillé  avec  sa  maîtresse 
pique  un  citron,  trois  jours  de  suite,  au  moment  de  l'An- 
gélus, avec  une  épingle;  en  disant  :  «  Comme  je  pique  ce 
citron,  je  pique  ton  cœur.  Puisses-tu  ne  manger,  ni  boire, 
ni  dormir,  ni  avoir  de  repos  avant  que  tu  ne  sois  venue 

(1)  Mémoires  de  la  Soc.  d'Anthropologie,  IV  (1873)  p.  96. 

(2)  MoOier  Bunch's  Closet,  p.  18. 

(3)  SÉBILLOT,  1,111,  p.  392. 

(4)  Sébillot,  1.  c. 


106  LA  VIE   HUMAINE 

me  parler  »  (1).  Dans  le  sud  de  l'Angleterre  la  jeune 
fille  jette  dans  le  feu,  la  nuit,  trois  vendredis  de  suite, 
une  poignée  de  sel  en  répétant  cette  conjuration  :  «  Ce 
n'est  pas  ce  sel  que  je  souhaite  qui  brûle,  mais  c'est 
le  cœur  de  mon  amoureux  que  je  veux  retourner  ;  qu'il 
.ne  puisse  avoir  ni  repos,  ni  bonheur  avant  qu'il  ne  soit 
revenu  et  ne  m'ait  parlé.  »  L'infidèle  se  montrait  sûre- 
ment la  dernière  nuit.  (2) 

La  Napohtaine  prive  aussi  de  sommeil  son  amoureux 
inconstant  :  avant  de  se  coucher,  elle  se  met  presque  nue, 
elle  prend  la  manche  gauche  de  sa  chemise,  et  après 
avoir  adressé  une  conjuration  au  diable,  par  laquelle 
elle  lui  demande  que  l'amoureux  ne  puisse  avoir  de 
repos  avant  d'être  venu  prendre  sa  chemise,  elle  la  place 
au  miheu  du  lit,  se  tient  au  pied,  met  ses  bras  en  croix 
sur  le  lit  et  les  tourne  quatre  fois  en  faisant  en  sorte 
qu'à  la  dernière  la  paume  de  la  main  soit  tournée  en 
haut;  elle  redite  une  autre  conjuration  où  elle  dit  qu'elle 
place  au  pied  du  lit  de  l'infidèle  deux  flambeaux,  à  son 
chevet  une  tête  de  mort,  au  miheu  deux  épines  du 
Christ,  et  elle  invoque  le  diable  pour  qu'il  meure  s'il 
ne  revient  pas  à  elle.  Il  faut  qu'elle  entre  dans  le  lit 
sans  parler,  ou  le  maléfice  tombera  sur  elle  (3). 

En  Portugal,  celui  qui  veut  éloigner  un  rival  met  un 
peu  de  sel  à  la  porte  de  sa  bien-aimée  ;  elle  ne  pourra 
dès  lors  souffrir  son  autre  galant,  lors  même  qu'elle 
en  aurait  été  éperduement  éprise  (4).  La   Napohtaine 

(1)  Leite,  2,  II,  p.  109-110. 

(2)  Henderson,  p.  176. 

(3)  Folk-Lore,  VIII  (1897),  p.  6-7. 

(4)  Pedro  so,  1,  n">  230. 


LA   JEUNESSE   ET  LES  AMOURS  107 

qui  veut  empêcher  son  amant  de  s'attacher  à  une 
autre  personne  se  tient  devant  un  mur  de  façon  que 
son  ombre  tombe  sur  lui,  et  elle  parle  à  l'ombre  comme 
si  c'était  son  amoureux  «  Bonsoir,  ma  petite  ombre,bon- 
soir  à  toi, et  aussi  à  moi;  envoie  à  N... toutes  les  vilaines 
figures  de  femme  et  fais-moi  voir  à  lui,  belle  comme 
une  lune.  «  Quand  elle  parle  d'elle,  elle  se  touche  la  poi- 
trine, l'ombre  en  parlant  de  son  amoureux,  sa  figure 
en  disant  :  belle  ;  et  le  mur,  quand  elle  mentionne  la 
lune  (1). 

En  Andalousie  et  en  Castille,  pour  que  l'indifférence 
d'une  personne  se  change  en  amour,  il  faut  répandre 
dans  le  vestibule  de  sa  maison  le  contenu  d'un  pot  d'huile 
dans  lequel  on  aura  mis  du  sel,  avec  trois  clous  de  fer 
attachés  par  la  tête  avec  de  la  soie  ;  si  la  personne  indif- 
férente marche  sur  les  clous,  en  traversant  le  vestibule, 
on  est  sûr  d'obtenir  le  résultat  désiré  (2). 

(1)  Folk-Lore,  VIII  (1897)  p.  5. 

(2)  GuicHOT,  p.  234. 


CHAPITRE  V 


Le  mariage 


34.  Les  fiançailles  et  les  procédés  d'engagement.  —  35.  Les  augures 
de  bonheur. —  36.  Le  jour  du  mariage  :  actes  avant  la  cérémonie. 
—  37.  A  l'église. —  38.  Après  la  cérémonie. 


34.  —  Parmi  les  pratiques  qui  précèdent  le  mariage, 
il  n'en  est  pas  de  plus  curieuse  que  celle  qui  fait  inter- 
venir la  salive,  soit  comme  attestation  d'amour,  soit 
comme  confirmation  d'engagement.  Dans  le  sud  de 
l'Italie,  lorsqu'un  amoureux  se  présente  à  la  fenêtre  d'une 
jeune  fille,  celle-ci  se  retire  s'il  ne  lui  plaît  pas  ;  si  au 
contraire  elle  l'agrée,  elle  crache  sur  la  tête  de  l'amant 
fortuné  (1).  En  France,  le  galant  invite  la  jeune  fille 
à  lui  cracher  dans  la  bouche  et  à  lui  dire  qu'elle  l'aime, 
ce  qui  constitue  une  sorte  d'engagement.  Cet  usage 
naturaliste  a  été  constaté  en  Aunis,  en  Saintonge,  dans 
la  Gironde,  les  Deux-Sèvres,  la  Vendée,  aux  environs  de 
Rennes  (Ille-et- Vilaine)  et  de  Dinan  (Côtes-du-Nord). 
Parfois,  l'acte  est  réciproque,  comme  dans  la  Charente, 
où  il  est  le  gage  d'une  union  certaine  (2).  A  Plessala 
dans  la  partie  montagneuse  des  Côtes-du-Nord,  il  est 

(l)GiGLi,  p.  84. 

(2)  Mensignwc,  2,  p.  19-20. 


LE   MARIAGE  109 

précédé  d'une  petite  cérémonie  traditionnelle.  Le  garçon, 
en  arrivant  à  la  maison  dit  à  la  fille  :  «  Je  viens  pour 
t'éclairer.  »  Elle  ferme  les  yeux  ;  le  galant  lui  remet  un 
peu  d'argent  et  lui  dit  :  «  Y  vois- tu  ?  —  Eclaire  cor  (en- 
core) un  petit.  —  Y  vois-tu  ?  demande-t-il  après  avoir 
ajouté    quelques    pièces.  —  Éclaire    cor   un   petit.  — 
Y   vois-tu  ?   dit-il   après   un   troisième   présent.  —  Je 
commence  à  y  voir  un  petit,  mais  éclaire  cor.  »  Alors  le 
galant  jette  une  poignée  d'argent,  la  fille  ouvre  les  yeux 
en  disant:»  J'y  vois  asteure  (maintenant).»  Le  garçon 
ajoute  :  «  Copie  mé  (crache-moi)  dans  la  goule  (bouche), 
je  serons  fiancés.  »  Parfois  l'amoureux,  pour  mieux  con- 
firmer la  promesse,  rend  la  poHtesse  à  la  jeune  fille.  Ce 
prélude  des  fiançailles  prend  parfois  la  forme  d'une  sorte 
de  communion  :  dans    quelques    paroisses  du  pays  de 
Redon  (Ille-et- Vilaine),  celui  qui  va  demander  la  fille  en 
mariage  mord  dans  une  pomme  et  lui  dit  :  M'aimes-tu, 
m'aimes-tu  pas  ?  Si  tu  m'aimes,  mords  dans  mon  mias 
(ma  morsure)  Si  la  fille  accepte,  le  mariage  est  décidé  (1). 
Naguère    encore,    les    fiancés    de   Braye-les-Pesmes 
(Haute-Saône)  trempaient  dans  l'eau  d'une  source  sa- 
crée, le  jour  de  la  Chandeleur,  des  gâteaux  qui  repré- 
sentaient  assez   sommairement   les   attributs   du   sexe 
de  celui  qui  les  portait  ;  quand  ils  les  avaient  mangés, 
les  fiançailles  étaient  consommées  (2). 

Dans  une  des  îles  Silly,  les  fiancés  passaient  leurs  mains 
à  travers  une  pierre  percée,  et  les  joignaient  pour  engager 
leur  foi  (3).  En  Touraine,  le  même  usage  a  lieu  au  dolmen 

(1)  Reuue  des  Trad.  pop.  VII  (1892)  p.  98. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  231. 

(3)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  40. 

LE   PAGANISME  COHTEMPORAIN  7 


110  LA  VIE  HUMAINE 

troué  de  Draclié,  et  il  est  regardé  comme  le  plus  irré- 
vocable des  engagements.  Aux  îles  Orkneys,  suivant  une 
coutume  qui  n'a  cessé  qu'après  la  destruction  de  la 
Pierre  d'Odin  en  1814,  ils  joignaient  les  mains  à  travers 
le  trou  dont  elle  était  percée  ;  rompre  la  promesse  d'Odin 
était  considéré  comme  une  sorte  de  crime  (1). 

35.  — -  Les  augures,  si  fréquents  pendant  la  période 
des  amours,  sont  plus  rares  pendant  celle  qui  précède  le 
mariage.  En  Sicile,  lorsqu'il  est  à  peu  près  fixé,  la  mère  se 
place  derrière  la  porte  d'une  église  éloignée  de  sa  demeure, 
et  les  paroles  que  prononcent  les  personnes  qui  les 
premières  viennent  à  passer  la  renseignent  sur  le  bon 
ou  le  mauvais  succès  de  l'union  projetée  (2). 

Il  y  a  une  cinquantaine  d'années,  les  fiancés  venaient, 
quelques  jours  avant  la  cérémonie,  tremper  un  doigt 
dans  la  fontaine  de  saint  Gengout  à  Chassericourt 
(Aube)  ;  s'il  en  sortait  mouillé,  c'est  que  son  possesseur 
serait  infidèle,  s'il  restait  sec,  sa  fidélité  était  certaine  (3). 

Quelques  interdictions  s'attachent  aux  jours  compris 
entre  les  fiançailles  et  le  mariage.  En  plusieurs  pays  de 
France  et  en  Espagne,  les  fiaticés  ne  doivent  pas,  sous 
peine  de  disgrâces,  entendre  leurs  bannies  (4)  ;  en 
Portugal,  l'un  d'eux  mourra  dans  l'année,  ou  ils  se  sépa- 
reront ;  dans  le  nord  de  l'Angleterre,  la  fiancée  court  le 
risque  d'avoir  des  enfants  sourds  et  muets  ;  mais  elle 
est  préservée  de  ce  malheur,  si,  quand  elle  se  rend  au 
lit   nuj)tial,   ses  filles    d'honneur   mettent    ses  bas    en 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  IV,  58.  Black  1,  p.  2. 

(2)  Castelli,  p.  49. 

(3)  SÉBILLOT,    1,    II,    p.    253.     . 

(4)  GuiCHOT,  p.  279. 


LE   MARIAGE  111 

croix  (1).  En  Anjou  la  fiancée  qui  montre  ses  bagues  avant 
la  cérémonie  s'expose  à  des  disgrâces  (2).  En  Ecosse  le 
marin  qui  est  fiancé  ne  doit  pas  aller  en  mer  pendant  la 
semaine  qui  précède  le  mariage  ;  il  porte  malheur  au 
bateau  sur  lequel  il  monte,  et  l'équipage  le  paie  pour 
qu'il  n'y  vienne  pas  (3). 

36.  —  La  plupart  des  innombrables  observances 
de  la  journée  du  mariage  relèvent  plutôt  de  la  coutume 
traditionnelle  que  de  la  superstition  :  un  gros  volume 
ne  suffirait  pas  à  décrire,  même  succinctement,  celles 
qui  sont  encore  en  usage  dans  le  seul  pays  de  France. 
Je  ne  noterai  ici  que  les  plus  tj^iques  de  celles  qui  pré- 
sentent des  traits  suj)erstitieux  caractéristiques  ou  quel- 
que relation  avec  le  paganisme. 

On  croit  en  plusieurs  régions  que  le  sort  de  l'union 
future  peut  être  influencé  par  diverses  circonstances 
météorologiques,  et  beaucoup  observent,  pour  en  tirer 
des  présages,  le  temps  qu'il  fait.  Dans  le  val  d'Aoste, 
s'il  neige,  c'est  un  signe  de  fortune,  s'il  pleut,  l'augure 
est  mauvais,  de  même  qu'en  Portugal  (4).  En  Poitou 
et  en  Haute-Bretagne,  la  mariée  sera  battue,  et  elle 
versera  autant  de  larmes  qu'il  tombe  de  gouttes  d'eau  ; 
en  Wallonie,  les  époux  auront  toujours  des  motifs  pour 
pleurer  ;  dans  le  Nivernais,  ils  seront  peu  fortunés  ;  dans 
la  Gironde  la  mariée  sera  gourmande,  dans  le  Maine, 
eUe  ne  sera  pas  propre  ;  en  Poitou,  elle  mourra  la 
première.  A  Marseille  et  en  Anjou,  la  pluie  est  au  con- 

(1)  Pedroso,  1,  n°  523.  Henderson,  p.  42. 

(2)  Fraysse,  p.  84. 

(3)'Gregor.  1,  p.  100.  FoJk-Lore,  XIV  (1903),  p.  304. 
(4)  Christillin,  p.  284.  Leite,  1,  p.  224. 


112  LA  VIE  HUMAINE 

traire  un  présage  d'abondance;  en  Savoie,  la  mariée 
sera  économe  ;  à  Dinan,  elle  sera  hem-euse  ;  en  Portugal,  les 
deux  époux  auront  du  bonheur.  Si  la  pluie  est  accompa- 
gnée d'un  rayon  de  soleil,  c'est  dans  le  Mentonnais,  les 
Vosges  et  l'IUe-et- Vilaine  un  présage  de  fécondité  (  1  ).Dans 
la  vaUée  d'Aoste  si  le  soleil  luit,  le  ménage  sera  monotone. 
Dans  le  nord  de  l'Angleterre  et  en  Ecosse  la  mariée  sera 
heureuse.  Dans  la  vaUée  d'Aoste,  le  vent  présage  des 
contrariétés,  en  Anjou,  des  disputes  (2). 

Les  rencontres  sur  la  route  sont  aussi  l'objet  de 
préoccupations.  Certains  animaux  portent  malheur  : 
en  Haute  et  en  Basse-Bretagne  le  Uèvre,  dans  le 
nord  de  l'Angleterre,  le  cochon  qui  passe  devant 
le  cortège  sont  de  funeste  présage,  de  même  qu'en 
Poitou,  et  en  Vendée,  la  pie  qui  traverse  de  gauche  à 
droite  ;  en  Ecosse  on  considère  comme  de  bon  augure 
la  vue  d'un  cheval  blanc.  En  Anjou,  en  Poitou,  la  ren- 
contre d'une  charrette  attelée  est  funeste,  à  moins  qu'elle 
ne  soit  au  repos  ;  si  la  charrette  renversée  contient  du 
foin,  c'est  encore  pis  (3). 

En  Saintonge,  en  Poitou  et  en  Anjou,  croiser  un  en- 
terrement est  d'un  mauvais  pronostic,  en  Anjou,  deux 
mariages  qui  se  croisent  (4). 

En  Ecosse,  la  fiancée  ne  doit  pas  regarder  derrière 
elle,  sous  peine  d'éprouver  de  graves  inconvénients  dans 

(1)  SÉBILLOT,  1,    I,  p.  97.  COELHO,  p.  659. 

(2)  Christillin,  p.  284.  Henderson,  p.  34.  Gregor,  1,  p.  90. 
Fraysse,  p.  84. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  23.  Henderson,  p.  34.  Sébillot,  1,  III, 
p.  192.  Gregor,  1,  p.  91,  99.  Fraysse,  p.  35. 

(4)  Souche,  1,  p.  23  ;  2,  p.  28. 


LE    MARIAGE  113 

son  ménage;  en  Anjou  l'acte  n'est  dangereux  que  dans 
le  trajet  de  la  mairie  à  l'église  (1). 

Dans  quelques  communes  des  Côtes-du-Nord,  on 
observe  encore  une  coutume  qui  fait  songer  au  mariage 
par  capture.  Non  seulement  la  fiancée  se  cache,  mais, 
lorsque  sur  le  trajet  de  la  maison  à  l'église  elle  aperçoit 
un  chemin  creux,  elle  quitte  en  courant  le  gros  de  la 
noce,  et  s'enfuit  par  le  chemin.  C'est  le  garçon  d'honneur 
qui  est  chargé  de  la  rattraper  et  de  la  ramener  de  force, 
et  alors,  eUe  revient  la  tête  basse.  Ces  tentatives  de 
fuite  ne  cessent  que  lorsqu'on  est  arrivé  en  vue  du 
bom'g  (2). 

En  Corse,  lorsqu'il  y  a  deux  mariages  dans  la  même 
éghse,  les  deux  couples  doivent  s'y  rendre  par  deux 
chemins  différents,  et  entrer  par  des  portes  opposées 
sans  que  l'un  marche  sur  les  pas  de  l'autre  ;  car  en  ce 
cas,  la  première  des  épousées  serait  foulée  par  la  seconde 
et  elle  mourrait  dans  l'année.  Elles  succomberaient 
toutes  deux  dans  le  même  espace  de  temps,  si  elles  se 
croisaient  en  chemin,  et  si  l'une  marchait  sur  les  traces 
de  l'autre  (3).  Dans  une  paroisse  de  Sicile,  la  mariée 
entre  à  l'éghse  par  la  petite  porte,  et  en  sort  par  la  grande 
en  ayant  soin  de  passer  sous  les  cloches  (4). 

37.  —  De  la  manière  dont  se  fait  l'entrée  dans  l'église 
on  tire  aussi  des  augures.  En  Sicile,  ils  sont  mauvais,  si  la 
mariée  ou  quelque  personne  trébuche  (ô);  en  Anjou,  la 

(1)  Gregor,  1,  p.  91.  Fr.wsse,  p.  84. 

(2)  Sébillot,  3,  p.  117. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.  I  (1886),  p.  18  . 
(4)PlTRÈ,  1,  II,  p.  65. 

(5)  PiTRÈ,  1,   II,  p.  50. 


114  LA  VIE  HUMAINE 

mariée  qui  bute  sur  le  seuil  sera  malheureuse  ;  si  elle 
accroche  sa  robe,  elle  accouchera  difficilement,  ses  en- 
fants mourront  ou  tourneront  mal.  En  Lorraine,  si 
l'un  des  époux  fait  un  faux  pas  en  montant  les  degrés 
du  sanctuaire  poiu-  aller  à  l'autel,  ou  en  les  descendant,  il 
y  aura  des  tiraillements  dans  le  ménage,  et  il  en  sera  de 
même,  si  la  robe  ou  l'iiabit  se  déchire  pendant  la  céré- 
monie (1). 

La  façon  de  s'agenouiller  joue  un  rôle  important  dans 
les  observances  de  la  messe  de  mariage.  Dans  les  Hautes- 
Alpes,  l'époux  avait  soin  de  poser  le  genou  sur  le  tabher 
de  l'épousée,  comme  pour  indiquer  une  sorte  de  prise  de 
possession  (2).  Cet  acte  se  lie  ailleurs  à  la  maîtrise  dans 
le  ménage  :  en  Berry,  l'époux  l'obtenait  en  mettant  sans 
préméditation  le  genou  sur  la  robe  (3);  en  Lorraine, il 
le  faisait  exprès  pour  empêcher  la  mariée  de  se  lever  la 
première  et  de  devenir  ainsi  la  maîtresse  au  logis.  En 
Basse-Normandie,  il  y  a  lutte,  chacun  s'efforçant  de 
s'agenouiller  siu  une  partie  du  vêtement  de  l'autre  (4). 
En  d'autres  pays,  l'épousée  disposait  un  coin  de  sa  robe 
pour  que  son  mari  pût  mettre  le  genou  dessus  :  à 
Marseille  et  dans  les  Landes,  cet  acte  assurait  une  par- 
faite union  dans  le  ménage  ;  en  Saintonge,  il  empê- 
chait le  prêtre  de  nouer  l'aiguillette  (5).  Au XVIP siècle, 
les  assistants  pour  prévenir  cet  inconvénient,  quel  qu'en 
fût  l'auteur,  frappaient  avec  des  bâtons  la  tête  et  les 

(1)  Revue  des  Trad.  pop.  XVIII  (1903),  p.  286  ;   X  (1893),  p.  281. 

(2)  NoRE,  p.   7. 

(3)  Laisnel,  II,  p.  139. 

(4)  Richard,  p.  201.  Lecœur,  II,  p.  303. 

(5)  Régis,  p.  262.  Laporterie,  p.  24.  Noguès,  p.  7. 


LE   MARIAGE  115 

pieds  des  mariés  agenouillés  sous  le  poêle  (1).  Dans  la 
Beauce,  les  deux  plus  proches  parents  des  deux  époux 
devaient,  pour  bannir  la  jalousie  du  ménage,  frapper 
avec  un  couteau  trois  petits  coups  sur  les  talons  de  l'un 
et  de  l'autre  (2). 

Les  augui'es  que  l'on  tire  des  cierges  sont  très  nom- 
breux :  dans  le  Morbihan,  vers  1830,  s'ils  étaient  difficiles 
à  allumer,  un  malheur  attendait  les  mariés  (3).  En 
Sicile,  si  l'un  de  ceux  de  l'autel  tombe  ou  s'éteint,  le 
présage  est  funeste  (4).  Si  les  cierges  des  deux  époux  brû- 
lent bien,  il  est  d'ordinaire  favorable;  en  plusieurs  pays, 
celui  dont  le  cierge  flambe  le  plus  haut  obtiendra  la 
maîtrise  ;  la  lumière  moins  brillante  indique  en  Basse- 
Bretagne,  comme  en  Sicile  celui  qui  mourra  le  premier  ; 
en  beaucoup  d'autres  pays,  c'est  celui  dont  le  cierge 
se  consume  le  plus  vite,  alors  que  dans  certaines  par- 
ties de  la  Basse-Bretagne  il  ne  tardera  pas  à  devenir 
veuf  (5).  Dans  la  Beauce,  pendant  les  formalités  de  la 
sacristie,  les  invités  éteignaient  les  cierges  et  les 
mesuraient  pour  savoir  quel  serait  celui  des  deux 
époux  qui  mourrait  le  premier  (6).  Aux  environs 
de  Liège,  un  rayon  de  soleil  qui  balaie  l'éghse  est  regardé 
comme  un  présage  de  bonheur  ;  dans  le  Luxembourg 
belge,  s'il  cesse  de  briller  au  moment  de  la  bénédiction 
nuptiale,  le  pronostic  est  mauvais  (7). 

(1)  Thiers,  IV,  p.  518. 

(2)  Chapiseau,  II,  p.  224. 

(3)  IvERAHDVEN,  p.    156. 
(4)PlTRÈ,  1,  II,  p.  50. 

(5)  Le  Braz,  I,  p.  7.  Pitre,  1,  II,  p.  06. 

(6)  Chapiseau,  II,  p.  224. 

(7)  Sébillot,  1,  I,  p.  54. 


116  LA   VIE  HUMAINE 

C'est  pendant  la  messe  de  mariage  que  se  font  les 
opérations  magiques  destinées  à  produire  le  nouement 
d'aiguillette,  jadis  si  redouté,  et  qui  l'est  encore  en 
certains  pays.  En  Saintonge,  les  sorciers  enfonçaient 
une  grosse  cheville  de  bois  pendant  que  somiait  le 
Sanctus,  en  murmurant  un  anatlième  à  chaque  coup  (1  ). 
En  Ille-et- Vilaine,  on  fait  trois  nœuds  à  une  corde  au 
moment  où  les  époux  se  donnent  l'anneau,  puis  on  la 
place  sous  une  pierre  ou  sous  la  terre  :  les  jeunes  époux 
ne  pourront  se  supj)orter  quand  ils  se  verront,  et  ils 
souffriront  de  ne  pas  se  voir  quand  ils  seront  séparés  (2). 
Dans  la  Gironde,  où  l'on  attribue  parfois  ce  maléfice 
à  des  procédés  employés  par  le  curé  pendant  la  messe, 
l'épousée  pour  le  rendre  vain  met  du  mil  dans  ses 
souliers;  en  Provence  l'époux  en  rempht  sa  poche  : 
les  nouem's  ne  pourront  oj)érer  qu'après  en  avoir  compté 
les  grains  (3).  En  Ecosse  le  marié  se  préserve  en  ayant 
uie  bible  dans  son  vêtement  (4).  Dans  les  Hautes-PjT"é- 
nées,  les  époux,  avant  de  se  présenter  à  l'église,  mettent 
du  sel  dans  leur  poche  gauche  (5). 

L'attitude  des  époux,  pendant  les  diverses  phases  de 
la  cérémonie,  est  observée  par  les  assistants.  En 
Sicile  et  en  Corse,  celui  qui  se  lève  le  premier  après 
la  bénédiction  nuptiale  est  le  premier  à  mourir,  alors 
que  dans  les  Vosges  il  sera  le  maître  de  la  maison,  de 
même  qu'en  Basse-Normandie,  et  dans  le  Maine  celui 

(1)  NoGUÊs,  p.  127. 

(2)  Revue  des  Trad.  pop.  XVIII  (1903),  p.  315. 

(3)  Sébillot,  1,  III, -p.  486-487. 

(4)  Folk-Lore,  X  (1899),  p.  500. 

(5)  Mélusine,  VII  (1894),  col.  234. 


LE   MARIAGE  117 

qui  se  levait  le  premier  à  l'évangile  ;  en  Normandie, 
lorsque  tous  deux  se  levaient  en  même  temps,  ils  avaient 
part  égale  dans  le  gouvernement.  En  Anjou,  si  la  femme 
se  lève  la  première,  son  aîné  sera  un  garçon  (1). 

Autrefois  dans  les  Ardennes,  à  peine  la  messe  termi- 
née, les  deux  époux  couraient  à  l'autel;  le  premier  arrivé 
baisait  la  nappe  et  avait  dès  lors  le  droit  de  «  porter 
culotte  »  pendant  toute  la  durée  du  mariage  ;  dans  le 
village  de  Bièvre,  ils  buvaient  un  peu  de  vin  dans  le 
même  verre,  que  le  mari  lançait  fortement  à  terre  ;  s'il 
ne  se  brisait  pas,  c'était  signe  de  malheur,  au  contraire 
plus  les  morceaux  étaient  nombreux,  plus  le  bonlieur 
devait  être  grand  (2). 

38.  —  Quelques  croyances  se  rattachent  à  la  façon 
dont  s'opère  le  départ  de  l'église  :  en  Auvergne  si  deux 
filles  se  marient  à  la  même  messe,  celle  qui  sort  la  pre- 
mière est  assurée  d'avoir  un  garçon  ;  aussi  il  y  a  lutte 
à  qui  devancera  l'autre  (3).  En  Irlande  où  celui  des 
deux  époux  qui  franchirait  le  seuil  le  premier  serait  le 
premier  à  mourir,  ils  sortent  de  front  (4). 

Il  est  permis  de  supposer,  bien  que  nous  n'en  ayons 
pas  de  preuves  écrites,  que  plusieurs  coutumes  en 
rapport  avec  les  pierres  sont  des  survivances  d'antiques 
cérémonies  païennes.  En  certaines  paroisses  du  Nor- 
thumberland,  on  hisse  la  mariée  sur  une  pierre  placée  à 

(1)  PiTRÈ,  1,  II,  p.  50.  Revue  des  Trad.  pop.  IX  (1894),  p.  466. 
Lecœur,  II,  p.  303.  Perraudière,  p.  2.  Revue  des  Trad.  pop.  VIII 
(1893),  p.  286. 

(2)  Meyrac,  p.  11. 

(3)  Le  Siècle,  23  février  1861. 

(4)  Folk-Lore,  IV  (1893),  p.  359. 


118  LA  VIE   HUMAINE 

la  porte  de  l'église,  mais  elle  peut,  moyennant  quelque 
argent,  éviter  cette  servitude  (1).  Jadis,  à  Holy  Island 
(Durham)  elle  montait  sur  une  certaine  pierre,  et  si  eUe 
ne  pouvait  rester  dessus  jusqu'à  la  fin  du  temps  fixé  par 
l'usage,  on  disait  que  l'union  ne  serait  pas  heureuse  (2). 
Au  village  de  Fours,   dans  les   Basses-Alpes,   le  plus 
proche  parent  du  mari  conduisait  l'épouse  à  un  rocher 
de  forme  conique  appelé  Pierre  des   Épousées,  et  l'y 
asseyait  lui-même  en  lui  faisant  placer  un  pied  dans  un 
petit  creux  ;  c'est  dans  cette  position  qu'elle  recevait 
les  embrassements  de  toutes  les  personnes  de  la  noce  (3). 
A  BeLfort  (Northumberland),   les  époux  et  les  invités 
sautent  par  dessus  une  pierre  placée  sur  leur  passage, 
et  lorsque  la  mariée  l'a  franchie,  elle  doit,  dit-on,  laisser 
derrière  elle  tous  ses  caprices  (4). 

Dans  l'Aisne,  on  versait  du  vin  sur  deux  larges  et 
profonds  sillons  naturels  à  la  surface  d'un  immense 
grès  ;  les  deux  époux  devaient  le  boire  à  l'extrémité  de 
chaque  rainure,  et  l'on  tirait  des  pronostics  de  leur  façon 
d'opérer.  Dans  le  Luxembourg  belge,  on  les  condui- 
sait à  la  tombée  de  la  nuit  à  la  Pierre  à  Marier,  où  ils 
s'asseyaient  dos  à  dos,  puis  on  les  attelait  à  une 
pierre  ou  à  une  souche  qu'on  les  obligeait  à  traîner 
jusqu'au  village  (5). 

On  tire  des  présages  d'heur  ou  de  malheur  d'après  les 
actes  des  nouveaux  époux  pendant  la  nuit  de  noces.  En 

(1)  Balfour,  p.  96. 

(2)  Brand,  II,  p.  167. 

(3)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  339. 

(4)  Hendersox,  p.  38. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  407,  339. 


LE   MARIAGE  119 

Franche-Comté,  en  Haute-Bretagne,  dans  le  nord  de 
l'Angleterre,  celui  qui  se  met  au  lit  le  premier  sera  le 
premier  à  mourir  (1)  ;  en  Portugal,  en  Poitou,  c'est 
celui  qui  éteint  la  chandelle  (2)  ;  en  Ecosse  celui  qui  s'en- 
dort, et  parfois  celui  qui  s'éveille  le  premier  (3).  Dans  le 
Loir-et-Cher  si  la  femme  se  couche  la  première,  elle  sera 
la  maîtresse  (4).  En  Ecosse,  le  mari  qui  se  lève  avant 
sa  femme  lui  évite  les  douleurs  de  l'accouchement  (5)  ; 
en  Allemagne,  celui  qui  sort  le  premier  du  lit  le  matin 
sera  le  premier  à  mourir  (6). 

L'usage,  si  répandu,  de  tirer  des  coups  de  fusil  ou 
de  pistolet  a  pour  but  dans  le  Puy-de-Dôme  de  rendre 
la  mariée  bonne  nourrice  ;  plus  ils  sont  nombreux,  plus 
elle  aura  de  lait  (7). 

Parmi  les  nombreuses  farces  faites  aux  nouveaux 
mariés  figure  en  Andalousie  celle  de  semer  du  sel  dans 
le  Ht  nuptial,  pour  qu'il  y  ait  beaucoup  de  disputes  dans 
le  ménage  (8).  On  a  vu  (p.  3)  qu'on  y  met  parfois  des 
amulettes,  pour  jDrocurer  la  fécondité. 

La  coutume  de  dresser  des  guets-apens  la  nuit  de  noces 
et  de  fouetter  les  nouveaux  époux  dans  leur  lit  avec  des 
cordes,  avait  pour  but,  dans  la  croyance  des  habitants 
de  la  côte  nord  de  la  Cornouaille,  d'assurer  leur  bonheur 

(1)  Perron,  p.  29.  Sébillot,  3,  p.  133.  Henderson,  p.  49. 

(2)  Leite,  1,  p.  224.  Souche,  1,  p.  23. 

(3)  Gregor,  1,  p.  96. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.  XV  (1900),  p.  374. 

(5)  Gregor,   1,   p.   96. 

(6)  Grimm,  IV,  p.  1796,  n"  485. 

(7)  Revue  des  Trad.  pop.  XVIII  (1903),  p.  281. 

(8)  GuiCHOT,  p.  280. 


120  LA  VIE  HUMAINE 

par  ce  rude  traitement,  et  de  leur  procurer  une  nom- 
breuse famille.  (1) 

Parmi  les  actes  qui  ont  lieu  le  lendemain  de  la  noce 
il  en  est  un  dont  la  rudesse  peut  faire  présumer  l'ancien- 
neté. Dans  le  département  de  la  Marne,  au  com- 
mencement tdu  XIX^  siècle,  les  jeunes  filles  qui  y 
avaient  assisté,  asseyaient  les  mariés  sur  une  herse  dont 
les  dents  étaient  en  l'air  et  les  traînaient  ensuite  par 
les  chemins  les  plus  raboteux  et  à  travers  les  épines 
les  plus  piquantes  ;  on  battait  celles  qui  n'allaient 
pas   assez  vite  ou  l'on  déchirait   leurs    vêtements  (2). 

(1)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  216. 

(2)  Ladoucette,  p.  456. 


CHAPITRE  VI 
Les  maladies. 


39.  Guérison  par  les  astres  ou  les  météores.  —  40.  Par  les  eaux.  — 
41 .  Par  les  pierres.  —  42  Par  le  fou.  —  43.  Par  les  animaux.  — 
44.  Pat  les  arbres.  —  43.  Pratiques  en  relation  avec  les  églises. 


Comme  les  maladies  des  enfants  sont  la  plupart 
du  temps  différentes  de  celles  des  adolescents  et  des 
adultes,  et  que  leur  médication  traditionnelle  est  pres- 
que toujours  spéciale,  j'en  ai  parlé  dans  une  section 
du  chapitre  de  l'Enfance. 

Dans  celui-ci,  il  ne  sera  question  que  de  celles  des 
adultes  :  je  les  range,  non  pas  dans  l'ordre  pathologique, 
mais  suivant  la  nature  des  agents  qui  servent  à  leur 
traitement,  et  qui  se  rattachent  à  ce  qu'un  médecin 
américain  (1),  a  ingénieusement  appelé  la  Mythologie 
médicale.  Plusieurs  pratiques  sont  basées  en  effet 
sur  la  puissance  que  l'on  attribue,  en  raison  d'idées 
mythologiques,  aux  forces  de  la  nature  qui  jadis  furent 
divinisées. 

39.  —  Parfois,  comme  dans  la  médication  magique  par 
les  astres,  ceux-ci  sont  invoqués  comme  des  entités  véri- 
tables, susceptibles  d'écouter  et  d'exaucer  les  supphants. 
En  Portugal,  le  Soleil  est  appelé  à  guérir  le  mal  qu'il 
a  causé  par  l'ardeur  de  ses  rayons  ;  dans  l'Alemtejo,  en 

(1)   MOONEY,  p.  136. 


122  LA  VIE  HUMAINE 

cas  d'insolation,  on  remplit  d'eau  fraîche  un  verre  que 
l'on  recouvre  d'un  linge,  on  le  retourne  sans  verser  le 
liquide,  en  faisant  avec  la  main  droite  une  croix  sur  le 
fond,  au  nom  des  trois  personnes  de  la  Trinité,  et  l'on 
dit  :  «  Jésus,  au  nom  de  Jésus  (ter),  Dieu  Soleil,  Dieu 
Lune,  Dieu  de  tout  et  de  clarté,  que  me  soient  en  aide 
les  trois  personnes  de  la  très  sainte  Trinité.  »  Cette 
opération  doit  être  répétée  trois  fois  entre  onze  heures 
et  midi,  et  l'on  a  soin  de  tourner  le  patient  du  côté  du 
soleil  (1).  Ailleurs  c'est  sur  sa  tête  que  l'on  pose  le  verre, 
et  l'eau  commence,  dit-on,  à  chauffer  dès  qu'on  a  récité 
les  premiers  vers  d'une  autre  oraison  ;  une  troisième, 
accompagnée  de  la  même  pratique,  est  répétée  sur  un 
pont  au  miheu  du  jour  :  «  Soleil,  prends  mon  mal,  et  que 
l'eau  me  donne  sa  fraîcheur  (2).  »  A  Elvas,  on  applique 
sur  l'orgelet,  en  raison  d'une  analogie  de  forme,  un 
grain  de  raisin  en  disant  :  «  Soleil,  Soleil,  prends  cet 
orgelet  (3).  »  En  Poméranie  le  malade  atteint  de  fièvre 
se  tourne  vers  le  soleil  levant  et  répète  trois  fois  :  «  Cher 
Soleil,  viens  bien  vite  et  enlève  les  soixante-dix  sept 
fièvres  dont  je  souffre,  au  nom  de  Dieu  le  Père,  etc.  (4).  » 
Une  conjiu-ation  du  Bourbonnais  contre  le  chancre  et 
les  ulcères  se  termine  par  :  «  Cliancre,  par  le  Soleil  et 
par  la  Lune,  sors  d'ici  (5).  » 

Il  est  parfois  nécessaire,  pour  assurer  la  guérison, 
d'observer  des  rites  en  rapport  avec  l'astre  du  jour  ; 

(1)  Revista  Lusitana,  VIII  (1905),  p.  290. 

(2)  Leite,  2,  p.  17-18  ;  cf.  1,  p.  14. 

(3)  Revista  Lusitana,  IX  (1906),  p.  116. 

(4)  Tylor,  II,  p.  384. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  61. 


LES   MALADIES  123 

dans  la  Cornouaille  le  malade  était  passé  neuf  fois,  au 
rebours  du  soleil,  à  travers  une  ronce  (1).  En  Irlande 
le  charme  pour  la  disparition  des  tumeurs  doit  être  fait 
au  soleil  levant  (2),  c'est  à  ce  moment  que  dans  la 
Cornouaille  on  cueille  à  genoux  la  mousse  guérissante, 
et  qu'en  France,  au  XVIP  siècle,  les  fiévreux  s'ex- 
posaient tout  nus  devant  l'astre  du  jour  en  récitant 
des  prières  (3). 

En  Portugal  on  s'adresse  aux  étoiles  :  on  porte  à 
minuit  près  d'une  fontaine  l'enfant  malade  et  on  l'as- 
perge d'eau  en  se  tournant  vers  ces  astres,  et  en  récitant 
une  conjuration  qui  les  supplie,  ainsi  que  la  lune,  de 
le  guérir  (4).  Celui  qui  souffre  d'une  tumeur  doit  regarder 
fixement  une  étoile  et  dire  trois  fois  :  «  Étoile,  je  te  dis 
que  tu  sèches  mon  mal,  et  je  te  dis  que  tu  le  sèches  et 
que  tu  sois  brillante  !  (5)  »  Ceux  qui  ont  des  dartres  aux 
mains  se  tournent  vers  celle  qui  brille  le  plus,  et  récitent 
trois  fois,  et  sans  reprendre  haleine,  une  formulette  de 
cinq  vers  pour  la  prier  de  les  sécher  (6).  Une  oraison  espa- 
gnole à  sainte  Apolline  pour  la  guérison  du  mal  de 
dents  invoquait,  en  même  temps  que  la  sainte,  l'étoile 
de  Vénus  et  le  soleil  couchant  (7).  Les  étoiles  filantes 
ne  paraissent  plus  réputées  pour  leur  vertu  thérapeu- 
tique, comme  au  temps  où  le  médecin  Marcellus  Empi- 

(1)  Folk-Lore  Journal,  Y  (1887),  p.  203. 

(2)  MooNEY,  p.  158. 

(3)  Sébillot,  1, 1,  p.  47. 
(4)Leite,  l,p.  29.  * 

(5)  Pedroso,  1,  n°  573. 

(6)  Leite,  1.  c. 

(7)  Black,  2,  p.  93. 


124  LA  VIE  HUMAINE 

ricus  recommandait  d'essuyer  les  boutons  que  l'on 
avait  avec  un  linge  pendant  que  l'étoile  filante  traversait 
le  ciel  ;  ils  disparaissaient  en  même  temps  que  l'étoile, 
mais  il  fallait  se  garder  de  les  toucher  avec  la  main  nue, 
car  alors  Us  auraient  passé  à  la  main  (1). 

La  lune,  qui  exerce  une  si  grande  influence  sur  les 
hommes  et  sur  les  choses,  intervient  assez  rarement 
dans  les  pratiques  médicales.  Pour  se  guérir  de  l'épi- 
lepsie,  les  habitants  des  Abruzzes  récitent  un  Pater  la 
première  fois  qu'ils  voient  la  nouvelle  lune  (2).  En 
Anjou,  celui  qui  a  des  verrues  peut  s'en  débarsasser 
en  se  jetant  à  genoux  le  premier  vendredi  du  crois- 
sant quand  il  l'aperçoit  pour  la  première  fois  ;  il  ne 
doit  pas  le  quitter  des  yeux,  mais  faire  le  signe  de. 
croix,  et  toujours  en  le  regardant,  ramasser  de  la  terre 
et  en  frotter  ses  verrues  en  commençant  par  les  plus 
anciennes  (3).  Dans  les  Deux-Sèvres,  on  peut  les  fric- 
tionner avec  un  objet  quelconque  en  disant  par  deux 
fois  :  «  Fis  à  la  lune  »  (4).  Dans  l'ouest  de  l'Ecosse,  le 
patient,  dès  qu'il  aperçoit  la  nouvelle  lune,  ramasse  un 
peu  de  terre  sous  son  pied  droit,  et  en  fait  un  cataplasme 
qu'il  pose  sur  le  mal,  en  l'enveloppant  d'un  hnge  qu'il 
doit  garder  ainsi  jusqu'à  la  fin  de  la  lune  (5).  En  Basse- 
Bretagne,  on  récite  cette  conjuration  :  «  Salut,  pleine  lune. 
—  Emporte  celles-ci  (les  verrues)  avec  toi,  loin  d'ici  »  (6). 

(1)  Frazer,  I,  p.  19. 

(2)  NiNo,  p.  45. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.  XXI  (1906),  p.  305. 

(4)  Souche,  1,  p.  19. 

(5)  Black,  2,  p.  126-127. 

(6)  Sébillot,  1,  I,  p.  46. 


LES   MALADIES  125 

En  Sicile  la  personne  qui  souffre  de  la  scrofule  s'age- 
nouille le  dernier  jour  de  la  pleine  lune,  et  frictionne  le 
point  malade  en  la  regardant  et  en  répétant  :  «  Ronde 
pleine  lune,  —  nettoie  cette  gorge,  —  nettoie-la  tout 
autour,  —  afin  qu'à  ton  retour  —  tu  ne  trouves  plus 
les  racines  du  mal  (1).  » 

La  rosée  possède  des  vertus  guérissantes  lors  de 
certains  jours  privilégiés.  Dans  les  Asturies  elle  débar- 
rasse de  la  gale  ceux  qui,  à  minuit  de  la  Saint- Jean,  s'y 
roulent  tout  nus  (2)  ;  dans  les  Abruzzes  elle  est  efficace, 
dans  les  mêmes  conditions,  cette  nuit  et  celle  de  l'As- 
cension (3).  En  plusieurs  paj^s  de  France,  elle  jouit  de 
cette  propriété  le  matin  de  la  Saint-Jean  ;  en  Béarn, 
le  malade,  comi^lètement  dévêtu,  commence  à  travers 
un  champ  d'avoine  et  en  divers  sens,  une  promenade 
pendant  laquelle  il  doit  dire  et  répéter  sans  interruption 
une  oraison  en  vers  patois  dont  je  traduis  la  partie 
essentielle  :  «  Nettoie-moi  bien,  fraîche  rosée,  —  Sens 
comme  je  suis  galeux,  —  Veuille  bien  me  débarrasser, 
—  Car  si  tu  veux  que  bientôt  je  me  guérisse,  —  Nuit 
et  jour,  je  veux  te  bénir  (4).  « 

40.  —  Les  rivières  sont  encore,  dans  la  partie  centrale  de 
la  France  entre  la  Saône  et  la  Loire,  l'objet  de  pratiques 
qui  s'adressent  directement  à  elles,  comme  à  des  espèces 
de  divinités,  pour  la  guérison  des  maladies  et  surtout 
de  la  fièvre.  Dans  le  Nivernais,  le  patient  se  rend, 
avant  le  lever  du  soleil,  sur  le  bord  de  la  rivière,  et, 

(1)  PiTRÈ,  2,  p.  260-261. 

(2)  Arivau,  p.  244. 

(3)  FiNAMOR    ,  p.  142. 

(4)  Sébillot,  1,  L  p.  94-95. 


126  LA  VIE  HUMAINE 

s'étant  agenouillé,  il  dit  :  «  Bonjour,  rivière,  «  en  la  dési- 
gnant par  son  nom.  Il  s'accroupit  et  aspire  une  gorgée 
d'eau  qu'il  rejette  après  s'en  être  rincé  la  bouché  ;  il 
en  prend  ensuite  une  seconde  qu'il  avale,  puis  une 
troisième  qu'il  rejette  comme  la  première,  en  disant  : 
«  Tiens,  rivière,  voilà  ma  fièvre,  tu  me  la  rendras  quand 
ton  cours  remontera.  »  La  rivière  d'Arroux,  ses  petits 
affluents  et  aussi  la  Loire  sont  visités  par  les  villageois 
qui,  trois  jours  de  suite,  avant  le  lever  du  soleil,  lancent 
chaque  fois  un  sou  dans  l'eau,  en  prenant  une  gorgée 
et  la  rejettent,  puis  ils  disent  :  «  Arroux,  je  t'apporte 
mon  malheur,  donne-moi  ton  bonheur  »,  ou  «  Bonjour, 
Loire,  donne-moi  ton  bonheur,  je  te  donnerai  mon 
malheur  ».  Ils  emploient  aussi  une  conjuration  analogue 
à  celle  du  Nivernais  (1). 

Quelques  autres  pratiques  s'adressent  moins  direc- 
tement à  la  rivière  personnifiée  ;  mais  elles  supposent 
qu'elle  peut  les  débarrasser  de  leurs  maux.  A  Swine- 
munde  (Poméranie)  le  fiévreux  y  tremioe  le  pied  droit 
en  disant  :  «  Je  mets  mon  pied  dans  cette  eau  —  J'adore 
le  sang  du  Clu-ist  —  Cette  eau  et  le  sang  du  Christ  sont 
bons  pour  la  77^  fièvre.  »  Il  répète  trois  fois  cette  formule 
au  nom  de  Dieu  en  buvant  à  chaque  fois  à  la  rivière  (2). 
En  Portugal  celui  qui  souffre  de  la  fièvre  intermittente 
va  cueillir  cinq  feuilles  dans  un  bois,  s'approche  d'un 
ruisseau  et  les  jette  derrière  lui  en  disant  :  n  Avec  ces 
cinq  feuilles  cueillies,  va-t-en,  mon  mal  (3)  !  » 

Les  pratiques  guérissantes  en  relation  avec  la  mer 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  379-380. 

(2)  Thorpe,  III,  p.  164. 

(3)  Revista  lusitana,  VIII  (1905),  p.  277. 


LES   MALADIES  127 

sont  assez  nombreuses,  mais  il  est  rare  qu'elles  présen- 
tent des  criconstances  cultuelles  ou  magiques.  On  ne 
peut  guère  noter  dans  cet  ordre  d'idées,  et  encore  s'y 
rattachent-ils  d'une  façon  assez  lointaine,  que  deux 
ou  trois  faits.  Sur  le  littoral  breton  et  sur  celui  du 
Pas-de-Calais,  les  lotions  des  yeux  malades  doivent 
être  faites  sept  ou  huit  fois  de  suite,  le  matin  avant  le 
lever  du  soleil  et  le  soir  après  son  coucher  (1).  Aux  îles 
Shetland  l'eau  prise  au  sommet  de  trois  vagues  passait 
pour  guérir  le  mal  de  dents  (2).  Vers  le  miheu  du  XIX^ 
siècle,  les  Bretons  du  Morbihan  qui  récitaient  la  prière 
à  saint  Laurent  contre  les  brûlures,  devaient  se  tourner 
vers  la  mer  en  soufflant  trois  fois  en  croix  sur  le  point 
douloureux  (3). 

Le  lac  Monaren  Ecosse  est  fréquenté  en  mai  et  en  août 
par  une  multituc^e  de  gens  qui,  à  minuit,  se  plongent 
trois  fois  dans  ses  eaux,  en  boivent  une  petite  quantité  et 
jettent  une  pièce  de  monnaie  comme  offrande  au  génie  qui 
y  préside.  Ils  doivent  avoir  soin  d'être,  avant  le  soleil  levé, 
hors  de  la  vue  du  lac,  ou  leur  pratique  sera  vaine  (4V 
Les  eaux  du  lac  Saint-Andéol  (Lozère)  guérissent  de 
tous  les  maux,  le  deuxième  dimanche  de  juillet,  ceux 
qui  s'y  baignent  après  en  avoir  fait  le  tour  le  chapelet 
à  la  main.  Les  dartreux  y  jettent  leurs  pantalons  et 
leurs  chemises.  Quelquefois  les  malades,  ayant  déposé 
leurs  vêtements  sur  le  rivage,  s'avancent  aussi  loin  que 

(1)  Sébillot,  2,  I,  p.  96.  cf.  surles  médications  avec  l'eau  de  mer,  les 
p.  94-104. 

(2)  Black,  1,  p.  152. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  171. 

(4)  Henderson,  p.  164-165. 


128  LA  VIE  HUMAINE 

les  pieds  trouvent  fond,  et  lancent  des  monnaies  au 
large  ;  d'autres  y  jettent  des  gâteaux,  du  fromage,  du 
pain  et  des  objets  de  toute  sorte  (1). 

Suivant  des  croyances  constatées  en  plusieurs  pays, 
les  fontaines  sont  encore  la  résidence  d'êtres  surna- 
turels. C'est  au  génie  même  de  la  source  que  s'adressent 
quelquefois  les  malades  qui  lui  font  des  présents  en  lui 
récitant  des  prières  ou  des  conjurations.  Trois  fontaines 
guérissantes  du  pays  d'Aberdeen  sont  sous  la  garde 
d'un  esprit  qui  demeure  dans  leur  voisinage  sous  une 
large  pierre  ;  aucune  guérison  ne  se  fait  si  elle  n'a  été 
précédée  d'une  offrande  en  or,  déposée  dessus  (2).  Dans  la 
Nièvre,  on  se  rend,  pour  se  débarrasser  de  la  fièvre,  un 
peu  avant  l'aube,  près  de  la  source,  on  s'agenouiUe  sur 
ses  bords,  et  l'on  dit  :  «  Source,  je  t'apporte  mon  malheur, 
donne-moi  ton  bonheur.  »  Et  on  jette  une  pièce  de  mon- 
naie par-dessus  son  épaule,  comme  offrande  à  la  divi- 
nité ;  mais  il  ne  faut  être  vu  par  personne,  sinon  le 
charme  est  rompu,  et  eUe  rentre  immédiatement  dans 
sa  retraite.  A  la  fontaine  de  Tussy,  près  de  Saint-Honoré- 
les-Bains,  où  l'invocation  est  sensiblement  la  même,  et 
où  il  est  nécessaire  de  n'être  aperçu  par  âme  qui  vive, 
on   devait,   avant  de  lancer  la  pièce,   faire  plusieurs 
signes  de   croix   avec  elle  au-dessus  des  eaux  (3).  En 
Portugal,  le  fiévreux,  étant  à  jeun,  porte  trois  bouchées 
de  pain  sur  la  margelle  d'une  fontaine    en    disant   : 
«  Manges-en,  j'en  ai  déjà  mangé  (4)  ». 

(1)  Sébillot,  1,  II,  p.  -1:61. 

(2)  Folk-Lore,  III  (1892),  p.   67-68. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  284. 

(4)  Braga,  II,  p.  237. 


LES   MALADIES  129 

En  Irlande  il  faut  ramasser,  avant  le  lever  du  soleil, 
neuf  cailloux  noirs  et  conduire  le  patient  à  la  source 
sacrée,  sans  proférer  pendant  tout  ce  temps  une  seule 
parole.  On  y  jette  trois  pierres  au  nom  de  Dieu,  trois 
au  nom  du  Christ,  trois  au  nom  de  Marie  ;  l'opération 
doit  être  répétée  trois  matins  (1).  Le  lancement  des 
cailloux  est  aussi  usité  à  une  autre  fontaine  irlandaise, 
à  Ballintubber,  réputée  efficace  pour  la  guérison  de  toutes 
sortes  de  maux  le  jour  des  fêtes  Notre-Dame.  Le  pèlerin 
s'agenouille  devant,  les  pieds  nus,  récite  des  prières, 
et  prend  parmi  les  pierres  déposées  à  cet  effet  près  de 
la  source  neuf  cailloux  ;  il  en  fait  ensuite  le  tour,  et 
chaque  fois  qu'il  est  revenu  à  son  point  de  départ,  il 
en  jette  un,  s'agenouille  de  nouveau,  récite  des  prières- 
et  continue  sa  promenade  jusqu'à  ce  qu'il  ait  épuisé 
sa  provision  (2). 

L'usage  de  lancer  des  épingles  dans  les  fontaines 
guérissantes,  très  répandu  en  France,  est  aussi  usité 
dans  le  pays  de  Galles,  notamment  à  la  fontaine  de 
Pen-Rhys  où  le  malade  en  jette  une  après  s'y  être 
lavé  (3). 

Cette  pratique  ne  constitue  pas  toujours  une  offrande 
à  la  divinité  bienfaisante  ;  l'épingle  ou  d'autres  objets 
pointus  ont  préalablement  touché  le  mal,  et  il  passe  à 
celui  qui  les  ramasse  (4).  Les  épingles  qu'on  lance  dans 
la  plupart  des  fontaines  du  pays  de  Galles  sont  destinées 
à  débarrasser  les  mains  du  patient  de  ses  verrues  ;  celle 

(1)  Wilde,  p.  199. 

(2)  MooNEY,  p,153. 

(3)  SÉBiLLOT,  1,  II,  292-293.  Rhys,  I,  p.  356. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  293. 


130  LA  VIE  HUMAINE 

de  Gwinwy  était  autrefois  bien  fournie  d'épingles 
crochues  que  personne  ne  devait  toucher  sous  peine 
d'attraper  les  verrues  que  l'on  supposait  y  être  atta- 
chées. Parfois  le  nombre  des  épingles  est  égal  à  celui  des 
verrues  du  pèlerin.  Celui  qui  se  rendait  à  une  fontaine 
de  la  paroisse  de  Bryncross  ne  parlait  à  personne  à 
l'aller  comme  au  retour,  et  ne  se  retournait  pas  ;  il 
lavait  ses  verrues  avec  un  chiffon  ou  un  clou  graissé, 
qu'il  cachait  soigneusement  sous  une  pierre  de  la 
margelle  (1). 

Les  branches  des  arbres  placés  dans  le  voisinage 
des  fontaines  miraculeuses  reçoivent  des  offrandes  qui 
consistent  quelquefois  en  médailles  ou  en  rubans,  plus 
ordinairement  en  des  vêtements  ou  du  linge  ayant  appar- 
tenu au  pèlerin  et  ayant  touché  son  mal  (2).  Dans  le 
pays  de  Galles  les  rhumatisants  ne  manquent  pas, 
après  s'être  lavés,  de  suspendre  un  chiffon  à  l'arbre  qui 
ombrage  la  fontaine,  et  qui  est  souvent  une  épine  (3). 
Il  y  a  une  cinquantaine  d'années  ceux  qui,  au  mois  de 
juin,  et  avant  le  lever  du  soleil,  s'étaient  baignés  dans  une 
fontaine  du  comté  de  Sutherland  en  Ecosse,réputée  pour 
la  guérison  de  la  migraine,  ou  avaient  bu  de  ses  eaux, 
attachaient  un  ruban  à  l'un  des  arbres  du  voisinage  (4). 
Le  fiévreux  qui  se  rendait  à  la  fontaine  de  Saint-Pierre- 
ès  Liens  à  Dosches  (Aube)  nouait  un  brin  d'osier  aux 
poteaux  qui  supportent  le  toit  de  la  source  ou  aux 


(1)Rhys,  I,  p.  361,362. 

(2)'SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  301;  III,  p.  412-413. 

(3)  Rhys,  I,  p.  355-356. 

(4)  Folk-Lore  Journal,  VI  (1888),  p.  244. 


LES   MALADIES  131 

saules  voisins,  pour  lier  sa  fièvre  et  s'en  débarrasser  (1). 

Plusieurs  sources  n'ont  de  vertu  guérissante  qu'à  un 
moment  déterminé  de  l'année,  qui  coïncide  le  plus 
habituellement  avec  le  solstice  d'été  et  en  particulier 
avec  la  Saint-Jean  (2).  En  Sicile,  c'est  ce  jour-là  que, 
pour  se  préserver  de  la  teigne,  on  s'immerge  la  tête 
trois  fois  de  suite  dans  deux  fontaines  de  Chiaramonte, 
en  répétant  à  chaque  ablution  une  oraison  au  Précur- 
seur (3). 

En  France,  le  bain  ou  la  lotion  sont  très  souvent  pra- 
tiqués avant  le  lever  du  soleil  (4),  et  plusieurs  exemples 
montrent  qu'il  en  est  de  même  à  l'étranger  ;  il  y  a  une 
cinquantaine  d'années,  ceux  qui  se  baignaient,  au  mois 
de  juin,  dans  une  fontaine  du  nord  de  l'Ecosse  avaient 
soin  de  le  faire  avant  l'aurore  (5),  et  c'est  aussi  la  condi- 
tion requise  pour  que  l'eau  d'une  fontaine  suKureuse, 
près  de  la  rivière  Tamega  en  Portugal,  garantisse  de 
toutes  les  maladies  futures  les  pèlerins  qui  la  boivent  (6). 
Plusieurs  des  observances  qui  accompagnent  la  visite 
aux  eaux  sacrées  de  l'Irlande  sont  faites  en  suivant  le 
cours  du  soleil.  Les  centaines  de  personnes  qui,  le  jour 
de  l'Ascension,  se  rendent  pour  la  guérison  des  yeux 
ou  des  maladies  du  cœur  à  une  fontaine  voisine  de 
Dundalk  en  font  neuf  fois  le  tour  à  genoux,  toujours 
dans  la  direction  de  l'ouest,  boivent  une  coupe  de  ses 

(1)  Sébillot,  1,  II.  p.  301. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  282-284,  274. 

(3)  PiTRÈ,  2,  p.  240-241. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  284. 

(5)  Folk-Lore  Journal,  VI  (1888),  p.  244. 

(6)  Leite,  1,  p.  15. 


132  LA   VIE  HUMAINE 

eaux  et  sont  non  seulement  guéris,  mais  aussi  purs  que 
les  anges  du  ciel  (1).  La  pratique  sanitaire  au  pèlerinage 
du  Lough  Dearg  consiste  dans  une  immersion  dans 
l'eau,  dans  une  douche,  ou  dans  une  friction  avec  l'eau  ; 
parfois  on  se  contente  de  la  boire  ;  l'opération  est 
d'ordinaire  répétée  trois  fois,  souvent  pendant  sept  ou 
neuf  jours  consécutifs  ;  la  pratique  religieuse  consiste 
dans  la  répétition  d'un  certain  nombre  de  prières 
pendant  que  le  malade  marche  autour  de  la  source,  ou 
est  porté,  toujours  en  suivant  le  cours  du  soleil  ;  le 
circuit  est  fréquemment  accompli  sur  les  genoux  (2). 
L'eau  qui  séjourne  dans  les  trous  naturels  des  rochers 
ou  dans  les  cuvettes  des  grosses  pierres  ou  des  méga- 
lithes, et  qui  passe  assez  souvent  pour  inépuisable, 
a  des  vertus  thérapeutiques  analogues  à  celles  des 
fontaines.  En  plusieurs  parties  de  l'Ecosse,  on  la 
considère  comme  un  excellent  spécifique  contre  les 
verrues  (3).  Dans  le  Galloway  (Irlande)  on  les  y  baigne 
en  récitant  une  conjuration,  qui  s'adresse  à  l'eau  elle- 
même,  et  qui  doit,  sous  peine  de  non  réussite,  déclarer 
qu'on  l'a  trouvée  sans  la  chercher  (4).  En  France  ces 
eaux  sont  réputées  pour  la  guérison  de  la  fièvre,  et 
même  en  Bourbonnais,  elles  prévenaient  les  maléfices  des 
sorciers.  Celui  qui  les  boit  dépose  une  offrande  sur  la 
pierre,  ou  jette  dans  le  bassin,  sans  être  vu,  une  épingle 
ou  une  pierre.  La  lotion  faite  pour  les  maladies  cutanées 
est  aussi  accompagnée  d'un  dépôt  de  monnaie,  et  ceUe 

(1)  Wilde,  p.  203. 

(2)  MooNEY,  p.  152. 

(3)  Folk-Lore,  I  (1890),  p.  223. 

(4)  MooNEY,  p.  159. 


LES   MALADIES  133 

pour  les  maux  d'yeux  du  jet  d'une  épingle,  piquée  dans 
un  morceau  de  vêtement  du  malade  (1). 

41.  —  La  friction  sur  les  mégalithes  est  pratiquée  dans 
le  Finistère  et  dans  la  Loire-Inférieure  par  les  rhuma- 
tisants. Le  privilège  de  guérir  figure  parmi  ceux  attribués 
aux  pierres  percées  d'une  ouverture  naturelle  ou  arti- 
ficielle. Il  suffisait,  pour  faire  disparaître  la  colique,  de 
passer  par  le  trou  d'une  pierre  fichée  que  l'on  voyait 
à  Courgenay  dans  la  partie  française  du  canton  de 
Berne  (2).  En  Cornouaille  le  rachitique  ou  le  rhuma- 
tisant était  passé  neuf  fois,  au  rebours  du  soleil,  à  travers 
le  trou  de  Mên-an-tol,  à  Lanyon,  si  c'était  un  homme, 
et  traîné  neuf  fois  s'il  s'agissait  d'une  femme  (3). 

Les  paysans  de  Gouesnou  (Finistère)  qui  ont  un 
membre  affïigé  ou  blessé  vont  le  plonger  dans  l'ouvertm-e 
d'un  gros  bloc,  autrefois  dans  un  champ,  et  maintenant 
dans  une  chapelle  près  du  bourg  (4). 

En  Cornouaille  et  en  Devonshire,  celui  qui  rampait 
sous  des  pierres  tombées  les  unes  sur  les  autres  en  ne 
laissant  qu'un  faible  intervalle  était  guéri  du  rhuma- 
tisme ;  le  charme,  pour  être  complet,  devait  être  répété 
neuf  fois  (5).  En  France  cette  pratique  se  fait  sous  des 
monuments  dont  quelques-uns  semblent  des  mégahthes 
clu-istianisés  :  pour  que  les  pèlerins  qui  passent  sous  la 
grosse  pierre  d'Ymare  (Seine-Inférieure)  soient  guéris 
du  rhumatisme  et  même  de  la  rage,  il  faut  que  leurs 

(1)  Sébillot,  1,  L  p.  408-409. 

(2)  SÉBILLOT,  1,    IV,   p.  59. 

(3)  HuNT,  p.  415. 

(4)  SÉBILLOT.,  1,  IV,   p.   59-60. 

(5)  HuNT,  p.  176. 


134  LA  VIE  HUMAINE 

genoux  ne  portent  pas  sur  la  terre,  et  que  leur  dos  ne 
touche  pas  le  bloc  (1)  ;  cette  dernière  condition  était 
obligatoire  pour  le  rhumatisant  qui  traversait  la  pierre 
de  Morva  en  Cornouaille  (2).  A  Ai'dmore  on  se  guérit 
de  tous  ses  maux  en  passant,  le  jour  de  la  fête  patronale, 
sous  la  pierre  de  saint  Declan,  qui  lui  servit  de  bateau 
pour  venir  en  Irlande,  et  que  supjDortent  des  rochers 
qui  laissent  un  faible  espace  entre  elle  et  le  sol  (3).  Ce 
rite  est  aussi  pratiqué,  sans  circonstances  accessoires 
notables,  sous  les  tombeaux  de  plusieurs  églises  (4). 

La  guérison  est  aussi  obtenue  par  l'intermédiah'e  de 
blocs  présentant  une  certaine  dépression,  ordinairement 
longitudinale,  qui  portent  actuellement  le  nom  d'un 
saint  et  se  lient  à  sa  légende.  Quelquefois  il  suffit  de  s'y 
asseoir  pour  être  soulagé  ou  guéri  ;  parfois  comme  sur 
le  lit  de  Saint-Secondel  (Loire-Inférieure)  et  sur  la  pierre 
de  Saint-Samson  (lUe-et- Vilaine)  le  patient  doit  s'éten- 
dre (5)  ;  en  Irlande,  les  paysans  se  couchent  sur  le  ht 
de  pierre  de  Saint-Molush,  comté  de  Fermanagh,  en 
faisant  des  prières  (6).  A  Sciaccia,  en  Sicile,  on  se 
débarrasse  de  la  pustule  mahgne  en  s'asseyant  sur  un 
des  sièges  de  saint  Cologero,  placés  dans  une  caverne  du 
mont  Cronio;  il  y  en  a  vingt-deux,  et  chacun  est 
efficace  pour  une  maladie  spéciale  (7). 

(1)  SÊQÎLLOT,  1,    IV,   p.  Gl. 

(2)  HuNT,  p.  177. 

(3)  Folk-Lore  J»urnal,''\l   (1888)   p.   72. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  157-158. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  405-406. 

(6)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  333. 

(7)  PiTRÈ,  2,  p.  264. 


LES   MALADIES  135 

Les  gens  et  les  bêtes  étaient  guéris  par  l'eau  avec 
laquelle  on  avait  lavé  une  pierre  appelée  Chariot  de 
saint  Conval,  sur  laquelle  ce  bienheureux  était  venu 
d'Irlande  sur  les  bords  de  la  Clyde  (1).  En  Cornouaille 
et  en  Irlande,  les  haches  de  pierre  qui,  en  France,  sont 
aussi  réputées  pour  leurs  vertus  guérissantes,  débar- 
rassent de  plusieurs  maladies  ceux  qui  boivent  l'eau  dans 
laquelle  elles  ont  été  trempées  (2). 

42. — Le  feu  intervient  aussi  dans  la  guérison  de  quel- 
ques maladies  :  une  vieille  femme  de  la  Cornouaille  char- 
mait les  verrues  en  faisant  passar  au-dessus,  en  croix,  tout 
en  murmurant  certaines  paroles,  deux  tisons  pris  dans 
sa  cheminée  (3).  En  Portugal  on  se  débarrasse  de  l'or- 
gelet en  allumant  un  feu  dans  une  cuisine  pourvue  de 
deux  portes  :  on  entre  par  l'une  d'elles,  on  saute  trois 
fois  par  dessus  le  feu,  en  récitant  une  formule,  et  l'on 
sort  en  courant  par  l'autre  porte  (4).  Dans  le  Minho, 
où  l'érysipèle  est  causé  par  un  diable  logé  dans  le 
corps  du  malade,  on  fait  un  brasier  avec  des  choses 
de  rebut,  et  l'on  saute  trois  fois  par  dessus,  en  disant  : 
«  Mauvais  esprit,  je  te  conjure  !  »  (5) 

43.  —  Les  plus  intéressantes  des  pratiques  dont  les 
animaux  sont  l'objet,  en  tant  que  guérisseurs,  s'appli- 
quent aux  maladies  des  enfants  (cf  p.  74)  ;  en  ce  qui 
concerne  celle  des  adultes,  elles  rentrent  presque  tou- 
jours dans  la  catégorie  des  menues  superstitions.  La 

(1)  Black,  2,  p.  104. 

(2)HuNT,  p.  427.  MooNEY,  p.  143.  Sébillot,  I,  IV,  p.  71. 

(3)  HUNT,  p.  412. 

(4)  Leite,  2,  II,  p.  28. 

(5)  CoELHO,  p.  573. 


136  LA  VIE  HUMAINE 

croyance  aux  vertus  spéciales  de  la  taupe,  qui  en  est 
souvent  victime,  est  très  répandue  (1)  ;  en  Portugal, 
elle  intervient  dans  une  sorte  d'opération  magique 
destinée  à  débarrasser  les  femmes  de  certains  furoncles 
attribués  au  venin  de  cet  animal,  et  désignés  le  nom 
de  toupeiras.  La  malade  doit  tuer  une  taupe,  et  n'en 
parler  à  personne  pendant  un  an  ;  alors,  elle  bénit  le 
mal  neuf  jours  de  suite,  en  spécifiant  dans  une  formule 
consacrée,  qu'elle  a  gardé  le  secret.  Celui  qui  souffre 
des  oreillons  se  met  sur  le  cou,  en  récitant  une 
conjuration,  un  joug  à  bœuf  encore  chaud  (2).  Les 
reptiles  entrent  aussi  dans  la  thérapeutique  populaire, 
surtout  le  crapaud  et  la  grenouille  auxquels  on  transmet 
le  cancer  ou  la  fièvre  (3).  En  Irlande  celui  qui  a  léché 
trois  fois  le  ventre  d'un  lézard,  de  la  tête  à  la  queue, 
guérit  les  brûlures  en  appliquant  la  langue  trois  ou  neuf 
fois  sur  la  partie  malade  (4).  En  France  et  en  Wallonie, 
le  dépôt  d'œufs  fait  dans  les  fourmilières  par  les  fiévreux 
ou  les  rhumatisants  pour  y  laisser  leur  mal,  est  accom- 
pagné de  conjurations,  et  les  pêcheurs  du  nord  de 
la  France  adressent  aux  vives  qui  les  ont  piqués  avec 
leur  arête  venimeuse,  une  oraison  traditionnelle  :  «  Petite 
bête  sans  figure,  ôtez-moi  cette  piqûre,  etc.  »,  qui  doit 
être  répétée  trois  fois  (5). 

44.  —  La  transmission  des  maladies  aux  arbres  est 
l'objet  de  nombreuses  pratiques  (cf.  p.  76-79).  Les  adultes 

,    (1)  Sébillot,  1,  III,  p.  129-131,  48-49. 
(2)Leite,  1,  p.  185,177. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  287-288. 

(4)  MOONEY,  p.  161. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  330,  351. 


LES   MALADIES  137 

qui  emploient  la  ligature  pensent  que  l'arbre  doit  désor 
mais  éprouver  tous  les  inconvénients  qu'ils  auraient  eus 
eux-mêmes  s'ils  n'avaient  pas  eu  recours  à  ce  procédé, 
et  cette  idée  est  parfois  clairement  exprimée  dans  la 
formule  prononcée  par  le  malade.  A  Modène,  celui  qui 
souffre  de  la  fièvre  tierce  se  lie,  à  jeun,  avec  un  fil  en 
disant  :«  Arbre,  je  t'embrasse,  fièvre,  je  t'abandonne, 
la  fièvre  t'a  embrassé,  et  je  te  la  laisse  »  (1).  Vers  1830, 
le  paysan  de  la  Brie  allait,  sans  être  vu  de  personne, 
attacher  son  bras  à  un  arbre  avec  un  fil  de  soie, 
récitait  trois  Pater,  et  trois  Ave  et  répétait  trois  fois  : 
«  Fièvre,  fièvre,  reste  là,  jusqu'à  ce  qu'on  te  cherchera.  » 
Si  l'acte  avait  été  fait  en  secret,  le  malade  guérissait, 
mais  l'arbre  se  flétrissait  et  séchait  sur  pied  (2). 

La  plantation  du  clou  ou  de  l'épingle  est  fréquemment 
emploj^ée  en  France  et  en  Wallonie,  sm:'tout  pour  la 
guérison  du  mal  de  dents  ;  avant  d'être  jeté  dans  le 
creux  d'un  arbre,  ou  d'être  piqué  dans  son  écorce,  l'objet 
pointu  a  été  en  contact  avec  le  malade  (3)  ;  en  Sussex, 
on  plante  dans  un  frêne  les  épingles  qui  ont  préalable- 
ment piqué  les  verrues  ;  le  mal  disparaît  à  mesure  que 
la  végétation  les  recouvre  (4).  En  Sicile,  on  guérit  les 
scrofules  en  mordant,  la  nuit  de  l'Ascension  ou  de  la 
Saint-Jean,  l'écorce  d'un  pêcher,  qui  prend  la  mauvaise 
humeiir  de  la  gorge;  s'il  se  dessèche  et  se  flétrit,  c'est 
signe  qu'il  l'a  absorbée  et  que  le  malade  guérira  (5). 

(1)  RiCCARDI,  p.  59. 

(2)  SÉBILLOT,  1,   III.  p.  412. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  413-414. 

(4)  Latham,  p.  41. 

(5)  PiTRÈ,  2,  p.  260. 


138  LA  VIE  HUMAINE 

Au  XVIP  siècle,  les  fiévreux  mordaient  à  jeun  l'écorce 
d'un  arbre  auquel  ils  avaient  attaché  un  lien.  Ce  procédé 
ne  semble  plus  usité  en  France  ;  mais  on  inocule  pour 
ainsi  dire  le  mal  aux  arbres  en  y  creusant  un  trou  dans 
lequel  on  place  les  rognures  d'ongles  de  celui  qui  est 
atteint  de  la  fièvre,  et  qui  guérit  parce  qu'elle  est  enfer- 
mée avec  elles  dans  le  trou  soigneusement  bouché.  En 
Ille-et- Vilaine  on  prescrivait  au  patient  de  monter  dans 
un  tremble,  d'entailler  l'écorce  avec  un  couteau,  et  de 
sucer  la  sève  en  disant  :  «  Tremble,  tremble  plus  fort 
que  je  ne  tremble  !  »  (1) 

En  Portugal,  le  fébricitant  met  au  pied  d'un  arbre 
situé  dans  un  lieu  désert  un  peu  de  paille,  un  vieux 
chifi^on,  une  goutte  de  vin  dans  un  tesson,  et  des  miettes 
de  pain,  puis  il  dit  trois  fois  :  «  Fièvre,  fixe- toi  à  l'ombre 
de  cet  arbre,  au  pied  duquel  j'ai  mis  de  la  paille  pour 
que  tu  te  reposes,  du  pain  pour  que  tu  le  manges,  du 
vin  pour  que  tu  le  boives,  et  du  linge  pour  que  tu 
t'essuies.  »  Il  faut  qu'il  courre  à  sa  maison  sans  parler 
à  personne;  si  quelqu'un  s'empare  de  ces  objets  il  prend 
aussi  la  fièvre  (2).  Dans  l'Albret,  on  va  porter  du  pain 
et  du  sel  à  une  aubépine  que  l'on  doit  ainsi  saluer  : 
«  Adieu,  buisson  blanc,  je  te  porte  du  pain  et  du  sel 
et  la  fièvre  pour  demain.  »  Le  pain  est  piqué  à  une  bran- 
che fourchue,  le  sel  répandu  sur  l'arbre  ;  l'opérateur 
doit  s'en  aller  par  un  chemin  différent  de  celui  par  lequel 
il  est  venu,  et  ne  pas  rentrer  dans  la  maison  par  la  même 
porte  (3).,  En  Allemagne,  on  se  débarrasse  de  la  fièvre 

(1)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  412,  414,  415. 

(2)  Leite,  1,  p.  119-120. 

(3)  SÉBILLOT,  1,    m,  p.  415. 


LES    MALADIES  139 

intermittente,  de  la  goutte  ou  des  verrues  en  les  trans- 
mettant à  un  pin,  à  un  sureau,  ou  à  ,un  frêne,  et  en 
prononçant  certaines  formules,  telles  que  la  suivante  : 
«  Frêne,  frêne,  veuillez  m' acheter  cette  verrue  »  (1).  En 
Ecosse  vers  1820,  celui  qui  souffrait  de  la  jaunisse  allait 
trouver,  de  grand  matin,  une  vieille  femme  qui  se  diri- 
geait avec  une  certaine  solennité  vers  un  arbre,  et  elle 
se  livrait  à  de  nombreuses  incantations  ;  le  patient  mar- 
chait en  avant  et  en  arrière  autour  de  l'arbre  dont  on 
jetait  quelques  branches  dans  la  rivière  pour  y  noyer  la 
maladie  (2). 

45.  —  Plusieurs  pratiques  médicales  parallèles  à 
cellçs  que  l'on  observe  près  des  pierres  ou  des  arbres 
s'accomplissent  autour  des  églises  ou  dans  leur  intérieur; 
il  est  au  reste  vraisemblable  que  plusieurs  de  celles  qui 
s'y  font  actuellement  y  ont  été  transportées  soit  après 
la  destruction  de  mégalithes  vénérés  dans  le  voisinage, 
soit  après  que  des  temples  eurent  été  érigés  sur  leur 
emplacement.  Dans  les  Abruzzes  les  rhumatisants  se 
frottent  sur  la  muraille  de  l'église  dédiée  à  Saint-Pierre, 
le  jom-  de  sa  fête  (3).  Vers  1860,  on  allait  pour  la  gué- 
rison  des  ophtalmies  mettre  le  doigt  dans  un  trou  percé 
dans  le  vantail  gauche  de  la  porte  de  Notre-Dame-du- 
Blanc  (Indre).  Les  fiévreux  grattent  avec  un  couteau  le 
mur  de  la  chapelle  Sainte-Barbe  à  Marolles-les-Buis 
(Eure-et-Loir)  et  en  avalent  la  poussière  dans  un  verre 
d'eau  (4). 

(1)  Tylor,  II,  p.  195. 

(2)  Brand,  III,  p.  299. 

(3)  FiNAMORE,    p.   171. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  139,  151. 


140  LA  VIE  HUMAINE 

Le  rite  antique  de  l'objet  pointu  enfoncé  par  celui 
qui  désire  se  débarrasser  d'une  maladie  en  la  transmet- 
tant à  une  chose,  est  parfois  pratiqué  sur  les  parties 
extérieures  des  églises.  Les  femmes  atteintes  de  névral- 
gies faciales  ou  de  maux  â»  tête  vont  ficher  une  de  leurs 
épingles  à  cheveux  dans  le  plâtre  de  la  muraille  d'une 
chapelle  voisine  de  Nivelles  (Brabant  wallon)  de  cons- 
truction récente  et  dédiée  à  N.  D.  de  Lourdes  ;  à  Fon- 
tains-les-Guyon  (Eure-et-Loir),  c'est  dans  les  portes  de 
la  chapelle  Saiat- Antoine  que  les  pèlerins  enfoncent 
des  épingles  pour  fixer  le  mal.  En  Bretagne  où  les 
furoncles  sont  appelés  clous,  il  est  d'un  fréquent 
usage  d'offrir  au  saint  réputé  pour  les  guérir,  des  clous 
qui  ne  doivent  être  ni  pesés  ni  comptés  ;  les  patients 
les  déposent  au  pieds  de  sa  statue,  dans  un  trou  du 
mur,  ou  même  sur  l'autel,  comme  à  la  chapelle  de  Saint- 
Laurent  en  Sion  (Loire-Inférieure)  ;  lorsqu'elle  était 
fermée,  ils  jetaient  leur  offrande  par  les  fentes  de  la 
porte  ou  par  les  fenêtres  (1). 

Des  fragments  de  parties  d'églises  constituent  des 
amulettes  ;  dans  le  Devonshire  on  portait  pour  la  gué- 
rison  des  maladies  de  poitrine  un  cœur  fait  d'un  morceau 
de  plomb  enlevé  à  la  fenêtre  de  l'église  (2)  ;  en  Sicile,  on 
se  met  sur  le  dos  pour  être  préservé  de  la  rage,  un 
copeau  détaché  de  la  porte  du  sanctuaire  de  Saint-Vito 
lo  Capo.  La  déambulation  numérique  est  aussi  pratiquée 
par  les  malades  :  jDour  guérir  la  chorée  appelée  danse  de 
Saint-Vito,  et  qui  est  attribuée  aux  esprits,  on  faisait 
le  patient  faire  trois  fois  le  tour  de  l'église  de  Saint -Léo- 
Ci)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  138,  139. 
(2)  Black,  2,  p.  90. 


LES    MALADIES  141 

nard  (1).  Le  triple  tour  est  observé  à  l'église  de  Saint- 
Georges  près  de  Spa,  par  ceux  qui  souffrent  des  mots 
d'oreilles,  et  avant  de  mettre  ses  membres  dans  les 
trous  guérissants  voisins  de  la  chapelle  de  Saint-Stapin 
(Tarn)  il  fallait  en  faire  neuf  fois  le  tour.  A  Saint-Gilles 
Pligeaux  (Côtes-du-Nord),  les  malades  font  pendant  la 
messe  le  tour  de  l'église,  les  hommes  portant  un  coq, 
les  femmes  une  poule,  qui  sont  ensuite  déposés  comme 
offrande  (2).  On  promenait  à  minuit  les  épileptiques 
autour  de  l'église  de  GodoKin,  et  on  les  amenait 
ensuite  devant  l'autel  (3). 

L'observance  qui  consiste  à  entrer  dans  l'église  par 
une  porte  et  à  en  sortir  par  une  autre  (cf.  p.  113)  semble 
motivée,  dans  le  sanctuaire  sicilien  de  Saint-Vito,  p'ar 
une  sorte  d'animisme  attribué  au  mal  ;  si  après  l'offrande 
et  la  bénédiction  d'usage,  le  pèlerin  atteint  de  la  rage 
sort  par  la  porte  par  laquelle  il  est  entré,  le  mal  qu'il  a 
laissé  dans  la  chapelle  le  reprendra  (4). 

La  corde  de  la  cloche,  dont  le  contact  est  utile  en 
matière  d'amour  ou  de  fécondité  (cf.  p.  6,  102),  pré- 
serve, dans  les  Abruzzes,  de  tout  mal  de  dents  ceux 
qui  la  mordent  pour  la  tirer  (5). 

Plusieurs  opérations  prophylactiques  ou  guérissantes 
doivent  être  faites  quand  les  cloches  sonnent  : 
en  Lusace,  celui  qui  a  des  verrues  s'en  débarrasse  en 
les  frottant  au  moment  où  il  les  entend,  avec  un  objet 

(1)  PiTRÊ,  2,  p.  304,  432. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  136,  137. 

(3)  Folk-Lore  Record,  V  (1882),  p.  177. 

(4)  PiTRÈ,  2,  p.  303. 

(5)  FiNAMORE,  p.  150. 


142  LA  VIE  HUMAINE 

ramassé  par  hasard  à  terre,  pourvu  qu'il  dise  :  (c  Verrue, 
va  dans  l'église  et  n'en  reviens  pas  »  (1).  C'est  le  samedi 
saint  que  les  cloches  ont  surtout  de  l'efficacité  :  dans  les 
Abruzzes  on  se  préserve  du  mal  de  ventre  en  se  roulant, 
pendant  tout  le  temps  qu'elles  sonnent  le  Gloria,  sur  la 
terre,  ou  sur  le  pavé  d'une  ancienne  église  désaffectée 
dans  laquelle  sont  enterrés  des  morts.  Dansle  vald'Aoste 
celui  qui  se  lave  les  yeux  dans  une  fontaine,  à  Modène 
celui  qui  se  les  lotionne  sans  les  essuyer  n'en  souffrira 
pas  de  toute  l'année  (2). 

Plusieurs  actes  de  thérapeutie  superstitieuse  s'ac- 
complissent à  l'intérieur  des  églises.  En  Portugal  pour 
se  déUvrer  du  mal  donné,  il  faut,  après  s'être  agenouillé, 
ramasser  le  premier  objet  que  l'on  rencontre  derrière 
soi  et  le  mettre  dans  le  bénitier  ;  la  personne  qui  a  fait 
le  maléfice  ne  peut  sortir  avant  qu'on  ait  tiré  ce  qui  se 
trouve  dans  le  bénitier  (3).  En  Devonshire  pour  se  guérir 
des  convulsions,  on  faisait  à  minuit,  trois  fois  le  tour  de 
la  table  de  communion  ;  en  Sicile,  on  se  débarrasse  de 
la  transpiration  des  mains  en  les  posant  sur  le  grand 
autel    (4). 

A  Trapani  on  guérit  l'arthritique  en  lui  entourant 
la  taille  d'une  corde  avec  laquelle  on  a  mesuré  dans 
toute  sa  longueur  la  statue  de  saint  Liborio  (5). 
Le  jour  du  pardon  les  personnes  attaquées  de  douleurs 
faisaient  toucher  leur  mal  par  un  jDetit  saint  Nicolas 

(1)  Mélusme,  III  (1886),  col.  43. 

(2)  FiNAMORE,  p.  123.    SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  147.    RiCCARDI,   p.  61. 

(3)  Pedroso,  1,  n°  129. 

(4)  Black,  2,  p.  89.  Pitre,  2,  p.  218. 

(5)  PiTRÈ,  2,  p.  269. 


LES    MALADIES  143 

de  bois  attaché  à  une  corde  à  l'entrée  de  l'église  de 
Tredarzec  (Côtes -du -Nord)  ;  à  Auneau  (Eure-et-Loir) 
les  pèlerins  jiassent  la  main  sur  la  statuette  de  saint 
Maur  en  ayant  soin  de  palper  la  partie  de  son  corps 
qui  correspond  au  siège  de  leur  mal  (1). 

Une  étrange  pratique  relevée  dans  les  Abruzzes  est 
fondée  sur  la  croyance  à  la  possibilité  pour  un  vivant  de 
transmettre  son  mal  à  un  mort  ;  celui  qui  souffre  de 
l'ictère  entre  en  cachette  dans  l'égHse  où  est  exposé  un 
cadavre,  ouvre  la  bière  et  urine  dessus,  et  si  le  cadavre 
n'est  pas  visible,  il  fait  cette  opération  sur  le  cou- 
vercle de  sa  tombe  (2). 

La  poussière  des  éghses  possède  des  vertus  thé- 
rapeutiques ;  on  met  au  cou  des  fiévreux  un  sachet 
contenant  celle  qui  a  été  grattée  avec  les  ongles 
au  dessous  du  tombeau  de  saint  Gonery  à  Plougres- 
cant  (Côtes-du-Nord).  Le  malade  atteint  de  fièvre,  de 
migraine  ou  d'épilepsie  balayait  ou  faisait  balayer  la 
chapelle  de  l'ancien  château  d'Elven  (Morbihan)  en 
arrosant  le  sol  avec  de  l'eau  bénite  ;  cet  acte  commençait 
avec  la  messe  qui  y  était  célébrée  ;  à  la  fin  le  balayeur 
jetait  au  vent  une  p)oignée  de  poussière,  et  le  malade 
devait  être  guéri  dans  huit  jours.  A  Blain  (Loire-Infé- 
rieure), les  fiévreux  se  contentaient  de  nettoyer  avec 
un  balai  de  genêt  la  chapelle  de  Saint-Roch  (3). 

Le  bénitier  joue  un  rôle  considérable  dans  la  guérison 
des  infirmités.  En  Sicile,  on  fait  cesser  la  transpiration 
des  mains  si,  en  entrant  pour  la  première  fois  dans  une 

(1)  SÉBILLOT,   1,    IV,    p.    170.    • 

(2)  NiNO,  p.  160. 

(3)  SÉBILLOT,  1,   IV,  p.  150, 151. 


144  LA  VIE  HUMAINE 

église,  on  embrasse  le  support  du  bénitier,  ou  qu'on  y 
plonge  la  main,  ou  encore  en  se  plaçant  sous  le  piédestal 
de  celui  d'une  église  neuve  (1)  ;  en  Portugal  et  en  Poitou 
il  suffit  de  s'y  laver  les  mains.  Au  pays  de  Liège,  on  se 
débarrasse  des  verrues  en  plongeant  la  main  dans  le 
bénitier,  et  en  partant  sans  se  retourner  après  avoir  dit  : 
«  Tiens,  voilà  pour  celui  qui  viendra  après  moi.  »  En 
Anjou,  les  maladies  de  la  peau  disparaissent  lorsqu'on 
les  lave  avec  de  l'eau  prise  dans  le  bénitier  de  trois 
églises  où  le  patient  ne  soit  jamais  entré,  et  il  doit 
rester  dehors  pendant  que  la  personne  qui  l'accompagne 
va  puiser  l'eau  nécessaire  à  la  lotion.  En  Haute-Bretagne, 
il  suffit  pour  guérir  un  panaris  de  le  tremper  dans  le 
bénitier  de  l'église  paroissiale,  et  de  faire  avec  le  doigt 
malade  sept  signes  de  croix  sur  la  terre  du  cimetière. 
En  Saintonge,  on  se  délivrait  de  la  fièvre  en  prenant  une 
bonne  lampée  dans  le  bénitier  la  veille  de  Pâques  ou  de 
la  Pentecôte  (2).  A  Madrid  pour  guérir  un  malade  que 
l'on  suppose  avoir  été  l'objet  d'une  malédiction,  on 
va  puiser  une  tasse  d'eau  bénite  dans  trois  églises  diffé- 
érentes,  la  première  consacrée  à  un  saint,  la  seconde  à 
une  sainte,  et  la  troisième  à  un  saint,  et  on  la  fait  boire 
au  patient.  On  en  imbibe  ensuite  un  des  mouchoirs  qu'il 
porte  habituellement  ;  on  le  met  dans  un  coin,  et  à 
mesure  qu'il  pourrit  l'état  du  malade  s'améliore.  (3) 
Dans  le  nord  de  l'Italie,  on  croit  se  mettre  à  l'abri 
de  tous  les  maux  en  buvant  le  samedi  saint  l'eau  qui 
vient  d'être  bénie,  ou  en  se  lavant  la  figure  avec  elle  ; 

(1)  PiTRÈ,  2,  p.  218.'^ 

(2)  Revista  Lusitana,  VIII  (1905),  p.  276.  Sébillot,  1,  IV,  p,  148. 

(3)  Olav.\rria,  1,  p.  86-87. 


LES    MALADIES  145 

dans  les  Abruzzes,  chaque  membre  de  la  famille  en  boit 
alors  un  peu  comme  préservatif  de  la  fièvre  et  du  mal  de 
ventre  (1).  En  Sicile  où  l'épilepsie  provient  des  esprits 
qui  se  sont  introduits  dans  le  corps  du  malade,  on  lui 
asperge  le  dos,  et  surtout  le  visage,  avec  de  l'eau  bénite 
prise  dans  sept  églises  paroissiales,  dédiées  à  des  saintes(2). 
Dans  les  Abruzzes  on  guérit  le  muguet  en  trempant 
dans  l'eau  bénite  un  fil  de  laine  écarlate,  dont  on  se 
frotte  le  dedans  de  la  bouche  (3). 

(1)  Giovanni,  p.  80.  Finamore,  p.  123. 

(2)  PiTRÈ,  2,  p.  434. 

(3)  NiNO.  p.  125. 


LE  PAGANISME   CONTEMPORAIN 


CHAPITRE  VII 
La  mort. 


46.  Opérations  magiques  pour  l'aiie  mourir.  —  47.  Conjurations  synal- 
lagmatiques.  —  48.  Messes  sacrilèges  et  envoûtements.  —  49. 
Consultations  pour  savoir  qui  doit  mourir.  —  .^0.  Pour  savoir  si 
le  malade  mourra.—  ol.  L'agonie.  —  o2.  Apres  la  mort.  —  53.  La 
veillée  et  l'ensevelissement.  —  54.  L'enterrement.  —  55.  Précau- 
tions pour  empêcher  le  mort  de  revenir  à  la  maison. —  56. Consul- 
tations sur  sa  destinée. —  37.  Le  voyage  des  morts. — 58. Visites 
périodiques  des  défunts  à  la  maison.  —  39.  Pénitences  posthumes. 


La  mort  n'est  pas  toujours  pour  le  peuple  la  consé- 
quence naturelle  de  la  maladie,  des  accidents  ou  de  la 
vieillesse  ;  il  croit  qu'on  peut  la  provoquer  par  des  con- 
jurations ou  des  opérations  magiques  dont  la  recette 
est  connue  ;  tantôt  elles  sont  exécutées  par  celui  qui 
veut  se  débarrasser,  sans  avoir  de  démêlés  avec  la 
justice,  d'un  parent  ou  d'un  ennemi,  tantôt  il  a  recours 
à  des  intermédiaires  qui  appartiennent  au  monde  de  la 
sorcellerie. 

Les  pratiques  encore  en  usage  sont  nombreuses,  et 
nous  n'en  connaissons  vraisemblablement  qu'une  faible 
partie  ;  car  elles  sont  presque  toujours  clandestines,  et 
le  secret  n'est  pas  seulement  une  mesure  de  prudence, 
mais  souvent  la  condition  essentielle  pour  la  réussite. 

46.  —  En  Haute-Ecosse  on  emploie,  pour  faire  mourir 
celui  que  l'on  juge  vivre  trop  longtemps,  une  formule 
magique  dont  le  sens  est  assez  obscur  ;  il  suffit  de  lui 


LA   MORT  147 

crier  trois  fois  par  le  trou  de  la  serrure  :  «  Voulez-vous 
venir  ou  voulez-vous  vous  en  aller  ?  ou  voulez-vous 
manger  la  chair  des  grues  ?  »  (1) 

Ordinairement  des  objets  matériels  servent  à  rendre 
efficaces  des  opérations  d'autant  plus  redoutables  que 
la  victime,  bien  qu'elle  soit  en  contact  avec  eux,  est 
loin  de  soupçonner  leur  malfaisance.  Plusieurs  sont  en 
relation  analogique  avec  le  séjour  des  trépassés  :  en 
Portugal  on  peut  amener  la  mort  d'une  personne  en  lui 
faisant  manger,  sans  qu'elle  le  sache,  de  la  terre  de 
cimetière  (2).  Elle  figure,  associée  à  d'autres  ingrédients, 
dans  un  maléfice  du  Finistère  :  l'opérateur  porte  au  cou, 
pendant  neuf  jours  consécutifs,  un  sachet  qui  lui  a  été 
remis  par  un  sorcier,  et  qui  contient  un  peu  de  terre  du 
cimetière,  de  la  cire  vierge,  une  araignée  et  des  rognures 
d'ongles  ;  il  le  place  dans  un  endroit  où  l'on  présume 
que  passera  celui  dont  la  mort  est  désirée  ;  si  celui-ci 
le  ramasse  croyant  avoir  trouvé  une  bourse,  et  s'il 
l'ouvre,  il  mourra  dans  les  douze  mois.  En  d'autres 
endroits  de  Bretagne,  on  met  aussi,  aux  mêmes  inten- 
tions coupables,  sous  un  lit  de  la  maison,  une  écuelle 
contenant  du  sable  de  cimetière,  trois  coques  d'œufs 
frais  pondus  par  trois  poules  différentes,  deux  épingles 
en  croix  et  des  fragments  de  reliques  (3).  Les  sorciers 
des  Hautes- Vosges  font  sécher  sur  pied  l'homme  le  plus 
vigoureux  en  déposant,  avec  des  mots  magiques,  trois 
clous  de  cercueil  dans  la  fontaine  où  il  puise  son  eau  (4). 

(1)  Campbell,  1,  p.  240. 

(2)  Pedroso,  1,  n°  233. 

(3)  Le  Braz,  I,  p.  155-157,  159, 

(4)  SÉBILLOT,  1,  II     .  294. 


148  LA  VIE  HUMAINE 

Dans  la  Vienne  une  fleur  de  nielle  offerte  par  une 
vieille  femme  peut  faire  mourir  une  jeune  fille  si  la  tige 
est  coupée  ou  cassée  par  le  milieu  ;  en  Haute-Bretagne 
on  accrochait  jadis  une  fleur  de  digitale  à  chacun  des 
dards  d'une  croix  d'épines  ;  celui  auquel  on  parvenait 
à  la  faire  baiser  ne  tardait  pas  à  succomber  (1). 

En  Allemagne  les  sorcières  découpaient  un  morceau 
de  gazon  de  la  longueur  d'un  pied  sur  le  sol  où  leur 
ennemi  venait  de  marcher,  et  elles  le  suspendaient 
dans  la  cheminée  ;  il  dépérissait  et  mourait  quand  il 
était    sec    (2). 

Certaines  veuves  de  l'île  de  Sein  se  chargent  de  vouer 
à  la  mort,  dans  un  délai  déterminé,  l'homme  qui  leur  a 
été  désigné,  à  moins  qu'il  n'ait  auparavant  réparé  le 
dommage  qu'il  a  fait.  La  vieille  doit  se  rendre  trois  fois 
au  sabbat  de  mer,  accroupie  sur  ses  talons  dans  son 
panier  à  goémon  qui  lui  sert  de  bateau,  et  chaque  fois 
elle  remet  au  démon  du  vent  et  de  la  mer  un  objet  ayant 
appartenu  à  celui  qu'il  s'agit  de  faire  disparaître  (3). 

47.  —  Une  conjuration  à  mort,qui  semble  particulière 
aux  pays  celtiques,  constitue  une  sorte  de  jugement  de 
Dieu,  et  elle  atteint  le  conjuré  ou  le  conjureur,  suivant 
que  l'un  ou  l'autre  est  coupable.  En  Irlande,  elle  se 
faisait  naguère  sous  une  forme  presque  purement 
païenne  :  la  personne  qui  avait  été  calomniée  ou  lésée 
retournait,  en  disant  quelque  prière,  une  grosse  pierre 
ronde  placée  près  de  la  fontaine  de  Thubber  Enue  ;  la 
conséquence  de  cet  acte  était  la  mort  de  l'auteur  du 

(1)  SÉBn-LOT,  1,  III,  p.  481. 

(2)  Grimm,  IV,  p.  1798,  n»  524. 

(3)  Le  Braz,  I,  p.  175-177. 


LA   MORT  149 

tort,  quel  qu'il  fût  (1).  En  Bretagne  c'est  à  un  saint  que 
l'on  s'adresse.  Lorsque  la  chapelle  de  Saint-Yves-de- 
Vérité,  près  de  Tréguier,  était  encore  debout,  les  Bas- 
Bretons  qui  voulaient  vouer  quelqu'un  à  saint  Yves 
glissaient  un  liard  dans  le  sabot  de  la  personne  dont  ils 
souhaitaient  la  mort.  Ils  faisaient  à  jeun,  le  lundi,  trois 
pèlerinages  à  la  chapelle,  et  secouaient  la  statue  du 
saint  en  disant  :  «  Tu  es  le  petit  saint  de  la  Vérité,  je  te 
voue  un  tel.  Si  le  droit  est  pour  lui,  condamne-moi. 
Mais  si  le  droit  est  pour  moi,  fais  qu'il  meure  dans  le 
délai  rigoureusement  prescrit.  »  Il  fallait  déposer  comme 
offrande  aux  pieds  du  saint  une  pièce  de  dix-huit  deniers 
marquée  d'une  croix,  réciter  à  rebours  les  prières  habi- 
tuelles et  faire  trois  fois  le  tour  de  l'oratoire,  sans  tourner 
la  tête  (2).  Dans  le  centre  de  la  Bretagne  française, 
lorsqu'il  y  a  contestation  entre  deux  individus  pour  une 
chose  grave,  l'un  d'eux  jette  un  sou  par  terre  devant 
son  adversaire  pour  l'ajourner  devant  saint  Yves-de- 
Vérité  ;  celui  qui  a  menti  ou  qui  a  tort  meurt  dans 
l'année  (3).  Cette  adjuration  est  aussi,  en  cette  même 
région,  suivie  d'un  pèlerinage  :  la  personne  qui  ne  peut 
obtenir  la  réparation  d'un  préjudice  prévient  son  adver- 
saire en  jetant  à  ses  pieds  une  pièce  de  monnaie,  qui 
doit  être  ramassée  par  celui-ci  ;  elle  se  rend  ensuite 
à  pied  à  la  chapelle  de  Saint -Yves  ;  elle  s'y  prosterne 
sitôt  arrivée,  jette  trois  fois  par  terre  une  pièce  à  l'effigie 
de  la  croix,  en  récitant  des  oraisons  spéciales,  puis  elle 
fait  au  saint  une  offrande  proportionnée  au  temps  qui 

(1)  MOONEY,  p.  154. 

(2)LeBraz,  I,  p.  162-163. 
(3)  Sébillot,  3,  p.  190. 


150  LA  VIE  HUMAINE 

doit  s'écouler  entre  l'adjuration  et  la  mort  de  son 
ennemi.  A  partir  de  ce  moment,  celui  qui  a  des  torts, 
fût-ce  celui  qui  a  adjuré,  se  tourmente,  perd  le  sommeil 
et  l'appétit,  et  finit  par  s'en  aller  de  langueur  (1).  Dans 
la  Cornouaille,  où  peut-être  autrefois  on  s'est  adressé 
à  un  saint,  on  récitait  le  psaume  109,  dont  on  appliquait 
les  malédictions  à  la  personne  qui  était  coupable  (2). 

48.  —  Les  messes  qui,  dans  l'intention  de  ceux  qui 
les  payaient,  étaient  destinées  à  provoquer  la  mort  d'une 
personne  déterminée,  ont  été  célébrées  en  plusieurs 
pays.  Vers  1830  lorsqu'un  débiteur  était  de  mauvaise 
foi  et,  qu'n  avait  nié  par  serment  une  dette  ou  un  dépôt, 
des  Bretons  des  Côtes-du-Nord  disaient  qu'ils  iraient 
porter  vingt  sols  à  un  prêtre,  pour  une  messe  à  saint 
Yves-de-Vérité,  persuadés  qu'ils  étaient  qu'à  la  suite 
le  coupable  devait  mourir  dans  l'année  (3).  Dans  plu- 
sieurs parties  de  ce  département  des  paysans  en  font 
encore  dire  pour  obtenir  la  mort  d'un  parent  ou  d'un 
ennemi,  mais  ils  se  gardent  de  révéler  au  célébrant 
leurs  coupables  pensées  (4). 

Ces  cérémonies  sacrilèges  semblent  avoir  été  relati- 
vement communes  dans  le  sud-ouest  de  la  France. 
D'après  une  superstition  répandue  anciennement  en 
Béarn  et  en  Gascogne,  pour  se  venger  d'un  ennemi,  il 
suffisait  de  faire  prononcer  contre  lui  V esconminje,  l'ex- 

(1)  Revue  des  Trad.  pop.  III  (1888),  p.  140. 

(2)  BOTTRELL,  II,  p.  229. 

(3)  Habasque  I,  p.  88.  n.  Il  se  trouve,  ajoute-t-il,  à  ce  qu'on   dit 
des  prêtres  pour  célébrer  cette  messe  ;  quant  à  moi,  j'ai  peine  à  le  croire. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.  XXII  (1907),  p.  245.  On  a  tout  récemment 
prêché  contre  ces  messes. 


LA   MORT  151 

communication,  dont  l'effet  devait  être  le  dépérissement 
de  la  personne  anathématisée  ;  le  prêtre,  portant  l'étole 
et  la  chape  noire,  récitait  douze  séries  d'imj)récations, 
à  la  lumière  de  douze  cierges  de  cire  noire,  qu'on  étei- 
gnait l'un  après  l'autre.  En  Gascogne,  la  messe  de 
saint  Sécaire  avait  pour  but  de  faire  «  sécher  »  peu  à  peu 
celui  à  l'intention  duquel  elle  était  dite  ;  les  curés  qui 
la  savaient  étaient  rares,  et  il  n'y  avait  à  se  charger  de 
la  célébrer  que  les  mauvais  prêtres.  Elle  ne  peut  être 
dite  que  dans  une  église  où  l'on  ne  peut  s'assembler 
parce  qu'elle  est  moitié  démoUe,  ou  parce  qu'elle  a  été 
profanée  :  l'officiant  amène  sa  maîtresse  pour  lui  servir 
de  clerc  ;  au  premier  coup  de  onze  heures,  la  messe  com- 
mence par  la  fin  et  continue  tout  à  rebours,  pour  finir 
juste  à  minuit.  L'hostie  est  noire  et  a  trois  pointes,  le 
prêtre  ne  consacre  pas  de  vin,  il  boit  de  l'eau  d'une  fon- 
taine où  on  a  jeté  le  corps  d'un  enfant  mort  sans  bap- 
tême, le  signe  de  la  croix  se  fait  toujours  par  terre  avec 
le  pied  gauche.  Cette  messe  se  disait,  paraît-il,  dans  la 
Gironde  et  coûtait  de  25  à  50  francs  ;  en  Saintonge,  on 
payait  aussi  fort  cher  les  messes  à  l'envers.  Dans  le 
Bigorre,  la  messe  de  mile-mort  qui  est  surtout  célébrée 
contre  les  usuriers,  provoque  une  agonie  longue  et 
douloureuse  ;  après  une  messe  de  sento  Sécairo ,  le 
jeune  homme  qui  n'épouse  pas  la  jeune  fille  qu'il  a 
séduite,  ou  la  jeune  âUe  volage  mourra  de  consomp- 
tion (1). 

A  Marseille,  on  jette,  après  une  prière  de  malédiction, 
une  fève  de  marais  bien  sèche  dansla  lampe  du  sanctuaire  ; 
dès  qu'elle  commence  à  se  gonfler,  celui  qui  a  été  ana- 

(1)  SÉBiLLOT  1,  IV,  p.  238-239. 


152  LA  VIE  HUMAINE 

thématisé  tombe  malade,  et  le  jour  où  elle  se  fend  il 
meurt  (1). 

D'autres  procédés  qui  se  rapprochent  plus  encore  de 
l'envoûtement,  sont  toujours  en  usage.  Dans  le 
Bocage  normand,  on  remplit  avec  des  gouttes  de 
rosée,  recueillies  à  l'aurore  sur  une  épine  noire,  un 
morceau  de  la  coque  d'un  œuf  de  coq,  et  on  l'expose 
aux  rayons  du  soleil;  lorsque  l'astre  du  jourabu  la  rosée, 
celui  à  l'intention  duquel  a  été  confectionné  ce  maléfice 
est  frappé  d'un  mal  inconnu,  et,  malgré  tous  les  remèdes, 
il  dépérit  lentement.  On  croit  en  d'autres  régions  de 
Normandie  qu'on  peut,  en  remplissant  de  rosée  une 
coquille  non  entièrement  brisée  dont  une  personne  a 
mangé  l'intérieur,  et  en  la  posant  sur  une  épine  blanche, 
la  faire  mourir  à  bref  délai;  en  Vendée,  le  jeteur  de  sort  y 
introduit  un  liquide  mortel  ;  en  Wallonie,  les  sorcières  y 
déposaient  une  mèche  de  cheveux  de  la  victime  (2). 
Dans  le  pays  de  Modène,  on  attache  un  crapaud  à 
une  ronce  avec  des  cheveux  de  celui  qu'on  veut  maléfi- 
cier;  quand  la  bête  est  morte,  la  persomie  devient  malade 
et  succombe  ;  si  le  crapaud  réchappe,  c'est  signe  que 
le  patient,  avisé  de  la  sorcellerie,  a  fait  la  conjuration 
contraire  (3).  En  Portugal,  on  crible  d'épingles  la  tête 
d'un  crapaud,  et  celui  qui  est  visé  par  cette  opération 
ressent  avant  de  mourir  toutes  les  douleurs  que  souffre 
la  bête  (4)  ;  dans  les  Asturies  on  enfonce,  en  récitant  une 
conjuration,  beaucoup  d'épingles  dans  le  cœur  enlevé 

(1)  Régis,  p.  280. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  III, 'p.  231-232» 

(3)  RiccARDi.'p.  55. 

(4)  Pedro  so,  1,  n»  439. 


LA  MORT  153 

à  une  poule  noire  vivante  (1).  Les  sorciers  du  Loiret 
lardent  avec  une  aiguille  un  cœur  de  bœuf,  en  pronon- 
çant le  nom  de  celui  qui  doit  mourir  (2).  Dans  les  Ar- 
dennes  on  cache  un  cheveu  de  son  ennemi  dans  un  foie 
de  bœuf  que  l'on  suspend  à  la  cheminée  ;  quand  il  est 
pourri,  l'homme  meurt  (3).  En  Sicile,  celui  qui  veut  se 
venger  d'un  homme  ou  d'une  femme  tire  de  sa  poche, 
au  moment  précis  de  l'élévation  à  la  messe  de  minuit, 
une  orange  qui  a  été  au  préalable  charmée  par  la  sor- 
cière, l'entame,  en  coupe  un  petit  morceau,  et  y  enfonce 
des  épingles  en  disant  à  chaque  fois  qu'il  en  fiche  une  : 
((  Autant  d'épingles  j'enfonce  dans  cette  orange,  autant 
de  douleurs  aiguës  puissent  accabler  N...,  autant  de 
maux  puissent  s'abattre  sur  N.  »  L'orange  est  ensuite 
jetée  dans  un  puits,  dans  une  citerne  ou  dans  un 
égout.  Cette  opération  amenait  la  mort,  de  même  que 
celle  qui  consistait  à  ficher  des  clous  dans  un  citron,  et 
à  le  lancer  à  la  mer;  si  l'on  ne  retrouvait  pas  le  fruit 
intact,  la  conjuration  ne  pouvait  être  détruite,  et  celui 
qui  en  était  l'objet  expirait  dans  d'atroces  douleurs  (4). 
Dans  la  Gironde,  pour  faire  mourir  son  ennemi  à 
petit  feu,  on  met,  à  une  heure  de  l'après-midi,  deux 
feuilles  de  laurier  en  croix,  maintenues  au  moyen  d'une 
épingle;  tous  les  jours  à  la  même  heure,  on  pique  cette 
croix  de  deux  épingles  l'une  en  long,  l'autre  en  large,  en 
disant:  «Je  te  pique  au  cœur  pour  le  mal  que  tu  me  fais.» 
Lorsque  la  croix  est  garnie  d'épingles,  on  va  la  jeter  dans 

(1)  Arivau,  p.  255. 

(2)  Rolland.  V,  p.  98. 

(3)  Meyrac,  p.  177. 

(4)  PiTRÈ,  1,  IV,  p.  129-130. 


154  LA  VIE  HUMAINE 

un  cours  d'eau,  et  la  personne  contre  laquelle  est  fait  le 
maléfice  ressent  au  cœur  des  douleurs  infinies  et  meurt. 
A  Marseille,  on  garnit  une  pomme  d'épingles,  comme 
une  pelote  ;  autant  de  piqûres  faites  au  fruit,  autant  de 
blessures  faites  au  cœur  de  l'ennemi.  A  Liège,  c'est  dans 
un  oignon  placé  dans  la  cheminée  que  l'on  enfonce 
treize  épingles,  et  on  allume  une  chandelle  dans  laquelle 
on  en  a  fiché  pareil  nombre  ;  l'amant  volage  dépérit 
à  mesure  que  l'oignon  se  dessèche  ou  que  la  chandelle 
brûle  (1).  A  Paris  on  allume  soit  à  la  maison,  soit  à  l'église, 
un  cierge  dans  lequel  on  a  introduit  trois  aiguilles  ou  trois 
épingles  ;  si  toutes  les  trois  tombent  pendant  l'opération, 
la  personne  visée  meurt  au  bout  de  trois  semaines,  de 
trois  mois  ou  de  trois  ans.  Dans  la  Gironde  on  peut  faire 
sécher  son  ennemi  en  allumant  un  cierge  dans  la  pre- 
mière éghse  venue,  et  en  disant,  tant  qu'il  brûlera,  le 
Pater,  Y  Ave,  le  Credo,  et  d'autres  prières  à  rebours  (2).  A 
Liège,  la  jeune  fille  délaissée  grave  son  nom  et  celui  de 
son  amant  sur  une  noix  de  muscade  autour  de  laquelle 
elle  enroule  des  cheveux  du  volage,  et  elle  l'enterre  sous 
les  racines  d'un  sapin  ;  plus  la  sève  fait  pousser  la  noix,  plus 
le  trompeur  devient  amoureux  de  la  fille,  mais  si  celle-ci 
ne  veut  plus  l'aimer  à  son  tour,  il  ne  tarde  pas  à  mourir (3) . 
On  retrouve  encore  en  plusieurs  points  de  l'Europe  le 
procédé  magique  usité  chez  un  grand  nombre  de  peuples 
et  à  des  époques  différentes  et  qui  consiste  à  détériorer 
ou  à  détruire  une  image  qui  représente  celui  auquel  on 
veut  nuire  ou  qu'on  veut  tuer,  et  qui  doit  souffrir,  quand 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  III,  p.  392-393  ;  IV,  p.  155. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  155. 

(3)  HocK,  p.  214. 


LA    MORT  155 

elle  souffre,  et  mourir  quand  elle  périt  (1).  A  Paris,  il 
s'est  modernisé  :  des  femmes,  surtout  de  celles  du 
monde  galant,  remettent  une  photographie  de  celui 
qu'elles  désirent  vouer  aux  souffrances  ou  à  la  mort, 
à  quelque  cartomancienne  ;  celle-ci  prononce  de  ter- 
ribles malédictions ,  puis  elle-même ,  ou  sa  cliente , 
enfonce  des  épingles  dans  les  diverses  parties  du  corps, ^ 
suivant  la  gravité  du  mal  qu'elle  veut  causera  l'original. 
L'envoûtement  sous  des  formes  plus  classiques  est 
pratiqué  dans  les  paj^s  celtiques  des  îles  britanniques, 
et  les  opérations  sont  assez  variées.  Dans  le  nord  de 
l'Ecosse,  on  fait  une  petite  figure  de  cire  de  forme 
humaine,  et  on  la  place  devant  le  feu  de  façon  à  ce 
qu'elle  fonde  rapidement  ;  celui  qu'elle  représente 
dépérit  et  meurt.  L'image  est  plus  souvent  modelée 
avec  de  l'argile,  criblée  d'épingles,  et  mise  sur  le  foyer 
parmi  les  cendres  chaudes  ;  à  mesure  qu'elle  durcit  et 
éclate  en  morceaux  la  maladie  ronge  la  vie  de  la  victime  (2). 
Dans  le  Devonshire,  elle  est  baptisée  au  nom  de  la 
personne  qu'elle  est  censée  représenter,  lardée  d'épingles 
et  brûlée  (3).  Dans  l'île  d'Islay,  où  parfois  on  brûle 
aussi  la  poupée  sur  une  porte  enlevée  de  ses  gonds,  ce  qui 
cause  au  patient  des  tortures  affreuses,  on  prononce  en 
piquant  les  épingles  une  longue  incantation  qui  com- 
mence ainsi  :  «  Comme  vous  vous  décomposez,  puisse- 
t-il  se  décomposer  ;  comme  ceci  vous  blesse,  puisse  ceci 
le  blesser  «  (4).  Dans  les  Highlands  l'opérateur  après 

(1)  Frazer,  I,  p.  513. 

(2)  Gregor,  1,  p.  34. 

(3)  Henderson,  p.  228.  n.  » 

(4)  Fra  er,  I,  p.  13. 


156  LA  VIE  HUMAINE 

avoir  murmuré  une  malédiction  appropriée  sur  la 
figurine  d'argile,  la  place  dans  un  ruisseau  qui  coule 
vers  l'est,  avec  l'idée  que  le  corps  de  la  victime  dépérit 
dans  la  proportion  exacte  de  ce  que  l'eau  emporte  de  son 
argile  ;  si  l'on  désire  une  mort  soudaine,  le  corp  creadh 
est  placé  dans  un  courant  rapide  ;  si  on  désire  une  mala- 
die lente  et  douloureuse,  on  le  dépose  dans  des  eaux 
comparativement  tranquilles,  après  avoir  enfoncé  des 
épingles  et  des  clous  rouilles  dans  la  poitrine  et  les 
parties  vitales  de  l'image.  Si  elle  est  découverte  dans 
l'eau  avant  que  la  victime  ait  succombé,  celle-ci 
recouvre  la  santé,  et  tant  que  la  figurine  est  intacte, 
elle  est  à  l'abri  de  tout  maléfice  (1). 

Les  sorcières  opéraient  parfois  dans  une  chapelle  : 
un  homme  y  ayant  vu  trois  vieilles  occupées  à  piquer 
des  épingles  dans  une  figurine  d'argile,  reconnut  qu'elle 
lui  ressemblait  et  que  c'était  lui  qui  était  l'objet  du 
maléfice  ;  il  n'en  restait  qu'une  à  enfoncer  dans  le  cœur 
pour  causer  sa  mort,  lorsqu'il  entra,  arracha  toutes 
celles  déjà  piquées,  et  le  mal  qu'il  ressentait  se  dissipait 
à  mesure  qu'il  les  ôtait  (2). 

C'est  aussi  dans  une  chapelle  que  se  prépare  «  l'en- 
terrement de  la  gerbe  »  qui  était  naguère  pratiqué  dans 
le  comté  d'Argyll.  L'opérateur  disait  certaines  prières 
en  tournant  le  dos  à  l'autel,  puis  il  donnait  à  une  gerbe 
de  blé  la  forme  d'un  corps  humain,  enfonçait  des  épingles 
dans  les  nœuds  de  la  paille,  qu'il  tordait  parfois  en  forme 
de  cœur.  Il  enterrait  la  gerbe  au  nom  du  diable,  près 
de  la  maison  de  son  ennemi,  qui  devait  dépérir  à  mesure 

(1)  Folk-Lore  Journal,  II  (1884),  p.  220. 

(2)  Campbell,  2,  p.  47. 


LA  MORT  157 

qu'elle  se  dissolvait,  et  mourir  quand  elle  serait  décom- 
posée. S'il  voulait  lui  causer  la  mort  à  bref  délai,  il  l'en- 
terrait dans  un  endroit  humide,  et  dans  un  terrain  sec 
s'il  voulait  le  faire  languir  (1).  Dans  les  Highlands  c'était 
un  morceau  de  bois  criblé  d'épingles  que  l'on  enterrait  ; 
si  on  pouvait  le  découvrir  et  enlever  les  épingles,  le 
maléfice  devenait  impuissant  (2). 

49.  —  De  nombreuses  ordalies  ont  pour  but  de 
connaître  celui  qui  doit  mourir  dans  un  certain  délai. 
Naguère,  à  Saint- Jean-Trolimon  (Finistère),  il  était 
d'usage,  au  commencement  de  l'année,  de  beurrer  au- 
tant de  tartines  qu'il  y  avait  de  personnes  dans  la  maison. 
Le  chef  de  la  famille  les  lançait  en  l'air  une  à  une,  en 
prononçant  le  nom  de  tout  le  monde,  y  compris  le  sien  ; 
Chacun  se  baissait  pour  ramasser  sa  tartine  ;  celui  qui 
trouvait  la  sieime  renversée  sur  le  côté  beurré  était  sûr 
de  mourir  dans  l'année  (3).  A  l'île  de  Man,  c'est  la  maî- 
tresse de  maison  qui,  le  12  novembre,  remplit  de  sel  un  dé 
dont  elle  verse  le  contenu  sur  une  assiette,  de  façon  à 
former  un  petit  tas  ;  elle  en  fait  un  pour  chacun  des 
membres  de  la  famille  et  pour  les  hôtes,  s'y  il  en  a. 
Le  lendemain  elle  considère  attentivement  les  tas  sur 
l'assiette  qui  n'a  pas  été  remuée  ;  celui  dont  le  tas  est 
écroulé  doit  mourir  avant  l'année  révolue  (4). 

Ces  deux  consultations  sont  faites,  au  nom  d'une 
collectivité,  par  une  personne  qui  semble,  probablement 
en  vertu  de  croyances  anciennes,  avoir  seule  qualité 

(1)  Folk-Lore,  VI  (1895),  p.  302. 

(2)  Campbell,  2,  p.  49. 

(3)  Le  Braz,  I,  p.  70. 

(4)  Rhys,  l,  p.  318. 


158  LA  VIE  HUMAINE 

pour  y  présider.  Bien  que  les  écrivains  qui  ont  parlé 
des  deux  rites  qui  suivent  aient  omis  de  noter  cette 
circonstance,  il  est  probable  que  la  partie  essentielle  en 
était  aussi  accomplie  par  le  chef  de  la  maison.  Au 
commencement  du  XVIF  siècle,  on  faisait  dans  certair^es 
paroisses  de  Basse-Bretagne,  le  premier  jour  de  l'an,  à  quel- 
ques fontaines,  des  offrandes  d'autant  de  pièces  de  pain 
qu'il  avait  de  personnes  dans  les  familles,  jugeant  de 
ceux  qui  devaient  mourir  dans  cette  année-là,  par  la 
manière  dont  ils  voyaient  flotter  les  morceaux  de  pain 
jetés  en  leur  nom.  Vers  1850,  on  se  souvenait  encore  à 
Locronan  des  détails  de  cette  pratique  :  on  posait  sur 
l'eau  des  fontaines  un  morceau  de  pain  beurré  pour 
chaque  membre  de  la  famille  ;  si  le  côté  beurré  se  tour- 
nait en  dessous,  c'était  le  trépas  pour  celui  auquel  le 
morceau  avait  été  attribué  (1).  Dans  le  pays  de  Mo- 
dène,  l'interrogation  se  fait  au  moyen  de  l'eau  mise 
dans  une  écuelle  neuve,  la  veille  de  l'Epiphanie,  sur  le 
toit  de  la  maison  par  une  personne  qui  a  jeûné  :  elle  se 
glace  pendant  la  nuit,  et  le  matin  on  regarde  les  cris- 
tallisations ;  si  l'on  y  voit  une  croix,  une  barre,  c'est 
un  indice  de  mort  pour  quelqu'un  de  la  famille  (2).  A 
Naples,  on  tire  aussi  des  présages,  à  d'autres  époques 
de  l'année,  de  la  forme  que  prennent  des  morceaux 
d'étain  en  fusion,  que  l'on  jette  dans  l'eau  froide  (3). 
Dans  la  Cornouaille,  on  pose  le  soir  sur  la  pierre  du 
foyer  un  vase  rempli  d'eau  de  source,  où  l'on  met 
autant   de  feuilles   de   lierre    qu'il    y  a  de   personnes 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  244-245. 

(2)  RiCCARDI,  p.  34. 

(3)  Amalfi,  p.  23. 


LA    MORT  159 

dont  on  veut  connaître  la  destinée,  celles  qui  le  lende- 
main sont  devenues  noires  annoncent  une  mort  pro- 
chaine, avant  la  douzième  nuit  au  plus  tard;  la  mort 
sera  violente  si  elles  sont  tachées  de  rouge  (1).  Dans  le 
Dorset  celui  qui,  le  premier,  regarde  le  matin  de  Pâques 
dans  la  fontaine  de  Saint-Augustin  y  voit  l'image  de 
ceux  qui  mourront  dans  l'année  (2). 

Le  foyer  sert  à  des  ordalies  collectives  ;  dans  le  pays 
de  Modène  la  ménagère  observe  la  crémaillère  le  matin 
de  Noël  ;  si  elle  a  le  bec  tourné  vers  la  chambre,  le  chef 
de  la  maison  mourra  dans  l'année,  s'il  est  tourné  de  côté 
ce  sera  quelqu'un  de  la  famille,  s'il  est  tourné  vers  le 
mur  de  la  cheminée,  il  n'y  aura  aucun  décès  (3).  En 
Angleterre,  on  répandait  des  cendres  sur  le  foyer  la 
veille  de  la  Saint-Marc,  et  l'on  y  voyait  le  lendemain 
l'empreinte  du  pied  de  la  personne  qui  devait  mourir 
dans  les  douze  mois  (4)  ;  à  l'île  de  Man,  les  femmes  les 
piétinent  avant  de  se  mettre  au  lit,  et  si  le  matin  des 
pas  sont  dirigés  vers  la  porte,  c'est  un  présage  de  mort 
pour  quelqu'un  de  la  maison  (5).  La  cendre  que  laisse 
la  paille  du  lit  du  défunt,  brûlée  sur  la  route,  est  aussi 
consultée  ;  dans  le  Northumberland  si  on  y  voit  une 
empreinte  de  pied  qui  corresponde  à  celle  d'un  membre 
de  la  famille,  c'est  lui  qui  mourra  le  premier  (6);  dans 
les  Vosges,  si  la  pointe  du  pas  est  tournée  vers  une  habi- 

(1)  BOTTRELL,  II,  p.  284. 

(2)  Folk-Lore,  X  (1899),  p.  480. 

(3)  RiccARDi,  p.  33. 

(4)  Brand,  I,  p.  193. 

(5)  Rhys,  I,  p.  318. 

(6)  Balfour,  p.  55-56. 


160  LA  VIE  HUMAINE 

tation,  le  présage  est  mauvais  pour  l'un  de  ceux  qui  y 
demeurent  ;  la  flamme  indique  aussi  par  sa  direction 
l'endroit  où  la  mort  viendra  frapper  (1). 

En  quelques  paroisses  de  Basse-Bretagne,  lorsque  le 
feu  de  la  Saint-Jean  a  fini  de  flamber,  les  assistants  en 
font  trois  fois  le  tour  en  silence,  puis  chacun  ramasse 
à  terre  un  caillou  et  le  jette  dans  le  feu  ;  les  morts 
viennent  s'asseoir  dessus  pour  se  chauffer,  et  le  lendemain 
les  vivants  regardent  les  pierres  ;  celui  dont  le  caillou 
a  été  retourné  mourra  dans  l'année  (2). 

Les  consultations  sont  aussi  faites  par  l'intéressé  lui- 
même  :  dans  plusiem's  parties  du  Finistère,  on  retrouve 
encore  le  parallèle  de  l'épreuve  faite  anciennement  au 
moyen  du  pain  :  le  jour  du  pardon,  on  pose  sur  l'eau 
des  fontaines  une  croix  faite  de  deux  ramilles  de  saule  ; 
si  elle  flotte,  la  mort  de  celui  qui  interroge  le  sort  ne 
tardera  guère.  A  d'autres  sources  de  la  même  région, 
le  présage  est  tout  contraire,  et  l'on  est  d'autant  plus 
menacé   que  la  croix   s'enfonce  plus   rapidement   (3). 

On  tirait  le  même  augure  de  la  palme  disposée  en 
croix  que  l'on  jetait  autrefois  le  jour  des  Rameaux,  dans 
une  fontaine  de  l'est  de  la  Cornouaille*(4).  Dans  le  pays 
de  Pont -l'Abbé,  si  l'épingle  placée  sur  l'eau  tombe 
sur  la  pointe,  coule  au  fond  et  s'y  plante,  c'est  un  présage 
de  mort  (5). 

Le  cristal  des  fontaines  constitue  aussi  une  sorte  de 

(1)  Sauvé,  p.  301.  Rich  \rd,  p.  112. 

(2)  Sébillot,  1,  II,  p.  244. 

(3)  Le  Braz,  II,  p.  112-113. 

(4)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  91. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  244. 


LA   MORT  161 

miroir  magique  :  celui  qui  veut  savoir  combien  de  temps 
il  lui  reste  à  vivre,  va  se  pencher,  la  première  nuit  de 
mai,  au  coup  de  minuit,  sur  la  Feunteun-an-Ankou 
(la  fontaine  de  la  mort)  à  Plouégat  Guerrand;  s'il 
doit  mourir  sous  peu,  au  lieu  de  son  image  vivante, 
c'est  la  tête  qu'aura  son  squelette  qui  lui  apparaîtra  (1). 

La  veille  de  la  Noël,  beaucoup  de  paysans  Modénois 
en  se  levant  de  table,  regardent  par  dessus  leur  épaule, 
et  s'ils  voient  l'ombre  de  leur  corps  projetée  en  partie 
seulement  sur  le  mur,  ils  en  tirent  le  présage  de  leur  mort 
dans  l'année  :  ils  n'ont  rien  à  craindre  si  elle  est 
entière  (2).  En  Allemagne,  c'était  celui  dont  l'ombre 
n'avait  pas  de  tête  qui  devait  mourir  dans  l'année   (3). 

Dans  les  Highlands,  celui  qui  veut  connaître  sa  des- 
tinée, ferme  les  yeux,  va  au  bout  de  la  maison,  et  c'est 
alors  seulement  qu'il  les  ouvre  ;  s'il  voit  un  homme  bê- 
chant ou  retournant  la  terre,  sa  tombe  sera  creusée 
avant  l'année  révolue  ;  s'il  aperçoit  un  canard  ou-  une 
poule  la  tête  sous  les  ailes,  il  est  également  menacé,  et 
plus  il  en  verra  dans  cette  attitude,  plus  prompte  et  plus 
certaine  sera  sa  mort  (4). 

Une  autre  façon  d'interroger  l'avenir,  usitée  dans  les 
parties  reculées  des  Highlands,  consiste  à  se  rendre  sans 
être  vu,  dans  un  champ  dont  les  sillons  sont  tracés 
du  sud  au  nord;  le  consultant  y  entre  par  l'ouest, 
franchit  lentement  onze  sillons  et  s'arrête  au  milieu 
du  douzième;  s'il  y  entend  des  plaintes   étouffées,  ou 

(1)  SÉBILLOT,  1,   II.  p.  244. 

(2)  RiccARDi,  p.  33. 

(3)  Grimm,  IV,  p.  1779,  n»  55. 

(4)  Campbell,  p.  1.  p.  260. 


162  LA  VIE  HUMAINE 

de  faibles  gémissements,   sa   mort  est  prochaine   (1). 

Suivant  une  superstition,  que  l'on  rencontre  dans  un 
des  poèmes  du  Renart,  le  coucou  est  interrogé  pour  sa- 
voir combien  l'on  a  d'années  à  vivre,  et  en  nombre  de 
pays  on  lui  adresse  des  formules  rimées;  autant  de  fois  il 
répète  son  cri,  autant  d'années  on  a  à  vivre  (2). 

On  peut  aussi  connaître  ceux  qui  doivent  trépasser 
dans  l'année  en  se  rendant  à  l'église  ou  au  cimetière  lors 
de  certaines  fêtes  ;  en  Basse-Bretagne,  les  morts  de 
l'ossuaire  nomment,  la  nuit  de  la  Toussaint,  ceux  qui 
doivent  mourir  pendant  cette  période,  ou  bien  les  âmes 
viennent  auprès  à  minuit,  crier  leur  nom;  quelquefois,  c'est 
le  dernier  décédé  qui,  pendant  la  messe  de  minuit  de  Noël, 
le  révèle  à  celui  qui  a  eu  le  courage  de  se  blottir  dans  le 
charnier.  A  Aurillac,  la  nuit  du  deux  novembre,  les  spec- 
tres de  ceux  de  la  ville  qui  trépasseront  avant  l'anniver- 
saire, traversent  un  à  un  le  porche  de  l'église  de  saint 
Géraud  (3).  En  Allemagne  et  en  Angleterre,  c'est  la  nuit 
de  la  Saint-Marc  que  cette  apparition  se  montre  à  ceux 
qui  se  sont  rendus  sous  le  porche  de  l'égUse  (4).  Vers 
1830,  dans  le  Sufïolk  celui  qui  veillait  à  la  porte  voyait 
marcher  dans  l'église,  à  minuit,  ceux  qui  dans  le  cours 
de  l'année  devaient  mourir  ou  éprouver  une  dangereuse 
maladie  ;  ceux  destinés  à  succomber  y  restaient,  alors 
que  ceux  qui  devaient  recouvrer  la  santé  en  sortaient, 
après  un  séjour  proportionné  à  la  durée  de  leur  maladie 

(1)  Miller,  p.  66. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,    III,  p.  200.  Arivau,  p.  252. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  IV  p.  131-132. 

(4)  Grimm,  IV,  p.  1026,  n»  1108.  Brand,  I,  p.  332,  III,  p.  236. 
Balfour,  p.  55. 


LA   MORT  163 

future  (1)  .A  Saint-Briavel,la  nuit  du  premier  de  l'an,  entre 
onze  heures  et  minuit  ou  une  heure,  on  voyait  se  promener 
dans  le  cimetière  ceux  qui  devaient  mourir  dans  l'année  (2). 

Des  apparitions  que  celui  qui  les  voit  n'a  pas  provo- 
quées présagent  sa  propre  mort  ou  celle  d'une  personne 
de  sa  connaissance.  En  Basse  et  en  Haute-Bretagne, 
on  croit  que  le  char  de  la  Mort  va  à  la  porte  de  ceux 
qui  sont  pour  mourir,  et  que  le  bruit  de  son  essieu  an- 
nonce un  décès  prochain  dans  le  voisinage  (3).  En 
Irlande  dans  le  comté  de  Lout  on  connaît  un  char  de 
la  mort  (4),  qui  n'est  pas  dangereux  comme  celui  qui, 
à  Penzance  dans  la  Cornouaille,  traîné  par  des  chevaux 
sans  tête  et  conduit  par  un  cocher  acéphale,  annonçait 
sa  mort  à  bref  délai  à  celui  qui  le  rencontrait  (5). 

Quelquefois  on  voit  à  l'avance  l'enterrement  d'une 
personne  vivante,  mais  qui  ne  doit  pas  tarder  à  mourir  (6). 
On  raconte  en  Ecosse,  qu'un  homme  ayant  accom- 
pagné jusqu'au  cimetière  un  convoi  rencontré  la  nuit, 
demanda  quel  était  celui  dont  on  faisait  les  obsèques  : 
«  C'est  toi  »,  lui  fut-il  répondu  (7). 

En  Ecosse,  il  peut  être  donné  de  voir  plusieurs  jours 
avant  son  trépas,  à  la  place  qu'il  occupera  enveloppé 
dans   son   linceul,    un    homme    qui    doit 'mourir    (8). 

(1)  GURDON,  p.  32. 

(2)  Folk-Lore,  XIII,  (1902),  p.  174. 

(3)  Sébillot,  1,  I,  p.  152-158. 

(4)  Folk-Lore,  X  (1899),  p.  119, 122. 

(5)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  107. 

(6)  Sébillot,   1.    I.   p.    151-152. 

(7)  Campbell,  2,  p.  157. 

(8)  Folk-Lore  Journal,   VI  (1888),   p.   239-240. 


164  LA   VIE  HUMAINE 

Dans  le  nord  de  T Irlande,  le  Fetch  est  un  esprit  qui 
prend  l'aspect  d'une  personne  particulière.  Il  n'appa- 
raît pas  à  celui  dont  il  a  pris  la  ressemblance,  mais  à  un 
de  ses  amis.  S'il  se  montre  le  matin,  c'est  le  présage  d'une 
longue  vie  ;  après  le  coucher  du  soleil,  il  annonce  la  mort 
prochaine  ;  à  la  nuit  close  la  mort  immédiate  (1). 

50.  —   Les  consultations  pour  savoir  si  une  personne 
malade  gravement  doit  guérir  ou  succomber  sont  très  nom- 
breuses. L'épreuve  par  le  flottement  du  Hnge   ayant 
appartenu  au  patient  consiste  à  l'étendre  sur  les  eaux  des 
fontaines  réputées  pour  leurs  vertus, et  dont  quelques-unes 
ont  même  cette  spécialité  ;    s'il  surnage,  le  malade  est 
d'ordinaire  certain  de  guérir;  s'il  va  au  fond,  sa  mort  est 
proche.  Cette  ordahe,  assez  courante  en  Wallonie,  a  été 
relevée  en  nombre  de  pays  de  France  (2).  Elle  est  aussi 
usitée  dans  le  Yorkshire  ;  à  la  fontaine  de  saint  Oswald 
où  l'on  procédait  comme  en  France,  on  attachait  en 
offrande  à  la  sainte  un  morceau  du  vêtement  aux  buis- 
sons voisins,  et  en  1876,  on  s'adressait  encore  à  plusieurs 
fontaines   dites   Ragwells,   fontaines  aux  chiffons    (3). 
Dans  le  pays   de   Galles,   suivant  le   côté  par   lequel 
s'enfonçait  le  vêtement  posé  sur  les  eaux  de  la  fontaine 
de  Gwynned,  on  tirait  des  présages  de  vie  ou  de  mort  (4). 

La  fontaine  de  Saint- André  dans  l'île  de  Lewis  était 
aussi  consultée  :  on  envoyait  quelqu'un  puiser  de  l'eau 
avec  une  coupe  de  bois  destinée  au  patient  ;  si  posée 
délicatement  sur  l'eau,  eUe  tournait  de  gauche  à  droite 

(1)  Carleton,  I,  p.  100,  n. 

(2)  SÉBiLLOT,  II,  p.  245-248. 

(3)  GuTCH,  p.  26-27,  34. 

(4)  Rhys,  I,  p.  365. 


LA   MORT  165 

OU  du  côté  du  soleil,  ils  en  concluaient  qu'il  recouvre- 
rait la  santé  (1). 

En  Irlande,  on  jette  par  dessus  l'épaule  gauche  neuf 
pierres  lisses  prises  dans  un  torrent,  et  on  les  place 
ensuite  dans  un  feu  de  tourbe  où  elles  doivent  rester 
toute  la  nuit  ;  "  si  le  lendemain  quand  on  les  choque, 
elles  rendent  un  son  clair  comme  un  son  de  cloche,  la 
maladie  aura  une  issue  fatale  (2). 

En  Ecosse,  les  amis  d'un  malade  demandent  à  un 
homme  doué  de  seconde  vue  de  venir  le  matin,  de  fer- 
mer les  yeux,  et  de  ne  les  ouvrir  que  lorsqu'il  sera  par- 
venu au  bout  de  la  maison;  s'il  voit  des  canards  avec 
la  tête  sous  leurs  ailes,  le  malade  mourra  à  bref  délai  (3). 
Quelquefois  le  patient  lui-même  est  employé  comme 
agent  de  consultation  pour  sa  propre  destinée  ;  on  creuse 
deux  trous,  l'un  pour  la  mort,  l'autre  pour  la  vie,  et  on 
retend  entre  les  deux,  sans  qu'il  sache  la  destination 
qui  leur  est  assignée  ;  s'il  tourne  la  tête  vers  le  trou  de 
vie,  il  est  assuré  de  guérir,  dans  le  cas  contraire,  il 
mourra  (4), 

On  a  aussi  pratiqué  la  divination  par  les  cierges 
allumés  dans  les  églises  ;  en  Basse- Bretagne,  on  en  po- 
sait cinq  pour  la  mort,  et  cinq  pour  la  vie,  des  deux 
côtés  de  l'autel  de  saint  Abibon  ;  si  ceux  de  la  vie  s'étei- 
gnaient d'abord,  le  malade  devait  siiccomber  (5).  On  avait 
donné  les  noms  de  saint  Langui,  saint  Vivra,  saint  Mort 

(1)  Brand,  II,  p,  383.  Folk-Lore,  XI  (1900),  p.  446  n. 

(2)  Wilde,  p.  206. 

(3)  Campbell,  2,  p.  204-205. 

(4)  Gregor,  1,  p.  204-205. 

(5)  Boucher   de  Perthes,  p.  227. 


166  LA  VIE  HUMAINE 

à  trois  statuettes  de  bois  que  l'on  voyait  dans  les  vieilles 
églises  d'Épinal,  et  de  Remiremont,  devant  lesquels  on 
allumait  un  bout  de  cierge  ;  le  sort  de  celui  qui  était 
l'objet  de  la  consultation  était  indiqué  par  celui  qui 
s'éteignait  le  premier.  (1) 

51.  —  Lorsque  le  malade  est  sur  le  point  d'entrer 
en  agonie,  les  esprits  infernaux  dont  la  puissance  est 
grande  pendant  la  nuit,  s'efforcent  de  priver  le  moribond 
des  secours  du  ]5rêtre  :  en  Basse-Bretagne,  il  faut,  quand 
on  va  le  chercher  de  dix  à  deux  heures,  être  deux,  )ii  plus 
ni  moins,  pour  ne  pas  être  exposé  à  leurs  entreprises  (2)  ; 
en  Toscane,  le  prêtre  ne  doit  pas  être  seul  lorsque  le 
voyage  a  lieu  de  minuit  à  l'aube,  parce  qu'il  pourrait 
rencontrer  le  diable  qui,  en  lui  faisant  peur,  l'empêche- 
rait de  secouru'  promptement  l'âme  qui  a  besoin  de  lui  (3), 

Dès  que  se  manifestent  les  symptômes  d'une  agonie 
prochaine,  on  accomplit  à  la  maison  un  certain  nombre 
d'actes  qui,  bien  que  christianisés,  conservent  des  traces 
de  croyances  anciennes.  L'usage  d'allumer  des  cierges  est 
général  dans  les  pays  catholiques,  et  il  en  est  que  l'on 
garde  spécialement  pour  cette  circonstance.  En  Sicile,  ils 
sont  au  nombre  de  neuf,  qui  ont  été  bénis  à  raison  d'un 
chaque  année  dans  une  église,  en  l'honneur  de  saint  Michel 
archange,  après  un  jeûne  en  l'honneur  des  sept  chœurs  des 
anges  (4).  Dans  les  îles  d'Irlande,  on  allume  douze  roseaux 
autour  du  lit  de  l'agonisant  joour  empêcher  le  diable  de 
venir  prendre  son  âme,  car  aucun  être  malfaisant  ne  peut 

(1)  Ric   ARD,  p.  258-258. 

(2)  Le  Braz,  II,  p.  69. 

(8)  GUBERNATIS,  1,   p.  18. 

(4)  PiTRÈ,  p.  207. 


LA   MORT  167 

franchir  un  cercle  de  feu  (1).  En  Anjou,  la  bougie  que 
l'on  tient  devant  les  yeux  du  mourant  a  aussi  pour  but 
d'éloigner  le  diable  (2).  C'est  pour  faciliter  la  séparation 
de  l'âme  d'avec  le  corps  qu'en  Basse-Bretagne  on  trace 
un  signe  de  croix  au-dessus  du  visage  du  moribond 
avec  une  chandelle  bénite  (3). 

En  Berry,  on  s'abstient  de  moucher  le  cierge  ou  la 
chandelle  que  l'on  a  placé  près  du  lit  dès  les  premiers 
moments  de  l'agonie,  afin  que  l'âme  s'y  brûle  moins 
facilement  (4)  ;  en  Poitou,  le  cierge  de  la  Chandeleur 
prolonge  la  vie  du  mourant  d'autant  d'heures  que  la 
mèche  pousse  de  flammèches  (5). 

Dans  le  Tarn,  et  en  Périgord,  celui  qui  visitait  un 
agonisant  jetait,  après  une  prière,  une  poignée  de  sel 
dans  le  feu,  afin  que  le  diable  ne  s'empare  pas  de  l'âme 
à  sa  sortie  du  corps  (6).  Le  vase  d'eau  propre  que  l'on 
place  auprès  du  ht  en  nombre  de  pays  de  France  et  dans 
le  Hainaut,  est  destiné  à  l'âme  qui  s'y  purifie  avant  de 
paraître  devant  Dieu  (7). 

Plusieurs  procédés  qui  n'ont  rien  de  chrétien  abrègent 
l'agonie.  Dans  le  Modénois,  où  celle  des  sorcières  est 
longue  et  douloureuse,  on  les  déhvre  promptement 
en  mettant  sous  leur  tête  un  joug  à  bœufs  (8).  En  Péri- 

(1)  Wilde,  p.  118. 

(2)  Revue  des  Trad.  pop.  IV  (1889),  p.  509. 

(3)  Le  Braz,  I,  p.  83. 

(4)  Laisnel,  II,  p.  70, 

(5)  Pineau,  p.  491. 

(6)  NoRE,  p.  98, 144. 

(7)  Dergny,  p.  35,  36.  Nore,  p.  243.   Harou,  p.  83. 

(8)  RiCCARDI,  p.  21. 


168  LA  VIE  HUMAINE 

gord,  il  adoucit  les  douleurs  ;  en  Auvergne,  on  le  place 
à  la  muraille  au-dessus  du  mourant,  lorsque  celui-ci 
éprouve  de  grandes  souffrances,  parce  qu'il  a  brûlé  un 
vieux  joug,  et  n'a  pas  été  capable  d'un  fabriquer  un  autre 
pour  le  remplacer  (1).  En  SicUe  où  celui  qui  a  brûlé  un 
joug  de  charrue  a  aussi  une  longue  agonie,  on  la  termine 
en  mettant  sur  son  oreiller  une  taie  de  lin  non  encore 
lavée  (2). 

En  Sicile,  pour  hâter  la  mort,  on  place  sous  le  lit,  une 
lisse  de  tisserand,  qui,  suivant  M.  Pitre,  aurait  une 
certaine  relation  avec  les  Parques  antiques  (3).  En 
Ecosse,  on  brisait  une  pierre  au-dessus  de  la  tête 
du  patient,  dans  la  croyance  qu'au  même  instant  son 
cœur  se  brisait  (4). 

Aux  environs  de  Pontivy  (Morbihan)  il  suffit  pour 
faire  mourir  doucement  et  vite  le  malade  dont  le  cas 
est  désespéré  de  placer  sur  sa  tête  une  sorte  de  boulet 
en  granit  que  l'on  conserve  dans  une  chapelle  de  la  com- 
mune de  Guern(5).  A  Corseul  dans  les  Côtes-du-Nord, 
on  empruntait  naguère,  pour  que  l'agonisant  puisse 
l'embrasser,  une  hache  de  pierre  que  le  possesseur 
tenait  de  ses  ancêtres  (6). 

Suivant  une  croyance  assez  générale  en  France,  et 
qu'on  retrouve  à  Guernesey  et  dans  la  Cornouaille, 
celui  qui  a  des  plumes  de  pigeon  dans  ses  couettes  ou 

(1)  NoRE,  p.  144  ;  Revue  des  Trad.  pop.  XV.  (1900)  p.  44. 

(2)  Grisanti,  p.  146. 

(3)  PiTRÊ,  1,  IV,  p.  468. 

(4)  Gregor,  1,  p.  206. 

(5)  Revue  des  Trad.  pop.  XII  (1897),  p.  100. 

(6)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  75. 


LA   MORT  169 

dans  son  oreiller  a  une  longue  agonie  (1);  en  Sussex, 
lorsqu'elle  se  prolonge,  on  les  ôte  de  dessous  le  patient, 
parce  qu'on  pense  qu'il  peut  s'y  trouver  quelques-unes 
de  ces  plumes  (2)  ;  pour  la  même  raison  on  vide  les  oreil- 
lers en  Franche-Comté  (3);  et  en  Ecosse  on  enlève  le  mori- 
bond de  son  lit  et  on  l'étend  sur  le  planclier  (4).  Dans 
les  Ardennes,  retirer  l'oreiller  d'un  moribond,  c'est 
hâter  sa  mort  (5).  A  Scaer  (Finistère)  on  descend  du 
lit  l'agonisant  et  on  lui  fait  poser  les  pieds  nus  sur  le 
sol  ;  dès  qu'il  l'a  touché,  les  influences  qui  tenaient  sa 
vie  en  suspens  sont  rompues  (6). 

L'eau  de  quelques  fontaines  facilite  aussi  le  dénoue- 
ment :  en  Limousin,  on  fait  boire  au  patient  un  peu  de 
l'eau  de  celle  de  Boussaguet  ;  en  Basse-Bretagne,  ceux 
qui  avaient  été  en  pèlerinage  à  celle  de  Saint  Langui, 
le  patron  de  l'agonie,  répandaient  sur  le  malade,  qui 
devait  mourir  aussitôt  ou  se  rétablir,  la  fiole  qu'ils  y 
avaient  puisée  ;  la  pèlerine  par  procuration  lui  versait 
sur  les  yeux  quelques  gouttes  prises  à  la  source  sacrée 
de  Rumengol,  qui  amenaient  la  mort  immédiate    (7). 

L'usage  d'ouvrir  les  portes  et  les  fenêtres,  et  plus 
souvent  les  fenêtres  seules,  de  la  chambre  de  l'agonisant, 
pour  favoriser  la  sortie  de  l'esprit,  est  très  répandu  (8). 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  III,  p.  224-225.  Hunt,  p.  379. 

(2)  Latham,  p.  59. 

(3)  Mélusine,  I  (1878),  col.  370. 

(4)  Gregor,  1,  p.  206. 

(5)  Meyrac,  p.  171. 

(6)  Le  Braz,  I,  p.  84-85. 

(7)  SÉBILLOT,  1 ,  II.  p.  239-240. 

(8)  Groim,  IV,  p.  1785,  n»  191, 1804,  n°  664.  Thorpe,II,  p.  116.  Folk- 
Lore,  XVIII  (1907),  p.  215-216.  Pedroso,  ^  n"  124.  Rhys,  ;^II, 
p.  601.  Gregor,  1,  p.  206.  Amalfi,  p.  59. 

10 


170  LA  VIE  HUMAINE 

On  prétend  dans  quelques  pays,  comme  dans  la  Cor- 
nouaille  anglaise  que  si  une  serrure  ou  un  verrou  restent 
fermés,  la  mort  est  retardée  (1). 

Une  coutume  moins  fréquente,  qui  existait  en  France 
au  XVII^  siècle,  et  qui  de  nos  jours  y  a  été  surtout 
constatée  dans  la  région  du  sud-ouest,  consiste  à  en- 
lever dans  la  direction  immédiate  de  la  tête  du  moribond, 
et  si  possible  juste  au  dessus,  une  tuile  ou  une  ardoise; 
l'âme  qui  jusque  là  se  séparait  difficilement  du  corps 
peut  dès  lors  sortir  et  prendre  son  vol  vers  le  ciel  (2). 
En  Allemagne  on  retournait  un  bardeau  de  la  toiture 
ou  on  en  ôtait  trois  tuiles  (3). 

Des  actes  accomplis  en  dehors  de  la  maison  ont  pour 
but  de  hâter  le  dénouement.  On  s'adresse  à  des  sanc- 
tuaires réputés  pour  mettre  un  terme  aux  souffrances 
de  ceux  qui  luttent  depuis  longtemps  contre  la  mort, 
et  on  y  observe  parfois  des  rites  particuliers  :  dans  le 
Finistère,  un  pèlerin  fait  à  trois  reprises  le  tour  de  la 
chapelle  de  N.-D.  de  Rumengol,  pieds  nus,  en  marchant 
à  rencontre  du  soleil  (4)  :  en  Auvergne  on  fait  dire  à 
Saint-Languinon  de  Cibazert  une  messe  dont  l'argent  a 
été  fourni  par  les  voisins  (5)  ;  en  Normandie,  on  invoque 
des  saints  dont  le  nom  indique  la  spécialité,  saint  Fini 
aux  environs  de  Jumièges,  saint  Va-et-vient  dans  le  Bo- 


(1)  HuNT,  p.  379. 

(2)  Thiers,  I,  p.  392.  Métivier,  p.  427.  Soc.  arch.  de  Bordeaux  1888, 
1"  fasc.  Revue  des  Trad.  pop.  VI  (1891),  p.  154. 

(3)  Grimm,  IV,  p.  1794,  n"  439,  p.  1806,  n»  721. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  136. 

(5)  Revue  des  Trad.  pop.  XII  (1897),  p.  446. 


LA  MORT  171 

cage  (1);  près  de  Lamballe  (Côtes -du- Nord),  on  allume 
une  bougie  dans  une  petite  chapelle  dédiée  à  la  Vierge  ; 
au  moment  où  elle  s'éteint,  le  moribond  doit  s'éteindre 
aussi  (2).  Aux  environs  de  Porto,  trois  personnes  vont 
faire  sonner  neuf  fois  la  cloche  de  l'église  ;  à  El  va  s, 
les  coups  sont  au  nombre  de  douze  (3). 

En  Sicile,  lorsque  l'agonie  est  longue  et  cruelle,  en 
punition  du  meurtre  d'un  chat,  il  faut  pour  la  terminer 
crier  sur  sept  litières  le  nom  du  patient,  ou  tout  au  moins 
porter  ses  habits  à  la  porte  et  les  battre  avec  violence. 
En  ce  même  pays,  un  parent  de  l'agonisant  invoque 
parfois  les  quatre  vents  cardinaux,  et  il  ne  tarde  pas  à 
mourir  (4j. 

En  Irlande,  lorsqu'une  mort  est  attendue,  on  a  cou- 
tume d'avoir  dans  la  maison  une  certaine  quantité  de 
pain  frais,  pour  que  les  mauvais  esprits  s'occupent  à  le 
manger  et  laissent  s'en  aller  en  paix  l'âme  du  mourant  (5). 
Autrefois  dans  le  Wurtemberg,  on  bouchait  tout  ce  qui 
était  creux,  ou  si  c'étaient  des  ustensiles  onles  retournait 
pour  que  l'âme  ne  s'y  arrête  pas  à  sa  sortie  du  corps  (6). 

52.  —  La  période  qui  suit  le  trépas  est  accompagnée 
d'un  grand  nombre  d'observances,  dont  plusieurs  sont 
des  survivances  de  rites  de  l'antiquité.  C'est  ainsi  qu'on 
retrouve  aux  environs  de  Metz  un  parallèle  de  la  conda- 
maiio  romaine  :  aussitôt  que    quelqu'un   est   mort,  ses 

(1)  Bosquet,  p.  306. 

(2)  Revue<[es  Trad.  pop.  XII  (1897),  p.  612. 

(3)  Pedroso,  1,  n"  113.  Revista  Lusitana,  VIII  (1905),  p.  278. 

(4)  PiTRÊ,  1,  II,  p.  206  ;  III,  p.  73. 

(5)  Wilde,  p.  213. 

(6)  Grimm,  IV,  p.  1804,  n»  661. 


172  LA   VIE   HUMAINE 

parents  l'appellent  à  plusieurs  reprises  à  haute  voix  (1)  ; 
en  Sicile,  l'âme  ne  peut  sortir  de  la  maison  mortuaire  si 
elle  n'a  été  appelée  de  la  route  avec  des  gémissements  et 
des  cris  (2).  En  Irlande  au  contraire,  le  chant  funéraire  ne 
doit  s'élever  qu'une  heure  après  la  mort.  Dans  les  îles  on 
défend  de  crier  avant  que  trois  heures  ne  se  soient 
écoulées,  pour  ne  pas  éveiller  les  chiens,  qui  sont  prêts 
à  dévorer  les  trépassés  avant  qu'ils  soient  arrivés  au 
trône  de  Dieu  (3). 

Les  portes  et  les  fenêtres,  que  dans  plusieurs  pays 
on  ouvre  au  moment  de  l'agonie,  ne  sont  ailleurs  ouver- . 
tes  qu'après  la  mort  :  à  Menton,  on  agit  ainsi  pour  faci- 
liter le  départ  de  l'âme,  dans  l'Ain  pour  l'empêcher  de 
rôder  dans  la  chambre  funèbre  (4)  ;  en  Ecosse,  afin  qu'elle 
puisse  sortir  assez  promptement  pour  que  le  diable  ne 
l'intercepte  pas  dans  son  vol  aérien  (5). 

En  Berry,  on  tient  librement  ouverts  les  rideaux  de 
la  couche  funèbre  afin  que  l'âme  puisse  prendre  plus 
largement  son  essor  (6)  ;  en  ce  pays  et  en  Haute-Bretagne 
on  enlève  les  écheveaux  de  fil  entassés  sur  le  ciel  des  lits, 
de  crainte  qu'elle  ne  s'y  embarrasse  (7). 

Plusieurs  précautions  out  pour  but  d'empêcher  le 
défunt  de  s'introduire  dans  les  comestibles;  c'est  pour 
cela  qu'en  Ecosse,  aussitôt  après  le  décès,  on  met  un 

(1)  Revue  des  Trad.  pop.  1  (1896),  p.  589. 

(2)  GUASTELLA,  p.  205. 

(3)  Wilde,  p.  214,  118. 

(4)  Revue  des  Trad.  pop.  IX  (1894),  p.  117  ;  XVI II  (1903)  p.  498. 
(5)Gregor,  l,p.,206. 

(6)  Laisnel,  II,  p.  70. 

(7)  SÉBILLOT,  3,  p    -56. 


LA    MORT  173 

morceau  de  fer  dans  la  farine,  le  beurre,  le  fromage  et 
le  whisky  (1).  En  Basse- Bretagne,  on  avait  soin  de 
tenir  tous  les  vases  remplis  d'eau  pour  que  l'âme  ne 
cherche  pas  à  se  purifier  dans  le  lait  qu'elle  pouvait 
corrompre,  puis,  quand  on  pensait  qu'elle  s'était  puri- 
fiée, on  jetait  et  on  remplaçait  toute  l'eau  delà  maison  (2). 

L'usage  de  répandre  l'eau  des  vases  sitôt  après  la 
mort  est  plus  général,  et  l'on  en  donne  des  raisons  assez 
variées.  En  Lorraine  on  agissait  ainsi  pour  ne  pas  voir 
dans  le  cristal  transparent  le  combat  du  mort  contre  le 
diable  et  le  succès  de  ce  dernier  (3)  ;  en  Portugal,  pour 
que  l'âme  ne  vienne  pas  y  faire  ses  ablutions  (4).  On 
croit  en  plusieurs  pays  que  sitôt  séparée  du  corps,  elle 
se  plonge  dans  les  vases  rempHs  d'eau  pour  s'y  purifier, 
et  l'on  prétend  même  dans  les  Ardennes  qu'on  l'aper- 
çoit sous  la  forme  d'une  petite  flamme  bleue  ;  mais  il 
peut  résulter  de  ce  bain  des  inconvénients  pour  elle- 
même  et  pour  les  vivants,  et  l'on  s'empresse  de  la  ré- 
pandre pour  les  éviter  (5).  La  superstition  rapportée  par 
Thiers  au  XVIF  siècle,  d'après  laquelle  les  gens  pour- 
raient boire  les  péchés  du  défunt  en  buvant  l'eau  dans 
laquelle  son  âme  se  serait  lavée,  existe  encore  en  Berry  et 
dans  l'Yonne  (6). 

Sans  croire  à  cette  transmission,  beaucoup  pensent 
que  l'âme  s'est  plongée  dans  l'eau  pour  se  purifier  avant 

(1)  Gregor,  1,  p.  206. 

(2)  BotHET,  III,  p.  56. 

(3)  Richard,  p.  111. 

(4)  Pedroso,  3,  p.  26. 

(5)  MiYRAC,  p.  142. 

(6)  Laisnel,  II,    p.  71.   MoiSET,  p.  59. 

10. 


174  LA  VIE   HUMAINE 

de  comparaître  devant  son  juge,  qu'elle  s'y  est  lavée,  par- 
fois à  trois  reprises,  comme  en  Basse-Normandie  et  en 
Lorraine,  et  que  l'eau  étant  impure  ne  doit  servir  à  aucun 
usage  domestique  (1).  Les  juifs  bordelais  jettent  par  la 
fenêtre  toute  celle  qui  se  trouve  dans  la  maison,  la 
croyant  empoisonnée,  parce  que  l'ange  de  la  mort  y  a 
lavé  son  épée  après  avoir  tué  le  malade  (2). 

L'un  des  motifs  assignés  à  cet  acte  suppose  que  l'âme 
est  exposée  à  la  destruction,  ou  tout  au  moins  à  de 
graves  inconvénients.  Au  commencement  du  XVIP 
siècle  le  célèbre  missionnaire  Michel  le  Nobletz  constatait 
que  plusieurs  avaient  grand  soin  de  vider  toute  l'eau  de 
la  maison  où  quelqu'un  était  décédé,  de  peur  que,  sui- 
vant une  croyance  que  l'on  retrouve  chez  les  nègres, 
l'âme  du  défunt  ne  s'y  noyât  (3).  L'usage  est  encore 
observé  j)our  cette  raison  en  nombre  de  contrées.  Suivant 
les  paysans  des  Ardennes,  elle  pourrait  s'y  réfugier  et  y 
demeurer  emprisonnée.  C'est  parce  que  l'âme  en  s'y 
lavant  peut  souiller  les  liquides  qu'en  Berry  on  verse 
le  lait  contenu  dans  les  vases  non  couverts,  qu'en  Li- 
mousin on  ne  fait  pas  usage  de  l'eau  et  du  lait,  qui  doi- 
vent être  jetés  à  l'extérieur  après  l'enlèvement  du 
cadavre  (4),  et  qu'en  Ecosse  on  répand  le  lait  sur  le 
gazon  (5). 

Lorsque  survient  un  décès,  la  vie  habituelle  de  la 

(1)  Bidault,  p.  86.  Leite.  1,  p.  71.  Monseur,  p.  400.  Lecœur,  II, 
p.  287.  Richard,  p.  110. 

(2)  Mensignac,  1,  p.  59. 

(3)  Revue  CeUique,  II  (1876),  p.  485.  Tylor,  II  p.  31. 

(4)  Meyrac,  p.  172  ;  Laisnel,  II,  p.  71. 

(5)  Gregor,  1,  p.  206. 


LA    MORT  175 

maison  est  pour  ainsi  dire  suspendue  ;  en  beaucoup  de 
pays  de  France,  en  Wallonie,  en  Ecosse,  on  arrête 
aussitôt  l'horloge  (1).  La  coutume  de  voiler  les  glaces 
et  parfois  tous  les  objets  recouverts  d'une  vitre,  ou  de 
les  retourner  est  encore  plus  générale  :  si  on  l'oubliait, 
on  y  verrait  dans  la  Gironde  la  mort,  en  Saintonge  le 
diable  (2).  Ces  explications  ne  sont  peut-être  que  «  pour 
expliquer  »  une  coutume  dont  le  sens  primitif  est  oublié; 
suivant  une  autre  idée,  vraisemblablement  plus  ancienne, 
on  aurait  à  craindre  que  l'âme  vivante  sortie  du  corps 
de  celui  qui  s'y  regarderait  ne  fût  enlevée  par  l'esprit 
du  défunt,  cjui  pourrait  rôder  dans  la  maison  jusqu'à 
l'enterrement  (3).  ,       .     , 

Dans  le  Northumberland  on  éteint  le  feu  ;  à  Menton, 
on  n'en  fait  pas,  et  l'on  s'abstient  de  manger  de  la  viande 
à  la  maison  tant  que  le  mort  y  reste,  parce  qu'il  en 
souffrirait  (4).  En  Portugal  l'interdiction  de  frire  dans  la 
poêle,  parce  qu'on  pourrait  frire  l'âme  du  défunt,  est 
observée  pendant  un  an  si  c'est  un  homme,  alors  qu'on 
peut  frire  sans  danger  si  c'est  une  femme  qui  est  décé- 
dée (5). 

On  se  garde  bien  dans  la  Gironde  de  balayer,  de  laver, 
ou  d'arroser  l'appartement  dans  lequel  se  trouve  le  dé- 
funt, de  crainte  de  balayer  ou  de  noyer  son  âme  ;  en 
Basse-Bretagne  on  ne  doit  pas  de  plus  épousseter  les 
meubles,  ni  jefer  dehors  aucune  poussière,  de  crainte 

(1)  MoNSEUR,  p.  40.  Gregor,  1,  p.  207. 

(2)  Mensignac,  1,  p.  61.  NoGUÉs,  p.  36. 

(3)  Frazer,  I,  p.  226. 

(4)  Balfour,  p.  101.  Revup.  des  Trad.  pop.  IX  (1894),  p.  117. 

(5)  Leite,  1,  p.  241. 


176  LA  VIE  HUMAINE 

d'expulser  l'âme  du  mort  et  d'attirer  sur  soi  sa  ven- 
geance (l).Dans  la  Creuse,  on  amasse  les  balayures  dans 
un  coin  pour  les  pousser  dehors  après  l'inhumation  (2). 
Dans  le  pays  de  Tréguier,  où  l'on  nettoie  la  maison 
après  que  le  défunt  est  expiré,  elles  doivent  rester 
derrière  la  porte,  pour  être  brûlées  dans  le  foyer  après 
l'enterrement  ;  rien  de  ce  qui  est  au  logis  ne  doit  en 
sortir  :  ce  serait  obliger  le  mort  à  errer  sans  cesse  pour 
essayer  de  retrouver  les  objets  qui  se  sont  imprégnés 
de  son  dernier  souffle  (3). 

Suivant  un  usage  très  répandu,  on  prévient  les  abeilles 
du  décès  du  maître  de  la  maison,  et  on  l'annonce  aussi 
aux  animaux  et  aux  arbres  ;  en  Allemagne,  on  secoue 
même  chaque  sac  de  blé  pour  lui  faire  connaître  le  décès 
du  maître  (4). 

53.  —  La  garde  du  cadavre  n'est  pas  seulement 
motivée  par  l'affection  ou  la  piété,  elle  a  aussi  pour  but 
de  le  préserver,  comme  en  Northumberland  des  mauvais 
esprits,  ou  comme  dans  la  Gironde,  d'empêcher  le  diable 
de  l'emporter,  en  Normandie,  de  mettre  à  sa  place  dans 
le  cercueil  un  chat  noir  ou  tout  autre  animal  (5). 

En  Irlande  ceux  qui  se  rendent  à  la  veillée  mortuaire 
doivent  avoir  du  sel  dans  leur  poche  et  en  manger  quel- 
ques grains  pour  se  défendre  contrôles  méchants  esprits. 
En  nombre  de  pays  d'Angleterre  et  d'Ecosse,  une  assiette 
de  sel  posée    sur  la  poitrine  du  défunt  le  garantit   de 

(1)  Mensignac,  1,  p.  59.  Le  Braz,  I.  p.  219. 

(2)  Dergny,  p.  368. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.  III  (1888),  p.  46. 

(4)  SÉBiLLOT,  1,  III,  p.  103,315.  Tylor,  I,  p.  329. 

(5)  Balfour,  p.  100.  Mensignac,  1,  p.  62. 


LA   MORT  177 

leurs  entreprises  (1)  ;  en  Basse-Ecosse  avant  d'y  placer 
un  plat  de  terre  contenant  trois  poignées  de  sel,  une 
vieille  femme  tournait  trois  fois  autour  du  cadavre 
une  chandelle  allumée  (2). 

L'usage  du  sel  est  moins  commun  en  France;  pour- 
tant dms  la  Gionde,  on  place  près  du  mort,  pendant 
tout  le  temps  qu'il  reste  à  la  maison,  une  assiette  conte- 
nant du  sel  et  de  l'eau  bénite,  afin  d'éviter  que  son 
esprit  ne  revienne  (3). 

On  prête  attention  aux  insectes  ailés  qui  se  montrent 
pendant  la  veillée.  En  Irlande,  vers  1814,  le  papillon 
était  regardé  comme  une  âme  d'ancêtre  qui  pénjtrait 
dans  la  maison  mortuaire,  et  s'il  se  montrait  près  du 
cadavre,  c'était  pour  celui-ci  le  présage  du  bonheur 
éternel  (4).  En  France  et  principalement  en  Bretagne, 
le  papillon  est  plus  ordinairement  l'âme  même  du 
défunt  ;  et  dans  le  Finistère,  certains  prétendent  qu'elle 
sort  de  ses  lèvres  entr'ouvertes  sous  la  forme  d'une 
mouche,  et  qu'elle  se  pose  sur  le  bord  du  vase  con- 
tenant du  miel  destiné  aux  gens  de  la  veillée,  pour 
faire  provision  de  nourriture  avant  de  se  mettre  en 
route  (5). 

Parmi  les  usages  en  relation  avec  le  cadavre  figure 
celui  de  le  cacheter:  aux  environs  de  Givet,  en  cas  de 
mort  violente,  on  bouche  avec  de  la  cire  le  nombril  et 

(1)  BiLLSON,  p.  104.  Campbell,  1,  p.  241,Balfour,  p.  102.  Grëgor, 
1,  p.  207. 

(2)  Henderson,  p.  53. 

(3)  Mensignac,  1,  p.  54. 

(4)  Folk-Lore  Journal,  II  (1884)  p.  213. 

(5)  Sébillot,  1,  III,  p.  332-333. 


178  LA  VIE   HUMAINE 

l'orifice  anal, pour  empêcher  les  esprits  de  se  perdre  (1). 
Dans  le  Beaujolais,  avant  de  procéder  à  la  dernière 
toilette,  les  garde-malades  font  couler  quelques  gouttes 
de  cire  sur  le  nombril,  pour  montrer,  disent-elles,  que  la 
source  de  la  vie  est  tarie  (2). 

On  croit  en  Portugal,  qu'il  est  difficile  d'habiller  un 
mort  si  on  ne  l'appelle  par  son  propre  nom  en  lui  disant 
de  lever  le  bras,  la  jambe,  etc.,  ce  qu'il  f ait,  assure-t-on, 
immédiatement  (3). 

Quelques  pratiques  de  l'ensevehssement  sont  en  con- 
formité avec  la  croyance  à  des  périgrinations  posthumes, 
et  avec  l'idée  que  pour  les  accomphr,  le  défunt  a  besoin 
d'une  certaine  hberté  de  mouvements.  En  Sicile,  il  ne 
pourrait  faire  le  voyage  des  âmes  à  Saint-Jacques,  et  il 
resterait  errant  par  le  ciel,si  on  lui  attachait  les  pieds  ou  les 
genoux  (4)  ;  en  Haute-Bretagne,  on  se  garde  ordinaire- 
ment de  faire  un  nœud  au  fil  qui  coud  le  linceul,  parce 
que  le  mort  au  jour  du  jugement  resterait  embarrassé 
dans  son  suaire,  et  ne  pourrait  comparaître  au  tribunal 
de  Dieu  (5).  En  Ecosse,  tous  les  cordons  doivent  être 
coupés  avec  des  ciseaux  (6)  ;  aux  Hébrides  on  enlève, 
au  moment  de  la  mise  au  cercueil  les  bandes  qui  retien- 
nent pendant  l'exposition  les  orteils,  les  mains  et  la 
figure  du  cadavre,  pour  qu'il  ne  soit  pas  embarrassé  en 
se  rendant  au  jugement  de  Dieu  (7).  En  Irlande,  le 

(1)  Revue  des  Trad.  pop.  III  (1888)  p.  175. 

(2)SAVOYE,p.  192. 

(3)  Pedroso,  3  p.  20.  Leite.  1  p.  240. 

(4)  GCASTELLA,  p.  207.  PiTRÈ,  1,  II,  p.  244. 

(5)  SÉBILLOT,  3,  p.  158. 

(6)  Campbell,  1  p.  241. 

(7)  Fo/fc-Lore,XIII  (1902)  p.  60. 


LA   MORT  179 

défunt  reviendrait  pour  dire  qu'il  a  les  pieds  liés,  si  on 
n'avait  soin  d'enlever,  avant  de  le  mettre  en  terre,  les 
épingles  avec  lesquelles  on  attache  parfois  les  bas  pour 
joindre  les  pieds  du  cadavre  (1). 

Un  usage  lorrain  était  inspiré  par  un  motif  tout  diffé- 
rent ;  on  fixait  une  épingle  au  linceul,  ou  on  y  faisait  un 
point  de  couture  afin  que  le  défunt  ne  pût  quitter  sa 
tombe  pour  faire  des  visites  nocturnes  (2). 

Quelques  pratiques  ont  un  but  mnémotechnique. 
En  Portugal,  on  enfonce  une  épingle  dans  le  vêtement 
du  mort, pour  qu'il  se  souvienne  des  vivants,lorsqu'ilsera 
devant  Dieu  (3).  En  Toscane,  on  entoure  la  taille  du 
défunt  qui  a  moins  de  sept  ans  avec  un  cordon  auquel  les 
parents  et  les  visiteurs  font  un  nœud  afin  qu'il  prie  Dieu 
pour  tous  ceux  qui  auront  observé  cette  coutume  (4). 
Dans  une  commune  de  Sicile,  chacun  fait  un  nœud  à 
une  espèce  de  corde  qui  pend  derrière  la  tête  du  cadavre 
d'un  enfant,  probablement  pour  une  raison  analogue  (5). 

Dans  le  Mentonnais,  on  conserve  comme  porte-bon- 
heur le  fil  et  l'aiguille  qui  ont  servi  à  coudre  le  linceul 
d'un  enfant  de  moins  de  sept  ans  (6)  ;  en  Sicile  on  la 
ga,rde  comme  amulette,  même  si  le  défunt  était  adulte, 
et  le  conscrit  la  porte  pour  avoir  un  bon  numéro  (7).  En 
Portugal,   pour   qu'un  homme   ne  poursuive  pas   une 

(1)  CURTIN,  p.  157. 

(2)  Richard,  p.  116. 

(3)  Leite,  1,  p.  243. 

(4)  GUBERNATIS,   1,  p.   17. 

(5)  PiTRÊ,   1,    II,   p.   241. 

(6)  Revue  des  Trad.  pop.  IX  (1894)  p.  117. 

(7)  PiTRÈ,  1,  II,  p.  209. 


180  LA  VIE  HUMAINE 

femme  pendant  toute  sa  vie,  on  enterre  une  aiguille 
qui  a  servi  à  ensevelir  un  mort,  puis  on  perce  avec  quel- 
que vêtement  de  l'homme  dont  on  veut  se  débarrasser, 
et  qui  ne  tarde  pas  à  oublier  la  femme  (1). 

La  coutume  de  placer  près  du  cadavre  des  objets  de 
diverses  natures,  attestée  par  les  mobiliers  funéraires 
d'un  si  grand  nombre  d'époques,  est  loin  d'être  tombée 
en  désuétude.  En  Cornouaille  on  a  soin  de  mettre  près 
de  lui  les  dents  qu'il  a  perdues  afin  qu'il  n'ait  pas  de  peine 
à  les  retrouver  au  jugement  dernier  (2).  Le  dépôt  de 
comestibles  ou  d'ustensiles  est  plus  ordinairement  motivé 
par  la  croyance  qu'ils  peuvent  être  utiles,  au  moins 
pendant  un  certain  temps,  au  défunt,  ou  par  l'idée  qu'il 
a  dans  l'autre  vie  des  besoins  analogues  à  ceux  de 
celle-ci.  En  Auvergne  et  dans  la  Creuse  on  dépose  son 
écueUe  dans  le  cercueil  avec  un  pain  (3).  Dans  quelques 
communes  des  environs  de  Dinan,  on  y  place  un  frag- 
ment de  pain  de  relevaiUes  pour  qu'il  s'en  nourrisse 
pendant  le  voyage  qu'il  doit  faire  avant  d'arriver  au 
ciel.  Il  y  a  quelques  armées,  à  Dol  de  Bretagne,  on  déposa 
dans  la  bière  d'un  \aeillard  des  gâteaux  et  un  flacon 
de  vin  (4).  L'usage  de  mettre  une  bouteille  de  vin 
dans  le  cercueil  était  autrefois  commun  à  Bordeaux  et 
on  en  a  souvent  trouvé  en  défonçant  d'anciens  cime- 
tières de  la  Gironde.  Un  vieillard  racontait  que  son 
père  lui  avait  bien  recommandé  de  ne  pas  oublier  d'en 
placer  une  près  de  son  cadavre  ;  cette  coutume  a  aussi 

(1)  Pedro  so,  1,  n»  684. 

(2)  Folk-Lore,  V  (1894)  p.  343. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.  XII  (1897)  p.  447. 

(4)  Sébili.ot,1,  I,p.  419.  Revue  des  Trad.  pop.  t.  XXII  (1907)  p.  330. 


LA   MORT  181 

existé  dans  le  Puy-de-Dôme  (1).  On  trouva  deux  bouteilles 
de  bière  dans  une  ancienne  tombe  à  Bucklebury,  où 
ce  dépôt  était  assez  courant  autrefois  (2).  En  Saintonge, 
on  jjlaçait  dans  le  cercueil  le  bâton  ou  la  béquille  du 
défunt  (3)  ;  aux  environs  de  Naples  on  y  met  son 
bâton,  son  chapeau,  etc.  (4).  Dernièrement  dans  les 
Côtes-du-Nord,  un  paysan  à  l'aise  demanda  que 
l'on  dépose  à  côté  de  lui  dans  son  cercueil  son  grand 
parapluie  de  coton;  il  voulait  l'avoir  pour  lui  servir 
de  voile,  au  moment  où,  suivant  la  croyance  du 
pays,  son  cercueil  voguerait  sur  une  mer  intérieure 
souterraine  pour  aller  dans  l'autre  monde  (5).  En  Alsace, 
lorsqu'une  femme  meurt  en  couches,  on  a  l'habitude 
de  l'ensevelir  avec  ses  chaussures,  parce  que,  pendant 
les  six  semaines  qui  suivent  son  décès,  elle  revient  toutes 
les  nuits  allaiter  son  enfant  (6).  Dans  l'Allemagne  du 
nord,  on  plaçait  près  du  défunt  son  peigne,  son  rasoir 
et  son  savon  (7),  En  1868,  dans  la  Creuse  on  mit  dans 
la  bière  d'un  vieux  soldat  sar  pipe  et  sa  blague  bien 
bourrée  de  tabac  (8).  L'antique  usage  de  déposer  des 
jouets  près  de  l'enfant  est  encore  observé  dans  l'Yonne, 
et  dans  la  Bresse  on  y  ajoute  des  bonbons  ;  en  Lor- 
raine,  on  lui  mettait  dans  la  main   une  petite  boule 

(1)  Mensignac,  1,  p.  42-43.  Reu.  des   Trad.  pop.  XII  (1897)  p.  447. 

(2)  Folk-Lore,  X  (1899)  p.  253. 

(3)  NoGuÈs  ,p.  35. 

(4)  Amalfi,  p.  66. 

(5)  Revue  des  Trad.  pop.  XV  (1900)  p.  323. 

(6)  Revue  des  Trad.  pop.  II,  (1887)  p.  287. 

(7)  Thorpe,  III,  p.  161. 

(8)  Revue  des  Trad.  pop.  XIV  (1899)  p.  572. 

LE  PAGANISME  CONTEMPORAIN  11 


182  LA  VIE  HUMAINE 

et  un  liard,  dans  VAin  encore  en  1884,  une  boule  de  cire 
et  un  sou  ;  en  Lorraine,  s'il  était  décédé  pendant  la  quin- 
zaine de  Pâques,  c'était  un  œuf  teint,  afin  qu'il  pût 
jouer  avec  ses  camarades  qui  l'avaient  précédé  dans 
l'autre  monde  (1). 

En  Saintonge,  on  déposait  autrefois  dans  le  cercueil 
le  cierge  de  la  Chandeleur  du  défunt,  pour  qu'il  put  s'en 
servir  devant  l'autel  de  Dieu;  on  y  mettait  aussi  le  vase 
et  le  rameau  béni  avec  lequel  il  avait  été  aspergé  par 
ceux  qui  venaient  prier  près  de  lui  (2).  En  Berry,  on  place 
souvent  entre  les  doigts  du  cadavre  une  branche  de  buis 
des  Rameaux,  et  l'on  est  persuadé  que  cette  branche 
fleurit  tous  les  printemps  dans  la  tombe,  si  la  personne 
qu'elle  renferme  s'est  trouvée  digne  d'entrer  dans  le  ciel  (3) . 

On  enferme  encore  en  plusieurs  pays  des  amulettes 
dans  le  cercueil.  En  Irlande  on  y  plaçait  deux 
cailloux  provenant  du  Lough  Derg  et  considérés 
comme  possédant  une  certaine  vertu,  en  même  temps 
qu'un  morceau  de  cierge  bénit  (4).  En  Sicile,  on  avait 
l'usage,  aujourd'hui  à  peu  près  disparu,  d'y  mettre  un 
morceau  de  drap  écarlate,  une  amulette  de  corail  rouge 
ou  des  feuilles  d'oranger  (5).  En  France  on  pose  encore 
quelquefois  près  du  défunt  des  haches  en  pierre  polie, 
des  cailloux  ronds  ou  des  colliers  tahsmans  (6). 

(1)  MoiSET,  p.  60.  Revue  des  Trad.  pop.  XV  (1900)  p.  616.  Richard, 
p.  114,  115. 

(2)  NoGUÊs,  p.  54,  35. 

(3)  Laisxel,  II,  p.  72. 

(4)  Carleton,  I,  p.  224. 

(5)  PiTRÈ,  1,  II,  p.  223. 

(6)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  76. 


LA   MORT  183 

La  coutume  d'enterrer  avec  le  mort  une  pièce  de 
monnaie  a  été  souvent  constatée  en  France,  et  aussi  en 
plusieurs  pays  étrangers  pendant  le  dernier  siècle,  et  elle 
n'a  pas  complètement  disparu.  Naguère  dans  les  pays 
de  Tréguier  une  petite  pièce  était  mise  sous  son 
oreiller  ;  en  Franche-Comté  elle  était,  vers  1820, 
fixée  à  une  petite  croix  placée  sous  sa  tête  ;  dans  la 
Côte-d'Or,  elle  est  posée  dans  la  main  du  défunt  afin 
qu'il  puisse  aller  à  l'offrande  dans  l'autre  monde  (1)  ; 
en  Berry,  on  la  glissait  dans  sa  bouche  pour  payer  à 
saint  Pierre  sa  place  en  Paradis,  et  on  agissait  de  même 
dans  le  Lincolnshire,  pour  son  voyage,  disait-on  (2). 
Aux  environs  de  Braga  (Portugal),  on  dépose  dans 
la  bière  du  défunt  une  petite  monnaie  de  cuivre  pour 
payer  son  passage  dans  l'autre  monde  ;  ailleurs,  on  y  met 
cinq  ou  six  reis  (3).  En  plusieurs  parties  du  Portugal, 
le  dinhero  de  cruz  est  expressément  destiné  à  payer  la 
barque,  plus  rarement  le  pont  (4).  Naguère  encore,les 
paysans  du  Bugey  (Ain)  déposaient  dans  la  bouche  ou 
dans  la  main  du  mort  une  pièce  de  monnaie,  ordinaire- 
ment deux  liards  «per  lo  barquo  »  (5)  ceux  d'Allemagne 
la  placent  dans  l'un  ou  l'autre  de  ces  endroits  et  ceux 
d'Irlande  agissaient  autrefois  de  même  (6). 

Les  habitants  de  l'un  des  nombreux  cantons  de  la 
Gironde  où  l'on  met  encore  une  pièce  dans  la  main  du 

(1)  Repue  des  Trad.  pop.  III  (1888)  p.  47;  X  (1895)  p.  108. 

(2)  Laisnel,  II,  p.  72.  Folk-Lore,  IX  (1898)  p.  187. 

(3)  Pedroso,  1,  n"^  633,  703. 

(4)  Leite,  1,  p.  242-243. 

(5)  Revue  du  siècle  (Lyon)  février  1900. 

(6)  Tylor,  I,  p.  37,  575. 


184  LA  VIE  HUMAINE 

défunt  afin  de  payer  le  passage  de  la  barque,  sont  per- 
suadés que  si  on  négligeait  de  le  faire,  il  serait  capable 
de  revenir  pour  tourmenter  les  vivants  (1). 

54.  —  Un  rite  d'enterrement  en  relation  avec  le 
soleil  est  observé  dans  le  nord  de  la  Grande-Bretagne: 
dans  les  Higlilands  le  cercueil  n'est  jamais  porté  à  rebours 
de  sa  course  (2)  ;  il  en  est  de  même  dans  les  comtés  voisins 
de  l'Ecosse,  et  l'on  emploie  quelquefois,  pour  ne  pas 
violer  cet  usage  antique,  des  procédés  assez  compliqués  : 
un  vicaire  qui  attendait  à  la  porte  du  cimetière  un  convoi 
funèbre,  fut  très  surpris  de  voir  tout  le  groupe  parvenu 
à  quelques  pieds  de  lui,  tourner  tout  à  coup,  et  faire 
le  tour  de  la  muraiUe  du  cimetière,  en  côtoyant  les  limites 
de  l'ouest,  de  l'est  et  du  nord,  et  en  décrivant  un  circuit 
cinq  ou  six  fois  plus  long  qu'il  n'était  nécessaire  ;  le 
fossoyeur  qu'il  interrogea  lui  dit  qu'on  agissait  ainsi 
pour  ne  pas  tourner  le  cadavre  au  rebours  du  soleil  (3). 
C'est  peut-être  pour  cette  raison  qu'en  quelques 
paroisses  d'Irlande  on  fait  parfois  un  très  long  détour 
pour  que  le  cercueil  traverse  un  ruisseau  qui  coule  au 
sud  du  cimetière  (4)  ;  il  est  possible  aussi  que  l'on  croie 
empêcher  le  défunt  de  revenir  à  son  ancienne  demeure, 
l'eau  constituant  un  obstacle  que  les  morts  ne  peuvent 
franchir. 

D'autres  pratiques  en  rapport  avec  les  eaux  ne  sont 
pas  expliquées  par  ceux  qui  les  ont  décrites  :  en  Portugal 
lorsque  sur  le  trajet  de  la  maison  à  l'église  il  y  a  un  cours 

(1)  Mensignac,  1,  p.  49-50. 

(2)  Folk-Lore,  III  (1892)  p.  281. 

(3)  Henderson,  p.  61. 

(4)  Folk-Lore,  VI  (1895)  p.  119. 


LA  MORT  185 

d'eau  à  passer,  les  porteurs  du  cercueil  doivent,  pour 
pouvoir  le  franchir, traiter  le  défunt  comme  une  monture 
et  lui  dire  :  Arré  !  comme  aux  mulets,  en  l'appelant  par 
son  nom.  (1)  On  prétend  à  Châteaulin  que  le  pont  crou- 
lerait si  l'on  faisait  passer  deux  fois  dessus  le  cercueil 
d'un  mort,  et  quelquefois  pour  éviter  cette  ruine,  on 
fait  le  service  d'enterrement  dans  une  chapelle  votive 
et  non  dans  l'église  paroissiale.  A  Coray  les  prêtres  s'in- 
terrompent de  chanter  jusqu'à  ce  qu'on  ait  traversé  le 
pont  (2).        . 

On  a  parfois  coutume  dans  l'ouest  de  l'Irlande  de 
s'arrêter  à  moitié  route  du  cimetière,  pendant  que  les 
plus  proches  parents  du  mort  élèvent  un  petit  monu- 
ment avec  des  pierres  (3)  ;  dans  le  Galway  où  chaque 
famille  a  son  cairn  sur  le  chemin  le  chef  y  ajoute  trois 
pierres  au  nom  des  trois  personnes  de  la  Trinité  (4). 

Un  usage  assez  répandu  en  France  consiste  à  placer 
de  petites  croix  sur  le  piédestal  des  croix  qui  se  trouvent 
sur  le  chemin  du  convoi  funèbre  ;  dans  le  nord  du  Finis- 
tère on  heurte  la  tête  du  cercueil  à  tous  les  calvaires 
devant  lesquels  il  passe  (5).  En  Irlande  lorsque  le  cortège 
rencontre  une  vieille  église  il  en  fait  trois  fois  le  tour  (6). 

Quelques-uns  des  actes  que  l'on  observe  dans  les 
églises  sont  peut-être  fondés  sur  la  croyance  que  l'âme 
du  mort  n'est  pas  encore  tout  à  fait  séparée  du  corps. 

(1)  Pedroso,  3,  p.  20. 

(2)  Le  Braz,  I,  p.  253. 

(3)  Wilde,  p.  83. 

(4)  Folk-Lore,  IV  (1893)  p.  120. 

(5)  Le  Braz,  I,  p.  254. 

(6)  Folk-Lore,  IV  (1893)  p.  360. 


186  LA  VIE  HUMAINE 

A  Saint-Mayeux  (Côtes-du-Nord)  à  la  limite  du  breton 
et  du  français,  où  l'on  croit  peut-être,  comme  dans  la 
partie  gallo  de  ce  département,  que  l'âme  ne  quitte  le 
corps  qu'au  moment  oii  le  prêtre  chante  :  In  Paradiso, 
on  a  soin,  avant  d'entrer  le  cercueil  dans  l'église,  de 
le  faire  heurter  d'abord  le  côté  gauche  de  la  porte  ; 
cela  s'appelle  faire  saluer  l'église  par  le  mort  (1)^  Dans 
les  Pyrénées,  les  porteurs  relèvent  quelquefois  la  bière 
toute  di'oite  au  dernier  évangile,  afin  que  le  défunt  l'en- 
tende une  dernière  fois  debout  (2).  Dans  la  région  de 
Benodet,  ils  ont  coutume  de  heurter  le  cercueil  à  la 
muraOle  au  moment  où  ils  le  sortent  ;  selon  d'aucuns, 
c'est  pour  dire  adieu  à  l'église  au  nom  du  mort,  suivant 
d'autres  pour  demander  à  saint  Pierre  de  lui  ouvrir 
toutes  grandes  les  portes  du  paradis  (3). 

Les  observances  traditionnelles  sont  plus  nombreuses 
au  cimetière  qu'à  l'église.  Dans  l'ouest  de  l'Irlande, 
avant  de  déposer  le  cercueil  dans  la  fosse,  on  lui  fait 
faire  trois  fois  le  tour  de  deux  bêches  mises  en  croix  (4). 
Dans  les  Landes  il  ne  faut  pas  oublier  de  tourner  le 
cadavre  la  face  au  levant  ;  toute  autre  position  amène- 
rait pendant  toute  l'année  une  véritable  inondation  de 
pluie  (5). 

La  fosse  reçoit  aussi  des  objets  analogues  à  ceux  que 
l'on  place  dans  le  cercueil.  On  avait,  il  y  a  quelques  an- 
nées,   dans   certains   villages   de  la   Savoie,  l'habitude 

(1)  Revue  des  Trad.  pop.  VIII  (1893)  p.  558.  Sébillot,  3,  p.  162. 

(2)  Darsuzy,  p.  112. 

(3)  Le  Braz,  I,  p.  254. 

(4)  Wilde,  p.  83. 

(5)  Soc.  arch.  de  Bordeaux,  1888, 1«'  fasc. 


LA   MORT  187 

d'y  mettre  une  écuelle  contenant  de  l'huile,  que  depuis 
les  curés  sont  parvenus  à  faire  remplacer  par  de  l'eau 
bénite  (1).  Vers  1820,  en  quelques  communes  du  Jura,on 
jetait  dans  la  fosse  un  des  objets  pom-  les  quels  le  défunt 
avait  une  afifection  particulière  ;  c'était  un  verre,  une 
écuelle  quand  il  avait  aimé  la  boisson,  ou  un  instrument 
de  son  métier  (2).  En  Limousin  et  dans  le  Morvan 
l'écuelle  du  mort  est  placée  sur  la  tête  du  cercueil  avant 
qu'il  ne  soit  recouvert  (3). 

Quelques  pratiques  qui  suivent  le  dépôt  du  cadavre 
dans  la  terre  semblent  motivées  par  une  sorte  de  crainte 
du  mort.  A  Beauquesne  (Somme)  les  assistants  faisaient 
trois  fois  à  reculons  le  tour  de  la  fosse,  afin  que  le  défunt 
ne  pût  revenir  les  tourmenter  pendant  la  nuit  (4).  En 
Portugal,  pour  ne  pas  rêver  à  celui  que  l'on  enterre,  on 
jette  sur  sa  tombe  trois  poignées  de  terre  (5). 

En  Irlande  où,  comme  en  Basse-Bretagne,  le  mort  quitte 
sa  tombe  pour  garder  le  cimetière  jusqu'à  ce  qu'il  ait 
été  remplacé  par  un  nouveau  défunt,  lorsque  deux 
convois  se  présentent  ensemble  au  cimetière,  chacun 
d'eux  essaie  de  faire  en  sorte  que  son  mort  soit  enterré 
le  premier.  Lorsque  ceux  qui  ont  assisté  aux  funé- 
railles ont  fumé  le  tabac  déposé  à  leur  intention 
près  de  la  fosse,  en  même  temps  que  des  pipes 
neuves,  ils  laissent  un  peu  de  tabac  et  les  pipes  dont 
ils  ne  se  sont  pas  servis,  pour  que  le  défunt,  en  veillant 

(1)  Revue  des  Trad.  pop.  III  (18S8)  p.  421. 

(2)  Antiquaires  de  France,  IV,  p.  366.  (1823). 

(3)  Bidault,  p.  86.  Dergny,  p.  267. 

(4)  NORE,  p.  344. 

(5)  Pedroso,  1,  n^bSd. 


188  LA  VIE  HUMAINE 

sur  les  autres  tombes,  puisse  se  distraire  en  fumant  (1). 
La  croyance  d'après  laquelle  les  morts  peuvent  reve- 
nir dans  leur  ancienne  demeure  est  encore  très  répandue, 
et  nombre  de  pratiques,  observées  à  des  époques  fixes 
de  l'année,  sont  en  rapport  avec  cette  idée.  Quelques-unes 
supposent  qu'ils  sont  surtout  tentés  pendant  la  période 
qui  suit  immédiatement  l'enterrement,  de  visiter  leur 
maison.  Dans  le  nord  de  l'Ecosse  on  laisse  sans  les  dé- 
ranger les  planches  sur  lesquelles  a  été  déposé  le  cercueil 
et  l'on  place  dessus  un  vase  rempli  d'eau  pour  le  cas  où 
le  mort  reviendrait  et  qu'il  aurait  soif  (2).  En  Sicile, 
on  met  pendant  trois  jours  du  pain  et  de  l'eau  dans  la 
maison  mortuaire  parce  que  l'on  croit  que  le  mort  y  re- 
vient pour  prendre  du  pain  et  de  l'eau  (3),  ou  bien  les 
parents  laissent  la  porte  ouverte,  et  y  adossent  une  chaise 
sur  laquelle  est  un  pain  frais  et  à  côté  un  chandeher  à 
trois  branches,  dont  une  seule  est  allumée  la  première 
nuit,  deux  la  seconde  et  trois  la  troisième  (4).  La  cou- 
tume est  générale  dans  les  îles  d'Irlande  de  mettre  en 
dehors  du  logis,  pendant  quelques  nuits  après  le  décès, 
un  gâteau  ou  un  plat  de  pommes  de  terre  ;  s'ils  ont  dis- 
paru le  matin,  c'est  que  les  esprits  les  ont  pris,  car  aucun 
être  humain  n'oserait  toucher  à  la  nourriture  destinée 
aux  morts  (5), 

55. —  Pour  empêcher  le  défunt  de  rentrer  dans  la  mai- 
son, on  met,  en  quelques  parties  des  Highlands,  un  vase 

(1)  Le  Braz,  I,  p.  261.  Folk-Lore,  IV  (1893),  p.  363. 

(2)  Campbell,  1,  p.  241. 

(3)  GUASTELLA,  p.  205. 

(4)  PiTRÊ,  1,  II,  p.  230. 

(5)  Wilde,  p.  118. 


LA   MORT  189 

rempli  d'eau  ou  de  lait  en  dehors  de  la  porte,  et  par- 
fois une  branche  de  sapin  au  dessus  du  linteau  (1). 
En  Haute-Ëcosse,  la  nuit  des  funérailles,  on  dispose 
du  pain  et  de  l'eau  dans  la  chambre  mortuaire,  dans  la 
croyance  que  son  esprit  revient  pendant  cette  nuit 
pour  la  dernière  fois,  et  certains  croient  que  sans  cela 
il  ne  reposerait  pas  en  paix  (2).  A  Manduria  dans  la 
terre  d'Otrante,  les  gens  du  peuple  brûlent  les  matelas 
et  les  couvertures  du  défunt,  parce  que  si  on  ne  le 
faisait  pas,  il  continuerait  à  demeurer  dans  la  maison 
et  tarderait  à  se  présenter  devant  Dieu  (3).  A  Elvas  en 
Portugal,  on  les  domie  aux  pauvres  pour*  qu'il  ne  re- 
vienne pas  (4). 

56.  —  Plusieurs  consultations  servent  à  connaître 
la  destinée  de  celui  que  l'on  vient  d'enterrer  ;  en  Por- 
tugal, si  lorsqu'on  brûle  sa  paiUe,  la  fumée  monte  droit, 
il  va  au  ciel,  si  elle  se  penche  à  gauche,  en  enfer,  si  c'est 
à  droite,  en  purgatoire  (5).  En  Basse-Bretagne,  on  se 
rend  au  sortir  du  cimetière  dans  un  lieu  élevé  et  décou- 
vert, et  l'on  crie  par  trois  fois  le  nom  du  mort,  dans  trois 
directions  différentes  ;  si  une  seule  fois  l'écho  prolonge 
le  son,  c'est  que  l'âme  n'est  point  damnée  (6).  En  Sicile, 
on  doit  regarder  le  ciel,  à  minuit  précis,  lors  de  la  nou- 
velle lune  qui  suit  le  décès;  si  le  levant  est  couvert  de 
nuées,  ou  s'il  vente,  ou  si  un  chien  aboie,  le  défunt  est 

(1)  Campbell,  1,  p.  241. 

(2)  Gregor,  2,  p.  27. 

(3)  GiGLi,   p.    39. 

(4)  Revisla  Lusiiana,  VIII,  (1905)  p.  278, 

(5)  Leite,  1,  p.  38. 

(6)  Le  Braz,  I,  p.  320. 

11. 


190  LA  VIE  HUMAINE 

damné.  Si  le  levant  est  dégagé  de  nuages  s'il  n'y  a  pas 
de  vent  et  qu'on  entende  le  huhullement  d'un  hibou, 
il  est  en  purgatoire  ;  l'âme  est  en  paradis,  si  le  ciel  est 
clair  et  serein,  et  qu'il  ne  fasse  aucun  souffle  de  vent,  et 
surtout  lorsque  tombe  une  étoile  en  traçant  un  sillon 
lumineux  (1).  On  se  rend  aussi  à  pied  à  la  chapelle 
de  N.-D.  des  Peines  à  Poullaouen  (Finistère),  et  après 
en  avoir  fait  trois  fois  le  tour,  on  s'en  revient 'à  la  maison; 
si  on  est  fatigué,  le  défunt  est  en  purgatoire,  si  on  ne 
ressent  aucune  lassitude,  il  est  au  ciel  (2). 

On  s'est  aussi  adressé  autrefois  aux  prêtres  pour  savoir 
si  un  défunt  était  sauvé  ou  damné  ;  au  temps  où  il  était 
d'habitude  de  faire  pour  chaque  défunt  une  série  de 
trente  services,  le  trentième  se  disait  à  rebours  dans  la 
chapelle  de  Saint-Hervé  au  sommet  du  Mené  Brez. 
Après  la  messe  le  prêtre  commençait  l'appel  des  diables 
sous  le  porche,  il  les  faisait  défiler  un  à  un  devant  lui 
et  les  obligeait  à  montrer  leurs  griffes  pour  voir  si  l'âme 
du  défunt  à  l'occasion  duquel  on  célébrait  la  neuvaine 
n'était  pas  tombée  en  sa  possession,  puis  il  les  ren- 
voyait en  donnant  à  chacun  une  graine  de  Hn.  En  Nor- 
mandie, le  curé  pouvait  aussi  évoquer  les  diables,  aux 
mêmes  intentions,  à  la  condition  de  donner  un  pois  à 
chacun  de  ceux  qui  se  présentaient  (3). 

57.  —  La  pièce  de  monnaie  mise  au  mort  et  les  objets 
déposés  près  de  lui  (p.  180)  sont  destinés  à  lui  servir 
pendant  le  voyage  qu'il  doit  faire  avant  d'arriver  à  sa 
destination  définitive.  L'argent  est  «  pour  la  barque  », 

(1)  PiTRÈ,  1,  II,  p.  244. 

(2)  SÉBILLOT,  1.  IV,  p.  136. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  239-240. 


LA   MORT  191 

qui,  comme  celle  de  Caron,  vient  les  prendre  dans  une 
sorte  de  monde  souterrain,  au  «  passage  des  morts  », 
qui,  suivant  certains  paysans  de  Haute-Bretagne,  est 
situé  dans  la  mer  qui  est  au-dessous  de  nous.  La  croyance 
au  navire  mystérieux  qui  embarque  les  morts  accourus 
sur  le  rivage  de  la  mer,  constatée  en  Gaule  par  Procope 
au  VI^  siècle,  a  été  expressément  relevée  en  Bretagne, 
au  nord  dans  la  partie  française,  et  au  sud  en  pays 
bretonnant,  pendant  ces  cent  dernières  années  (1).  Elle  se 
rattache  à  l'idée  très  répandue  suivant  laquelle  l'âme 
une  fois  séparée  du  corps  ne  peut  franchir  un  cours 
d'eau  sans  l'intermédiaire  d'un  pont,  d'une  monture 
ou  d'un  bateau.  En  Irlande,  si  celui  qui  entend  derrière 
lui  un  fantôme  peut  traverser  une  eau  courante,  il  est 
délivré  de  sa  poursuite  (2).  On  raconte  dans  la  Suisse 
allemande,  où  la  femme  morte  en  couche  doit  pendant 
six  semaines  revenir  visiter  son  enfant  chaque  nuit, 
qu'on  entendit  l'une  d'elles,  enterrée  dans  un  cimetière 
séparé  de  sa  maison  par  un  torrent,  se  plaindi^e  de  ce 
que  le  pont  qm  servait  à  le  traverser  avait  été  rompu  (3)  ; 
en  Ecosse  une  revenante  demande  à  un  domestique 
de  son  mari  de  la  prendre  en  croupe,  quand  elle  est 
arrivée  près  d'un  ruisselet,  et  dès  qu'elle  l'a  passé,  elle 
saute  légèrement  à  terre  (4). 

Quelques  actes  sont  inspirés  par  cette  idée,  et  c'est 
vraisemblablement  elle  qui  motivait  l'usage  parfois 
observé  en  Irlande  (cf.  p.  184)  de  détourner  le  cercueil 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  418,  419  ;  II,  p.  149,  151. 

(2)  Wilde,  p.  204. 

(3)  Mahmier,  II,  p.  336. 

(4)  Miller,  p.  366. 


192  LA   VIE  HUMAINE 

de  sa  route  pour  lui  faire  passer  un  ruisseau  ;  jadis 
dans  une  commune  du  pays  de  Tréguier  le  mort  était 
porté  par  eau  au  cimetière,  alors  qu'il  y  avait  une  route 
de  terre  plus  courte  et  plus  commode  (1).  Une  pratique 
constatée  en  Pologne  a  pour  but  exprès  de  prévenir  le 
retour  du  défunt  ;  la  femme  qui  a  lavé  le  cadavre  verse 
sur  le  sol,  derrière  le  convoi,  l'eau  dont  elle  s'est  servie, 
persuadée  qu'elle  empêche  ainsi  le  mort  de  revenir  à 
la  maison  (2). Dans  le  pays  de  Tréguier  on  employait, 
pour  se  débarrasser  des  revenants,  un  procédé  analogue 
à  celui  qui  avait  pour  but  de  chasser  le  lutin  ;  on  dépo- 
sait sur  la  table  des  petits  tas  de  sable  qu'jls  étaient 
obligés  de  compter  (3). 

58.  —  Il  est  plusieurs  périodes  de  l'année,  variables 
suivant  les  régions,  pendant  lesquelles  il  est  permis  aux 
morts  de  revenir  aux  lieux  où  ils  ont  vécu.  Dans  l'Eu- 
rope cathoUque,  la  plus  habituelle  est  celle  de  la  Tous- 
saint, dont  la  nuit  et  le  lendemain  sont  désignés  sous 
le  nom  de  Jour  des  Ames.  D'ordinaire  les  vivants  sont, 
à  ce  moment,  remplis  de  prévenances  à  l'égard  des 
visiteurs  d'outre -tombe.  Beaucoup  de  gens  des  Asturies 
ne  se  couchent  pas  dans  leur  lit  pour  que  les  âmes 
des  parents  qui  viendraient  cette  nuit  à  leur  ancien 
logis  puissent  s'y  reposer  (4).  En  Toscane  on  ne  les 
refait  pas,  parce  que  les  défunts,  libres  alors  d'aller  où 
ils  veulent,  viennent  se  délasser  dans  leur  maison  (5)  ; 

(1)  SÊBILLOT,   1,    II,  p.  152. 

(2)  Wisla,  Varsovie.  VI,  p.  789. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  418. 

(4)  AmvAU,  p.  246. 

(5)  GUBERNATIS,    1,    p.    17. 


LA   MORT  193 

dans  le  Canavèse  on  les  dispose  le  mieux  possible,  ainsi  que 
dans  le  Montferrat,  où  l'on  croit  que  les  morts  tournent 
autour  de  la  demeure  de  leurs  parents  sous  forme  de 
petites  flammes  (1).  Dans  les  Vosges,  pendant  la  semaine 
de  la  Toussaint,  on  découvre  les  lits  en  laissant  les  fenê- 
tres ouvertes,  sans  doute  pour  que  les  trépassés  puissent 
revenir  occuper  un  instant  leur  ancienne  couche  (2). 

Le  foyer  est  l'endroit  de  la  maison  que  visitent  le 
plus  volontiers  les  morts,  à  diverses  époques  de  l'année 
et  surtout  lors  de  leur  fête  ;  dans  les  Vosges  on  y  laisse 
du  feu  pour  qu'ils  puissent  s'y  chauffer  ;  en  Basse- 
Bretagne  on  y  place  tout  exprès  la  Bûche  des  défunts  {3). 
En  Tyrol  les  âmes  du  purgatoire  viennent  prendre  la 
graisse  fondue  de  la  Chandelle  des  âmes  qu'on  a  allumée 
près  de  l'âtre  pour  calmer  la  souffrance  causée  par  leurs 
brûlures,  et  l'on  a  soin  de  chauffer  la  salle  afin  qu'ils 
passent  la  nuit  à  l'abri  du  froid  (4)  :  en  Irlande  on  dis- 
pose pour  elles  des  sièges  et  de  la  lumière  (5)  ;  dans  les 
Asturies  on  augmente  la  flamme  du  foj^er  pom'  que  les 
âmes,  trouvant  la  maison  chaude,  puissent  causer 
auprès  et  rappeler  leurs  souvenirs.  On  y  dispose  aussi 
de  petites  lampes  qui  brûlent  toute  la  nuit  ;  chacune 
est  pour  l'âme  d'une  personne  dont  on  prononce  le  nom 
en  l'allumant  ;  celle  qui  s'éteint  la  première  indique 
la  première  âme  qui  sortira  du  purgatoire  (6). 

(1)  Giovanni,  p.  135.  Ferraro,  p.  35. 

(2)  SÊBILLOT,  1,  I,  p.  138. 

(3)  SÊBILLOT,  1.  I,  p.  138. 

(4)  Tylor,  II,  p.  50. 

(5)  Folk-Lore,  IV  (1893),  p.  359. 

(6)  Arivau,  p.  247. 


194  LA  VIE  HUMAINE 

La  coutume  de  laisser  de  la  nourriture  pour  les  morts 
était  naguère  observée  en  Normandie  et  en  Périgord  ; 
elle  subsiste  encore  dans  quelques  parties  de  la  Basse- 
Bretagne  et  dans  le  Var,  où  les  enfants  déposent  au 
pied  de  leur  lit  les  restes  du  dessert  du  repas  de  ce 
jour  (1).  En  Tyrol  on  pose  un  gâteau  sur  la  table  (2)  ; 
autrefois  en  Esthonie,  on  mettait  de  la  nourriture  sur 
le  plancher  d'une  chambre  particuhère,  et  dans  la 
soirée  le  maître  y  entrait  avec  une  torche  et  invitait, 
par  son  nom,  chaque  mort  à  venir  y  goûter  ;  quand  il 
pensait  que  les  défunts  avaient  suffisamment  mangé, 
il  brisait  le  flambeau^sur  le  seuil,  et  leur  disait  de  s'en 
retourner  chez  eux   (3). 

Quelques  actes  sont  rigoureusement  prohibés  pendant 
cette  période  ;  à  Spa,  il  faut  se  garder  de  balayer  ou  de 
laver  les  chambres  et  la  cuisine  parce  qu'on  chasserait 
les  âmes  qui  reviennent  alors  sur  terre  ;  en  Hainaut, 
on  doit  fermer  les  portes  avec  précaution  pour  ne  pas 
blesser  celles  qui  voltigent  dans  les  maisons.  A  Spa,  on 
recommande  de  s'abstenir  de  frapper  avec  des  bâtons 
sur  les  haies  et  les  buissons  parce  qu'elles  s'y  reposent  (4), 
et  pour  la  même  raison  en  Hainaut  on  ne  conduit  pas 
les  bestiaux  au  pâturage  (5). 

La  nuit  de  Noël  est  l'une  de  celles  où  les  morts  peuvent 
revenir  à  la  maison  ;  dans  la  région  de  Modène  les  pay- 
sans laissent  la  table  servie  après  le  repas  traditionnel 

(1)  Sébillot,  1,  I,  p.  158.   Mistral,  Trésor. 

(2)  Tylor,  II,  p.  50. 

(3)  Grimm,  IV,  p.  1844,  n°  42. 

(4)  Wallonia,  VIII  (1900),  p.  196. 

(5)  Harou,  p.  68. 


LA   MORT  195 

de  la  veille,  pour  que  les  âmes  de  leurs  défunts  s'3^  as- 
seyent et  mangent  les  restes  (1)  ;  dans  la  province  por- 
tugaise de  Minho  on  place  toujours  une  assiette  sur  la 
table  pour  la  dernière  personne  décédée  de  la  famille  ; 
ailleurs  au  contraire  on  récite  des  prières  destinées  à 
empêcher  les  trépassés  de  venir  manger  les  miettes  qui 
se  trouveraient  sur  la  table  (2). 

Suivant  des  croyances  moins  répandues,  il  est  donné 
aux  morts  de  revenir  sur  terre  à  d'autres  époques. 
Dans  les  îles  de  l'Irlande,  ils  se  promènent  la  nuit  des 
Rois,  et  sur  chaque  tuile  se  tient  une  âme  attendant 
des  prières  pour  la  sortir  du  purgatoire  (3).  Dans  les 
Abruzzes,  c'est  à  ce  moment  qu'ils  abandonnent  la 
naaison  dans  laquelle  ils  ont  eu  la  permission  de  séjour- 
ner à  partir  de  la  Toussaint  (4).  Dans  le  comté  de 
Wexford  (Irlande)  les  âmes  sortent  du  purgatoire  le 
Mardi-Gras  ;  on  laisse  pour  elles  du  feu  dans  le  foyer, 
des  lumières,  et  on  dispose  des  sièges  (5). 

Au  commencement  du  XVIF  siècle,  lors  de  l'apos- 
tolat de  Michel  Le  Noble tz,  plusieurs  mettaient  des 
pierres  autour  du  feu  que  chaque  famille  avait  coutume 
d'allumer  la  veille  de  la  Saint-Jean,  afin  que  leurs  pères 
et  leurs  ancêtres  puissent  venir  s'y  chauffer  (6).  Actuel- 
lement encore  on  pose  des  cailloux  dans  les  feux  de  la 


(1)  RiCCARDI,  p.  26. 

(2)  Pedroso,  3,  p.  19. 

(3)  Wilde,  p.  83. 

(4)  FiNAMORE,  p.  183. 

(5)  Folk-Lore,  IV  (1893),  p.  359. 

(6)  Reoue  Celtique,  II  (1876),  p.  485. 


196  LA  VIE  HUMAINE 

Saint- Jean,  pour  que  les  défunts  s'asseyent  dessus  en 
se  chauffant  (1). 

59.  —  On  recommande  dans  plusieurs  pays  de  s'abs- 
tenir de  certains  actes  à  n'importe  quelle  époque  de 
l'année,  parce  qu'ils  pourraient  être  nuisibles  aux  morts. 
Dans  les  Asturies  il  est  mauvais  de  fermer  brusque- 
ment les  portes  ou  les  fenêtres,  parce  que  des  âmes  du 
purgatoire  peuvent  faire  leur  pénitence  auprès.  Un 
jeune  homme  qui  avait  fermé  avec  colère  une  fenêtre 
entendit  sortir  du  bois  une  voix  qui  criait  :  «  Ah  !  tu 
me  tues  !  (2)  »  En  Allemagne  cette  interdiction  existait 
aussi  parce  qu'on  croyait  que  les  fantômes  se  tenaient 
entre  la  porte  et  le  montant  (3) .  On  ne  doit  pas  non  plus 
pousser  violemment  avec  le  pied  une  pierre  ou  un  caillou 
qui  se  trouve  sur  la  route,  parce  qu'on  ne  sait  pas  si 
des  âmes  du  purgatoire  n'y  font  pas  leur  pénitence  (4). 
En  Bretagne  on  recommande  de  tousser  quand  on 
franchit  un  talus  d'ajoncs,  et  de  ne  pas  étêter  ces  ar- 
bustes par  jeu,  de  peur  de  déranger  ou  de  blesser  celles 
qui  expient  leurs  fautes  dans  ces  endroits  (5). 

Souvent  ces  âmes  ont,  en  Bretagne,  la  forme  de 
papillon  ;  parfois  comme  dans  le  pays  de  Lannion,  celle 
de  lièvres  ;  ceux-ci  sont  d'anciens  seigneurs,  condamnés, 
après  avoir  fait  trembler  tout  le  monde  de  leur  vivant, 
à  devenir  les  plus  peureux  des  animaux  (6).  Dans  les 
Asturies  existe  aussi  la  croyance  aux  pénitences  sous 

(1)  Le  Braz,  II,  p.  113. 

(2)  Abivau,  p.  235. 

(3)  Grimm,  IV,  p.  1815,  n"  892. 

(4)  Arivau,  1.  c. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  436. 

(6)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  58,  332,  436. 


LA   MORT  197 

des  formes  animales  (1).  En  Sicile,  le  peuple  croit  que 
l'âme  des  morts  peut  être  cachée  dans  un  reptile  ; 
quand  on  est  obligé  d'en  tuer  un,  on  a  soin  de  protester 
qu'on  ne  le  fait  qu'en  sa  qualité  de  serpent.  Les  cra- 
pauds sont  des  trépassés  qui  expient  leurs  fautes,  et 
dans  leur  corps  sont  parfois  enfermées  les  âmes  des 
orgueilleux  qui,  avant  d'être  condamnés  à  l'enfer, 
doivent  subir  des  humiliations  sous  cette  forme  répu- 
gnante (2).  En  Basse-Bretagne  certains  croient  que  le 
crapaud  peut  renfermer  une  âme  d'ancêtres  (3). 

(1)  Arivau,  p,  236. 

(2)  Castelli,  p.  9.  PiTRÈ,  1,  III,  p.  353.  366,  365. 

(3)  Sébillot,  1,  III,  p.  281. 


DEUXIEME    PARTIE 

LES  CONSTRUCTIONS 
ET  LES  TRAVAUX 


CHAPITRE  PREMIER 
La  maison. 


60.  Le  choix  de  remplacement.  —  61.  Rites  de  la  construction.  — 
61.  Dangers  de  la  maison  neuve.  —  63.  La  cheminée.  —  64.  Le 
foyer  et  le  feu.  —  65.  Vestiges  du  culte  du  feu.  —  66.  Actes 
interdits  à  la  maison. 


Plusieurs  des  anciens  rites  de  la  construction  sont 
encore  observés  de  nos  jours,  quelques-uns  à  peine 
modifiés,  d'autres  aisément  reconnaissables  sous  les 
atténuations  que  le  temps  et  l'évolution  des  mœurs 
leur  ont  fait  subir. 

60.  —  Avant  de  commencer  à  bâtir  de  simples  mai- 
sons, ou  même  d'humbles  cabanes,  on  se  préoccupe  de 
savoir  si  le  lieu  choisi  a  l'agrément  des  puissances  supé- 
rieures. Autrefois  dans  le  comté  d'Antrim  lorsque  le 
plan  avait  été  mesuré,  on  retournait  une  motte  de  terre 
à  chacun  de  ses  quatre  coins,  et  on  les  laissait  ainsi 
deux  ou  trois  nuits,  pour  voir  si  on  ne  trouvait  sur  une 


LA  MAISON  199 

«  promenade  »  des  fairies.  En  ce  cas,  des  mains  invi- 
sibles les  replaçaient  dans  leur  trou  ;  si  elles  n'étaient 
pas  dérangées,  on  tuait  une  poule  ou  un  petit  animal 
dont  on  faisait  dégoutter  le  sang  dans  les  quatre  exca- 
vations (1).  Naguère  dans  le  Morbihan  on  enfouissait 
dans  le  sol,  au  milieu  de  l'édifice  projeté,  comme  offrande 
aux  génies  de  la  terre,  une  couple  de  poulets  plumés  ; 
on  les  déterrait  quelque  temps  après,  et  s'ils  étaient  in- 
tacts, on  se  figurait  que  le  présent  n'avait  pas  été  agréé 
par  les  esprits  et  que  l'emplacement  leur  déplaisait  (2). 
61. — Les  vieux  maçons  du  nord  de  l'Ecosse  accomplis- 
saient encore  assez  fréquemment  au  siècle  dernier  une 
sorte  de  figuration  de  la  coutume  barbare  qui  consis- 
tait à  étendre  vivantes,  sur  le  sol,  des  victimes  humaines, 
pour  assurer  la  solidité  des  murs  que  l'on  bâtissait 
ensuite  sur  leurs  corps.  Lorsque  la  tranchée  pour  les 
fondations  avait  été  creusée,  la  première  pierre  était 
posée  sur  le  bord,  et  le  plus  jeune  apprenti,  ou  à  son 
défaut  le  plus  jeune  ouvrier,  se  couchg,it,  la  tête  enve- 
loppée dans  un  tablier,  sur  le  fond,  droit  au-dessous 
de  la  pierre  ;  on  répandait  sur  sa  tête  un  verre  de 
whisky,  et  lorsqu'on  avait  crié  trois  fois  :  «  Préparez- 
vous  !  »  deux  maçons  faisaient  le  geste  de  placer  la 
pierre  sur  le  dos  du  compagnon  couché  ;  et  un  autre 
ouvrier  lui  frappait  par  trois  fois  les  épaules  avec  un 
marteau  (3).  En  Grèce,  le  procédé  est  moins  matériel  ; 

(1)  Folk-Lore,  X  (1899),  p.  118. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  91. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.  VI  (1891),  p.  173.  W.  Gregor,  l'auteur 
de  cet  article,  tenait  cette  description  d'un  homme  qui  avait  assisté 
en  1849  à  cette  cérémonie  à  Ballaster,  comté  d'Aberdeen. 


200     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

il  est  fait  à  l'insu  de  celui  qui  doit  servir  au  simulacre 
de  l'emmurement  d'une  personne  :  Tarchitecte  amène 
un  homme  près  des  fondations,  prend  secrètement  la 
mesure  de  son  corps  ou  de  son  ombre,  et  l'enterre  sous 
la  première  pierre  ;  celle-ci  est  parfois  posée  sur  l'ombre 
de  l'homme,  qui  meurt  dans  l'année.  L'ombre  sur 
laquelle  on  construit,  comme  on  le  faisait  jadis  sur  un 
corps,  est  d'un  usage  assez  courant  en  Bulgarie  et  chez 
les  Roumains  de  Transylvanie,  et  l'on  y  vendait  autre- 
fois des  ombres  destinées  à  cette  figuration  (1). 

L'emmurement  réel  d'une  créature  vivante,  réputée 
d'ordre  inférieur,  qui  a  été  substitué  à  celui  des  hommes 
ou  des  bêtes  du  rite  primitif,  s'est  perpétué  en  Anjou 
et  dans  le  Maine  où,  jusqu'à  une  époque  récente,  on 
emmurait  une  grenouille  ou  un  autre  petit  animal. 

Des  talismans  destinés  à  assurer  la  durée  de  la  cons- 
truction ou  à  i^rocurer  la  chance  à  ses  habitants  sont 
placés  sous  les  fondations  ;  des  haches  de  pierre  polie 
y  ont  été  mises  jusqu'à  ces  dernières  années  en  plusieurs 
pays  de  France  (2)  ;  dans  le  nord  de  l'Ecosse,  c'étaient 
des  griffes  de  chat,  des  dents  humaines,  des  sabots  de 
vache  et  une  pièce  d'argent,  qui  était  placée  sous  le 
montant  de  la  porte  (3)- 

L'arrosement  de  la  première  pierre  avec  le  sang  d'un 
animal  a  été  pratiqué  en  France  au  siècle  dernier,  même 
dans  les  villes  ;  en  1862  à  Quimper  on  répandait  encore 
dessus  le  sang  d'un  coq  égorgé  (4).  En  Grèce  on  y  verse 

(1)  Frazer,  I,  p.  223. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  90,  70. 

(3)  Campbell,  1,  p.  231. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  91,  93. 


LA   MAISON  201 

celui  d'un  coq,  d'un  bélier  ou  d'un  agneau,  qui  est 
ensuite  enterré  dessous  (1).  Une  coutume  observée  au- 
trefois en  Ecosse  était  vraisemblablement  un  souvenir 
inconscient  des  anciens  usages  cruels  ;  les  maçons 
faisaient  toucher  la  première  pierre  à  la  tête  de  la  pre- 
mière créature,  homme  ou  bête,  qu'ils  rencontraient  le 
matin  en  se  rendant  à  leur  travail  (2).  Le  coup  frappé 
sur  la  première  pierre  est  accompagné  d'un  certain 
cérémonial  :  naguère  dans  le  Morbihan,  on  y  creusait 
un  trou  dans  lequel  on  déposait  une  pièce  de  monnaie 
de  l'année;  tous  les  ouvriers,  ainsi  que  le  propriétaire, 
la  frappaient  avec  un  marteau,  et  l'un  d'eux,  à  genoux, 
disait  une  prière  et  récitait  une  formule  adressée  à  la 
pierre  elle-même.  Aux  environs  de  Mamers  (Sarthe)  le 
propriétaire  l'asperge  avec  un  buis  trempé  dans  de  l'eau 
bénite,  qui  est  ensuite  scellé  dans  la  maçonnerie;  le 
premier  coup  frappé  est  suivi  d'ordinaire  d'un  présent 
aux  maçons.  Dans  les  Côtes-du-Nord ,  si  c'est  une 
jeune  fiUe  qui  le  donne,  ils  l'embrassent  tous.  Dans 
le  Puy-de-Dôme  le  premier  coup,  s'il  était  frappé  par 
un  enfant,  entraînerait  pour  lui  la  mort  avant  l'année 
révolue  (3). 

62.  — ■  Suivant  une  opinion  très  répandue,  la  construc- 
tion d'une  maison  est  suivie  d'un  décès  ou  d'un  malheur. 
Dans  le  Lancashire  elle  est  regardée  comme  funeste 
à  l'un  des  membres  de  la  famille  ;  dans  le  nord  de  l'Ecosse, 
elle  cause  à  bref  délai  la  mort  de  son  propriétaire  (4). 

(1)  Frazer,  I,  p.  223. 

(2)  Revue  des  Tiad.  pop.  IX  (1894),  p.  563. 

(3)  SÉBiLLOT,  1,  IV,  p.  93,  94. 

(4)  Hf.nderson,  p.  45.  Revue  des  Trad.  pop.  VI  (1891),  p.  173. 


202     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

En  Portugal  beaucoup  de  personnes  ont  de  la  répu- 
gnance à  habiter  une  maison  neuve,  parce  que  la  mort 
y  passera  bientôt  (1).  En  Basse-Bretagne,  dès  que  la 
première  marche  du  seuil  a  été  posée,  l'Ankou,  c'est- 
à-dire  la  Mort  personnifiée,  vient  s'y  asseoir  pour  guetter 
la  première  personne  qui   le  franchira  ;   mais  on  peut 
l'éloigner  en  lui  offrant  la  vie  de  quelque  animal  ;  un 
œuf  même  suffit,  pourvu  qu'il  ait  été  couvé.  En  Wal- 
lonie, la  maison  est  garantie  lorsqu'une  créature  vivante 
y  a  péri  ;   naguère  on  y  enfermait  un  chat  que  l'on 
laissait  crever  de  faim.  Le  sacrifice  d'un  coq  dont  le 
sang  arrose  le  seuil,  cri  dont  on  asperge  les  diverses 
pièces,  a  été  relevé  en  nombre  de  pays  de  France,  et 
en  1902  il  était  d'un  usage  courant  aux  environs  de 
Rouen  (2).  A  Madrid,  où  l'on  croit  qu'un  membre  delà 
famille  qui  vient  occuper  une  construction  neuve  est 
exposé  à  une  mort  prochaine,  on  l'en  garantit  en  tuant 
un  agneau  que  l'on  porte  dans  la  maison,  et  quand  il 
y  a  passé  une  nuit,  on  le  fait  manger  à  tous  ceux  qui 
doivent  l'habiter  et  qui  dès  lors  n'ont  plus  rien  à  crain- 
dre (3).  En  Basse-Bretagne  celui  qui  entre  le  premier 
est  à  l'abri  de  tout  inconvénient  s'il  s'est  fait  précéder 
de  quelque  animal  domestique,  chien,  poule  ou  chat  ; 
le  mal  qui  le  menaçait  tombe  sur  la  bête  (4). 

En  Sicile  la  prise  de  possession  de  la  maison  nouvelle 
est  accompagnée  de  pratiques  assez  nombreuses  :  il 
faut  franchir  le  seuil  le  pied  gauche  en  avant,  avoir  à 

(1)  COELHO,  p.  571. 

(2)  Sébillot,  1,  IV  p.  96-98. 

(3)  Olavarria,  1,  p.  79. 

(4)  Sébillot,  1,  IV,  p.  98. 


LA  MAISON  203 

la  main  un  morceau  de  pain,  signe  d'abondance,  une 
bouteille  de  vin  et  une  bouteille  d'huile,  présage  d'une 
vie  aisée,  un  peu  de  sel  contre  toutes  les  sorcelleries 
possibles  et  l'envie  des  voisins,  et  un  balai  comme 
symbole  de  propreté.  On  dit  aussi  quelques  mots  dès 
qu'on  est  entré,  et  on  les  termine  en  s'écriant  :  «  Que  la 
pauvreté  s'éloigne  et  que  la  richesse  m'arrive  !  »  (1). 
En  Irlande,  on  récite  une  prière  dans  chaque  coin  de 
la  chambre  à  coucher  et  sur  chacun  des  vêtements  que 
l'on  y  dépose  ;  les  voisins  qui  y  viennent  doivent  faire 
aux  gens  de  la  maison  un  présent,  si  minime  qu'il  soit  (2). 
EnGaHce,  on  entre  à  reculons,  après  s'être  frotté  avec  de 
l'ail  ;  en  Allemagne  la  première  chose  à  y  apporter, 
pour  être  à  l'abri  du  besoin,  est  un  morceau  de  pain  ; 
aux  Etats-Unis  du  pain  et  un  balai  neuf  ;  en  Portugal 
du  bois  et  du  sel  ;  à  Liège  et  en  Andalousie,  on  jette  du 
sel  dans  tous  les  coins  (3). 

En  Ecosse,  on  regarde  comme  funeste  d'entrer  dans 
une  maison  que  son  possesseur  a  laissée  trop  propre  ; 
celui  qui  en  veut  à  la  personne  qui  vient  le  remplacer 
et  désire  enlever  la  chance  du  logis,  le  nettoie  avec  soin 
avant  de  le  quitter.  On  arrive  au  même  résultat  en  mon- 
tant sur  le  toit  et  en  retirant  la  crémaillère  par  le  tuyau 
de  la  cheminée  au  lieu  de  la  faire  sortir  par  la  porte, 
ou  en  tressant  de  gauche  à  droite  une  corde  de  paille 
que  l'on  traîne  autour  de  la  maison  à  rebours  de  la 

(1)  Trombatore,  p.   46. 

(2)  Wilde,  p.  207. 

(3)  Folk-LoregaUego,Séville,-i884,  in-18,  p.  118.  Thorpe,  III,  p.  174. 
Folk-Lore  Journal,  II  (1884),  p.  24.  Leite  1,  p.  252.  Monseub,  p.  115. 
GuicHOT,  p.  291. 


204     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

course  du  soleil  (1).  Si  celui  qui  s'en  va  d'un  logis  laisse 
sous  la  porte  les  griffes  de  chat  et  les' dents  humaines 
qui  y  ont  été  mises  au  moment  de  la  construction,  le 
nouvel  occupant  est  exposé  à  des  disgrâces  et  son  bétail 
mourra  (2).  En  Portugal  on  se  garantit  du  maléfice 
que  l'on  soupçonne  avoirété  fait  dans  une  maison,  en 
y  lançant  un  chat  avant  d'y  entrer  ;  si  l'ensorcellement 
est  réel,  il  devient  malade,  meurt,  et  dès  lors  les  gens 
sont  préservés  de  tout  mal.  En  ce  même  pays,  pour 
savoir  si  on  sera  heureux  dans  une  maison,  il  faut 
compter  les  poutres  en  disant  :  Or,  argent,  cuivre,  rien, 
et  ainsi  de  suite  jusqu'à  la  dernière;  le  nom  qui  corres- 
pond à  celle-ci  donne  la  réponse  (3). 

Suivant  une  cro3^ance  en  voie  d'extinction,  mais 
qui,  jusqu'à  une  époque  récente,  a  été  générale  en 
Europe,  des  génies  bienveillants  s'attachaient  à  la 
maison,  protégeaient  la  famille,  et  poussaient  la  com- 
plaisance jusqu'à  épargner  bien  des  ouvrages  domes- 
tiques à  ceux  qu'ils  avaient  pris  en  affection.  Dans 
l'est  de  la  Cornouaille  on  avait  soin,  quand  on  cons- 
truisait une  habitation,  de  laisber  des  trous  dans  les 
murailles  pour  que  les  Piskies  j)uissent  entrer  dans 
le  nouveau  logis  et  y  exercer  une  influence  favo- 
rable (4). 

D'autres  pratiques  de  la  construction  qui  en  marquent 
presque  la  fin,  puisqu'on  les  remarque  dans  les  parties 
supérieures,  ont,  au  contraire,  pour  but  de  la  garantir 

(1)  Gregor,  1,  p.  53. 

(2)  Campbell,  1,  p.  231. 

(3)  Pedro  so,  1,  n»  398. 

(4)  Folk-Lore,  Journal,  XV  (1887),  p.  182. 


LA  MAISON  205 

des  visites  importunes,  et  plus'  ordinairement  de  la 
mettre  à  l'abri  de  la  foudre.  En  Béarn  on  enchâsse 
avec  du  mortier  à  l'une  des  pointes  du  toit  un  vase  de 
terre  rempli  d'eau  bénite  ;  dans  le  pays  de  Luchon,  on 
pose  sur  le  sommet  une  pierre  debout,  brute  ou  grossiè- 
rement taillée,  dans  les  Landes,  des  tuiles  et  parfois 
des  bouteilles  debout,  qui  ont  pu  remplacer  les  haches 
polies  qui  autrefois  y  étaient  placées  comme  para- 
tonnerres (1)  ;  dans  le  nord  de  l'Italie  certaines  pierres 
blanches  posées  sur  le  toit  garantissent  de  la  foudre  et 
empêchent  aussi  les  sorcières  d'exercer  leurs  malé- 
fices (2). 

Des  talismans,  qui  ne  font  pas  partie  intégrante  de 
la  construction,  sont  surtout  destinés  à  la  préserver 
du  mauvais  œil  et  des  sorciers.  En  Sicile,  on  voit  souvent 
un  fer  à  cheval  suspendu  au  mur  ;  en  Portugal,  il  est 
cloué  sur  la  porte  (3),  et  cet  usage  est  commun  en  Angle- 
terre ;  dans  le  Yorkshire  s'il  a  été  trouvé  par  hasard, 
il  empêche  les  sorcières  et  les  mauvais  esprits  d'en  fran- 
chir le  seuil  ;  en  Cornouaille  il  est  surtout  puissant  lors- 
qu'il est  troué.  En  Sicile,  on  fixe  souvent  sur  la  porte 
une  belle  paire  de  cornes  attachées  avec  du  fil  rouge  (4). 
Dans  la  montagne  de  Pistoia  (Toscane)  où  des  bran- 
ches de  genévrier  sont  suspendues  devant  toutes  les 
portes,  on  explique  leur  présence  en  disant  que  les 
sorcières  sont  poussées  irrésistiblement  à  en  compter  les 
feuilles  ;  mais  elles  sont  si  nombreuses  qu'elles  se  trom- 

(1)  SÉBILLOT,  I,  IV,  p.  95. 

(2)  Giovanni,  p.  99. 

(3)  Castelli,  p.  25.  Pedroso,  1,  n"  221. 

(4)  Latham,  p.  24.  HuNT,  p.  432.  Castelli,  1.  c. 

12 


206     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

pent  dans  leur  compte,  s'imj)atientent  et  s'éloignent, 
de  peur  d'être  surprises  et  reconnues  (1).  A  Saint- 
Briavel  on  tabouait  la  maison  en  traçant  sur  la  mu- 
raille et  sur  le  seuil,  ou  si  la  porte  n'en  avait  pas,  sur 
une  pierre,  une  ligne  blanche  qui  ne  devait  pas  être 
interrompue,  et  qui  en  interdisait  l'entrée  aux  mauvais 
esprits  (2).  A  la  Saint-Martin,  (vers  1820)  des  paysans 
irlandais  arrosaient  le  seuil  de  la  maison  avec  le  sang 
d'un  animal  tué,  et  ils  en  aspergeaient  aussi  les  quatre 
coins  pour  en  chasser,  pendant  un  an,  toute  sorte  de 
mauvais  esprits  (3).  En  Danemark  ils  ne  peuvent  fran- 
chir le  seuil  de  la  porte,  derrière  laquelle  on  a  répandu 
de  la  graine  de  lin  (4). 

Dans  le  Northumberland  les  pierres  percées,  suspen- 
dues au-dessus  de  la  porte,  sont  un  excellent  préservatif 
contre  les  sorcières  ;  dans  le  pays  de  Liège,  elles  empê- 
chent l'entrée  du  cauchemar.  Dans  l'Aude,  un  vase 
plein  d'eau  placé  près  du  trou  de  la  serrure  ou  de  la 
chatière  est  efficace  contre  les  visites  de  la  masque  ou 
sorcière  qui  s'y  noie  généralement  (5). 

Les  pratiques  protectrices  accomplies  à  l'intérieur 
sont  souvent  accompagnées  de  conjurations  :  Aux 
Açores  en  posant  en  dedans  de  la  porte  un  talisman 
composé  de  plantes  odoriférantes,  on  en  récitait  une 
pour  éloigner  les  sorcières  (6).  En  Ecosse  les  paroles 

(1)  GUBERNATIS,  2,   II,  p.  152. 

(2)  Folk-Lore,  XIII,  (1902),  p.  172. 

(3)  Folk-Lore  Journal,  VI,  (1888),  p.  57. 

(4)  Thorpe,  II,  p.  113. 

(5)  BaLFOUR,  p.  51  ;  SÉBILLOT,   1,    I,  p.   142. 

(6)  Pedroso.  2,  p.  18. 


LA   MAISON  207 

destinées  à  garantir  de  la  visite  des  fantômes  devaient 
être  prononcées  trois  fois  derrière  la  porte,  et  dès  lors 
aucun  ne  pouvait  entrer  par  là,  par  les  fenêtres  ou  par 
une  crevasse  quelconque  ;  sans  cette  opération,  il  pour- 
rait y  pénétrer  par  le  trou  de  la  serrure,  et  même  à 
travers  la  muraille  (1).  Dans  les  Abruzzes,  le  chef  de  la 
famille,  avant  d'aller  se  coucher  la  nuit  de  Noël,  trempe 
la  main  dans  un  vase  d'eau  et  asperge  la  chambre  en 
disant  :  «  Sortez  de  ma  maison,  esprits  malins,  sortez  !  »  (2) 
En  Irlande  un  poulet,  en  Allemagne  un  coq  noir, 
sont  tués  à  la  Saint-Martin,  et  la  maison  est  arrosée 
avec  leur  sang  (3).  En  Irlande  un  morceau  de  tourbe 
enflammée,  porté  sur  un  bâton,  ou  sur  des  pincettes,  à 
la  nuit  tombée,  préserve  des  fairies  (4)  ;  en  Portugal, 
les  sorcières  ne  peuvent  entrer  dans  un  logis  qui  a  été 
parfumé  à  minuit,  le  mardi  et  le  vendredi  (5).  Dans 
l'Allier,  on  leur  interdit  l'accès  de  celui  dont  on  s'ab- 
sente en  plaçant  un  balai  devant  la  porte,  ou  en  le 
mettant  derrière. 

Suivant  une  conception  dont  on  rencontre  de  nom- 
breux exemples  chez  les  primitifs,  et  qui  subsiste  encore 
en  Europe,  des  procédés  apparentés  à  ceux  employés 
contre  les  esprits  garantissent  le  logis  des  bêtes  impor- 
tunes ou  nuisibles.  En  Haute-Écosse,  lorsqu'un  endroit 
est  infesté  de  rats  et  de  souris,  et  qu'on  n'a  trouvé  aucnn 
moyen  de  les  chasser,  on  compose  une  formule  riméeleur 

(1)  Stewart,  p.  54. 

(2)  FiNAMORE,  p.   66. 

(3)  Wilde,  p.  180.  Folk-Lore  Journal,  II  (1884),  p.  262. 

(4)  Folk-Lore,  VII  (1896),  p.  299. 

(5)  Pedroso,  2,  p.  17. 


208     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

ordonnant  de  s'en  aller  ;  on  leur  dit  où  il  faut  qu'ils  se  ren- 
dent, en  les  prévenant  d'éviter  des  dangers,  et  en  leurdé- 
crivant  les  avantages  qu'ils  auront  dans  leur  nouvelle 
résidence.  Ce  charme  est  appelé  la  Satire  du  Rat,  et 
s'U  est  bien  composé  la  vermine  s'en  va  (1).  En  Portugal, 
on  met  sur  la  porte  de  l'armoire  un  morceau  de  papier 
avec  cette  inscription  :«  En  l'honneur  de  S. -Bento  —  Que 
les  fourmis  ne  puissent  entrer  ici  »  (2). 

63.  —  La  cheminée  est  l'objet  de  pratiques  toutes 
spéciales,  qui,  dans  le  nord  de  l'Ecosse,  commencent 
dès  la  construction  :  la  première  pierre  posée  est  celle 
qui  doit  être  derrière  le  foyer  ;  on  frappe  dessus  un  pou- 
let, jusqu'à  ce  qu'elle  soit  arrosée  de  son  sang.  Cet 
acte  a  pour  but  d'assurer  que  le  feu  fasse  bouillir  un  pot 
bien  rempli  aussi  longtemps  que  celui  qui  construit  la 
maison  y  habitera  (3).  Aux  environs  deDinan,  on  ne  doit  y 
allumer  de  feu  qu'après  y  avoir  jeté  trois  gouttes  d'eau 
bénite  ;  sans  cette  mesure  le  diable  en  prendrait  posses- 
sion, et  bientôt  délogerait  le  bon  Dieu  du  reste  de  la 
maison  (4). 

La  plantation  de  la  crémaillère,  dont  le  rôle  en  Folk- 
Lore  est  considérable,  et  qui  a  sans  doute  été  accom- 
pagnée autrefois  d'une  sorte  de  cérémonie  rituelle 
n'est  plus  guère  que  l'occasion  d'un  repas.  Plusieurs 
croyances  s'attachent  à  la  crémaillère  :  dans  les 
Abruzzes  on  ne  doit  pas  la  faire  osciller  du  deux 
novembre  à  l'Epiphanie,  pour  ne  pas  éveiller  les  morts 

(1)  Campbell,  1,  p.  225-226. 

(2)  Leite,  1,  p.  138. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.  VI  (1891),  p.  175. 

(4)  Sébillot,  1,  I,  IV,  p.  99. 


LA  MAISON  209 

qui,  durant  cette  période, dorment  dans  la  maison  (1). 
En  France  et  en  Ecosse,  des  sorciers  peuvent  en  la 
trayant  enlever  le  lait  des  vaches  de  leurs  voisins  (2). 

Des  talismans  ont  pour  but  d'empêcher  les  esprits 
d'entrer  par  la  cheminée,  qui  est  une  de  leurs  routes 
familières,  et  celle  par  laquelle  descendent  les  fées  des 
contes.  Les  paysans  du  Dorset  y  suspendent,  comme 
préservatif  de  la  visite  des  fairies,un  cœur  de  bœuf,  ou 
attachent  à  un  clou  spécial  un  sachet  de  sel  (3).  On 
trouva  dans  une  cheminée  à  Shrewsbury  un  papier  sur 
lequel  était  écrite  une  conjuration  ordonnant  à  tous 
les  mauvais  esprits  de  quitter  la  maison  (4). 

64.  —  Le  foyer  dont  le  langage  courant  fait  en  quelque 
sorte  le  centre, presque  le  sanctuaire, de  la  maison, peut  être 
considéré  comme  l'autel  du  feu,  et  c'est  à  celui  qui  y 
brûle  pour  les  usages  domestiques  que  se  rattachent  la 
plupart  des  croyances  en  relation  avec  cet  élément.  C'est 
pour  cela  que  je  réunis  ici  celles  qui  n'ont  pas,  en  raison 
de  leur  rôle  particulier,  leur  place  marquée  dans  les 
autres  chapitres  de  cet  ouvrage. 

En  Wallonie,  lorsqu'il  s'agit  d'allumer  le  feu  le  matin, 
on  récite  une  oraison  à  saint  Laurent,  qui,  à  cause  de 
son  suppnce,lui  est  souvent  associé,  et  qui  a  peut-être 
pris  la  place  de  quelque  divinité  :  <(  <(  Bien  aimé  saint 
Laurent,  pour  que  mon  feu  aille  bien,  mettez  dedans 
votre  bâton  ;  si  vous  ne  le  mettez  pas ,  il  ne  prendra  pas  »  (  5) . 

(1)  FiNAMORE,  p.   183. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,  IV,  p.  84.  Campbell,  2,  p.  9. 

(3)  Folk-Lore  Journal,  VII  (1889),  p.  176.  Folk-Lore,^  (1899),  p.  480. 

(4)  Folk-Lore  Record,  V  (1882),  p.  160. 

(5)  Wallonia,  V  (1897).  p.  84. 

12. 


210     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

Les  paysans  du  Leicester,  lorsqu'il  brûle  difficilement 
mettent  le  poker  sur  le  foyer,  de  façon  à  ce  qu'il  forme 
croix  avec  la  base  de  la  grille  ;  ils  peixsent  détruire  ainsi 
la  malice  des  gnomes,  jaloux  de  ce  que  les  hommes 
sont  en  possession  de  leurs  trésors  souterrains,  et  celle 
des  démons  et  des  sorcières  qui  président  aux  cheminées 
qui  fument  (1). 

Le  feu  joue  un  rôle  protecteur  en  Portugal,  et  il  pré- 
serve de  la  visite  des  sorcières  lorsqu'il  a  été  allumé  au 
moment  où  l'on  s'absente  temporairement  de  la  mai- 
son (2). 

En  Italie,  où  comme  en  nombre  d'autres  pays,  les 
morts  se  tiennent  dans  le  foyer  quand  il  leur  est  permis 
de  revenir  sur  terre,  on  prend  des  précautions  pour  ne 
pas  les  déranger  ;  en  Sicile,  lorsqu'on  défait  un  feu,  et 
qu'on  jette  à  terre  les  tisons  enflammés,  on  les  éteint 
aussitôt  pour  que  les  âmes  des  limbes,  qui  sont  dans 
l'obscurité  et  dont  la  vue  est  très  sensible, ne  soient  pas 
affectées  en  les  voyant  (3)  ;  dans  le  Montferrat,  on  les 
éteint  vivement  avec  le  pied,  de  peur  de  faire  souffrir 
les  âmes  du  purgatoire  (4). 

Suivant  des  croyances  en  relation  avec  la  nais- 
sance et  avec  là  mort  il  est  dangereux  de  laisser, 
à  certains  moments,  sortir  du  feu  de  la  maison. 
Dans  les  comtés  du  nord  de  l'Angleterre,  la  chance 
s'en  va,  si  on  l'enlève  à  la  Toussaint,  au  nouvel  an,  à 


(1)  BiLLSON,  p.   60. 

(2)  Leite,  2,  II,  p.  113. 

(3)  PiTRÈ,  1,  IV,  p.  458. 

(4)  Ferraro,  p.  35. 


LA   MAISON  211 

la  Saint- Jean,  etc.,  en  Irlande  le  premier  mai  (1).  En 
Ecosse  l'interdiction  s'applique  aux  premiers  jours  des 
quartiers  de  l'année,  nouvel  an,  Sainte  Bride,  Beltane, 
Lammas  ;  en  donner,  surtout  lors  de  ces  derniers  jours, 
ce  serait  fournir  à  celui  qui  l'a  pris  le  moyen  de  détourner 
à  son  profit  tout  le  bénéfice  des  vaches.  Si  on  ne  peut 
le  refuser,  on  a  soin  de  jeter,  dès  que  celui  qui  l'emporte 
est  parti,  un  morceau  de  tourbe  enflammée  dans  un 
baquet  d'eau  (2). 

Le  respect  du  feu  est  l'objet  de  défenses  qui  s'adres- 
sent aux  enfants,  et  aussi  aux  hommes,  et  que  souvent 
sanctionnent  des  châtiments.  Quelques-unes  sont  en 
relation  avec  des  idées  religieuses  :  on  dit  en  Portugal 
qu'au  commencement  du  monde,  il  sortit  de  la  bouche 
d'un  ange,  c'est  pour  cela  qu'on  commet  un  péché  en 
crachant  dessus  ;  on  dit  aussi  qu'en  le  faisant  on  crache 
sur  la  figure  de  Dieu,  et  que  les  étincelles  sont  des 
âmes  qui  vont  au  purgatoire.  En  Espagne,  c'est  auss 
un  péché  de  cracher  sur  le  feu,  et  en  Portugal,  celui 
qui  le  fait  crache  sa  chance  (3).  Dans  l'ouest  de  la 
France  et  en  Hainaut  il  devient  poitrinaire  ;  des  pus- 
tules douloureuses  sur  la  langue  punissent  les  enfants 
juifs  qui  contreviennent  à  cette  défense;  en  Portugal, 
on  peut  attraper  la  colique  ou  la  pierre  (4).  En  Wal- 
lonie, on  dit  aux  enfants  que  s'ils  urinent  dans  le  feu 
ils   attraperont  la  chaude-pisse  ;    la   ménagère   qui   y 

(1)  Henderson,  p.  72.  Wilde,  p.  106. 

(2)  Campbell,  1,  p.  234-235. 

(3)  Leite,  1,  p.  24-35.  Guichot,  p.  257. 

(4)SoucHÉ,  l,p.  25.  Fraysse,  p.  165.  WaUonia,\II,  (1899)  p.   159. 
ScHULH,  p.  31.  Leite,  1,  p.  51. 


212     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

jette  les  excréments  de  son  nourrisson  l'expose  à  avoir 
«  le  feu  »  dans  le  corps,  c'est-à-dire  une  inflammation  (1). 

D'autres  prohibitions  ont  surtout  pour  but  d'empê- 
cher les  enfants  de  s'approcher  du  feu  et  de  s'y  brûler  ; 
on  leur  dit  en  Wallonie,  que  s'ils  s'amusent  à  couper  la 
flamme,  ils  raccourcissent  leur  vie  d'un  an  ;  à  Marseille, 
en  Poitou  et  en  Portugal,  qu'ils  pisseront  au  lit  s'ils 
jouent  avec  les  tisons  (2). 

65.  —  Quelques  vestiges  de  l'ancien  culte  du  feu 
subsistent  dans  l'Europe  occidentale  :  les  paysans 
liégeois  en  l'allumant  le  premier  jour  de  l'an,  lui  sou- 
haitent la  bonne  amiée  (3).  Lorsque  tous  les  feux  do- 
mestiques venaient  à  être  éteints,  les  habitants  de  l'île 
Murry  en  Irlande  se  rendaient  à  une  pierre  vénérée  et 
en  tiraient  des  étincelles  qui  seules  devaient  servir  à  les 
rallumer  (4).  Il  y  a  une  centaine  d'année,  les  paysans 
du  nord  de  l'Ecosse  se  procuraient  un  incomparable 
agent  de  préservation  en  obtenant  un  feu  nouveau  au 
moyen  d'une  cérémonie  rituelle  qui  était  ainsi  pratiquée 
en  1828  :  On  recommandait  à  tous  les  chefs  de  famiUe 
habitant  entre  les  deux  rivières  les  plus  proches  d'étein- 
dre, à  un  matin  désigné,  tous  les  feux  et  toutes  les 
lumières  ;  lorsqu'on  était  certain  que  cela  avait  été  stric- 
tement observé,  un  rouet,  ou  tout  autre  instrument 
capable  de  produire  du  feu  par  friction,  était  mis  en  mou- 
vement par  celui  qui  se  croyait  victime  d'un  maléfice  et 

(1)  Wallonia,  V,  (1897),  p.  82. 

(2)  Wallonia,  V,  (1897),   p.   82.   Régis,  p.  265.    Souche,  1,  p.  31. 
Pedroso,  1,  p.  259. 

(3)  HocK,  p.  99. 

(4)  Wilde,  p.  227. 


LA    MAISON  218 

par  ceux  qui  s'intéressaient  à  lui.  A  la  fin,  le  fuseau 
enflammé  par  la  friction  produisait  le  Forlorn  F  ire  en  abon- 
dance, et  au  moyen  d'une  étoupe  ou  de  tout  autre  combus- 
tible il  s'étendait  atout  le  voisinage.  L'étoupe  le  commu- 
niquait à  la  chandelle,  la  chandelle  à  la  torche,  la  torche 
à  un  quartier  de  tourbe,  que  le  maître  des  cérémonies, 
après  de  pieux  souhaits  pour  la  réussite  de  l'expérience, 
distribuait  aux  messagers  qui,  avec  ces  morceaux  de- 
vaient rallumer  les  feux  dans  les  maisons  entre  les  deux 
ruisseaux  ;  par  ce  moyen,  les  machinations  de  la  sor- 
cellerie étaient  conjurées  et  réduites  à  l'impuissance  (1). 
Le  feu  intervenait  aussi  dans  le  sacrifice  d'un  être 
vivant  que,  jusqu'à  une  période  assez  récente,  les  petits 
fermiers  des  districts  éloignés  de  la  Cornouaille  ont  cru 
nécessaire  pour  apaiser  la  colère  de  Dieu.  C'est  ainsi  que 
vers  1800,  un  fermier,  après  avoir  essayé  tous  les  moyens 
de  se  débarrasser  d'une  épidémie  qui  sévissait  sur  son 
bétail,  consulta  ses  voisins  qui  lui  dirent  qu'elle  ne  ces- 
serait que  s'il  brûlait  vivant  le  plus  beau  de  ses  veaux. 
On  croyait  ne  pouvoir  guérir  une  personne  ensorcelée 
qu'en  prenant  dans  l'âtre  du  jeteur  de  sort  trois  tisons 
allumés  ;  un  enfant  marchait  dessus  trois  fois,  puis  on 
les  éteignait  avec  de  l'eau  (2). 

L'ordahe  par  le  feu  a  été  pratiquée  dans  l'ouest  de  la 
Cornouaille  jusqu'à  une  époque  dont  on  garde  encore  le 
souvenir  ;  on  allumait  du  feu  sur  une  des  larges  pierres 
plates  si  communes  dans  les  villages  de  ce  pays,  et  on  en 
tirait  un  tison  que  l'on  remettait  à  celui  qui  était  accusé 
de  quelque  larcin,  et  qui  devait,  s'il  était  innocent,  l'étein- 

(1)  Stewart,  p.  215-216. 

(2)  HuNT,  p.  211-213. 


214     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

dreavecsa  salive  (1).  Dans  le  pays  de  Galles,  chacun  jetait 
une  petite  pierrre  avec  sa  marque  dans  le  feu  allumé  en 
commun  au  commencement  de  l'hiver  ;  s'il  la  trouvait 
intacte  le  matin,  il  devait  avoir  une  année  heureuse  (2). 
En  France,  ainsi  qu'on  l'a  vu,  on  pratique  des  consul- 
tations pour  la  vie  ou  pour  la  mort,  dans  les  feux  de  la 
Saint-Jean. 

Le  serment  par  le  feu  est  encore  usité  en  Basse-Bre- 
tagne ;  le  paysan  crache  dans  sa  main  droite,  fait  le 
signe  de  la  croix  et  dit  en  levant  sa  main  mouillée  : 
«  Je  le  jure  par  le  feu  rouge  !  »  (3). 

66.  —  Il  est  un  certain  nombre  d'actes  qui,  permis 
pendant  le  jour,  sont  rigoureusement  interdits  après 
le  coucher  du  soleil.  La  défense  est  tantôt  motivée  par 
des  croyances  religieuses  ou  surnaturelles,  tantôt  par 
la  punition  qui  atteindrait  ceux  qui  la  violeraient. 
En  Basse-Bretagne,  on  doit  s'abstenir  de  balayer  la 
maison,  parce  que  l'on  pourrait  blesser  et  écarter  les 
trépassés  qui  s'y  promènent,  ou  les  pousser  dehors  avec 
la  poussière  ;  si  malgré  cela,  on  l'a  jetée,  il  faut  se  garder, 
si  le  vent  la  repousse,  de  la  jeter  dehors  une  seconde  fois, 
sous  peine  d'être  réveillé  à  tout  moment  par  les  âmes 
défuntes.  On  dit  aussi  qu'en  balayant  on  chasse  la  Vierge 
qui  fait  sa  tournée  pour  voir  dans  quelles  maisons  elle 
peut  laisser  entrer  ses  âmes  préférées.  En  d'autres  pays 
c'est  pour  les  vivants  que  cet  acte  est  dangereux;  en 
Corse,  il  amènerait  le  décès  de  quelqu'un  de  la  famille, 


(1)  Folk-Lore  Journal,  V,  (1887),  p.  97. 

(2)  Rhys,  I,  p.  2,  24-25. 

(3)  Revue  Celtique,  VI  (1881),  p.  184. 


LA  MAISON  215 

dans  le  Loir-et-Cher  celui  du  maître  de  la  maison  (1). 
En  Portugal,  on  balaie  sa  fortune,  mais  on  peut  en  jetant 
du  sel  sur  la  poussière  ne  pas  avoir  à  souffrir  de  cet 
acte.  Dans  le  même  pays,  celui  qui  jette  des  ordures 
dehors  jette  sa  chance  (2).  En  Irlande,  il  faut  se  garder 
de  jeter  de  l'eau  sale  la  nuit,  de  peur  de  déranger  les 
elfes  qui  s'amusent  (3)  ;  si  on  est  forcé  de  le  faire,  il  est 
nécessaire  de  prévenir  ceux  qui  pourraient  se  trouver 
dans  le  voisinage  en  disant  :  «  Avec  votre  permission  »  (4)  ; 
qu'elle  soit  sale  ou  propre,  les  gens  du  peuple  ne  man- 
quent pas  de  crier  :  «  Gare  l'eau  !  »  parce  que  les  esprits 
des  derniers  décédés  errent  autour  de  la  maison,  et 
qu'il  serait  mauvais  qu'elle  tombe  sur  eux  (5).  En 
Portugal,  on  doit  les  prévenir  en  disant  :  «  Fuyez, 
trépassés  !  voici,  Tçau  qui  a  lavé  les  pieds  !  »  On  croit 
aussi  qu'il  faut  s'abstenir  d'en  jeter  dans  la  rue,  parce 
qu'une  personne  malveillante  pourrait  s'en  servir  pour 
nuire  à  celui  qui  s'y  est  lavé  (6). 

(1)  SÉBILLOT,   1,   I.  p.   136-137. 

(2)  Leite,  1,  p.  12.  Pkdroso,  1,  n"  1. 

(3)  MooNEY,  p.  139. 

(4)  Folk-Lore  Journal,  II  (1884),  p.  262. 

(5)  Wilde,  p.  81. 

(6)  Pedroso,  1,  n°'  60,  51. 


CHAPITRE  II 


Les  bateaux. 


67.  La  construction  et  le  lancement.  —  68    Le  lest  et  les  amulettes. 
—  69.  Procédés  de  déscnsorcellement. 


Si  les  survivances  des  sacrifices  qui  accompagnaient 
les  constructions  terrestres  sont  encore  apparentes  sous 
les  atténuations  modernes,  il  est  plus  difficile  de  retrou- 
ver des  traces  certaines  de  ceux  que  l'on  faisait  autre- 
fois sur  le  chantier  des  navires  au  moment  de  leur 
mise  à  l'eau,  et  qui  étaient  encore  en  usage  en 
Polynésie,  il  y  a.  moins  d'un  siècle  (1). 

67.  ^-  La  coutume  de  clouer  un  crapaud  dans  la 
carcasse  des  bateaux  en  chantier,  encore  pratiquée 
dans  la  Gironde  par  les  marins  qui  pensent  ainsi  empê- 
cher les  rats  de  venir  à  bord,  a  pu  être  motivée  autrefois 
par  une  croyance  analogue  à  celle  qui,  sur  terre,  fait 
enfouir  un  animal  sous  les  fondations  (2).  Ce  qu'on  ap- 
pelle l'arrosement  de  la  quille,  et  qui  en  Haute- Bretagne 
consiste  à  boire  un  coup  au  moment  où  on  la  pose, 
dans  le  Boulonnais  à  se  rendre  au  cabaret  après    que 

(1)  Revue  des  Trad.  pop.,  XIV  (1899),  p.  182. 

(2)  Rolland,  III,  p.  52. 


LES   BATEAUX  217 

le  premier  clou  a  été  enfoncé  par  le  charpentier,  n'a 
que  des  rapports  lointains  avec  l'arrosement  par  le 
sang  qui  était  en  usage  autrefois.  Un  parallèle  plus 
exact  de  la  pose  de  la  première  pierre  se  retrouve  en 
Provence  :  on  met  quelques  pièces  de  monnaie  dans  la 
mortaise  de  l'étambot  ;  le  capitaine  ou  l'armateur, 
ainsi  que  le  constructeur,  font  une  croix  avec  un  outil 
sur  l'arrière  de  l'étambot,  et  à  cette  occasion  ils  paient 
à  boire  aux  ouvriers  (1).  En  Poméranie,  on  tâche  de  faire 
entrer  un  peu  de  bois  volé  dans  la  quille  ou  dans  quelque 
œuvre  importante  ;  cet  acte  donne  au  navire  le  privi- 
lège de  naviguer  très  vite  la  nuit  (2). 

En  Haute- Bretagne  lorsque  la  coque  est  terminée, 
on  l'arrose  avec  de  l'eau  de  mer,  et  cette  sorte  de  bap- 
tême, probablement  plus  ancien  que  la  cérémonie  catho- 
lique, est  accompagné  d'une  formule  rimée  adressée  au 
bateau,  et  qui  n'a  aucun  caractère  chrétien  ;  il  en  est 
de  même  de  celles  qu'on  récite  en  le  lançant,  ou  dès 
qu'il  flotte  sur  l'eau  (3). 

Au  moment  où  l'on  va  procéder  aux  derniers  prépa- 
ratifs, le  capitaine  reçoit,  en  Provence,  de  la  main  du 
constructeur  une  herminette  avec  laquelle  il  doit  tracer 
une  croix  à  l'arrière  du  navire  ;  le  constructeur  en  fait 
une  aussi,  et  c'est  alors  seulement  qu'il  donne  le  signal 
convenu  pour  la  mise  à  l'eau.  Au  milieu  du  siècle  der- 
nier, en  Angleterre,  une  femme  cassait  une  bouteille 
contre  l'avant,  et  c'était  pour  le  vaisseau  comme  le 
signal  du  départ.  En  Sicile,  après  un  dialogue  entre  le 

(1)  Sébillot,  4,  p.  135-136. 

(2)  Revue  des  Trad.  pop.  XIV  (1890),  p.  132-133. 

(3)  SÉBILLOT,  4,  p.  137-139. 

LE   PAGANISME   CONTEMPORAIN  13 


218     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

pi'opriétaire  et  le  constructeur,  celui-ci  le  bénissait  avec 
une  formule  qui  se  terminait  par  une  prière,  puis  il 
donnait  deux  coups  de  hache  en  croix  sur  la  poupe, 
et  la  barque  était  lancée  à  la  mer  (1).  A  Plouézec,  près 
de  Paimpol,  où  le  bateau  a,  suivant  l'usage  des  côtes 
françaises,  un  parrain  et  une  marraine,  ceux-ci,  après 
le  baptême,  frappent  chacun  à  leur  tour  quelques  coups 
de  marteau  sur  cinq  petites  chevilles  dans  les  trous 
desquelles  on  a  préalablement  introduit  du  pain  bénit. 
En  Haute-Bretagne,  après  la  bénédiction,  on  distribue 
du  pain  bénit  à  tous  ceux  qui  se  trouvent  à  bord,  puis 
on  écrase  sur  le  pont  plusieurs  galettes  de  biscuit,  et 
le  patron  brise  sur  l'avant  une  bouteille  de  vin  en 
disant  :  «  Biscuit  et  bouteille  de  vin . — Fais  que  rnon  bateau 
ne  manque  jamais  de  pain.  »  Le  parrain  et  la  marraine 
se  penchent  alors  sur  le  pont,  ramassent  les  miettes  de 
biscuit  et  lèchent  les  gouttes  de  vin  (2).  La  coutume 
de  briser  sur  le  pont  une  bouteille  contenant  un  liquide 
est  à  peu  près  générale,  et  comme  le  vin  rappelle  par 
sa  couleur  le  sang  dont  le  bateau  était  jadis  arrosé,  il 
est  supposable  qu'il  y  a  là  une  survivance  adoucie  de 
ce  rite.  Les  bouteilles  de  Champagne  de  plusieurs 
cérémonies  modernes,  les  bouteilles  d'eau-de-vie  brisées 
en  Ecosse  sur  l'avant  ou  sur  l'arrière,  suivant  le  côté  par 
lequel  le  navire  est  entré  dans  la  mer  (3),  constituent 
une  atténuation  encore  plus  grande  de  l'ancienne  et 
sanglante  libation. 

68.  —  Les  pierres  du  lest  sont  l'objet  de  préoccupa- 

(1)  Revue  des  Trad.  pop.  XIV  (1899^,  p.  387. 

(2)  SÉBILLOT,  4.  p.  142-144. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.  XIV,  p.  390-392.  Gregor,  1,  p.  197. 


LES   BATEAUX  219 

tions  dont  quelques-unes  font  songer  aux  talismans 
des  maisons  ;  les  pêcheurs  des  Highlands  ont  soin  d'y 
mettre  une  «  pierre  de  chance  »  (1),  mais  ils  se  gardent 
bien  d'y  employer  celles  qui  sont  blanches  ou  ont  été 
rongées  par  les  pholades  (2),  les  marins  du  golfe  d'Amalfi 
évitaient  d'y  placer  les  pierres  trouées  que  l'on  rencontre 
souvent  sur  cette  côte,  prétendant  que  les  bateaux 
seraient  comme  enchaînés  et  ne  pourraient  partir  (3). 
Le  bord  a  aussi  de  véritables  amulettes  ;  naguère  un 
coin  de  foudre  était  caché  dans  la  chambre  du  capitaine 
des  caboteurs  guernesiais,  pour  les  préserver  de  l'o- 
rage (4)  ;  les  pêcheurs  de  Sandside  plaçaient  une  branche 
de  lierre  pourvue  de  neuf  joints  (5).  Les  marins  de  la 
Baltique  clouaient  sur  le  pont  devant  le  grand  mât, 
un  vieux  fer  de  cheval  trouvé  par  hasard,  les  caboteurs 
bretons  le  clouaient  jadis  sur  l'étrave  (6),  et  les  bateaux 
de  pêche  de  Northumberland  ne  sortaient  pas  autre- 
fois sans  suspendre  une  pierre  percée  à  l'un  des  agrès  (7). 
Les  matelots  poméraniens  clouaient  au  mât  une  pièce 
d'argent,  de  préférence  ancienne  (8)  ;  aux  Açores,  c'est 
au  mât  de  poupe  que  l'on  fixe  le  fer  du  pied  gauche  d'une 
mule  (9).  Les  pêcheurs  des  Highlands  clouent  au  mât 

(1)  Folk-Lore,  XIV  (1903),  p.  303. 

(2)  Folk-Lore  Journal,  lY  (1886),  p.  15. 

(3)  Magasin  pittoresque  (1855),  p.  84. 

(4)  Sébillot,  1,  IV,  p.  71. 

(5)  Folk-Lore,  XIV  (1903),  p.  303. 

(6)  SÉBILLOT,  2,  II,  p.  68-G9. 

(7)  Balfour,  p.  51. 

(8)  Mélusine,  VII  (1894-5),  col.  208. 
(9)Leite,  1,  p.  100. 


220     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

en  même  temps^ue  le  fer  à  cheval,  une  patte  de  lièvre 
et  un  morceau  de  frêne  des  montagnes,  ceux  de  l'ouest 
de  l'Ecosse  attachent  un  fragment  de  sorbier  aux 
drisses  de  leurs  bateaux  (1). 

69.  —  Les  navires,  comme  les  maisons,  peuvent  être 
l'objet  de  maléfices  :  pour  lever  un  charme  jeté  sur 
leur  bateau,  les  pêcheurs  des  îles  Shetland  s'embarquent 
avant  le  lever  du  soleil  et  brûlent,  à  l'aurore,  une 
figure  de  cire  dans  leur  barque  pendant  que  le  patron 
crie  :  a  Va-t'en,  Satan»  (2).  Dans  le  Finistère  lorsque  la 
malechance  est  venue  à  bord  à  la  suite  d'un  vol,  on 
flambe  l'intérieur  avec  de  la  paille  humide  dont  la 
fumée  a  la  vertu  d'exorciser  le  malin  esprit  qui  s'y  est 
logé  au  moment  du  larcin.  Mais  comme  le  lutin  peut 
se  faire  assez  petit  pour  se  blottir  dans  un  dé  à  coudre, 
on  a  soin  de  faire  entrer  la  fumée  dans  les  moindres 
fentes  et  dans  les  plus  petits  trous.  A  Audierne  on 
conjure  la  Bosj  ou  malechance,  qui  se  loge  toujours  à 
l'avant  .par  plusieurs  moyens  dont  le  plus  curieux 
consiste  à  introduire  secrètement  dans  le  bateau  une 
poignée  de  paille  d'avoine  volée  à  terre.  La  nuit,  en  mer, 
lorsque  tout  le  monde  dort,  l'opérateur  met  le  feu  à 
sa  paille  au  pied  du  mât  de  misaine,  et  crie  :  «  Le  diable 
à  bord  !  »  Les  matelots  éveillés  en  sursaut  saisissent 
tout  ce  qui  se  trouve  à  leur  portée  et  cognent  à  droite 
et  à  gauche.  La  Bosj,  étouffée  par  la  fumée,  traquée, 
battue  de  tous  côtés,  saute  à  la  mer  (3).  En  Ecosse 
lorsqu'on  soupçonne  qu'un  bateau  a  été  ensorcelé,  on 

(1)  Folk-Lorc,  XIV  (1903),  p.  303.  Mélusine,  VII  (1894-5),  col.  281, 

(2)  Frazer,  I,  p.  14. 

(3)  SÉBiLLOT,  4,  p.  215-217. 


LES   BATEAUX  221 

fait  un  nœud  coulant  sur  des  drisses,  assez  larges 
pour  permettre  au  bateau  de  les  traverser,  puis  on  les 
place  sur  l'avant,  on  les  pousse  sous  la  quille,  et  le 
bateau  met  à  la  voile  en  passant  à  travers  le  nœud 
coulant   (1). 

(1)  Gregor,  I,  p.  199. 


CHAPITRE  III 
L'étable  et  la  basse-cour. 


70.  La  protection  de  l'étable  et  du  poulailler.  —  "1.  Procédés  pour 
tabouer  les  abords  de  la  ferme.  —  72.  Conjuration  des  oiseaux  de 
proie  et  des  carnassiers.  —  73.  La  fécondité  et  la  domestication. 
—  74.  Prophyla.xio  des  maladies.  —  75.  Procédés  magiques  pour 
la  guérison  des  bestiaux. 


70.  —  Les  animaux  qui  viennent  occuper  une  étable 
neuve  sont  exposés  aux  mêmes  dangers  que  les  hommes 
qui  entrent  dans  une  maison  nouvellement  construite, 
et  pour  qu'ils  en  soient  préservés,  il  faut  aussi  que  la 
mort  y  passe.  C'est  pour  cela  que  les  paysans  de  la 
Beauce  et  du  Perche  l'arrosent  avec  le  sang  d'un  coq 
égorgé,  qu'ils  enterrent  sous  la  place  que  doit  occuper 
le  taureau  ;  en  Saintonge  ils  sacrifiaient  une  poule 
noire  dont  ils  faisaient  rejaillir  le  sang  sur  les  murs  ; 
en  Touraine  ils  y  laissaient  mourir  un  poisson  (1). 

Les  talismans  des  étables  et  des  écuries  sont  nombreux, 
et  l'on  y  voit  figurer  en  bon  rang  les  objets  préhistori- 
ques. Les  paysans  des  Landes,  de  la  Gironde  et  du 
Vivarais  placent  des  haches  en  pierre  polie  sous  le 
seuil  de  leurs  bergeries,  surtout  quand  elles  sont  cou- 
vertes en  chaume,  pour  les  garantir  de  la  foudre  ;  dans 
le  Lauraguais,  on  les  met  dans  quelque  trou  de  la  mu- 
raille. Dans  l'Albret  et  dans  l'Allier  on  pose  en  croix 

(1)  Sébillot,  1,  IV,  p.  97-98. 


l'étable  et  la  basse-cour  223 

sur  la  porte  du  parc  ou  de  l'étable  deux  tisons  de  la 
bûche  de  Noël  ;  en  plusieurs  pays,  on  y  suspend  en 
croix  des  plantes  qui  ont  été  passées  par  le  feu  de  la 
Saint- Jean  (1).  Dans  le  Lincolnsliire  une  pierre  trouée 
attachée  à  la  clé  de  l'écurie  empêche  les  sorcières  de 
venir  y  prendre  lea  chevaux  (2). 

L'intérieur  est  pourvu  d'un  plus  grand  nombre  encore 
d'amulettes  ;  dans  le  Tarn  les  haches  qui  y  sont  supen- 
dues  garantissent  les  moutons  des  maladies  ;  ailleurs 
on  les  met  dans  quelque  coin  du  mur,  dans  la  crèche, 
au-dessous,  ou  à  proximité  du  bétail.  On  fixe  aussi  à 
la  muraille  des  rameaux  bénits,  qui,  en  Saintonge, 
doivent  provenir  d'un  arbuste  épineux,  ou,  comme  dans 
le  Morbihan,  des  branches  de  sureau  (3).  En  Ecosse 
des  rameaux  de  houx  et  de  sorbier  placés  au-dessus 
de  la  porte  empêchent  la  visite  du  cauchemar  (4).  Dans 
le  nord  de  l'Angleterre,  des  pierres  naturellement 
trouées  en  préservent  les  écuries  (5)  ;  dans  la  Suisse 
romande  elles  sont  pendues  à  la  crèche  du  cheval  et  le 
garantissent  du  lutin  qui  viendrait  pour  tresser  sa 
crinière.  On  croit  en  France  et  en  Wallonie  que,  sus- 
pendues dans  l'étable,  elles  la  mettent  à  l'abri  des 
maléfices.  En  Basse-Bretagne  le  bâton  de  charrue  posé 
le  soir  dans  le  râtelier  empêche  le  Boudic  d'embrouiller 
les  crins  des  chevaux  (6). 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  IV,  p.  70,71  ;  m,  p.  135,  478. 

(2)  Folk-Lore,  VII  (1896),  p.  55. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  71  ;  III,  p.  385. 

(4)  Folk-Lore  Journal,  VII  (1889),  p.  41. 
(5;  Hbnderson,  p.  166. 

(6)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  117  ,  I,  p.  356, 


224     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

Il  y  a  une  cinquantaine  d'années  des  fermières  des 
environs  de  Dinan  plaçaient  dans  le  nid  des  poules 
couveuses  des  haches  de  pierre,  vraisemblablement 
destinées,  comme  les  morceaux  de  fer  dont  l'emploi 
est  beaucoup  plus  fréquent,  à  préserver  les  œufs  des 
effets  de  l'orage  (1).  Le  poulailler  ne  semble  pas  avoir 
d'amulettes  fixes  ;  mais  plusieurs  procédés  en  éloignent 
les  ennemis  des  poules.  En  Sicile,  pour  que  la  belette 
ne  dévore  pas  les  mères  et  les  poussins,  on  la  marie, 
en  lui  récitant  à  haute  voix  cette  conjuration,  qui  la 
rend  inoffensive  :  «  Si  tu  es  femelle,  je  te  donne  le  fils 
du  roi  ;  —  Si  tu  es  mâle,  je  te  donne  la  fille  de  la 
reine  (2)  ».  En  Basse-Bretagne,  au  commencement  du 
siècle  dernier,  on  mettait  du  pain  .et  du  lait  dans  les 
endroits  où  passaient  les  belettes  et  les  hermines,  et 
l'on  disait  que,  contentes  de  cette  offrande,  elles  n'atta- 
quaient plus  les  volailles  (3). 

71.  ^ —  Les  paysans  ont  recours  à  plusieurs  procédés 
magiques  pour  tahouer  les  abords  de  l'habitation  : 
dans  la  Suisse  romande  on  entoure  d'un  fil  rouge  l'en- 
clos des  poules  pour  le  garder  du  renard  ;  en  Bresse, 
l'oijérateur,  après  avoir,  avant  l'aurore,  récité  sans 
bredouiller  sa  prière  du  matin,  fait  le  tour  du  logis  et 
de  ses  dépendances  en  traînant  au  bout  d'une  corde 
un  os  du  festin  du  Mardi-Gras,  qui  ne  doit  pas  quitter 
la  terre  d'un  millimètre  afin  de  ne  laisser  en  aucun 
point  le  i^lus  petit  passage  ;  lorsque  le  cercle  a  été 
tracé,  sans  que  nul  voisin  ne  l'aperçoive,  et  que  les 

(1)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  73  ;  III,  p.'229. 

(2)  PiTRÊ,  1,  m,  p.  440,  441. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  31. 


l'étable  et  la  basse-cour  225 

deux  extrémités  ont  été  bien  soudées,  il  lance  l'os,  de 
toute  sa  force,  dans  la  direction  oj^posée  aux  bâtiments. 
Dans  la  Brie  le  fermier  attachait  un  morceau  de  lard 
à  une  corde  avec  laquelle  il  décrivait  autour  de  sa 
maison  un  cercle  étendu,  afin  de  tracer  l'enceinte  pro- 
tectrice, et  il  disait  en  marchant  :  «  Renard,  tu  ne  man- 
geras pas  plus  de  mes  poules  que  de  mon  lard.  «  En 
Dauphiné  le  contact  avec  la  terre  n'est  pas  obHgatoire  ; 
on  fait,  après  le  soleil  couché,  le  tour  de  la  propriété 
dont  on  veut  écarter  les  renards  en  portant  dans  une 
besace  les  os  de  la  volaille  qui  a  servi  à  fêter  le  Mardi- 
Gras,  puis  on  la  jette  le  plus  loin  possible.  Naguère 
dans  l'Yonne  on  dépeçait  un  jeune  mouton  et  on  en 
déposait  un  quartier  à  chaque  angle  du  terrain  qu'il 
s'agissait  de  préserver  du  loup,  en  invoquant  sainte 
Marie,  sainte  Agathe  et  saint  Loup.  Les  métayères  de 
ce  pays  charmaient  aussi  le  renard  au  moyen  de  frag- 
ments d'une  omelette  de  douze  œufs,  dont  elles  allaient, 
en  courant  aut(>ur  de  l'enclos,  lancer  un  morceau  à 
chacun  des  coins  en  disant  :  «  Renard,  v'ià  ta  part, 
prends-la  et  n'y  reviens  pas  »  (1). 

72.  —  Plusieurs  conjurations  rimées,  ou  qui  ont 
toutes  au  moins  une  forme  consacrée,  sont  faites  sur 
un  ton  engageant  ;  en  Portugal  elles  promettent  un 
poulet  au  milan  s'il  consent  à  s'éloigner  ;  dans  le  pays 
messin  on  charme  les  buses  en  leur  disant  :  «  Buse, 
buse,  fais  trois  fois  le  tour  de  la  maison,  tu  auras  le 
plus  beau  de  mes  oisons  »  (2).  Dans  le  nord  Scandinave, 
pour  rendre  invisibles    à  l'épervier   les  oisons  sur  le 

(1)  SÉBILLOT,   l.'lll,  p.   30-31. 

(2)  Leite,  1,  p.  157.  SÉBILLOT,  1,  m,  p.  184. 

13. 


226     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

point  de  quitter  leur  nid,  on  les  fait  passer  par  les  jambes 
d'un  pantalon,  et  ailleurs  par  le  squelette  du  bassin 
d'un  cheval  ;  le  renard  ne  pourra  ensuite  les  mordre 
parce  qu'ils  lui  apparaîtraient  aussi  grands  que  des 
chevaux  (1),  Autrefois  dans  les  îles  du  nord  de  l'Ecosse, 
lorsqu'un  aigle  enlevait  un  mouton  ou  une  volaille,  le 
berger  faisait  plusieurs  nœuds  à  une  corde  en  récitant 
une  incantation  qui  contraignait  l'oiseau  à  lâcher  sa 
proie,  même  s'il  se  trouvait  à  une  grande  distance  du 
charmeur   (2). 

La    croyance    suivant    laquelle    il    est    possible,    en 
adressant    aux    carnassiers    les    plus    redoutables    des 
formules,  parfois  accompagnées  de  gestes,  de  les  em- 
pêcher de  nuire  aux  animaux  domestiques,  est  encore 
courante  en  beaucoup  de  pays.  En  France,  on  emploie 
souvent   le    Pater    du    loup,    qui   s'apphque   aussi   au 
renard,  dont  on  a  des  exemples  assez  anciens,  et  dont 
les  variantes  sont  nombreuses  ;  il  n'a  parfois  de  chré- 
tien, comme  en  Gascogne,  que  le  premier  et  le  dernier 
vers,  les  autres  prennent  directement  à  partie  la  bête 
elle-même.    Des    saints    interviennent    aussi    dans    ces 
formules,  et  lorsqu'il  s'agit  de  brebis  égarées  dialoguent 
avec  le  loup,  et  lui  ordonnent  de  les  garder  sans  y  tou- 
cher jusqu'au  soleil  levé  (3).  Lorsqu'une  jeune  taure 
s'égarait  la  première  fois  qu'elle  était  mise  aux  champs, 
les  Solonaises  allaient  jeter  deux  liards  dans  la  serrure, 
se  mettaient  à  genoux  et  disaient  tout  haut  cinq  Pater 
et  cinq  Ave  qu'elles  adressaient  à  saint  Hubert,  per- 

(1)  Gaidoz,  p.  65. 

(2)  Black,  1,  p.  158. 

(.3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  3.3-35. 


l'étable  et  la  basse-cour  227 

suadées  que  les  loups  respecteraient  la  taure,  fût-elle 
au  milieu  d'eux,  et  qu'ils  la  ramèneraient  même  à 
l'étable  (1). 

Les  campagnards  siciliens  qui  laissent  leurs  bêtes 
dehors  la  nuit,  les  préservent  des  carnassiers  en  les 
«  liant  »,  à  l'aide  d'une  assez  longue  oraison  dans  laquelle 
parlent  saint  Sylvestre  et  la  Vierge  Marie,  à  laquelle 
C3  bienheureux  s'était  plaint  des  ravages  que  le  loup 
avait  faits  sur  son  troupeau.  Le  lendemain,  ils  récitent 
une  autre  oraison  afin  de  délier  le  loup  qui,  sans  cela, 
mourrait  sur  place  ;  mais  il  est  nécessaire  qu'ils  n'aient 
pas  traversé  un  cours  d'eau,  car  ils  ne  pourraient  plus 
le  délier  (2). 

Les  bergers  adjurent  aussi  directement  le  loup,  et 
certaines  personnes  ont  le  privilège  de  le  charmer  au 
moyen  d'une  conjuration  lui  défendant  de  toucher  à 
rien  de  ce  qui  a  été  mentionné.  Ces  pratiques  se  font  à 
distance,  d'autres  en  présence  du  carnassier  ;  en 
Limousin  la  bergère  qui  le  voit  venir,  l'empêche  de 
nuire  aux  moutons  en  récitant  le  Pater  à  rebours,  et 
en  le  faisant  suivre  d'une  prière  où  figure  saint  Laurent  ; 
les  paysans  bas-bretons  le  conjurent  au  nom  de  saint 
Hervé  qui  se  faisait  accompagner  d'un  de  ces  animaux, 
et  ceux  d'Alsace  lui  promettent  dix  thalers  s'il  consent 
à  s'éloigner  (3).  En  Portugal  c'est  au  contraire  avec  des 
insultes  que  l'on  s'adresse  aux  renards  en  allant  le  matin 
de  la  Saint-Jean,  avant  le  lever  du  soleil,  dans  les 
champs  où  l'on  suppose  qu'il  y  en  a  ;   on  traite  ces 

(1)  Mém.  de  l'Académie  celtique,  IV  (1823),  p.  93. 

(2)  PiTRÈ,  1,  III,  p.  465-466. 

(3)  SÉBiLLOT,  1,  I,  287  ;  III,  p.  .34. 


228     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

écornifleurs,  dont  le  nom  est  féminin  en  portugais,  de 
truies,  d'ivrognesses,  de  bavardes,  etc.,  dans  la  per- 
suasion qu'ils  ne  viendront  pas  dans  le  cours  de  l'année 
voler  les  poules  (1). 

La  fascination  du  loup,  dont  la  croyance  plusieurs 
fois  relevée  dans  l'antiquité  subsiste  encore,  peut  être 
repoussée  par  des  procédés  magiques  ;  les  bergères  berri- 
chonnes qui  ne  peuvent  crier,  le  mettent  en  fuite  en 
courant  sur  lui  les  cheveux  épars  ;  en  Haute-Bretagne 
on  n'enroue  pas  si  on  se  fourre  dans  la  bouche  une  mèche 
de  cheveux  (2)  ;  en  Sicile,  en  y  mettant  un  peu  de  laine 
on  se  préserve  de  la  fascination,  pourvu  qu'on  ait  pu 
le  faire  avant  d'être  aperçu  de  lui  (3). 

73.  —  Des  pratiques,  dont  quelques-unes  tiennent 
à  la  magie,  ont  pour  but  d'assurer  la  fécondité  des  bêtes  ; 
l'arrosement  des  parties  génitales  des  chevaux  et  des 
juments  avec  l'eau  de  fontaines  sacrées  est  encore  prati- 
qué en  Basse-Bretagne,  et  plusieurs  sources  réputées 
pour  donner  la  fécondité  aux  femmes  sont  également 
efficaces  pour  les  bestiaux  ;  une  fontaine  de  Saône-et- 
Loire  supprime  la  stérilité  des  animaux  domestiques, 
et  la  Fontaine-au-Beurre  à  Férel  dans  le  Morbihan  rend 
les  vaches  fécondes.  Un  ruisseau  près  de  Morlaix  con- 
férait le  même  privilège  aux  juments  qui  l'avaient  tra- 
versé, et  on  leur  fait  encore  maintenant  sauter  trois  fois 
une  petite  rivière  près  de  Ploudalmezeau  (Finistère)  (4). 
Les  personnes  chargées  de  conduire  la  femelle  au  mâle 

(1)  Leite,  1,  p.  188. 

(2)  SÉBILLOT,  III,  p.  24-25, 

(3)  Grisaxti,  p.  147. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  289-290  ;  III,  p.  79  ;  II,  p.  381, 


l'étable  et  la  basse-cour  229 

croient,  au  moyen  d'actes  parfois  assez  bizarres,  neutra- 
liser les  maléfices  des  sorciers  qui,  suivant  une  croyance 
signalée  par  le  curé  Thiers  au  XVIF  sièele,  et  qui  sub- 
siste toujours,  peuvent  empêcher  la  fécondation.  Dans 
la  Beauce  on  avait  soin  avant  de  partir,  de  mettre  du 
sel  dans  sa  poche  ;  dans  l'Yonne  la  femme  qui  conduit  la 
truie  doit  être  à  jeun,  tourner  la  poche  de  son  tablier  à 
Tenvers  et  répéter  tout  le  long  du  chemin  :  «Dix  coichons, 
quatre  coches  «  ;  en  Ille-et- Vilaine,  le  conducteur  de  la 
chèvre  met  à  l'envers  son  chapeau,  et  s'il  a  une  peau  de 
bique,  il  la  retourne  ;  dans  la  Côte-d'Or,  celui  qui  mène 
la  truie  doit  être  chaussé  d'un  sabot  et  d'un  soulier. 
Vn  sachet  rempli  de  sel  est  placé  dans  les  Deux-Sèvres 
au  cou  du  bouc,  en  Limousin,  entre  les  cornes  delà  vache. 
En  plusieurs  pays,  on  adresse  des  incantations  aux 
étalons.  D'autres  observances  ont  lieu  après  l'accouple- 
ment ;  dans  le  Loiret,  la  vache  rentre  à  reculons  dans 
l'étable  (1)  ;  en  Ecosse  on  lui  j^asse  des  clefs  autour  du 
corps  afin  de  l'empêcher  de  rechercher  le  mâle  dans  la 
même  journée  (2)  ;  en  Mecklembourg,  on  la  fait  passer 
entre  les  deux  parties  d'une  charrette  que  l'on  a  dé- 
montée (3). 

On  croyait  en  Ecosse  qu'aucune  fée  ne  pouvait 
prendre  le  lait  d'une  vache  autour  de  laquelle  on 
avait  jiromené,  sitôt  après  sa  délivrance,  un  charbon 
ardent  (4). 

Maintenant  encore  on  attache  avec  un  ruban  rouge 

(1)  SÉBILLOT,  1,   III,  p.  78-81. 

(2)  Campbell,  1,  p.  247. 

(3)  Gaidoz,  p.  61-62. 

(4)  Brand,  III,  p.  318. 


230     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

une  croix  de  sorbier  à  la  jument  qui  sort  pour  la  première 
fois  de  retable  après  avoir  eu  un  poulain.  Cette  même 
amulette  est  placée  au  cou  du  cheval  qui  passe  la  nuit 
dans  une  étable  ouverte,  pour  que  les  sorcières  ne  puissent 
le  faire  servir  à  leurs  expéditions  nocturnes  (1). 

Plusieurs  procédés  magiques  sont  destinés  à  attraire 
ou  à  retenir  les  bêtes  au  logis  ou  tout  au  moins  dans  le 
voisinage.  Dans  le  pays  de  Liège,  après  avoir  frotté 
avec  un  peu  de  beurre  les  pattes  d'un  chat  nouvellement 
acquis,  on  lui  fait  faire  trois  fois  le  tour  de  la  crémaillère 
et  on  le  force  à  gratter  avec  les  pattes  de  devant  le  contre- 
cœur de  la  cheminée  ;  dans  la  Gironde  on  le  contraint 
à  y  tracer  une  croix.  En  d'autres  provinces  on  se  con- 
tente de  lui  graisser  les  pattes  avec  du  beurre  ou  de 
l'huile,  pratique  usitée  aussi  en  Portugal  (2).  En  France 
au  XV*^  siècle,  on  empêchait  les  poules  de  vagabonder 
en  les  faisant  tourner  trois  fois  autour  de  la  crémaillère 
et  en  les  frottant  au  mur  de  la  cheminée;  à  Spa,  on 
accompagne  la  friction  de  cette  formule  :  «  Poule, 
ponds  pour  moi,  et  gratte  pour  moi  ».  En  Portugal, 
on  les  fait  balayer  la  cheminée  avec  la  queue,  ou  on 
les  passe  trois  fois  dans  le  trépied,  en  récitant  une  incan- 
tation (3). 

En  Irlande,  on  calme  pour  une  semaine  un  cheval, 
si  fougueux  qu'il  soit,  en  lui  récitant  le  Credo  dans  l'o- 
reille droite  le  vendredi,  et  le  mercredi  dans  l'oreille 
gauche  (4). Dans  les  Vosges,  on  jDeut  ferrer  le  cheval  le  plus 

(1)  Gregor,  3,  p.  3. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,  III,  p.  110.  Leite,  1,  p.  171. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  219.  Leite,  1,  p.  153. 

(4)  Wilde,  p.  193. 


l'étable  et  la  basse-cour  231 

difficile  lorsqu'on  en  a  fait  le  tour  en  récitant  une  con- 
juration traditionnelle  (1). 

Les  animaux  domestiques  sont  l'objet  de  certaines 
prévenances  qui  les  associent  aux  événements  qui 
intéressent  la  famille.  En  Wallonie,  le  fermier  souhaite 
la  bonne  année  à  chacune  de  ses  bêtes  (2).  En  Basse- 
Bretagne,  on  entoure  la  ruche  d'une  étoffe  rouge  à  la 
naissance  d'un  garçon  ;  en  plusieurs  pays,  on  y  met,  le 
jour  du  mariage,  un  morceau  d'étoffe  voyante  ou  de 
linge  blanc  ;  en  Basse-Bretagne,  on  y  attachait  autrefois 
un  drap  ou  un  ruban  rouge.  L'usage  de  les  mettre  en 
deuil,  ou  même  de  leur  annoncer  avec  des  formules  que 
le  maître  est  mort,  est  général  en  France,  en  Wallonie, 
dans  la  Suisse  romande,  en  Angleterre  et  en  Allemagne, 
Dans  la  Flandre  française  lorsqu' arrive  un  décès,  on 
en  fait  part  à  tous  les  chevaux  et  aux  juments  en  par- 
ticuher  ;  en  d'autres  provinces  on  attache  aux  étables 
ou'aux  bêtes  des  emblèmes  de  deuil  (3). 

74.  —  L'usage  de  faire  passer  les  animaux  domestiques 
à  travers  le  brasier  de  la  Saint-Jean,  pour  les  préserver 
de  l'ensorcellement  et  des  maladies  a  été  très  répandu 
en  France,  et  il  est  encore  observé  en  plusieurs  pays  (4). 
Mais  il  ne  rappelle  pas  autant  qu'en  Angleterre  les  an- 
ciens rites  du  culte  du  feu.  Vers  1825,  lorsqu'il  y  avait 
une  épidémie  sur  le  bétail  du  Northumberland,  on 
éteignait  les  feux  dans  les  villages  voisins,  et  l'on  frot- 

(1)  SÉBILLOT,  1.   III,  p.  110. 

(2)  Wallonia,  IV  (1896),  p.  12. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  315-316.  Folk-Lore,  IV  (1893),  p.  12.  Latham, 
p.  59.  TnoRPE,  III,  p.  161.  Sébillot,  1,  III,  p.  103-104. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  105-106. 


232     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

tait  deux  morceaux  de  bois  sec  jusqu'à  ce  qu'ils 
fussent  enflammés  ;  on  allumait  avec  un  tas  de  paille 
dans  lequel  on  jetait  un  branche  de  genévrier,  et 
les  bêtes  passaient  à  diverses  reprises  à  travers  la 
fumée.  On  envoyait  ensuite  aux  voisins  des  fragments 
de  ce  feu  forcé,  et  il  se  transmettait  de  village  en 
village  pour  la  même  opération  (1).  Une  pratique 
analogue  avait  lieu  vers  la  même  époque  dans  le  York- 
sliire,  et  elle  s'est  continuée  jusqu'au  milieu  du  siècle 
dernier  dans  le  nord  de  l'Angleterre,  où  elle  avait  pour 
but  de  préserver  le  bétail  des  épizooties.  Des  tisons  du 
feu  ainsi  obtenu  étaient  portés  de  ferme  en  ferme  aussi 
vite  que  possible  (2). 

75.  —  Les  procédés  employés  pour  la  guérison  des 
bêtes  sont  fort  nombreux.  Ici,  je  ne  parlerai  Cfue  de  ceux 
qui  touchent  à  la  magie.  Lorsqu'un  cheval  a  été  blessé 
au  pied  par  un  clou,  on  observe  plusieurs  moyens 
de  le  guérir  ;  l'un  d'eux  est  fondé  sur  la  relation 
entre  le  blessé  et  l'agent  de  la  blessure  ;  dans  le 
Sufïolk,  après  avoir  retiré  le  clou,  on  le  graisse  et 
on  le  tient  bien  propre  (3) .  En  Normandie ,  au 
commencement  du  XIX^  siècle,  quand  un  cheval  était 
encloué,  on  enfonçait  un  clou  dans  un  mur  pour  lui 
transmettre  le  mal,  opération  dont  les  similaires  étaient 
courants  aux  XV^  et  au  XVIP  siècles  (4).  La  transmis- 
sion se  fait  plus  fréquemment  au  moyen  d'un  trou  dans 
la  terre,  superstition  apparentée  à  celle  contre  laquelle 

(1)  Balfour,  p.  45. 

(2)  Denham,  II,  p.  50,  342. 

(3)  GuRDON,   p.   25-26. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  134. 


l'étable  et  la  basse-cour  233 

s'élevait  saint  Eloi,  et  qui  consistait  vraisemblablement, 
ainsi  que  l'a  conjecturé  M.  Gaidoz,  à  découper  un  cercle 
de  terre  et  à  y  faire  passer  le  malade  ;  en  Danemark 
les  bêtes  auxquelles  on  a  jeté  un  sort,  sont  passées 
à  travers  un  cercle  de  gazon  pris  dans  le  cimetière 
et  qu'on  y  reporte  ensuite  ;  l'animal  guérit  si  le 
gazon  repousse  (1).  Le  procédé  le  plus  habituel  en 
France  et  en  Wallonie  consiste  à  poser  le  pied  de  la 
bête  malade  sur  une  motte  de  carrefour,  à  la  cerner,  et 
après  avoir  passé  le  pied  dans  le  trou,  à  la  jeter  sur  une 
aubépine  ;  à  mesure  qu'elle  sèche,  le  mal  disparaît  ; 
parfois  le  pied  a  été  simplement  mis  sur  la  motte  avant 
que  celle-ci  soit  coupée.  Dans  la  Mayenne,  c'est  au-dessus 
de  la  crèche  de  la  bête  à  corne  malade  qu'est  suspendue 
la  motte  découpée  dans  une  prairie  à  l'endroit  où  avant 
le  lever  du  soleil,  elle  a  posé  le  pied.  En  Saintonge,  la 
bergère  amenait  la  brebis  atteinte  du  piétin, aussi  avant 
le  soleil  levé,  à  un  lopin  de  gazon,  qui  avait  crû  isolément 
entre  deux  routes,  se  mettait  à  genoux,  puis  après  avoir 
soufflé  trois  fois  sur  son  couteau  en  disant  :  «  Au  nom  du 
Père,  etc.  »  traçait  le  contour  exact  du  pied  malade  en 
récitant  une  oraison  en  l'honneur  de  saint  Jean,  de 
saint  Fiacre  et  de  saint  Riquier  (2). 

Les  paysans  conduisent  leurs  bestiaux  pour  les  guérir 
et  surtout  pour  les  préserver  des  maladies  à  des  fontaines 
sacrées,  à  des  étangs  et  à  des  rivières  (3). 

Le  tour  de  l'objet  réputé  puissant  est  pratiqué  en 
plusieurs  endroits  :  à  Villers  (Eure-et-Loire)  les  chevaux 

(1)  Gaidoz,  p.  23. 

(2)^SÉBiLL0T,  1,  I,  p.  206-208, 

(3)  SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  274,  289,  291,  462,  381. 


234     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

atteints  de  tranchées  circulent  autour  d'une  pierre  brute; 
à  Assevilliers  (Somme)  où  on  les  fait  boire  dans  la  cuvette 
du  polissoir  de  Saint-Martin,  dans  laquelle  se  désaltéra 
la  monture  du  bienheureux,  et  ils  en  font  trois  fois  le 
tour  (1).  En  Sicile,  on  fait  courir  les  animaux  malades 
trois  fois  autour  de  l'église  de  Saint-Giacomo,  et  les 
paysans  bretons  font  faire  trois  fois  à  leur  chevaux, 
pour  les  préserver  des  maladies,  le  tour  des  chapelles 
consacrées  à  saint  Eloi,  le  jour  de  la  fête  du  patron  des 
bêtes  chevalines  (2). 

En  Angleterre  où  l'on  croyait  que  la  musaraigne 
pouvait  amener  la  paralysie  des  animaux  sur  le  dos 
desquels  elle-  avait  passé,  on  employait  pour  la  guérir 
un  barbare  procédé  qui  était  encore  en  usage  en  1806; 
les  paysans  tâchaient  de  se  procurer  un  de  ces  petits 
animaux,  creusaient  un  trou  profond  dans  un  arbre  et 
l'y  enfermaient  vivant  ;  ils  cueillaient  une  branche  de 
l'arbre  et  en  frottaient  le  dos  de  la  bête  malade,  qui 
devait  guérir  au  moment  où  crevait  la  pauvre  musa- 
raigne. 

(1)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  340,  410. 

(2)  Grisanti,  p.  143.  Sébillot,  1,  IV,  p.  136. 

(3)  Brand,  III,  p.  292-293. 


CHAPITRE     IV 


La  culture 


76.  Les  espaces  non  cultivés.  —  77.  Le  labour  et  l'ensemencement. 
—  78.  Procédés  pour  obtenir  une  lionne  récolte  ou  pour  la  pro- 
téger.—  79.  La  préservation  des  tourbillons.  —  80.  Les  ofi'randes 
de  gerbes.  —  81.  Moyens  magiques  d'exciter  la  pluie.  —  82. 
Particularités  des  instruments  agricoles. 


76.  —  L'antique  usage  de  laisser  sans  le  cultiver  un 
espace  de  terrain  pour  être  agréable  aux  divinités, 
observé  à  la  fin  du  XVP  siècle  en  Ecosse,  où  les  anciens 
de  l'Église  prohibaient  la  coutume  de  conserver  inculte 
un  coin  de  champ  qui  était  supposé  dédié  à  Satan,  a 
été  conservé  jusqu'à  nos  jours  dans  ce  pays,  où  l'on 
disait  qu'il  était  pour  le  «  vieil  homme  »,  nom  par  lequel 
on  désigne  le  diable  (1).  Vers  1830,  une  portion  d'un 
champ  du  littoral  des  Côtes-du-Nord,  que  la  charrue 
ne  touchait  jamais,  s'appelait  le  sillon  des  fées,  et  les 
fermiers  étaient  persuadés  que  les  bonnes  dames  se 
seraient  vengées  s'ils  avaient  violé  l'antique  défense  (2). 
Il  servait  peut-être  à  leur  promenade,  comme  les  en- 
droits que,  dans  le  pays  de  Galles,  on  ne  labourait  pas 
parce  que  les  fairies  avaient  l'habitude  de  s'y  promener, 

(1)  Brand,  III,  p.  317.  Gregor,  1,  p.  179. 
,     (2)  Hab.^sque,  III,  p.  152. 


236     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

et  que  si  on  les  dérangeait  en  le  cultivant,  on  s'exposait 
à  leur  ressentiment  (1).  En  Cornouaille  le  champ  où 
se  trouve  la  fontaine  de  Blisland,  un  coin  près  de  celle 
de  Tregaminion  Chapel  devait  aussi  être  laissé  sans 
culture,  peut-être  pour  ne  pas  contrarier  les  génies  de 
ces  sources  (2). 

77.  —  Les  opérations  de  culture  ont  été  l'objet  de  nom- 
breux rites  ;  mais  à  en  juger  par  ce  qui  a  été  recueilli 
ils  sont  assez  effacés  maintenant.  Naguère  cependant 
les  fermiers  de  l'ouest  de  la  Cornouaille,  avant  d'en- 
tamer un  labour,  tournaient  toujours  vers  l'ouest  la 
tête  des  animaux  attelés  à  la  charrue,  en  disant  avec 
solennité  :  «  Au  nom  de  Dieu,  nous  allons  commencer,  « 
et  ils  faisaient  leur  besogne  en  suivant  le  cours  du 
soleil  (3).  En  Ecosse  lorsqu'à  l'automne  ou  au  prin- 
temps on  met,  pour  la  première  fois,  la  charrue  dans 
la  terre,  le  fermier  donne  aux  laboureurs  du  pain  et 
du  fromage  avec  de  l'aie  et  du  whisky;  un  morceau 
de  pain  avec  du  fromage  est  mis  sur  la  charrue  et  un 
autre  est  jeté  dans  le  champ  pour  les  oiseaux.  Parfois 
on  y  pose  une  pierre  entre  le  soc  et  le  contre  ;  si  ensuite 
elle  est  lancée  par  dessus  la  maison,  elle  empêche 
la  crème  de  se  convertir  en  beurre  (4).  Au  XVII^ 
siècle,  on  observait  en  France  une  coutume  qui  n'a 
pas  été  relevée  de  nos  jours  ;  les  paysans,  avant  de 
tracer  le  premier  sillon,  tournaient  trois  fois  autour 
de  la  charrue  en  tenant  à  la  main  du  pain,  de  l'avoine 

(1)  Rhys,  I,  p.  184. 

(2)  Folk-Lore,  VI  (1895),.p.  283. 

(3)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  192. 

(4)  Gregor,  1,  p.  181.Folk~Lore  Journal,  II  (1884),  p.  330. 


LA   CULTURE  237 

et  une  lumière  afin  que  leur  travail  fût  plus  heureux  (1). 

En  plusieurs  pays  d'Europe,  les  cultivateurs  croient 
assurer  la  fécondité  des  plantes  en  employant  des  pro- 
cédés de  «  magie  imitative  ».  Dans  l'Anhalt,  le  premier 
boisseau  de  blé  destiné  à  être  semé  doit  être  mis  en  un 
tas  élevé  pour  que  les  épis  soient  longs  et  pleins  ;  en 
Thuringe  le  paysan  emporte  la  graine  dans  un  long  sac 
qui  va  de  ses  épaules  à  ses  genoux,  et  il  fait  de  grandes 
enjambées  afin  qu'il  se  balance  sur  son  dos,  dans  la 
croyance  que  cela  fera  balancer  le  lin  au  vent  (2)  ; 
autrefois  en  Allemagne  il  s'asseyait  trois  fois  sur  le 
sac  contenant  la  semence.  En  Souabe  et  en  Transyl- 
vanie, on  saute  dans  les  champs  pour  faire  grandir  le 
chanvre  (3).  Les  Bavarois  portent  une  bague  d'or, 
afin  que  le  blé  qu'ils  sèment  soit  doré  (4). 

C'est  à  des  idées  apparentées  que  sont  dues  certaines 
pratiques  contemporaines  des  paysans  de  France  ;  il 
en  est  qui  supposent  que  la  grosseur  de  la  tête  du  se- 
meur de  navets  peut  influer  sur  leur  développement  ; 
dans  les  Vosges,  il  se  la  serre  entre  les  deux  mains  en 
disant  :  «  Dieu  veuille  que  les  navets  que  je  sème  de- 
viennent aussi  gros  que  ma  tête.  »  Quand  il  s'agit  de 
carottes,  après  avoir  fait  le  signe  de  la  croix,  il  s'em- 
poigne à  deux  mains  la  cuisse  droite  en  exprimant  le 
même  souhait  (5).  Lorsque,  il  y  a  un  siècle,  les  femmes 
du  pays  de  Saalfeld  plantaient  des  choux,  leur  vœu 

(1)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  458. 

(2)  Frazer,  I.  p.  33-34,  36. 

(3)  Grimm,  IV,  p.  1793,  n»  412. 

(4)  Frazer,  1.  c.  p.  34. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  457. 


238     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

était  encore  plus  détaillé  :  «  Que  la  tige  soit  comme 
mes  jambes,  la  tête  comme  ma  tête,  les  feuilles  comme 
mon  tablier  !  »  Et  elles  disaient  en  s'adressant  au  lin  : 
((  Lin,  ne  fleuris  que  quand  tu  seras  plus  haut  que  mes 
genoux  »  (1).  Les  paysans  vosgiens  montent  leur  culotte 
le  plus  possible,  car  à  la  hauteur  oii  elle  s'arrêtera,  le 
chanvre  qu'ils  sèment  arrivera  (2).  Dans  la  Vienne, 
celui  qui  lance  la  plus  grosse  pierre  dans  le  feu  de  la 
Saint- Jean  aura  les  plus  gros  navets  ;  en  Touraine  ce 
sont  les  femmes  qui  font  cet  acte  propitiatoire,  et  quel- 
qu'un prend  dans  une  pelle  de  la  braise  et  en  jette  vers 
les  quatre  points  cardinaux  en  disant  :  «  Ceci  est  pour 
mon  champ  de  tel  endroit,  ceci  est  pour  mon  champ 
de  tel  autre  »  (3). 

A  des  pratiques  religieuses  se  joignent  parfois  des 
observances  accessoires  :  en  Sicile  aucun  paysan  ne 
commence  à  semer  avant  de  s'être  signé,  et  il  en  est 
qui  chantent  en  faisant  cette  opération  (4).  En  Seine- 
et-Marne,  pour  l'ensemencement  du  blé  noir,  on  prend 
une  poignée  de  grain,  puis  après  avoir  porté  le  pied  gau- 
che en  avant,  on  dit  :  «  Blé,  je  te  sème,  qu'il  plaise  à 
Dieu  que  tu  viennes  aussi  saint  et  pur  comme  la  sainte 
Vierge  a  enfanté  N.-S.  J.-C.  ».  L'usage  de  jurer,  que  les 
paysans  grecs  observaient  en  semant  du  cumin,  est 
encore  suivi  par  ceux  de  Guernesey  qui  sèment  de 
petites  herbes.  En  Seine-et-Marne  le  laboureur  fait  trois 
fois  le  tour  de  la  pièce  dont  l'ensemencement  est  ter- 
Ci)  Grimm,  IV,  p.  1798,  n"'  518,  519. 

(2)  Sauvé,  p.  142. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  460. 
(4)PlTRÈ,  l,III,p.  140. 


LA   CULTURE  239 

miné,  muni  d'eau  bénite,  et  en  récitant  des  prières; 
en  Limousin,  pour  la  réussite  des  raves  on  fait  au 
Carnaval  neuf  fois  le  tour  du  champ  (1).  Dans  l'Anhalt, 
lorsque  le  semeur  de  lin  a  fini  son  travail,  il  saute  et 
lance  le  sac  en  l'air  en  criant  :  «  Verdissez  et  grandissez, 
vous  n'avez  que  cela  à  faire  !  »  Il  espère  que  le  lin  pous- 
sera aussi  haut  qu'il  a  jeté  son  sac  (2).  En  Suède  si, 
après  avoir  planté  des  choux,  on  fait  trois  fois  le  tour 
du  carré,  ils  seront  à  l'abri  des  vers  (3).  En  Sicile,  on 
fiche  en  terre  des  bâtons  en  forme  de  croix  dès  que 
l'ensemencement  est  achevé,  et  parfois  on  répand  sur 
le  champ  de  la  poussière  ramassée  dans  une  église 
après  le  dimanche  des  Rameaux   (4). 

78.  —  Plusieurs  observances,  dont  quelques-unes  sont 
peut-être  des  vestiges  d'anciens  cultes,  se  font  en  dehors 
du  champ  dont  il  s'agit  d'assurer  la  récolte.  Chaque 
année  les  enfants  de  la  vallée  de  Soana  en  Piémont, 
vont  courir  les  prés  le  dernier  jour  de  février  en  chan- 
tant, en  agitant  des  clochettes  et  en  jetant  ce  cri  : 
(c  Mars,  mars,  arrive,  et  pour  une  graine  de  froment, 
fais  que  nous  en  recevions  cent  !  (5)  »  Ceux  du  Jura 
allument  le  jour  de  Noël  et  parfois  celui  des  Rois,  de 
petits  feux  sur  un  point  élevé  et  ils  crient  :  «  Que  chaque 
gerbe  de  blé  fasse  le  quart  de  la  mesure  !  »  En  nombre 
de  pays,  des  danses,  qui  sont  réputées  propices  à  la 
réussite  du  lin  et  du  chanvre,  se  font  aussi  à  des  époques 

(1)  FrAZER,  I,  p,  103.  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  458. 

(2)  Frazer,  I,  p.  36. 

(3)  TiiORPE,  II,  p.  112. 

(4)  PiTRÈ,  1,  III,  p.  145. 

(5)  GUBERNATIS,  2,  II,  p.  165. 


240     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

fixes,  soit  autour  d'un  feu,  soit  à  la  gueule  d'un  four, 
soit  même  sur  un  toit  lorsque  l'inclinaison  le  permet  (1). 
Dans  la  Prusse  orientale,  les  jeunes  filles  dansent  à 
minuit,  et  agitent  les  bras  en  criant  :  «  Lin,  grandis  !  » 
D'autres  danses  ont  lieu  en  diverses  parties  de  l'Alle- 
magne. Le  jour  où  on  sème  les  choux  les  paysannes 
esthoniennes  font  des  crêpes  pour  que  les  feuilles 
deviennent  larges,  et  elles  portent  de  grands  bonnets 
blancs  pour  qu'ils  aient  de  belles  têtes  blanches  (2). 
Dans  plusieurs  pays  de  France,  on  fait  des  crêpes  pour 
la  réussite  du  blé  :  en  Poitou,  au  premier  de  l'an,  et  à 
la  fin  des  semailles  pour  avoir  beaucoup  de  grain,  dans 
la  Charente  le  jour  de  la  Purification  pour  empêcher 
la  carie  du  blé  (3). 

En  Sicile,  on  attache,  à  certains  jours,  pour  pro- 
téger les  ensemencements,  des  images  ou  des  rameaux 
bénits  aux  branches  des  arbres  ou  à  des  bâtons  fichés 
en  terre  (4)  ;  aux  environs  d'une  forêt  des  Côtes- 
du-Nord,  on  plantait  dans  les  champs  de  pommes  de 
terre  une  gaule  à  laquelle  était  suspendu  un  saint 
Esprit  en  plomb,  et  jamais,  assurait-on,  les  sangliers 
ne  les  ravageaient.  Le  premier  dimanche  de  Carême, 
lorsqu'on  promenait  des  torches  allumées  on  adressait 
aux  taupes  et  aux  mulots  des  incantations  menaçantes, 
qui  parfois  se  terminaient  par  l'indication  d'un  endroit 
plus  plantureux  où  on  les  invitait  à  se  rendre.  On  con- 
jure aussi  les  oiseaux  qui  mangent  les  semences  ou  les 

(1)  Sébillot,  1,  III,  p.  459. 

(2)  Fbazer,  I,  p.  35,  34. 

(3)  Sébillot,  1,  III,  p.  459. 
(4)PiTRÈ,  1,  III,  p.  145. 


LA   CULTURE  241 

épis,  et  parfois,  comme  en  Périgord,  on  enterrait  au 
milieu  de  la  pièce  qu'il  s'agissait  de  protéger,  un  pot  de 
terre  dans  laquelle  on  avait  mis  une  grenouille  (1).  En 
Portugal,  on  va  enfouir  la  nuit  un  vase  en  terre  conte- 
nant un  fiel  de  bœuf,  puis  un  homme  ou  une  femme 
en  chemise  récite  une  conjuration  dans  laquelle  il  dit 
aux  passereaux  de  ne  pas  toucher  à  son  champ  qui  est 
rempli  de  fiel,  mais  d'aller  à  la  montagne  où  il  y  a  du 
miel.  Lorsqu'approche  le  moment  de  la  récolte,  la 
même  personne,  avec  le  même  rite,  va  enlever  le  fiel, 
car  s'il  restait  dans  le  champ  le  grain  serait  amer.  Un 
autre  procédé,  qui  est  accompagné  d'une  formule  ana- 
logue, consiste  à  faire  trois  fois  le  tour  du  champ  avec 
une  marmite  dont  l'ouverture  est  tournée  du  côté  de 
la  poitrine,  et  on  en  recouvre  ensuite  un  pain  lancé  au 
milieu  du  labour  (2). 

79.  —  Les  tourbillons  soudains  qui  dispersent  les 
foins  ou  les  gerbes,  sont  en  plusieurs  pays  de  France, 
comme  aussi  dans  le  Modénois,  conduits  par  les  esprits 
follets,  ou  formés  par  des  sorciers,  par  le  démon,  et  en 
Catalogne  par  des  personnes  vendues  à  lui.  Il  semble 
que  dans  les  Highlands  on  croie  qu'ils  sont  dirigés  par 
des  âmes  (3).  Les  procédés  employés  pour  les  empê- 
cher de  nuire  sont  en  relation  avec  ces  idées  :  au 
XVII^  siècle,  les  moissonneurs  du  pays  de  Genève,  à 
la  vue  du  tourbillon,  posaient  leur  faucilles  et  se  jetaient 
à  terre  en  récitant  une  conjuration  ;  en  Franche- 
Comté  les  moissonneurs  lui  adressent  une  formulette  ; 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  III,  p.  41,  38-39,  183,  460. 

(2)  Leite,  1,  p.  165-166  ;  2,  II,  p.  31. 

(3)  RiccARDi,  p.  26.  GoMis,  1.  p.  69.  Campbell,  1,  p.  303. 


242     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

en  Bourgogne,  quand  il  se  montre  sur  la  prairie,  on 
crie  :  «  Arrêtez-le  !  »  Dans  l'Yonne  on  fait  une  croix 
avec  des  poignées  de  blé  en  conjurant  a  l'Estourbillon 
malin  »  ;  dans  la  vallée  de  Bagnères,  en  Berry,  en 
Allemagne,  on  l'accable  d'insultes  (1).  En  plusieurs  pays 
de  France  et  d'Allemagne,  où  il  passe  pour  receler  le 
diable  ou  un  sorcier,  on  tire  au  milieu  des  coups  de 
fusil,  ou  on  y  jette  un  instrument  tranchant,  qui  est 
parfois  teint  de  sang  ou  disparaît  emporté  par  le 
blessé.  Les  Esthoniens  courent  et  crient  derrière  un 
tourbillon  et  jettent  des  pierres  dans  la  poussière  qu'il 
soulève  ;  en  Berry,  pour  empêcher  les  javelles  d'être 
dispersées,  on  place  en  croix  en  tête  du  sillon  les  deux 
premières  gerbes  coupées  (2). 

Parmi  les  autres  pratiques  en  rapport  avec  la  moisson, 
on  peut  signaler  les  suivantes  :  en  Ecosse,  pour  éviter 
d'avoir  le  poignet  foulé,  chaque  ouvrier  trace  une  croix 
sur  le  sol  avec  sa  faucille  (3).  Autrefois  en  Allemagne, 
on  avait  soin  de  faire  la  dernière  gerbe  bien  grosse, 
pour  que  l'année  suivante  chacune  de  celles  de  la 
moisson  fût  aussi  forte  (4).  En  Ecosse  lorsqu'elle  a  été 
coupée,  les  moissonneurs  jettent  trois  fois  leurs 
faucilles  par  dessus  l'épaule  gauche,  et  notent  la 
direction  dans  laquelle  elles  tombent;  si  deux  sont  dans 
la  même  direction,  c'est  dans  la  ferme  qui  y  est  située 
qu'ils  iront  faire  la  prochaine  moisson  (5). 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  112-113.  Grimm,  IV,  1798,  n°  522. 

(2)  Frazer,  I.  p.  134-135  ;  Sébillot,  1.  c. 
(3)Gregor,  1,  p.  181. 

(4)  Grimm,  IV,  p.  1794,  n°  432. 

(5)  Grègor,  1,  p..  182. 


LA   CULTURE  243 

80.  —  Les  esprits  pour  lesquels  on  laisse  un  coin 
de  champ  inculte  reçoivent  aussi  une  offrande  au  mo- 
ment de  la  moisson.  Au  XVIP  siècle,  des  paysans  bre- 
tons qui  croyaient  que  le  diable  avait  produit  le  blé 
noir,  en  jetaient  quelques  poignées  dans  les  fossés  pour 
en  faire  présent  à  celui  à  qui  ils  s'imaginaient  en  avoir 
l'obligation.  Cette  coutume  semble  avoir  disparu  ;  mais 
dans  les  Côtes-du-Nord,  on  abandonne  parfois  des  gerbes 
dans  les  champs;  c'est  la  part  du  malin  (1).  En  Ecosse, 
certains  ne  scient  pas  quelques  tiges  de  blé,  qui 
sont  pour  le  bénéfice  du  vieil  homme,  c'est-à-dire 
du  diable  (2).  C'était  peut-être  jadis  à  un  génie  de  la 
terre  qu'était  réservé  l'espace  circulaire  que  les  paysans 
siciliens  s'abstiennent  de  couper,  et  que  maintenant, 
l'usage  ayant  été  christianisé,  ils  moissonnent  le  jour 
de  la  fête  de  la  Vierge  ou  de  quelque  saint,  et  au  profit 
de  son  sanctuaire  (3). 

81.  —  Les  cultivateurs  ont  recours,  sous  toutes  les 
latitudes,  à  des  cérémonies  rehgieuses,  ou  à  des  procédés 
magiques,  lorsque  les  récoltes  sont  en  danger  à  la  suite 
de  sécheresses  prolongées.  Des  parallèles  du  lapis  manalis 
que  l'on  traînait  dans  les  rues  de  Rome  pour  faire  pleu- 
voir sont  encore  en  usage  dans  plusiems  pays.  A  Villa- 
Nova  de  Foscoâ  (Portugal)  neuf  jeunes  filles  vont  tour- 
ner une  grosse  pierre,  en  faisant  une  prière  à  la  Vierge, 
persuadées  qu'après  cet  acte  la  pluie  ne  tardera  pas 
à  tomber  (4).  Dans  l'Isère,  on  a  observé  jusqu'au  milieu 

(1)  Revue  Celtique,  II  (1875),  p.  485.  Sébillot,  1,  III,  p.  466. 
(2)Gregor,1,p.  182. 

(3)  PiTRÈ,  1,  III,  p.  158. 

(4)  Braga,  il  p.  118. 


244     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

du  XIX^  siècle  une  pratique  apparentée  :  on  se  rendait 
en  procession  à  un  champ  et  l'on  soulevait  une  fois, 
deux  fois,  trois  fois,  suivant  la  quantité  d'eau  que  l'on 
désirait,  une  pierre  qui,  d'après  un  écrivain  local  (1650) 
avait  fait  partie  de  l'autel  d'une  église,  et  était  alors 
l'objet  du  même  cérémonial.  Les  paj^sans  des  Landes 
attribuaient  naguère  à  un  débris  de  colonne  le  pou- 
voir d'amener  la  pluie  ou  le  beau  temps,  et  ils  la 
redressaient  ou  la  couchaient,  suivant  qu'ils  désiraient 
l'un  ou  l'autre  (1).  Les  habitants  d'une  île  d'Ecosse 
agissaient  de  même  à  l'égard  d'une  croix  qui  possé- 
dait aussi  ce  double  privilège  (2). 

Le  rite  qui  consiste  à  jeter  de  l'eau  sur  la  terre  pour 
attirer  celle  du  ciel,  en  vertu  d'une  sorte  de  magie  sym- 
pathique, a  été  pratiqué  pendant  des  siècles  sur  les  bords 
de  la  célèbre  fontaine  de  Barenton  (Ille-et- Vilaine)  ; 
lors  de  sécheresses  prolongées,  on  y  puisait  de  l'eau,  et 
on  en  arrosait  la  margelle  ;  en  1835  le  clergé  s'y  rendit 
processionnellement,  et  le  recteur  de  Paimpont,  après 
avoir  plongé  le  pied  de  la  croix  dans  la  fontaine,  y  trem- 
pa son  goupillon  et  aspergea  les  pierres  d'alentour. 
Les  gens  de  Florenville,  dans  le  Luxembourg  belge, 
arrosent  leurs  rues  afin  de  faire  tomber  l'eau  des  nuages  (3). 

L'usage  de  lancer  de  l'eau  sur  le  saint  protecteur 
de  la  source  est  conservé  en  Bretagne,  où  les  paysans 
des  environs  de  Bain  (Ille-et- Vilaine)  portent  des  pieds 
de  cochon  à  une  fontaine  placée  dans  les  ruines  d'une 
ancienne   cliapelle,   et    l'un  des   fidèles    asperge    avec 

(1)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  100-101  ;  IV,  p.  110. 

(2)  Frazer,  I,  p.  120. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  IL  p.  225-226  ;  I,  p.  101. 


LA    CULTURE  245 

l'eau  de  la  fontaine  un  débris  de  vieille  statue  en  disant  : 
«  Saint  Melaine,  mon  bon  saint  Melaine, — Arrose-nous 
comme  je  t'arrose.  »  La  même  pratique  a  lieu  près  de  la 
chapelle  en  ruines  de  saint  Conval  en  Hanvec  (Finistère) 
où  l'on  jette  l'eau  de  la  source  sacrée  sur  la  statue  du 
saint  (1). 

Le  rite  qui  consiste  à  mouiller  non  plus  la  divinité, 
mais  les  prêtres,  a  été  relevé  dans  le  Poitou  et  près  de 
trois  fontaines  de  la  Côte-d'Or;  lors  de  la  procession 
à  deux  sanctuaires  du  Morvan  autunois,  c'était  au 
passage  d'un  ruisseau  que  le  curé  subissait  l'aspersion 
des  pèlerins.  En  Russie,  le  prêtre  après  l'ofl&ce  divin, 
est  jeté  à  terre  et  arrosé  par  ses  paroissiens  (2). 

Les  habitants  voisins  de  la  Pierre-Pourtue  ou  percée 
à  Laizy  (Saône-et-Loire)  qui  porte  l'empreinte  du 
cheval  de  saint  Julien,  y  versaient  de  l'eau  bénite, 
qu'ils  agitaient  en  faisant  des  prières,  avec  une  baguette 
ou  un  rameau  de  buis  (3),  pratique  assez  analogue  à 
celle  que  faisait  en  Arcadie  le  prêtre  de  Jupiter  qui  jetait 
une  branche  de  chêne  sur  une  fontaine  du  mont  Lycée. 

Les  reliques  des  saints  et  plus  souvent  leurs  statues 
sont  immergées  pour  attirer  la  pluie.  En  France  plusieurs 
châsses  ou  reliquaires  ont  été  ou  sont  encore  plongés 
dans  des  fontaines,  dans  des  puits  ou  dans  des  rivières. 
Dans  la  Valteline,  en  cas  de  sécheresse  ou  d'inon- 
dation, on  lave  dans  le  torrent  des  crânes  antiques 
conservés  dans  l'Ëghse  de    Saint    Salvatore   (4).    En 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  n,  p.  226-227. 

(2)  Frazer,  I,  p.  102. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  L  P-  410. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  228,  316,  377.  Archivio,  XVII  (1898),  p.  422. 

U. 


246     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

Sicile,  on  porte  processionnellement  la  statue  d'un 
saint  et  on  lui  adresse  des  menaces,  entre  autres  celle 
de  la  plonger  dans  l'abreuvoir  ;  à  Licata,  on  dit  à 
saint  Angelo,  patron  de  la  paroisse  :  Ciovi  ou  codda, 
pluie  ou  corde,  pour  lui  faire  comprendre  que  s'il  n'envoie 
pas  de  la  pluie,  on  l'attachera  avec  une  corde  pour  le 
jeter  à  l'eau.  Les  paysans  siciliens  ne  s'en  tiennent  pas 
aux  menaces  :  dans  la  province  de  Siracuse  un  millier 
de  villageois  avec  une  couronne  d'épines,  et  deux  mille 
femmes,  les  pieds  nus,  suivirent  naguère  un  paysan  qui 
portait  un  Ecce  Homo  en  carton  ;  les  femmes  hurlaient 
et  se  frappaient  la  poitrine,  les  hommes  se  flagellaient 
avec  une  discipline  de  fer  ;  ils  portaient  les  Cinque  Piague 
à  l'abreuvoir  au  milieu  duquel  elles  devaient  rester  jusqu'à 
ce  que  vînt  la  grâce  de  Dieu,  c'est-à-dire  la  pluie  (1). 
En  plusieurs  parties  du  Portugal,  on  met  dans  l'eau  une 
image  de  saint  Antoine  (2).  Les  immersions  des  statues 
sont  encore  fréquentes  dans  plusieurs  pays  de  France, 
et  elles  ont  lieu  tantôt  dans  les  fontaines,  tantôt  dans 
les  rivières  (3). 

En  1905,  lors  d'une  sécheresse  prolongée,  une  image 
de  la  Vierge  de  Enxara  fut  conduite  en  procession  de 
son  ermitage  à  l'église  de  Ouguella,  et  les  fidèles  y  por- 
tèrent aussi  une  pierre  de  la  sainte,  en  granit  informe,  qui 
est  gardée  dans  l'ermitage  ;  suivant  le  vieil  usage  elles 
est  portée  sur  un  brancard  par  les  filles  non  mariées  des 
plus  riches  de  la  fràirie.  Lorsque  la  procession  est  arrivée 
sur    le    bord    de  la    rivière   Xevora,   elles    passent  le 

(1)  PiTRÈ,  1,  III,  p.  49,  143,  142. 

(2)  Leite,  2,  II,  p.  48. 

(3)  SÉBiLLOT,  1,11,!-.  227-228,  378. 


LA   CULTURE  247 

brancard  aux  hommes  qui  lancent  la  pierre  clans  l'eau 
pendant  que  les  prêtres  chantent  des  cantiques  (1). 
A  Brion  près  d'Autun,  on  plonge  dans  la  fontaine 
une  pierre  sur  laquelle  est  gravée  une  croix   (2). 

Quelquefois  l'efïigie  sacrée  est  mise  en  pénitence  : 
Les  paysans  de  Rosolini  enferment  la  statue  de  saint 
Joseph  dans  une  église,  et  elle  y  reste  jusqu'à  ce  que  soit 
venue  la  pluie  désirée.  Celle  de  Saint-Antoine  à  Catane 
est  traitée  de  la  même  façon  (3).  A  Tourves  en  Pro- 
vence, les  fidèles  enlevaient  de  son  sanctuaire  la  statue 
du  saint  et  ne  l'y  reportaient  qu'après  une  ondée 
abondante  (4).  Dans  la  Valteline,  c'est  sur  les  hauts- 
lieux  que  s'accomplit  l'acte  propitiatoire  ;  près  du 
col  de  Lanciano,  une  longue  procession  conduite  par 
les  moines  gravit  les  pentes  dangereuses  de  la  mon- 
tagne pour  faire  des  prières  auprès  d'une  grande 
croix  ;  la  pluie  ne  peut  tarder,  disent  les  paysans,  parce 
qu'ils  ont  prié  le  plus  près  possible  duSeigneur  (5). 

On  rencontre  dans  des  pays  catholiques  des  parallèles 
du  «  bâton  de  pluie  »  usité  en  Australie  :  dans  un  grand 
nombre  de  pays  de  France,  on  plonge  encore  dans  les 
fontaines  le  bâton  de  la  croix  ;  on  peut  même,  comme 
en  Limousin,  en  l'enfonçant  plus  ou  moins  dans  l'eau, 
proportionner  la  quantité  de  pluie  que  l'on  désire  (6). 

82.  —  Quelques-uns  des  instruments  agricoles   sont 

(1)  Revisla  lusitana,  VII  (1904),  p.  273. 

(2)  Sébillot,  1,  II,  p.  229. 

(3)  PiTRK,  III,  p.  144.  Trombatore,  p.  47. 

(4)  SÉBILLOT,  1,   I,  p.   100. 

(5)  Archivio,  XVII  (1898),  p.  414. 

(6)  Frazer,  I,  p.  89  et  suiv.  Sébillot,  1,  II,  p.  228-229. 


248  LES   CONSTRTJCTIONS   ET   LES   TRAVAUX 

pour  ainsi  dire  sacrés,  et  on  leur  attribue  une  certaine 
puissance.  Ainsi  qu'on  l'a  vu,  ceux  qui  ont  brûlé 
un  joug  de  charrue  en  sont  punis  par  une  douloureuse 
agonie.  Dans'  les  Highlands,  celui  qui  a  caché  ou  volé 
un  soc  de  charrue  ne  peut  rester  tranquille  dans  sa 
tombe  (1).  Vers  1840,  en  Lorraine  le  manque  de  respect 
pour  la  charrue  était  regardé  comme  grave  ;  on  aurait 
considéré  comme  sorcier  celui  qui  aurait  passé  par 
dessus  quand  elle  était  en  fonction,  et  l'on  aurait  forcé 
à  rétrograder  celui  qui  aurait  tenté  de  le  faire,  dans  la 
crainte  que  la  récolte  que  l'on  aurait  mise  dans  le 
champ  ne  réussisse  pas  (2).  En  Basse-Bretagne,  si  l'on 
était  forcé  de  laisser  la  nuit  la  charrue  dans  les  champs 
on  y  plaçait  le  carsprenn  ou  fourchette  à  nettoyer,  pour 
empêcher  les  lutins  de  s'en  servir  (3).  En  Allemagne,  si 
on  n'avait  pas  soin  à  la  maison  de  la  détacher  de  son 
chariot  le  diable  s'asseyait  dessus  (4). 

(1)  Campbell,  2,  p.  214. 

(2)  Richard,  p.  78. 

(3)  Le  Men,  p.  229. 

(4)  Grimm,  IV,  p.  1810,  n»  819. 


CHAPITRE     V 
Les  arbres. 


83.  Rites  de  la  plantation.  —  84.  Prévenances  à  l'égard  des  arbres. 

—  85.  Moj-ens  de  les  faire  fructifier.  —  86.  Les  premiers  fruits. 

—  87.  Le  respect  des  arbres. 


83.  —  En  quelques  pays  de  Bretagne,  il  est  d'usage 
quand  on  plante  une  vigne,  de  boire  une  bouteille  de 
vin  et  de  répandre  trois  gouttes  sur  le  pied  et  trois 
sur  les  racines,  si  c'est  une  bouture;  les  trois  dernières 
sont  versées  sur  la  partie  que  Ton  enfonce  dans  le  sol; 
s'il  s'agit  d'un  pommier,  la  libation  est  faite  avec  du 
cidre.  Dans  le  Gard  on  arrose  de  bon  vin  le  dernier  cep 
planté,  aux  cris  de  :  «  Vivo  lou  mayoou  !  «  Jadis  dans  le 
Bocage  vendéen,  on  creusait  pour  mettre  le  dernier  cep 
un  trou  d'assez  vaste  dimension  dans  lequel  on  jetait 
csnt  sous  en  monnaie  de  bronze  ;  pendant  que  chacun 
des  vignerons  cherchait  à  prendre  le  plus  possible  de 
pièces,  le  propriétaire  arrosait  de  vin  la  terre  que  ces 
hommes  pétrissaient  comme  du  mortier.  Aux  environs 
de  Dinan,  on  observe  parfois  une  singulière  coutume  : 
pour  qu'un  arbre  pousse  bien  et  prenne  solidement 
racine,  celui  qui  le  plante  doit  s'accroupir  dans  la 
fosse,  et  s'y  soulager  ;  plus  il  le  fera  copieusement, 
plus  il  assurera  la  réussite  de  l'arbre;  ceux  qui  voudraient 
lui  nuire  se  prendront  à  cette  sorte  de  glu  ou  se  hâteront 


250     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

de  s'éloigner.  Un  pois  mis  sous  la  racine  du  pommier  les 
fait  trébucher  s'ils  tentent  de  lui  causer  quelque  dom- 
mage. On  peut  rapprocher  de  cette  sorte  de  talisman 
les  haches  de  pierre  que  l'on  a  trouvées  en  abattant 
de  vieux  pommiers  à  Roye  (Somme)  et  que  les  gens 
disaient  avoir  été  mises  dessous  pour  les  préserver  du 
tonnerre  (1). 

84.  —  Plusieurs  pratiques  supposent  qu'on  attribue 
aux  arbres  une  sorte  d'animisme.  Dans  l'Allemagne  du 
nord,  lorsque  le  maître  de  la  maison  meurt,  on  va 
secouer  ceux  du  jardin  en  disant  :  «  Le  maître  est 
mort»,  autrement  ils  se  flétriraient  (2).  Dans  quelques 
localités  des  Vosges  c'est  le  laurier  seul  que  l'on 
secoue  légèrement  en  lui  disant  :  «  qu'il  change  de 
maître  ».  Parfois  on  lui  faisait  porter  le  deuil,  et  dans 
le  nord  de  la  France  on  met  quelque  étoffe  noire  aux 
arbres  du  jardin  attenant  à  la  maison  où  a  eu  lieu  un 
décès  (3).  En  Auxois,  la  veille  du  jour  de  l'an  l'aieulfait 
ses  petits  enfants  souhaiter  la  bonne  année  aux  arbres 
du  verger  ;  munis  d'une  petite  torche  de  paille  allumée, 
ils  vont  vivement  frapper  au  pied  de  chacun  d'eux  en 
disant  suivant  l'espèce  :  «  Bonne  année  de  poires,  de  pru- 
nes, de  pommes,  etc.  »  En  Wallonie,  les  paysans  sitôt 
levés,  entrent  dans  le  jardin,  et  adressent  à  chaque 
arbre  ces  paroles  :  «  Arbre,  je  t'étrenne,  si  tu  ne  veux 
pas  porter  plus  que  l'an  passé,  ne  porte  pas  moins  non 
plus  ».  Et  ils  se  hâtent  de  nouer  un  lien  de  paille  autour 
du   tronc,   probablement  pour  fixer  le   vœu  ;   dans  le 


(1)  SÉBiLLOT,  1,  III,  p.  371-372  ;  IV,  p.  72. 

(2)  Henderson,  p.  310. 

(3)  SÉBILLOT,  1,   III,  p.  375. 


LES   ARBRES  251 

pays  de  Liège,  les  gens  disent  en  les  enroulant  :  «  J'  v' 
sohaite  ine  bonne  annéie  à  l'wâde  di  Diu.  »  (1). 
Dans  les  districts  à  cidre  du  Sussex,  on  fête  les  pom- 
miers le  premier  janvier  et  plusieurs  jours  de  suite  : 
les  fermiers  donnent  des  sous  aux  enfants  qui  dansent 
autour  en  chantant  à  tue-tête  des  rimes  dans  lesquelles 
ils  expriment  le  vœu  d'une  récolte  abondante  (2). 
Dans  quelques  pays  de  l'est  de  la  Cornouaille,  les 
paysans  visitent  les  principaux  vergers  de  la  paroisse 
à  Xoël.  Ils  choisissent  dans  chacun  d'eux  un  arbre  qui 
représente  tous  les  autres,  et  ils  le  saluent  avec  certaines 
paroles  qui  ont  la  forme  d'une  incantation  ;  ils  répan- 
dent ou  lancent  ensuite  du  cidre  sur  lui,  pour  qu'il  se 
charge  de  fruits  l'année  qui  vient.  En  d'autres  endroits 
ce  sont  les  fermiers  et  leurs  serviteurs  qui  font  cette 
libation,  et  après  avoir  formulé  leur  vœu  dansent  autour 
de  l'arbre  (3).  Dans  la  Gironde,  on  verse  au  pied  des 
arbres  fruitiers  une  cuillerée  de  bouillon  de  Carnaval 
en  disant  :  ((  Tu  te  souviendras  du  bouillon  du  mardi 
gras»  (4).  Les  paysans  de  Modène  répandent  de  la  cendre, 
le  jour  de  l'Epiphanie,  sur  les  arbres  en  répétant  :  «  Char- 
ge-toi de  fruits,  gros  et  petits  »  (5). 

85.  —  D'autres  actes  ayant  pour  but  d'obtenir  une  ré- 
colte fructueuse  sont  faits  à  certaines  époques  ;  la  cou- 
tume de  porter  dans  les  champs  des  torches  allumées  était 
à  peu  près  générale  en  France  dans  la  première  moitié 

(1)  SÉBILLOT,   III,  p.  375. 

(2)  Latham,  p.  13. 

(3)  Folk-Lore  Journal,  IV  (1885),  p.  116. 

(4)  SÉBELLOT,  1,  III,  p.  378. 

(5)  RiccARDi,  p.  48. 


252  LES    CONSTKUCTIOlSrS    ET   LES    TRAVAUX 

du  XIXe  siècle  et  elle  n'est  pas  tombée  en  désuétude; 
des  rimes  traditionnelles  qui  expriment  des  vœux  dont 
quelques-uns  ont  une  forme  comminatoire  sont  récités 
ou  chantés  au  pied  des  arbres,  et  ils  sont  parfois  accom- 
pagnés de  danses  (1). 

L'usage  d'entourer  les  arbres  du  verger  avec  de  la 
paille  tressée  ou  cordée,  dans  le  but  de  les  faire  produire, 
constaté  en  France  au  XV^  siècle,  y  est  encore  pratiqué 
lors  de  certaines  fêtes,  qui  différent  suivant  les  paj^s. 
Dans  la  Corrèze,  cette  ligature  se  fait  la  veille  de  Noël, 
l'après-midi,  mais  seulement  aux  arbres  qui  n'ont 
pas  eu  de  fruits,  pour  les  distinguer  des  autres  et  leur 
faire  comprendre  qu'ils  seront  coupés,  si  l'été  suivant 
ils  ne  donnent  pas  une  bonne  récolte  (2).  Dans  le  pays 
de  Modène,  c'est  une  petite  fille  c[ui,  le  matin  de  Noël 
va,  à  jeun,  entourer  les  arbres  fruitiers  d'un  fil  qu'elle- 
même  a  filé  la  veille,  en  récitant  un  Pater  et  un  Ave 
pour  que  l'arbre  ait  du  fruit  abondant  et  de  bonne  qua- 
lité (3). 

La  coutume  de  charger  les  arbres  de  pierres  est  expliquée 
par  le  proverbe  provençal  :  «  Quand  on  charge  les  arbres 
de  pierres,  ils  se  chargent  de  fruits  »  ;  dans  la  Gironde, 
elle  doivent  avoir  été  prises  le  vendredi  saint  dans  le 
cimetière  d'une  commune  autre  que  celle  que  l'on  ha- 
bite (4).  En  Catalogne,  comme  dans  l'Albret,  cette  charge 
est  imposée  à  l'arbre  qui  ne  produit  pas  de  fruits;  il  faut 
qu'elle  ait  été  ramassée   dans   une   autre  paroisse   et 

(1)  SÊBiLLOT,  1,  III,  p.  376-377. 

(2)  SÊBILLOT,  1,  III,  p.  378-379. 

(3)  RiccARDi,  p.  48. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  379. 


LES   ARBRES  253 

placée  au  moment  de  la  floraison  (1).  En  Souabe  une 
grosse  pierre  y  est  accrochée  tout  l'été  (2). 

Les  arbres  sont  encore  frappés,  à  des  jours  déterminés, 
pour  obtenir  du  fruit  en  abondance  ;  les  paysans  bas- 
bretons  les  heurtent  l'un  après  l'autre,  la  veille  de  Noël, 
avec  leur  fourche  à  charrue,  instrument  auquel  ils  attri- 
buent une  vertu  toute  particulière  (3).  A  Modène,  le 
jour  de  l'Epiphanie,  beaucoup  de  gens  les  frappent  avec 
une  baguette  en  récitant  une  formule  par  laquelle  ils 
leur  disent  de  se  charger  de  fruits  l'année  qui  vient  (4). 
Dans  les  Abruzzes,  on  frappe  avec  une  hache  le  matin 
de  la  Saint-Paul,  et  plus  communément  celui  de  la 
Saint-Jean,  les  arbres  paresseux  à  donner  du  fruit,  et 
on  les  menace,  en  les  apostrophant,  de  les  couper  s'ils 
n'en  produisent  pas  en  abondance  d'ici  un  an  ;  à  Lan- 
ciano  on  tourne  trois  fois  autour  en  répétant  la  menace, 
qui  à  chaque  tour  est  accompagnée  de  coups  (5).  En 
Sicile,  c'est  le  samedi  saint  que  celui  qui  a  un  arbre 
stérile  se  rend  auprès  de  lui,  accompagné  d'un  ami. 
Au  premier  coup  de  hache,  celui-ci  intercède  pour  l'arbre 
et  prie  le  propriétaire  d'attendre  encore  une  année  (6). 

86.  —  Les  observances  qui  accompagnent  la  récolte 
des  premiers  fruit  d'un  arbre  sont  inspirées  par  l'idée 
qu'elle  peuvent  influer  sur  sa  production  à  venir.  Il 
est    d'usage,    en    certains   pays   de    Basse-Normandie, 

(1)  CORTILS,    p.    77. 

(2)  Frazer,  I,  p.  37. 

(3)  SÉBBLLOT.  1,  III.  p.  377-378. 

(4)  RiccARDi,  p.  48. 

(5)  FiNAMORE,  p.  104,  162. 

(6)  PiTRÈ,    1,    III,   p.    111. 

LF.  PAGANISME  CONTEMPORAIN  1.5 


254     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

lorsqu'un  pommier  donne  pour  la  première  fois  de  lui 
faire  abandon  de  ses  pommes  s'il  en  a  peu,  ou  de  n'en 
emporter  qu'une  partie  s'il  en  a  beaucoup.  C'est  une 
manière  de  l'encourager  à  faire  largement  son  devoir 
une  autre  année  ;  dans  le  Finistère,  on  les  laisse  tomber  (1). 
Dans  le  nord  de  l'Allemagne,  la  première  récolte  doit 
être  recueillie  dans  un  large  sac  et  on  abandonne  même 
quelques  fruits  (2). 

En  Portugal,  le  premier  fruit  doit  être  coupé  par 
une  femme  si  l'arbre  est  du  genre  masculin,  comme 
le  poirier  par  exemple,  s'il  est  féminin  par  un  homme  ; 
faute  d'observer  cet  interversion  de  sexe,  l'arbre  sera 
un  an  sans  produire  (3).  Autrefois  en  Allemagne,  pour 
rendre  un  noyer  fécond,  on  faisait  cueiUir  les  premières 
noix  par  une  femme  enceinte  (4).  Dans  l'Allemagne 
du  sud,  on  offre  le  premier  fruit  d'un  jeune  arbre  à  une 
femme  enceinte;  en  Bohème,  à  celle  qui  a  eu  beaucoup 
d'enfants,  pour  qu'il  se  charge  l'année  suivante  (5). 
En  Portugal  il  doit  être  mangé  par  un  homme;  s'il 
était  mangé  par  une  femme  l'arbre  dégénérerait;  dans  la 
province  de  Minho,  faut  qu'il  soit  mangé  par  quelqu'un 
auquel  il  a  été  donné,  ou  l'arbre  serait  un  an  sans  pro- 
duire (6);  autrefois  en  Allemagne,  s'il  avait  été  volé, 
l'arbre  restait  stérile  pendant  sept  années  (7).  En  Wal- 

(1)  SÉBILLOT,   1,  III,  p.  379. 

(2)  Thorpe,  1,  III,  p.  175. 
(3)Leite,  1,'p.  115 

(4)  Grimm,  1,  IV,  p.  1802,  n»  Ô22. 

(5)  Frazer,  1,  I,  p.  37-38. 

(6)  Pëdroso,  1,  n"  58.  Leite,  1,  p.  115. 

(7)  Grimm,  IV,  p.  1812,  n"  857. 


LES   ARBRES  255 

lonie,  beaucoup  de  personnes  ne  cueillent  pas  le  dernier 
fruit  d'un  arbre,  pour  qu'il  continue  à  rapporter  (1). 

87.  —  Plusieurs  des  actes  et  des  pratiques  dont  les 
arbres  sont  l'objet  au  cours  des  diverses  phases  de  la 
vie  liumaine  supposent,  bien  plus  que  les  égards  qu'on  a 
pour  eux  en  leur  qualité  de  producteurs,  qu'ils  possèdent 
une  certaine  puissance,  que  parfois  ils  peuvent  com- 
prendre et  qu'on  leur  doit  des  égards. 

Ainsi  qu'on  l'a  vu,  on  s'adresse  à  eux,  en  observant 
des  espèces  de  rites,  pour  obtenir  l'amour  (p.  100)  ou  la 
fécondité  (p.  12)  pour  leur  demander  des  présages  (p.  84); 
ils  interviennent  comme  agents  passifs,  il  est  vrai,  dans 
les  opérations  magiques  destinées  à  assurer  la  guérison 
des  maladies  de  l'enfance,  et  de  celles  des  adultes  ;  toute- 
fois on  ne  rencontre  que  des  traces  assez  effacées  du 
culte  véritable  dont  ils  furent  autrefois  entourés. 

Certains  sont,  en  raison  de  leur  espèce,  l'objet  d'une 
considération  particulière  qui  tient  soit  à  la  vertu  qu'on 
leur  attribue,  soit  à  d'anciennes  croyances  légendaires; 
c'est  ainsi  qu'en  France  on  va  prier  près  de  l'aubépine  qui 
préserve  de  la  foudre  et  qui  est  associée  à  des  pratiques 
médicales;  dans  l'Albret,  il  ne  faut  pas  l'injurier  quand 
on  s'y  pique,  et  dans  les  Landes  si  on  jure  après  l'églan- 
tier la  piqûre  ne  pourra  être  guérie  que  si  on  demande 
pardon  à  l'arbuste  (2). 

En  Danemark,  on  ne  coupe  pas  le  sureau  sans  lui  en 
avoir  demandé  la  permission  en  disant  :  «  Dame  sureau, 
donne-moi  un  peu  de  ton  bois,  et  je  te  donnerai  un  peu 
du  mien  quand  il  aura  crû  dans  la  foret  ».  Les  paysans 

(1)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  379. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,  III,  p.  426-427. 


256     LES  CONSTRUCTIONS  ET  LES  TRAVAUX 

avant  d'abattre  l'arbre  crachent  trois  fois  pour  chasser 
les  mauvais  esprits  (1).  En  Irlande  on  attribue  la  déca- 
dence de  certaines  familles  à  la  faute  que  leurs  membres 
ont  commise  en  coupant  certains  arbres  (2).  On  retrouve 
en  France  des  croyances  analogues  ;  lorsque  vers  1832 
l'administration  fit  abattre  dans  la  forêt  de  Cuses,  en 
Franche-Comté,  une  douzaine  de  chênes  énormes  appelés 
les  chênes  bénits,  près  desquels  on  allait  en  pèlerinage, 
et  sous  l'ombre  desquels  on  venait  danser  le  jour  Saint 
Pierre,  les  gens  du  pays  prétendirent  qu'on  n'aurait  plus 
que  de  mauvaises  récoltes.  On  raconte  en  plusieurs  pro- 
vinces que  les  haches  s'émoussaient  sur  certains  troncs 
sacrés,  et  l'on  cite  les  punitions  exemplaires  qui  frap- 
pèrent des  gens  qui  avaient  détruit  des  arbres  vénérés  (3). 
On  a  cru  jusqu'à  une  époque  récente  que  certains 
arbres  conféraient  une  valeur  particuHère  aux  serments 
qu'ils  étaient  appelés  à  attester  ;  c'est  ainsi  qu'on  re- 
gardait comme  aussi  sacré  que  s'il  avait  été  prêté  au 
pied  des  autels  celui  que  l'on  faisait  sous  le  chêne  Marié, 
composé  de  deux  chênes  séculaires  dont  les  troncs  étaient 
réunis  à  une  certaine  hauteur  par  une  branche  énorme. 
Jadis  dans  quelques  communes  du  Morbihan,  les  par- 
ties contractantes  se  rendaient  au  pied  d'un  arbre,  y 
faisaient  un  trou  et  le  bouchaient  après  y  avoir  fait 
déposer  leurs  engagements  réciproques  (4). 

(1)  Folk-Lore,  VI  (1895),  p.  22.  Thorpe,  II,  p.  168r 

(2)  Folk-Lore  Journah  V  (1887),  p.  168. 

(3)  SÉBiLLOT,  1 ,  I,  p.  293-294. 

(4)  SÉBn.LOT,  1,  III,  p.  427.       ^ 


TROISIEME    PARTIE 
LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

Dans  la  plupart  des  chapitres  précédents,  qu'il  s'agisse 
des  phases  sociologiques  de  la  vie  humaine  de  la  nais- 
sance à  la  mort,  des  constructions  ou  des  travaux,  des 
bêtes  ou  des  plantes,  les  forces  de  la  nature  jouent  un 
rôle  important  ;  les  hommes  croient  à  leur  puîssance, 
ont  souvent  recours  à  elles,  et  les  hommages  qu'ils  leur 
rendent  prennent  assez  fréquemment  des  formes  dans 
lesquelles  il  est  aisé  de  reconnaître  des  traces  non  encore 
effacées  du  culte  dont  les  diverses  parties  du  monde 
physique  ont  été  l'objet  depuis  les  premiers  âges  de 
l'humanité. 

CHAPITRE    PREMIER 
Les  astres. 

88.  Le  soleil.  —  89.  La  lune.  —  !J0  Les  étoiles. — 91.  Les  étoiles  filantes. 

88.  —  Suivant  les  idées  de  création  dualiste  qui  s'ap- 
pliquent encore  en  Bretagne  à  l'origine  de  tant  d'êtres 
et  de  choses,  le  Soleil  est  l'œuvre  de  Dieu,  et  la  Lune 
celle  du  diable.  Ces  deux  êtres  sont  personnifiés  :  en 
quelques  régions  de  France  et  de  Wallonie  on  dit  qu'ils 
sont  mari  et  femme,  et  que  les  étoiles  sont  leurs  enfants  ; 


258  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

le  soleil  a  des  noms  et  des  surnoms,  et  l'on  parle  de  sa 
figure,  de  son  rire,  etc.  Une  légende  de  Haute-Bretagne 
raconte  sa  descente  sur  la  terre,  qu'il  brûla  comme  le 
Phaéton  de  la  fable  grecque.  Dans  la  série  bretonne  des 
voyages  vers  le  Soleil  et  dans  les  contes  où  les  aventuriers 
vont  le  trouver,  il  est  tantôt  un  prince,  tantôt  un  ogre, 
ou  bien  un  géant  (1).  Ces  conceptions  que  je  ne  fais  qu'in- 
diquer relèvent  plus  de  la  mythologie  que  des  croyances 
populaires  ;  elles  sont  pourtant  en  concordance  avec 
celles-ci  qui  attribuent  encore  à  l'astre  dujour  une  person- 
nalité, et  de  nombreuses  invocations  dont  les  unes  ne 
sont  plus  guère  que  des  formulettes,  alors  que  d'autres 
constituent  de  véritables  prières,  le  plus  souvent  païen- 
nes, s'adressant  au  Soleil,  comme  à  une  divinité  sensible 
aux  hommages  et  aux  vœux,  capable  de  les  entendre  et 
assez  puissante  pour  les  exaucer.  Les  plus  fréquentes 
sont  celles  par  lesquelles  on  le  salue  à  son  lever,  en  le 
priant  de  répandre  sur  le  monde  sa  chaleur  bienfai- 
sante. Dans  la  province  de  Beira  Alta,  on  lui  dit,  en 
ôtant  son  chapeau,  de  laisser  les  gens  en  un  aussi  bon 
état  que  celui  où  il  les  a  trouvés  ;  ailleurs  on  l'appelle 
le  Manoel  du  jour  qui  crée  tout,  et  les  enfants  siciliens 
lui  font  plusieurs  invocations  assez  longues  (2). 

Lorsqu'il  est  caché  sous  les  nuages,  on  le  prie  avec 
des  formules  rimées,  de  se  montrer,  en  lui  promettant 
des  récompenses  :  en  Basse- Bretagne,  un  panier  de 
beurre  (3);  en  Portugal  et  en  Catalogne,  de  l'argent. 
Dans  le  Montf errât  on  lui  dit  :  «Soleil,  mets  dehors  tes 

(1)  SÊBBLLOT,  1,  I,  p.  9,  35,  36,  37 

(2)  Leite,  1,  p.  9-10.  PiTRÈ,  1,  III,  p.  14-15. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  60. 


LES    ASTRES  259 

trois  baguettes,  l'une  d'or,  l'autre  d'argent,  la  troisième 
pour  faire  le  beau  temps  »  (1).  Les  rimes  qui  implorent 
le  soleil  en  hiver  pour  qu'il  réchauffe  la  terre  sont  nom- 
breuses en  France  et  surtout  dans  le  midi,  où  les  bergers 
lui  disent  qu'ils  meurent  de  froid,  et  ceux  de  Catalogne 
qu'ils  n'ont  ni  cape,  ni  manteau  pour  s'en  défendre. 
En  Franche-Comté,  lorsqu'ils  trouvent  la  journée  longue, 
ils  lui  chantent  une  petite  mélopée  pour  l'engager  à  se 
coucher  (2). 

Le  soleil  est  aussi  supplié  de  guérir  dans  des  conjurations 
qui  accompagnent  des  opérations  magiques  (cf.  p.  121) 
et  en  Portugal,  l'une  d'elles  l'appelle  Dieu  Soleil  (cf. 
p.  122). 

Quelquefois  on  s'adresse  à  lui  pour  se  venger  d'un 
ennemi,  comme  dans  cette  sauvage  imprécation  bretonne  : 
«  Cent  mille  malédictions  je  te  donne,  la  malédiction  du 
soleil,  la  malédiction  de  la  lune  et  des  étoiles.  »  En  Por- 
tugal, il  est  invoqué  par  les  amantes  délaissées  qui  gra- 
vissent une  hauteur,  et  dès  qu'il  se  lève  lui  disent  avec 
foi  :  «  Dieu  te  sauve.  Soleil  sacré,  œil  de  mon  Seigneur 
Jésus-Christ  !  Dans  les  terres  que  tu  vas  visiter,  regarde 

mon  X ;  aussitôt  que  tu  l'auras  vu  et  qu'il  t'aura  vu, 

qu'il  ne  puisse  ni  manger,  ni  boire,  ni  dormir,  ni  reposer, 
ni  se  mettre  à  table,  ni  parler  avec  personne,  avant  qu'il 
ne  soit  venu  où  je  suis  !  »  Le  serment  par  le  soleil,  contre 
lequel  s'élevait  saint  Éloi  au  VP  siècle,  n'est  pas  com- 
plètement tombé  en  désuétude  (3). 

(1)  GoMis,  1,  p.  86.  Ferraro,  p.  26. 

(2)  Sébillot,  1,  I,  p.  60-61  ;  Gomis,  1.  c. 

(3)  Sébillot,  1, 1,  p.  61.  A  Tradiçao,  mars  1901,  p.  40.  Sébillot  1,  I, 
p.  56. 


260  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

Plusieurs  pratiques  guérissantes  n'ont  d'efficacité 
que  si  l'on  a  observé  les  prescriptions  en  rapport  avec 
les  diverses  phases  du  soleil  (cf.  p.  132).  En  Grande- 
Bretagne  et  surtout  dans  les  pays  celtiques,  il  est 
nécessaire  en  nombre  de  cas,  d'agir  en  suivant  son 
cours  ;  dans  la  Cornouaille  cet  usage  est  observé  non 
seulement  pour  les  labours  (cf.  p.  236),  mais  pour  les 
plus  petites  besognes  (1)  ;  dans  le  nord  de  l'Ecosse,  cette 
observance  est  la  plus  importante  de  toutes,  et  le  deiseal, 
de  gauche  à  droite,  s'applique  aux  bateaux,  à  l'entrée 
dans  les  maisons,  à  la  traite  des  vaches,  aux  enterre- 
ments (2)  (cf.  p.  184)  ;  en  Cornouaille,  les  convalescents 
devaient,  sous  peine  de  rechute,  marcher  dans  ce  sens 
lors  de  leur  première  sortie  (3).  Ce  rite  est  aussi  essen- 
tiel dans  beaucoup  d'opérations  magiques  ;  autrefois  les 
pêcheurs  sardes  passaient  leurs  filets  au-dessus  d'un 
brasier  en  suivant  le  cours  du  soleil,  (4)  et  c'est  dans  sa 
direction  que  marchent  les  Highlanders  en  faisant  trois 
fois  le  tour  de  la  persomie  à  laquelle  ils  veulent  du 
bien  ;  la  marche  à  reboui^,  aurait  les  plus  funestes 
conséquences  (5). 

Il  y  a  toutefois  des  exceptions,  et  quelques  actes  n'ont 
d'efficacité  que  si  on  les  accomplit  à  l'encontre  du  soleil  : 
tel  est  le  cas  de  tours  numériques  pour  la  guérison  des 
hommes  (cf.  p.  122),  la  délivrance  des  agonisants 
(cf.  p.  170),  le  pèlerinage  de  haine  (cf.  p.  306). 

(1)  HuNT,  p.  418. 

(2)  Campbell,  1,  p.  229-230. 

(3)  HuNT  1.  c. 

(4)  Bassett,  p.  411. 

(5)  Henderson,  p.  61. 


LES   ASTRES  261 

Dans  les  Côtes-du-Nord,  une  procession  pour  la  pluie 
ne  réussit  qu'à  cette  condition,  et  dans  le  Morbihan, 
avant  de  porter  les  colliers  talismans  on  les  tourne  neuf 
fois  de  cette  manière  dans  la  flamme  du  foyer.  En 
Poitou,  on  attribue  des  vertus  curatives  à  plusieurs 
sources  parce  qu'elles  coulent  à  l'opposite  du  soleil  (1). 

Au  XV<^  siècle,  les  Evaiujiles  des  Quenouilles  (III,  14) 
formulent  cet  axiome,  qui  sans  doute  reflétait  des  idées 
populaires  courantes  :  celui  qui  souvent  bénit  le  soleil, 
la  lune  et  les  étoiles,  ses  biens  lui  multiplient  au  double, 
celui  qui  l'entrelaisse  devient  misérable.  Aujourd'hui 
encore  le  paysan  du  Palatinat  se  découvre  pour  saluer 
le  soleil  levant  (2).  En  Bourbonnais,  pour  détruire  l'effet 
des  maléfices,  on  s'agenouille  devant  lui  à  ce  moment 
et  on  prononce  une  conjuration  en  le  fixant  (3).  Les 
campagnards  de  la  Saxe  et  du  Brandebourg  se  rendent 
sur  les  coUines  pour  le  saluer  à  son  apparition  par  trois 
bonds  joyeux  (4).  Ceux  de  France  les  gravissent  pour 
voir  l'astre  lui-même  danser,  le  24  Juin,  en  l'honneur 
de  Saint-Jean,  disent-ils,  dans  la  montagne  Noire 
et  dans  le  pays  messin,  le  jour  de  Pâques,  où  il  est  en- 
touré d'anges  dont  on  aperçoit  les  robes  ;  dans  le 
Bocage  normand  beaucoup  de  gens  montaient  autrefois 
sur  un  lieu  élevé  pour  voir  danser  trois  soleils  (5). 

Les  grandes  fêtes  solaires  que  le  christianisme  a  adop- 
tées ou  à  la  continuation  desquelles  il  ne  s'est  pas  opposé, 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  18  ;  IV,  p.  136  ;  IV,  p.  77. 

(2)  Tylor,  II,  p.  385. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  63. 

(4)  Tylor,  1.  c. 

(5)  SÉBILLOT,  1.  c. 

16. 


262  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

sont  trop  connues  pour  qu'il  soit  nécessaire  d'en  parler 
autrement  que  pour  signaler  la  persistance  des  feux 
allumés  principalement  à  l'époque  du  solstice  d'été  (1). 

Quelques  coutumes  du  midi,  relevées  dans  le  premier 
quart  du  XIX^  siècle,  étaient  une  survivance  du  culte 
populaire  du  soleil.  Le  jour  Saint-Jean,  les  habitants 
des  villages  provençaux  voisins  de  la  montagne  la  gra- 
vissaient avant  le  jour  pour  observer  son  lever,  qui 
était  salué  par  des  cris  de  joie.  Dans  un  village  des 
Hautes-Alpes  qui  est  privé  de  soleil  pendant  cent 
jours,  on  célébrait  son  retour  le  10  février  par  des 
farandoles,  et  chaque  danseur  tenait  un  plat  d'omelette, 
qui  était  ensuite  déposé  sur  le  parapet  du  pont  ;  quand 
le  soleil  arrivait,  chacun  reprenait  son  omelette  qu'il 
offrait  à  l'astre  du  jour,  et  le  plus  âgé  des  vieillards,  qui 
avait  présidé  cette  fête,  haussait  la  sienne,  la  tête  nue. 
Jusqu'au  milieu  du  XIX^  siècle,  des  paysannes  des 
environs  de  La  Châtre  allaient,  aux  approches  de  l'équi- 
noxe  de  printemps,  cueillir  des  primevères  dont  elles 
composaient  de  grosses  pelotes,  qu'elles  s'amusaient  à 
lancer  dans  les  airs.  Cet  exercice  était  anciennement 
accompagné  d'un  chant  bizarre,  où  les  mots  Grand  soulé  ! 
petit  soulé  !  revenaient  à  plusieurs  reprises  en  manière 
de  refrain  (2). 

89.  —  La  lune,  dont  les  taches  sont  l'objet  d'innom- 
brables explications  populaires,  représente  aussi  une 
tête,  qui  après  avoir  été  celle  d'une  divinité,  est  dans 
les  Abruzzes  et  dans  le  Perche,  la  figure  de  la  Vierge  (3). 

(1)  Tylor,  II,  p.  285-287. 

(2)  SÉBELI-OT,  1,  I,  p.  64-65. 

(3)  FiNAMORE,  p.  41. 


LES   ASTRES  263 

L'astre  des  nuits  est  persomiifié  dans  les  contes  et  aussi 
dans  les  dires  qu'on  adresse  aux  enfants  pour  les  faire 
obéir,  mais  qui  sont  aussi  destinés  à  leur  apprendre  à  la 
respecter  (1).  En  Catalogne  on  leur  dit  que  s'ils  la  regar- 
dent trop,  elle  les  mangera  (2).  Dans  le  Sussex  certains 
reprennent  ceux  qui  montrent  la  lune  bénie  avec  le 
doigt  (3).  Les  adultes  savent  aussi  qu'ils  doivent  s'abs- 
tenir de  quelques  actes,  comme  de  la  considérer  avec  trop 
de  fixité,  et  ces  défenses  sont  accompagnées  de  sanctions  : 
en  Bretagne  elle  punit  les  jeunes  filles  qui,  lorsqu'elles 
satisfont  des  besoins  naturels,  n'ont  pas  soin  de  se 
cacher  d'elle,  en  les  faisant  concevoir  sine  concuhitu, 
et  le  même  acte  expose  les  femmes  enceintes  à  de  graves 
inconvénients  pour  elles  ou  pour  leur  fruit  (4). 

Il  est  bon  au  contraire  de  lui  donner  des  noms  flatteurs 
tels  que  Madame  la  Lune  (cf.  LadyMoon  en  Angleterre), 
la  Belle,  la  Beauté.  En  Angleterre  au  X  VII^  siècle,  des  gens 
disaient  :  «  C'est  une  jolie  lune,  Dieu  la  bénisse  »,  lors- 
qu'elle était  nouvelle  (5).  Cette  phase  est  celle  où  elle 
semble  le  mieux  disposée  à  accueillir  les  vœux  de 
ceux  qui  croient  à  son  pouvoir  ;  c'est  alors  que  d'or- 
dinaire les  jeunes  fiUes  la  conjurent  en  des  formulettes 
rimées  de  leur  montrer  en  songe  leur  amoureux 
(cf.  p.  92)  et  que  les  malades  l'implorent  (cf.  p.  124). 
En  Leicester  le  premier  souhait  qu'on  lui  fait 
sera  exaucé,  et  il  en  est  de  même  en  Cornouaille,  pourvu 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  25,  38,  39. 

(2)  GoMis,  4,  p.  4. 

(3)  Sawyer,  p.  2. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  I.  p.  57,  41-42. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  I.  p.  39.  AUBREY,  p.  37. 


264  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

qu'on  n'ait  pas  parlé  auparavant  (1).  Dans  le  nord  de 
l'Angleterre  de  vieilles  femmes,  pour  avoir  de  la  chance 
pendant  tout  le  mois,  tournaient  naguère  leur  tablier 
vers  elle.  En  Portugal,  on  lui  demande  de  préserver  du 
mal  de  dents,  du  feu  ardent,  des  eaux  courantes,  et  des 
mauvaises  langues  ;  une  prière  poitevine  contient  des 
souhaits  analogues  (2).  Une  formule  sicilienne  la  prie 
d'augmenter  la  prospérité  de  la  maison  ;  d'autres,  usitées 
en  ce  pays  et  à  Venise,  lui  demandent  de  faire  allonger  les 
cheveux  (3).  En  France  au  XV^  siècle,  celui  qui,  ayant 
de  l'argent  dans  sa  bourse,  saluait  le  croissant,  était 
certain  qu'il  multiplierait  penda»t  toute  la  lunaison  ; 
dans  la  Gironde  il  suffit  d'en  avoir  sur  soi  lorsqu'on 
l'aperçoit  pour  la  première  fois  ;  mais  au  XV®  siècle,  si 
on  n'en  avait  pas,  il  fallait  s'abstenir  de  la  regarder  (4). 
Un  parallèle  de  cette  idée,  qui  semble  maintenant  in- 
connue en  France,  existe  encore  en  Sussex  où  la  reine  des 
nuits  darde  des  rayons  malicieux  sur  ceux  qui  n'ont 
pas  un  sou  en  poche  (5). 

Les  oraisons  votives  que  l'on  adresse  à  la  nouvelle 
lune  sont  parfois  accompagnées  d'actes  matériels  desti- 
nés à  attirer  son  attention  sur  l'objet  de  la  demande. 
En  plusieurs  parties  de  l'Angleterre  et  de  l'Ecosse, 
beaucoup  de  personnes  remuent  de  l'argent  dans  leur 
poche  (6)  ;  en  Cornouaille,  il  faut  qu'après  avoir  salué 

(1)  BiLLSON,  p.  65.  Folk-Lore  Journal,  V  (1886).  p.  218. 

(2)  Denham,  II,  p.  24.  Leite  1,  p.  22.  Sébillot,  1, 1,  p.  62. 

(3)  PiTBÊ,  1,  IV,  p.  474  ;  III,  p.  26.  GoMis,  4,  p.  14 

(4)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.   57.     - 

(5)  Latham,  p.  10. 

(6)  BiLLSON,  p.  62.  GuRDON,  p.  61.  Gregor,  1,  p.  151. 


LES   ASTRES  '  265 

la  lune,  on  ait  craché  sur  l'argent  (1).  En  Sicile,  en 
priant  la  «  Sainte  Lune  nouvelle  »,  on  lui  montre  une 
pièce  de  monnaie,  comme,  en  Portugal,  où  on  lui  fait 
d'abord  une  révérence,  et  où  l'on  répète  par  trois  fois  : 
«  Lune  nouvelle,  qui  me  vois  bien,  donne-moi  de  l'ar- 
gent tout  le  mois»  (2).  La  pleine  lune  est  moins  souvent 
invoquée  :  en  Sicile  on  peut,  en  lui  présentant  avec  des 
formules  de  souhait,  des  pièces  de  monnaie,  en  obtenir 
la  multiplication  :  plus  il  y  en  a  plus  elle  sera  abon- 
dante (3).  Les  enfants  du  port  de  Whitby  (Angleterre 
du  nord)  récitaient  à  voix  haute  ce  couplet  :  «  Je  vois 
la  lune,  et  la  lune  me  voit,  —  Dieu  bénisse  les  voyageurs 
sur  mer  »  (4). 

Quelques  actes  constituent  une  sorte  d'adoration. 
En  Basse-Bretagne,  au  moment  de  l'apostolat  de  Michel 
Le  Nobletz  (vers  1620)  c'était  une  coutume  reçue 
de  se  mettre  à  genoux  devant  la  nouvelle  lune  et  de 
réciter  l'oraison  dominicale  en  sonhoimeur(5).  AuXVIP 
siècle,  les  paysannes  du  Yorkshire  et  d'autres  comtés 
du  nord  s'agenouillaient  à  nu  sur  une  pierre  sortant  du 
sol,  et  on  l'adorait  aussi  dans  les  Highlands  (6).  On 
assure  que  dans  plusieurs  parties  de  l'Irlande  les 
gens  tombent  à  genoux  quand  ils  aperçoivent  la 
nouvelle  lune,  et  lui  disent  à  voix  haute  :  «  0  lune,  laisse- 
nous  aussi  bien  que  tu  nous  a  trouvés  ».  Vers   1819,  on 

(1)  Folk-Lore  Journal,  V  (1886),  p.  218. 

(2)  Castelli,  p.  59.  Pitre,  1,  III,  p.  27-28.  Leite,  1,  p.  19-20. 

(3)  PiTRÈ,  1,  III,  p.  27. 

(4)  GuTCH,  p.  42-43. 

(5)  Revue  Celtique,  II,  (1876).  p.  485. 

(6)  AUBREY,  p.  83. 


266  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

lui  adressait  aussi  en  Irlande  une  prière  (1).  En  Ecosse, 
certains  à  son  apparition,  embrassent  la  personne  la 
plus  voisine  (2).  En  Irlande,  les  malades  promettent 
à  Dieu,  à  la  Vierge  et  à  la  lune  de  ne  pas  se  peigner 
le  vendredi,  et  de  s'agenouiller  la  première  fois  qu'ils 
verront  la  lune,  en  quelque  endroit  que  ce  soit,  en 
récitant  cinq  prières  d'actions  de  grâce  (3). 

90.  —  Les  étoiles  ne  sont  pas  d'ordinaire  considérées 
comme  des  êtres  animés  ;  cependant  on  dit  dans  le  pays 
de  Tréguier  qu'elles  sont  issues  de  l'union  du  Soleil  et 
de  la  Lune  ;  dans  le  Finistère,  elles  rampent  sur  le  ciel, 
et  si  elles  rencontrent  une  montagne,  et  qu'elles  ne 
puissent  plus,  après  l'avoir  franchie,  retrouver  leur  route 
elles  tombent  dans  la  mer  (4). 

Plusieurs  défenses,  parfois  accompagnées  de  menaces, 
témoignent  du  respect  que  l'on  doit  porter  à  ces  astres 
brillants.  En  Portugal,  il  faut  se  garder  quand  on  urine 
de  se  tourner  de  leur  côté  (5).  Dans  les  Vosges  et  en 
Vendée,  où  l'on  croit,  comme  en  bien  d'autres  pays, 
que  chaque  homme  a  son  étoile,  celui  qui  compterait  la 
sienne  tomberait  mort  sur  le  dhamp  (6).  La  même 
punition  attend  ceux  qui  dans  le  nord  de  l'Angleterre 
et  dans  le  Hampshire  montrent  ou  comptent  une  étoile 
quelconque  (7).  En  Sicile,  il  vient  des  verrues  sur  les  mains 

(1)  Wilde,    p.    205-206.  Fo/fc-Lore,  VI  (1893),  p.  57. 

(2)  Gregor,  l,p.  151. 

(3)  Wilde,  p.  196. 

(4)  Sébillot,  1,  I,  p.  10,  4. 

(5)  Leite,  1,  p.  26. 

(6)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  56. 

(7)  Henderson,  p.  119.  Folk-Lore,  XIII,  (1902),  p.  419. 


LES    ASTRES  267 

si  on  regarde  fixement  ou  si  l'on  compte  les  étoiles  de  la 
Puddara,  constellation  de  sept  étoiles  qui  est  une  sorte  de 
char  sur  lequel  la  Madone  se  promène  dans  le  ciel  (1).  Le 
même  inconvénient  arrive  à  celui  qui  compte  les  étoiles 
en  général,  qui  les  regarde  et  touche  involontairement 
un  ou  plusieurs  de  ses  doigts  ;  mais  on  l'évite  en  leur 
adressant  des  conjurations  (2). Dans  les  Abruzzes,  celui 
qui,  en  les  regardant  dit  :  «Une  étoile  et  deux  verrues», 
est  certain  de  se  lever  le  matin  les  mains  couvertes  de  ces 
excroissances  (3).  Elles  viennent  comme  à  Marseille  et 
en  Sicile,  à  ceux  qui  ont  simplement  compté  les  étoiles 
avec  le  doigt,  acte  qui,  à  Catane,  expose  à  avoir  la  face 
couverte  de  pustules  (4)  ;  en  Andalousie,  on  a  autant  de 
rides  que  l'on  a  conij^té  d'étoiles  (5),  en  Portugal, 
autant  de  furoncles,  de  verrues  ou  de  taches  aux  ongles, 
et  l'on  devient  sujet  à  pisser  au  lit  (6). 

Ce  geste  n'entraîne  pas  toujours  de  conséquences 
fâcheuses  ;  c'est  ainsi  qu'à  Modène,  pour  débarrasser 
quelqu'un  de  l'ensorcellement,  il  faut  se  rendre  à  minuit 
à  un  carrefour,  et  faire  un  triangle  avec  trois  fourches  à 
trois  dents,  avec  le  trident  tourné  vers  le  ciel  et  compter 
ensuite  trois  fois  cent  étoiles  (7). 

Les  observances  en  relation  ave  les  étoiles  sont  encore 
assez  nombreuses  ;  on   a  vu  qu'on  a    recours   à   elles 

(1)  PiTRÈ,  1,   III,  p.   5. 

(2)  NiNO,  p.  59. 

(3)  Grisanti,  p.  146. 

(4)  Sébillot,  1,  I,  p.  56.  Trombatore,  p.  40. 

(5)  GuiCHOT,  p.  216. 

(6)  Leite,  p.  26,  Pedro  so,  1 ,  n»^  77, 289. 

(7)  RiccARDi,  p.  22. 


268  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

pour  la  guérison  des  maladies,  en  accompagnant  l'acte 
principal  de  formulettes  qui  parfois  ressemblent  à  des 
prières  (p.  123)  que  les  jeunes  filles  les  font  intervenir 
dans  leurs  consultations  amoureuses  (p.  92).  Elles  ont 
été  et  sont  encore  l'objet  de  gestes  qui  semblent  des  sur- 
vivances de  culte.  Les  femmes  de  France  ne  saluent  plus 
comme  au  XV^  siècle  l'étoile  poussinière  pour  préserver 
leurs  poussins  et  pour  les  faire  multiplier  (1);  mais  na- 
guère, les  fermières  allemandes,  avant  de  se  mettre  au 
lit,  s'inclinaient  devant  les  étoiles  pour  garantir  leurs 
petits  poulets  des  oiseaux  de  proie  (2).  A  la  fin  du  XVIII® 
siècle,  dans  le  nord  du  Finistère,  des  hommes  s'agenouil- 
laient dès  qu'ils  découvraient  l'étoile  de  Vénus,  à  laquelle 
les  Grecs  modernes  adressent  encore  une  prière  (3).  En 
Basse-Bretagne,  la  pratique  religieuse  du  jeûne  des  neuf 
étoiles,  qui  a  vraisemblablement  christianisé  une  prati- 
que païenne,  consiste  à  ne  prendre  aucune  nourriture 
depuis  le  point  du  jour  jusqu'à  ce  qu'on  ait,  la  nuit 
venue,  compté  neuf  étoiles  au  ciel  (4). 

91.  —  Les  étoiles  filantes  ne  sont  pas  pour  le  peuple 
un  simple  phénomène  ;  il  leur  attribue  des  causes  sur- 
naturelles et  les  regarde  avec  un  sentiment  de  crainte  ou 
avec  une  sorte  de  respect  rehgieux.  Dans  le  Cantal, 
elles  pronostiquent  des  malheurs,  en  Limousin  et  en 
Portugal,  la  fin  du  monde,  en  Wallonie  et  dans  les 
Apemiins  le  décès  d'une  personne  dans  la  famille 
de  la  maison  sur  laqueUes  elles  semblent  tomber,  en 

(1)  Evangiles  des  Quenouilles,  III,  14,  glose. 

(2)  Gmmm,  IV,  p.  1784. 

(3)  SÉBILLOT,  I,  p.  61-62. 

(4)  Grimm,  II,  p.  722.  Cambry,  p.  109. 


LES   ASTRES  269 

Sicile  et  dans  le  Frioul,des  catastrophes  ou  des  meurtres. 
Dans  ce  pays,  c'est  un  feu  qui  brûle  tout  à  l'endroit  où 
il  tombe;  (1)  dans  la  Gironde  où,  quand  un  pied  de  vigne 
sèche  ayant  ses  feuilles,  on  prétend  qu'une  étoile  est 
tombée  dessus,  on  les  arrête  en  disant  :  «  Sainte  Catherine, 
je  te  vois,  ne  tombe  pas»  (2).  En  Portugal,  en  Andalousie 
en  Castille  pour  n'éprouver  aucun  mal,  il  faut  dire  : 
«  Dieu  la  guide,  ou  Dieu  te  guide  «  (3).  En  Frioul,  chacun 
de  ces  astres  fugitifs  que  l'on  parvient  à  compter  retarde 
de  cent  ans  la  fin  du  monde  (4). 

Les  étoiles  sont  liées  aux  âmes  ou  en  sont  la  figure,  et 
leur  chute  indique  le  décès  de  quelqu'un  ou  un  change- 
ment dans  la  condition  des  morts.  Suivant  une  idée  qui 
était  courante  au  XV^  siècle  en  France,  et  qu'on  retrouve 
en  beaucoup  de  provinces,  chacun  a  une  étoile  au  ciel,  et 
quand  il  meurt,  elle  tombe.  C'est  pour  cela  que  l'on  doit 
faire  une  prière  pour  que  les  portes  du  ciel  lui  soient  ou- 
vertes (5).  A  Madrid,  où  la  même  croyance  existe,  on  dit  : 
«  Dieu  et  la  Madeleine  te  guident»  (6),  comme  en  Por- 
tugal où  l'on  tire  son  chapeau  en  formulant  un 
souhait  (7). 

En  plusieurs  pays  on  croit  que  des  êtres  malheureux 
ou  coupables  viennent  de  sortir  de  ce  monde  ;  parfois 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  51.  Leite.I,  p.  31.  Bellucci,  3,  p.  10.  PiTRÊ.l, 
III,  p.  9.  Bellucci,  p.  13. 

(2)  Daleau,  p.  14. 

(3)  GtncHOT,  p.  216.   Pedroso,  1,  n"  425. 

(4)  Bellucci,  3,  p.  13. 

(5)  SÉBILLOT,  1 ,  I,  p.  49. 

(6)  Olavarma,  1,  p.  77. 

(7)  Leite,  1,  p.  31. 


270  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

c'est  l'âme  d'un  enfant  non  baptisé,  et  les  paysans  du 
Périgord  font  un  signe  de  croix  (  1  )  ;  cette  croyance  existe 
aussi  en  Sicile  :  lorsqu'on  augure  que  l'étoile  filante  a 
un  bon  destin,  on  lui  adresse  un  souhait  tel  que  :  «.  Bon 
voyage,  va  dans  un  lieu  agréable»,  et  l'on  croit  que  l'étoile 
répond  d'en  haut  :  «  Bonne  santé  !  »  ou  «  Sois  heureux  !  » 
Ces  mots  doivent  être  prononcés  à  voix  basse  et  c'est 
un  sacrilège  de  faire  connaître  l'étoile  qui  en  est  l'objet  (2). 
Ces  étoiles  sont,  suivant  les  paysans  de  France  et  de 
Wallonie,  des  âmes  qui  sollicitent  des  prières  ;  celles-ci 
sont  efficaces  pour  délivrer  une  âme  du  purgatoire,  à  la 
condition  d'être  prononcées  pendant  que  le  météore  est 
encore  visible,  et  souvent  elles  doivent  être  comme  les 
paroles  accessoires,  au  nombre  de  trois  (3)  ;  dans  les 
Abruzzes,  un  seul  Pater  suffit  (4).  Elles  sont  aussi  des 
âmes  qui  vont  droit  au  ciel  ou  dont  le  temps  de  pénitence 
est  achevé,  et  elles  sollicitent  un  Pater  d'actions  de 
grâce.  Dans  les  Abruzzes  on  doit  dire  quand  passent 
ces  âmes  du  Purgatoire  :  «  Dieu  t'accompagne  ))(5).  En 
Allemagne,  dans  le  Frioul,  dans  les  Abruzzes  et  en 
France,  les  vœux  que  l'on  peut  formuler  avant  que 
l'étoile  ait  disparu  sont  exaucés  et  sont  profitables  à 
celui  qui  les  fait  (6). 

(1)  Sébillot,  1,  I,  p.  49. 

(2)  PiTRÊ,  1,   III,  p.  9-10. 

(3)  Sébillot,  1,  I,  p.  50. 

(4)  FiNAMORE,  p.  49. 

(5)  Sébillot,  1,  I,  p.  49,  51.  Finamore,  p.  48. 

(6)  Grimm,    III,  p.  722.   Bellucci,  3,    p.  23.    Finamore,  p.  49.    Sé- 
billot, 1,  I  p.  50-51. 


CHAPITRE  H 


Les  météores. 


92.  L'orage  et  ses  causes.  —  93.  Procédés  pour  s'en  garantir.  — •  94. 
Le  vent  et  le  moyen  de  l'exciter.  —  95.  Procédés  pour  le  calmer. 
—  96.  La  brume.— 97.  La  pluie.  —  98.  La  neige.—  99.  L'arc-en-ciel. 


92.  —  Le  peuple  ne  considère  pas  l'orage  comme  un 
simple  phénomène  :  la  conception  si  répandue  qui  y  asso- 
cie les  divinités  est  encore  courante  et  elle  est  attestée 
par  les  nombreuses  prières  qui  ont  pour  but  d'apaiser  les 
courroux  et  aussi  par  les  explications  qu'en  plusieurs 
pays  on  donne  du  tonnerre  et  de  l'éclair.  En  France 
l'orage  est  souvent  attribué  à  la  vengeance  de  Dieu  (1). 
en  Ombrie,  il  l'emploie  pour  punir  les  blasphèmes  et 
l'inobservation  des  fêtes  rehgieuses  (2)  ;  les  paysans  de 
Modène  se  représentent  Dieu  assis  dans  le  ciel  sur  un 
trône  d'or,  et  tenant  à  la  main  un  arc  dont  les  flèches  lui 
servent,  comme  les  traits  de  Jupiter,  à  châtier  les  mé- 
chants (3).  En  Calabre,  lorsqu'il  est  irrité  il  permet  au 
diable  de  déchaîner  les  démons,  et  ce  sont  leurs  mouve- 
ments qui  causent  les  orages  (4).  Dans   le    Montf errât 

(1)  Sébillot,  1,  I,  p.  72. 

(2)  Bellucci,  2,  p.  13. 

(3)  RiccARDi,  p.  28. 

(4)  FiNAMORE,  p.  3. 


272 


LES   FORCES    DE    LA    NATURE 


un  endroit  qui  a  été  foudroyé  est  considéré  comme 
maudit,  et  si  une  personne  qui  a  été  atteinte  par  la 
foudre  ne  meurt  pas,  elle  est  regardée  comme  malheu- 
reuse parce  que  c'est  Dieu  qui,  comme  dit  le  peuple, 
l'a  visiblement  châtiée  (1). 

Le  tonnerre  est  aussi  personnifié  :  dans  le  Montferrat 
c'est  un  esprit  malfaisant  ;  quand  il  bat  sa  femme  ou 
qu'il  joue  avec  le  diable,  il  produit  le  terrible  fracas  que 
l'on  entend  dans  le  ciel  ;  en  Provence  le  tonnerre  et 
l'éclair  dialoguent  parfois  dans  les  nues  (2). 

On  désignait  au  moyen  âge  sous  le  nom  de  tempes- 
taires,  des  esprits  ou  des  hommes  qui,  à  l'aide  de  procé- 
dés magiques  produisaient  les  orages  ou  la  grêle  et  les 
conduisaient  à  leur  gré.  Cette  croyance  subsiste  toujours, 
et  certains  même  prétendent  avoir  vu  ces  meneurs  de 
nuages  ;  les  paysans  des  Asturies  disent  qu'en  regardant 
fixement  le  ciel  on  aperçoit  les  nubeiros,  êtres  gigan- 
tesques qui  courent  derrière  les  nues  et  les  poussent  les 
unes  contre  les  autres;  quelquefois  ils  prennent  la  forme 
de  personnages  grands  comme  des  maisons,  et  quand  ils 
ont  agité  en  l'air  leur  chapeau,  il  s'amasse  aussitôt  une 
nuée  énorme  (3).  En  France  on  voit  les  sorciers,  soit 
sous  la  figure  humaine,  soit  sous  celle  de  corbeaux 
occujjés  à  conduire  l'orage  (4). 

Les  fabricateurs  de  grêle,  diable  ou  sorciers,  se  réu- 
nissent souvent  sur  les  montagnes  pour  la  produire  ; 
Dans  les  Abruzzes,  les  sommets  neigeux  du  Mont  Corno 

(I)Ferraro,  p.  22,  21. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  75. 

(3)  Arivau,  p.  224-225.     • 

(4)  SÉBILLOT,  1,    I,  p.  99. 


LES   MÉTÉORES  273 

sont  un  de  leurs  rendez-vous  favoris  ;  un  voj^ageur  y 
rencontra  sept  prêtres  occupés  à  faire  des  boules  de  neige, 
et  ils  lui  dirent  qn'ils  préparaient  de  la  grêle  pour  un 
orage  qui  devait    éclater  le  lendemain  (1).    Tous  les 
sorciers  et  les  sorcières  de  la  Catalogne  et  du  Roussillon 
se  réunissent  aussi  sur  la  cime  du  Canigou,  frappent 
trois  coups  de  baguette  sur  les  eaux  de  l'étang  de  la 
Calandra,  et  la  nuée  va  où  ils  commandent  d'aller  (2). 
Beaucoup  de  paysans  sont  encore  persuadés^que  des 
sorciers  peuvent  exciter  l'orage  et  la  grêle  en  battant 
l'eau  des  sources  (3).  Dans  les  Abruzzes,  une  jeune  fille 
en  agitant  celle  d'une  fontaine  comme  pour  boulanger 
du  pain  produisait  des  grêlons  qu'elle  envoyait  au  loin  (4). 
Les  sorciers  catalans  allument  une  fouée  près  d'une  sour- 
ce; il  en  sort  bientôt  une  colonne  de  fumée,  molle  d'abord, 
mais  qui  peu  à  peu  prend  assez  de  consistance  j)our  qu'ils 
puissent  monter  dessus  et  diriger  la  nuée  à  leur  guise  (5). 
En  plusieurs  pays  de  France,  les  sorciers  et  les  prêtres 
en  battant  l'eau  des  fontaines,  des  rivières  ou  des  étangs 
confectionnent  aussi  des  nuages  de  grêle  (6). 

93.  —  Les  procédés  qui  ont  pour  but  de  garantir  du 
tonnerre  et  d'éloigner  l'orage  sont  extrêmement  nom- 
breux. Dans  l'Europe  catholique  occidentale  des  orai- 
sons s'adressent  à  des  saints  pour  les  supplier  d'inter- 
céder auprès  de  Dieu  ou  de  garantir  par  leur  propre 

(1)  FiNAMORE,  p.  13. 

(2)GoMis,  2,  p.  11. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  229. 

(4)  FiNAMORE,  p.  15. 

(5)  GoMis,  1.  c. 

(6)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  371-372,  438-439. 


274  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

puissance  ceux  qui  les  invoquent;  c'est  par  douzaines 
que  l'on  a  recueilli  en  France  en  Italie,  en  Espagne  et  en 
Portugal  celles  ou  sainte  Barbe  figure,  parfois  avec 
d'autres  saints,  mais  toujours  en  première  ligne  (1). 
Ce  rôle  prédominant  est  expliqué  en  Basse-Bretagne  par 
une  légende  :  la  sainte  ayant  eu  à  choisir  entre  le  gou- 
vernement des  femmes  et  celui  du  tonnerre,  opta  pour 
la  foudre  qu'elle  conduit  avec  son  anneau  :  en  Haute- 
Bretagne,  le  tonnerre  est  attaché  par  deux  fils  de  laine, 
l'un  blanc  et  l'autre  bleu,  dont  l'un  est  dans  sa  main  et 
l'autre  dans  celle  de  sainte  Fleur,  qui  est  parfois  invoquée 
en  seconde  ligne,  comme  dans  cette  conjuration  de  l'IUe- 
et-Vilaine  où  elles  sont  associées  à  une  amulette  pré- 
historique que  l'on  tient  à  la  main  : 

Sainte  Barbe,  sainte  Fleur 
A  la  croix  de  mon  Sauveur, 
Quand  le  tonnerre  grondera, 
Sainte  Barbe  nous  gardera  : 
Par  la  vertu  de  cette  pierre 
Que  je  sois  gardé  du  tonnerre: 

Jadis  dans  la  partie  de  l'arrondissement  de  Dinan 
voisine  de  la  mer,  beaucoup  de  gens  mettaient  dans  leur 
poche  des  haches  de  pierre  quand  le  temps  était  à  l'orage, 
et  s'il  tonnait,  ils  récitaient  cette  oraison  qui,  vers  1880 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  106-107.  PiTRÈ,  1,  III,  p.  59  et  suiv.  Ferraro, 
p.  21.  Trombatore,  p.  34-35.  Arivau,  p.  227.  Ballesteros,  p.  119. 
GoMis,  2,  p.  37.  Leite,  1,  p.  64-65. 

Au  XVIJe  siècle  on  invoquait  en  Angleterre  S'«  Barbara  (Barbe)  et 
un  passage  de  Chaucer  (XV«   siècle)  fait  allusion  à   cette   coutume 

(AUBREY,  p.  22). 


LES   MÉTÉORES  275 

n'était  pas  tombée  en  désuétude  :  «  Pierre,  pierre,  garde- 
moi  du  tomierre  (1).  » 

On  connaît  le  rôle  protecteur  contre  l'orage  attribué 
en  tant  de  pays  à  ces  pierres (2).  Le  fer  est  aussi  employé 
comme  une  sorte  de  paratonnerre  en  plusieurs  régions 
françaises,  où  l'on  place  devant  la  maison  une  hache  ou 
une  faux,  le  fil  tourné  vers  le  ciel,  un  trépied  ou  une  mar- 
mite les  pieds  en  l'air  (3).  En  Ecosse  le  poker  et  les 
pincettes  mises  dans  le  feu  éloigent  les  dangers  (4).  Les 
fragments  des  feux  sacrés  de  Noël  et  de  la  Saint-Jean 
sont  aussi  efficaces  contre  la  foudre,  et  on  leur  adresse 
en  Haute- Bretagne  cette  oraison  : 

Tison  de  saint  Jean  et  de  saint  Pierre, 

Garde-moi  du  tomierre 
Petit  tison,  tu  seras  orné  de  pavillon  (5).. 

En  Ombrie,  dès  que  la  grêle  menace,  la  ménagère  a 
soin  d'agiter,  en  lui  faisant  produire  un  certain  son,  la 
chaîne  qui  sert  à  suspendre  le  chaudron  ;  on  la  jette 
violemment  dehors,  ce  qui  fait  cesser  la  grêle  ;  mais  on 
ne  fait  cet  acte  qu'avec  une  sorte  de  crainte  ;  car  c'est 
un  grand  péché,  dont  on  n'est  pas  certain  d'obtenir  l'ab- 
solution. On  attribue  à  cette  chaîne  une  relation  avec 
le  diable  et  les  chaînes  de  l'enfer,  et  certains  croient 
faire  ainsi  un  acte  agréable  au  diable,  ou  enchaîner  la 

(1)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  105. 

(2)  Caktailhac,  p.  17  et  suiv.  Sébillot,  1,  IV,  p.  71-72, 

(3)  SÉBELLOT,  1,   I,  p.  105. 

(4)  Campbell,  1,  p.  235. 

(5)  Sébillot,  1,  I,  p.  106. 


276  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

cause  première  du  fléau  (1).  Les  paysans  wallons  plaçaient 
autrefois  la  crémaillère  sur  le  feu  quand  il  tonnait  (2). 
L'usage  de  sonner  les  cloches  est  bien  connu,  et  n'est 
pas  tombé  en  désuétude.  En  Portugal  on  agite  une  clo- 
chette bénie,  et  la  foudre  ne  tombe  pas  dans  les  endroits 
où  le  son  peut  être  entendu.  En  Sicile,  on  sonne  forte- 
ment une  clochette  d'argent  appelée  clochette  du  ton- 
nerre ou  clochette  de  S.  Barbara,  en  récitant  une  oraison 
à  saint  Jean-Baptiste.  Les  paysans  de  l'Albret  tirent  des 
coups  de  fusil  du  côté  où  l'orage  menace  (3)  ;  ceux  des 
Abruzzes  fusillent  la  nuée  avec  une  balle  à  laquelle  ils 
ajoutent  un  peu  de  la  cire  bénie  de  la  procession  du 
Corpus  Domini,  et  il  tombe  parfois  des  membres  de 
sorciers  ou  de  sorcières  (4).  En  Catalogne,  la  balle  est 
simplement  bénie  et  l'on  croit  qu'elle  coupe  la  nue  ou 
qu'elle  atteint  les  tempestaires  qui  la  conduisent  (5). 
Dans  les  Abruzzes,  à  la  vue  de  la  nuée  orageuse  au  mo- 
ment de  la  moisson,  un  paysan  s'agenouille  et  décrit 
avec  sa  faucille  une  croix  en  l'air,  comme  s'il  voulait 
la  couper.  Les  autres  font  aussi  dans  la  direction  du 
nuage  trois  croix  avec  le  manche  de  la  faucille  en  disant  : 
«  Je  te  maudis  au  nom  du  Père  »,  puis  la  retournant  ils 
font  le  geste  de  mettre  le  nuage  en  pièces  (6).  Les  fem- 
mes des    Abruzzes  emploient  comme   nltima  ratio    un 
procédé   semblable  à  celui  des  pêcheurs   de  la  Haute- 
Ci)  Bellucci,  2,  p.  85-90. 

(2)  Wallonia  (1897),  p.  85. 

(3)  Leite,  1,  p.  64.  PiTRÈ,  1,  III,  p.  59.  Sébillot,  1,  I,  p.  108. 

(4)  FiNAMORE,  p.  25-26. 

(5)  GoMis,  2,  p.  30-31. 

(6)  FiNAMORE,  1.   C. 


LES   MÉTÉORES  277 

Bretagne  pour  calmer  le  vent  :  elles  montrent  leur  der- 
rière à  nu  à  l'orage  en  murmurant  des  malédictions  (1). 
Suivant  une  croyance  attestée  par  des  exemples  rele- 
vés dans  plusieurs  contrées  de  France,  quelques-uns  à 
des  époques  récentes,  les  prêtres  ont  le  pouvoir  de  con- 
jurer les  orages,  et  leurs  paroissiens  les  contraignent 
parfois  à  accomplir  à  la  porte  de  l'église  des  pratiques 
auxquelles  se  mêlent  des  traits  d'une  orthodoxie  dou- 
teuse (2).  On  croit  aussi  à  cette  puissance  dans  le  nord 
de  l'Espagne,  et  en  particulier  dans  les  Asturies,  où 
cependant  ils  ne  peuvent  conjurer  les  nuées  que  s'ils 
sont  forts,  sans  crainte  et  d'une  virginité  immaculée. 
Lorsque  l'orage  éclate,  tout  le  peuple  accourt  et  force  le 
curé  à  venir  à  l'église  et  à  se  placer  à  la  porte,  revêtu  de 
ses  ornements  sacerdotaux,  avec  les  Évangiles  dans  UJie 
main  et  le  goupillon  dans  l'autre  ;  il  lit  ses  conjurations 
et  trace  ensuite  trois  croix  en  l'air  avec  le  goupillon. 
Pendant  cette  cérémonie  les  hommes  les  plus  robustes 
sont  forcés  de  le  soutenir,  sans  quoi  il  serait  enlevé  par 
le  vent  qui  devient  de  plus  en  plus  fort.  Le  diable  ou  les 
conducteurs  de  nuées  prennent  la  parole  pour  déclarer 
qu'ils  ne  s'en  iront  pas  si  on  ne  leur  donne  quelque  chose  ; 
le  prêtre  leur  jette  alors  un  soulier  en  disant  :  «  Prenez, 
maudits  !  »  et  il  est  bientôt  emporté  par  une  bouffée 
de  vent  (3).  Ce  lancement  est  ici  en  relation  avec 
l'idée  si  répandue,  suivant  laquelle  le  diable  ne  s'en  va 
jamais  les  mains  vides.  En  Catalogne,  il  est  parfois 
motivé  par  une  autre  raison  :  une  voix  sortit  un  jour 

(1)  FiNAMORE,  p.  26. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  109-110. 

(3)  Amvau,  p.  225-227. 

16 


278  LES  FORCES  DE  LA  NATUKE 

d'une  nuée  exorcisée  par  un  curé,  disant  :  «  Je  ne  puis 
passer  ;  la  Juliana  (grosse  cloche  puissante  contre  les 
orages)  sonne  —  Passe,  elle  ne  te  fera  rien.  —  Donne- 
moi  un  sauf-conduit  ».  Le  prêtre  lui  jeta  un  soulier  qui 
fut  retrouvé  ensuite  à  une  assez  grande  distance  (1). 
En  France,  ceux  qui  ont  parlé  de  cet  acte,  fréquent 
accessoire  des  conjurations  sacerdotales,  n'en  ont  pas 
donné  le  motif,  qui  peut-être  était  oublié  (2). 

94.  —  Suivant  une  conception  que  l'on  rencontre  sous 
les  latitudes  les  plus  variées,  les  Veiits  sont  assimilés  à 
des  personnes  ;  les  contes  et  les  légendes  parlent  de  leurs 
résidences,  de  leur  vie  familière,  de  leur  puissance,  des 
visites  que  les  hommes  leur  font.  Des  noms,  des  formu- 
lettes,  des  récits  pcj^ulaires  montrent  que  parfois  on  les 
traite  somme  s'ils  étaient  en  chair  et  en  os,  tout  en  leur 
reconnaissant  une  puissance  plus  qu'humaine  (3). 

Plusieurs  des  procédés  employés  par  les  vieux  marins 
pour  faire  cesser  le  calme  ou  pour  obtenir  une  brise 
favorable  supposent  que  le  vent  lui-même  est  sensible 
aux  vœux  qu'on  lui  adresse,  en  les  appuj^ant  par  des 
procédés  magiques  enseignés  par  la  tradition. 

Une  ancienne  coutume  qui  subsistait  naguère  encore 
et  constituait  une  sorte  d'acte  propitiatoire,  consistait 
à  fouetter  les  mousses,  ordinairement  sur  l'avant  du 
bateau,  et  le  derrière  tourné  du  côté  où  l'on  désirait  que 
souffle  la  brise  ;  en  Haute-Bretagne  on  les  forçait  à  crier 
le  nom  du  vent  que  l'on  souhaitait.  H  y  a  cinquante  ans 
les  matelots  terreneuvats  se  réunissaient  sur  le  pont  et 

(1)  GoMis,  2,  p.  9. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  108-109. 

(3)  SÉBiLLOT,  2,  II,  p.  152-159  ;  1,  I,  p.  75-83. 


LES   MÉTÉORES  279 

se  mettaient  tous  ensemble  à  crier  en  prononçant  le 
nom  du  vent  qu'il  leur  fallait  (1).  Au  milieu  du  XIX^ 
siècle  les  femmes  des  Orcades  allaient  trouver  une 
vieille  femme  pour  qu'elle  fasse  des  prières  au  vents  (2). 
En  Poméranie  de  vieux  marins  sont  connus  du  vent, 
et  ils  n'ont  qu'à  se  montrer  au  gouvernail  et  à  crier  plu- 
sieurs fois  :  <c  Allons,  arrive,  lève- toi,  vieux  père  !  » 
pour  qu'au  bout  d'un  quart  d'heure,  arrive  le  vent  désiré; 
ils  ne  doivent  appeler  qu'à  demi-voix  et  sur  un  ton  de 
confiance  et  de  flatterie,  sinon  le  vent  pourrait  devenir 
trop  violent  (3).  Les  petits  pêcheurs  de  Whitby  sau- 
taient sur  les  falaises  en  répétant  cette  conjuration  : 
«  Souffle,  vent,  pour  que  mon  père  revienne  voir  ma 
mère  (4).  »  En  1880,  j'ai  vu  dans  un  petit  port  de  Haute- 
Bretagne  des  pêcheurs  cracher  dans  la  direction  d'où 
soufflait  le  vent  debout,  en  lui  adressant  des  injures,  et  en 
lui  montrant  leurs  couteaux  pour  le  menacer  de  l'étri- 
per  (5). 

On  retrouve  à  peu  près  partout  la  croyance  d'après 
laquelle  on  peut  exciter  le  vent  en  sifflant.  Lorsque 
les  marins  de  Cromarty  (Ecosse)  étaient  retenus  par  le 
calme,  ils  l'invoquaient  sérieusement  par  un  sifflement 
aigre  et  saccadé,  l'appelant  en  réalité  dans  son  propre 
langage  et  n'étant  guère  moins  persuadés  du  succès 
de  leur  requête  que  s'ils  s'adressaient  à  l'un  de  leurs 
compagnons  (6).  Sur  la  côte  du  Finistère  on  attire  aussi 

(1)  SÉBiLLOT,  2,  II,  p.  253-254,  245-246. 

(2)  Bassett,  p.  141. 

(3)  Méhisine,  II  (1884),  col.  186. 

(4)  GuTCH,  p.  50. 

(5)  Sébillot,  1,  I,  p.  80. 

(6)  Miller,  p.  59. 


280  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

le  vent  en  sifflant  d'une  certaine  façon  :  les  pêcheurs  des 
Asturies  et  ceux  du  nord  de  l'Ecosse  sifflent  doucement. 
En  Norvège,  quand  on  siffle  en  montant  au  mât,  on  a  un 
vent  frais  ;  à  hord  des  navires  de  la  Baltique,  il  est  bon, 
quand  la  brise  est  faible,  de  siffler  sur  un  ton  engageant; 
quand  on  ne  peut  pas  savoir  si  par  là  le  vent  ne  deviendra 
pas  trop  fort,  il  faut,  entre  chaque  sifflade,  dire  au  vent 
quelques  paroles  de  flatterie,  par  exemple  :  «  Arrive, 
vieux  père,  arrive,  vieux  garçon  (1).  » 

Les  marins  s'adressent  aussi  aux  saints,  qui  comme 
dans  l'Éole  antique,  sont  les  maîtres  des  vents.  D'après 
une  légende  bretonne,  saint  Clément  qui  gouverne  «  la 
mer  et  les  vents  »,  a  enseigné  à  un  capitaine  l'art  de  se 
faire  obéir  d'eux  en  sifflant  ;  si  ce  procédé  ne  réussit  pas, 
lorsqu'on  a  ajouté  une  prière  aux  saints,  on  jure  et  on 
l'insulte.  Les  marins  trécorrois  croient  que  s'il  fait  un 
calme  plat,  saint  Antoine,  un  autre  patron  du  vent,  est 
endormi  ;  pour  le  réveiller  ils  jurent  après  lui,  et,  comme 
il  a  défendu  de  siffler  en  mer,  ils  sifflent  de  toutes  leurs 
forces  (2). 

En  Basse-Bretagne,  on  souffle  encore  sur  les  voiles, 
comme  par  une  sorte  de  magie  sympathique,  pour  appe- 
ler la  brise.  Dans  un  conte  de  marin,  une  fée  communique 
à  la  veuve  d'un  matelot  le  pouvoir  de  faire  changer  le 
vent  en  soufflant  du  côté  où  elle  désire  qu'il  vienne  (3). 

D'autres  procédés  sont  destinés  à  attirer  l'atteiition 
du  vent  lui-même  sur  le  vœu  formulé  par  celui  qui  a 
accompli  l'acte  matériel  indiqué  par  la  tradition.  Ils 

r 

(1)  SÉBiLLOT,  2,  II,  p.  249-250. 

(2)  SÉBILLOT,  2,  II,  p.  137,  247-248. 

(3)  SÉBILLOT,  2,  II,  p.  256,  234. 


LES   MÉTÉORES  281 

ont  été  surtout  relevés  en  Bretagne  ;  vers  1620,  les  fem- 
mes de  la  côte  quimpéroise  dont  les  maris  étaient  en 
mer  balayaient  la  cliapelle  la  plus  voisine  et  jetaient 
la  poussière  au  vent,  dans  l'esisérance  que  cette  céré- 
monie produirait  une  brise  favorable  à  leur  retour  ; 
à  la  fin  du  XVIIP  siècle  celles  de  Roscoff  qui  agissaient 
de  même  dans  une  chapelle  spéciale,  lançaient  la 
poussière  du  côté  par  où  les  hommes  devaient  revenir. 
Naguère  encore,  lorsque  des  bateaux  étaient  retenus 
par  des  vents  contraires  dans  un  des  ports  voisins  de 
la  chapelle  de  Sainte  Marine  en  Combrit  (Finistère), 
deux  hommes  de  l'équipage  y  étaient  députés  pour  la 
nettoyer,  pousser  les  balayures  dehors,  et  les  jeter  à 
pleines  mains  dans  la  direction  où  ils  désiraient  que  la 
bise  soufflât.  Parfois  l'invite  était  moins  directe  :  les 
femmes  qui  balayaient  la  chapelle  de  la  Joie  en  Pen- 
marc'h  amoncelaient  la  poussière  dans  le  coin  qui,  par 
son  orientation,  répondait  à  la  partie  du  ciel  où  le  vent 
était  invité  à  se  porter.  Celles  qui  vont  à  la  chapelle 
Saint-Charles  en  Saint-Méloir  des  Ondes  (lUe-et- Vilaine) 
essuient  simplement  le  sol,  avec  leur  tabUer  de  noces, 
du  côté  où  elles  souhaitent  que  vienne  le  vent  (1). 

Quelques  conjurations  semblent  inspirées  par  la 
croyance  à  la  vertu  des  pierres  :  en  frappant  avec  un  mar- 
teau dans  la  direction  voulue,  sur  l'une  des  sept  cupules 
du  dolmen  de  Roch  enn  Aud  près  de  Quiberon  on  obtient 
le  vent  favorable  au  retour  d'un  marin  (2).  Les  pêcheurs 
de  Connemara  (Irlande)  élèvent  sur  le  rivage  une  pile 
de  cailloux,  en  lui  donnant  la  forme  d'un  gobehn;  ils 

(1)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  151. 
(2)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  407. 

16. 


282  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

pensent  ainsi  avoir  du  bon  vent;  mais  c'est  une  opé- 
ration sérieuse  et  qui  ne  peut  être  faite  deux  fois  par 
le  même  individu  (1).  Lorsque  des  pêcheurs  étaient  re- 
tenus par  les  vents  contraires  dans  l'île  de  Fladda  (  Ecosse) , 
l'un  d'eux  allait  laver  une  pierre  bleue  placée  sur  l'un 
des  autels  de  l'église  de  saint  Colomba  (2).  A  Coolas 
(Ecosse)  si  on  soulève  la  pierre  d'ouragan,  et  qu'après 
l'avoir  lavée  on  la  place  debout,  il  s'élève  aussitôt  une 
tempête  (3). 

Le  rite  de  la  friction,  souvent  employé  dans  les  ob- 
servances mégalithiques,  a  aussi  le  privilège  de  susciter 
le  vent.  En  Ecosse  on  gratte  le  mât  avec  les  ongles, 
et  à  bord  des  navires  hambourgeois  par  le  calme  plat, 
on  frotte  le  mât  de  misaine  avec  un  clou,  ou  on  l'y 
enfonce  (4). 

On  parle  encore  en  France  de  la  corde  à  tourner  le 
vent  ;  les  curés  de  Saintonge  en  possédaient  autrefois 
le  secret  ;  les  marins  de  la  Manche  disent  parfois  que  le 
recteur  de  Cancale  l'a  dans  son  presbytère,  et  ils  jurent 
après  lui  quand  la  brise  ne  souffle  pas  à  leur  gré  (o).  Ce 
n'est  plus  guère  qu'une  plaisanterie  qui  se  rattache 
peut-être  au  commerce  du  vent  qui  a  été  pratiqué  au 
moyen  âge,  et  probablement  avant,  par  les  magiciens 
des  contrées  du  nord,  mais  dont  aucune  trace  écrite  ne 
constate  l'usage  dans  les  pays  latins.  Il  consistait  à 
remettre  aux  marins  en  leur  indiquant  la  manière  de 

(1)  Folk-Lore  Journal,  II  (1884),  p.  260. 

(2)  Folk-Lore  Journal,  VII  (1889),  p.  45. 

(3)  Campbell,  2,  p.  93. 

(4)  SÉBiLLOT,  2,  II,  p.  252.  Thorpe,  III,  p.  183. 

(5)  SÉBILLOT,  1, 1,  p.  102, 


LES   MÉTÉORES  283 

s'en  servir,  des  morceaux  de  toile  ou,  plus  ordinairement, 
des  cordes  pourvues  de  nœuds.  Il  a  été  pratiqué  en 
Scandinavie,  dans  le  nord  de  l'Allemagne,  dans  l'Ecosse 
du  nord,  et  même  dans  le  sud  de  l'Angleterre  (1).  La  men- 
tion qui  suit,  et  qui  quoique  n'ayant  pas  de  date,  semble 
se  rapporter  à  une  époque  récente,  indique  la  façon  dont 
on  opérait  dans  les  îles  de  l'Ecosse.  Une  sorcière  de  Lewis 
remit  à  un  matelot  une  corde  avec  trois  nœuds  ;  le  pre- 
mier s'appelait  :  «  Viens  doucement  »  et  lorsqu'il  la 
dénoua  après  avoir  quitté  le  rivage  il  s'éleva  une  jolie 
brise.  Le  second  s'appelait  :  «Viens  plus  fort  »  et  quand 
il  fut  défait,  la  brise  souffla  plus  vive  ;  au  moment  où  il 
approchait  du  port,  il  eut  la  curiosité  de  dénouer  le 
troisième  qui  s'appelait  Hardship-Dur  «  violent  »  et 
il  souffla  un  ouragan  à  déraciner  les  collines  (2). 
En  plusieurs  régions  d'Angleterre  ce  commerce  a  eu 
lieu  jusqu'à  nos  jours  ;  en  1861  un  marin  de  la  Cornouaille 
disait  que  les  bateaux  à  vapeur  avaient  causé  sa  déca- 
dence ;  mais  sans  l'abolir  complètement,  puisque  vers 
le  milieu  du  XIX^  siècle,  deux  personnes  d'un  village 
d'Angleterre  en  vendaient  aux  marins.  A  l'île  de  Man 
une  femme  enferme  encore  les  brises  dans  les  nœuds 
qu'elle  fait  au  mouchoir  du  matelot  qui  la  paie  (3). 

On  a  pas  rencontré  dans  la  tradition  contemporaine 
le  parallèle  d'une  pratique  relevée  en  Ecosse,  il  y  a  environ 
deux  cents  ans,  et  qui  se  rapproche  singuhèrement  de  la 
fable  des  outres  d'Éole.  En  1738,  des  marins  retenus  parle 
calme  s'adressèrent,  pour  acheter  du  vent,  à  une  sor- 

(1)  Sébillot,  2,  II,  p,  235. 

(2)  Campbell,  2,  p.  19. 

(3)  Bassett,  p.  120.  Rhys,  I,  p.  331. 


284  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

cière  réputée,  qui  leur  remit  une  cruche  bouchée  avec 
de  la  paille,  en  leur  recommandant  de  ne  pas  enlever  le 
bouchon  avant  d'être  arrivés  à  leur  port  ;  ils  mirent  à  la 
voile;  bientôt  il  s'éleva  une  brise  favorable, et  ils  étaient 
en  vue  de  l'endroit  où  ils  se  rendaient  lorsqu'un  matelot 
qui  voulait  savoir  ce  que  contenait  la  cruche,  enleva  le 
bouchon  et  le  jeta  à  la  mer  ;  aussitôt  il  s'éleva  un  terrible 
ouragan  (  1  ) .  Les  pêcheurs  des  Highlands  croyaient  que  l'on 
pouvait  laisser  le  vent  à  la  maison  avec  les  femmes  ; 
mais  il  fallait  qu'elles  se  gardent  de  le  lâcher  lorsqu'elles 
étaient  impatientes  du  retour  de  leur  bien  aimé  (2). 

On  s'adresse  aussi,  non  plus  au  vent  lui-même,  mais 
aux  saints  auxquels  on  attribue  une  puissance  sur  lui. 
En  Sicile,  le  peuple  a  fait  de  saint  Marc  le  protecteur 
du  vent,  et  il  l'a  personnifié  en  ce  saint  qu'il  a  transformé 
en  une  sorte  d'Éole  chrétien.  Quand  le  vent  souffle  au 
gré  des  gens,  ils  l'invoquent  et  le  supplient  à  voix  basse, 
mais  quand  le  temps  se  gâte  et  que  des  bouffées  met- 
tent en  péril  les  produits  agricoles,  les  menaces  succèdent 
aux  prières,  ils  l'injurient,  et  un  proverbe  qui  l'identifie 
avec  le  sirocco,  appelle  saint  Marc  le  loup  de  la  cam- 
pagne (3).  Quand  le  vent  est  violent  les  matelots  trécor- 
rois  chantent  en  chœur  à  tour  de  rôle  pour  endormir 
saint  Antoine  (4). 

Les  gens  du  littoral  connaissent  des  procédés  matériels 
qui,  appliqués  aux  statues  des  saints,  doivent  attirer 
l'attention  du  bienheureux  sur  leur  vœu,  et  à  les  con- 

(1)  Miller,  p.  284-288. 

(2)  Folk-Lore,  XIV  (1903),  p.  302. 

(3)  PiTRÈ,  1,  III,  p.  71. 

(4)  SÉBILLOT,  2,  II,  p.  245. 


LES   MÉTÉORES  285 

traindre  à  l'exaucer.  Les  femmes  des  marins  vont  à  une 
chapelle  de  l'île  de  Boued  près  de  Sané  et  tournent  le 
sabre  de  saint  Victor  vers  le  point  de  l'horizon  d'où 
doit  souffler  le  vent  favorable  ;  celles  de  Saint-Malo 
viraient  aux  mêmes  intentions  la  crosse  de  saint  Oueh, 
et  les  marins  de  l'île  de  Sein,  celle  de  saint  Corentin  (1). 
Les  femmes  des  matelots  de  Winchelsea  tournaient 
jadis  de  la  même  façon  le  sceptre  de  saint  Lennard  (2). 

Au  commencement  du  XVIP  siècle  des  paysans  de 
la  Cornouaille  menaçaient  les  saints  de  la  chapelle 
la  plus  proche  de  leur  village  de  toutes  sortes  de  mauvais 
traitements  s'ils  ne  leur  assuraient  le  retour  des  person^ 
nés  qui  leurs  étaient  chères,  et  ils  exécutaient  en  effet 
ces  menaces  en  fouettant  ces  saintes  images  ou  en  les 
mettant  dans  l'eau  quand  ils  n'en  obtenaient  pas  ce 
qu'ils  demandaient.  Les  marins  liaient  parfois  les  sta- 
tuettes en  leur  adressant  des  menaces,  parmi  lesquelles 
figuraient  celle  de  les  jeter  à  la  mer  si  elles  n'obéissaient 
pas  à  la  prière  assez  irrévérencieuse  qu'ils  leur  faisaient 
pour  avoir  bonne  brise.  Lorsque  le  vent  était  contraire, 
les  femmes  de  Saint-Quay  (Côtes-du-Nord)  lançaientde 
la  poussière  à  la  statue  de  ce  saint,  qui  passe  pour  avoir 
la  vertu  de  faire  tourner  le  vent  (3). 

Quelques  animaux,  et  en  première  ligne  le  chat,  sont 
associés  aux  opérations  destinées  à  exciter  le  vent. 
Les  matelots  anglais  jetaient  parfois  celui  du  bord  à  la 
mer  dans  les  temps  de  calme  (4)  ;  les  pêcheurs  de  Conne- 

(1)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  167. 

(2)  Jones,  p.  70. 

(3)  SÉBILLOT  1.  c. 

(4)  SÉBILLOT,  2,  II,  p.  244-245. 


286  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

mara  (Irlande)  enterrent  un  chat  dans  le  sable  jusqu'au 
cou,  en  lui  tournant  la  tête  du  côté  où  souffle  le  vent  de- 
bout et  le  laissent  crever  (1). Les  femmes  des  Highlands 
croyaient  faire  s'élever  le  vent  en  passant  leur  chat  à 
travers  la  flamme  (2).  C'était  peut-être  avec  une  idée 
de  sacrifice  que  les  insulaires  de  Fladda  Chuan  en 
Ecosse  attachaient  un  bouc  au  haut  du  mât.  En  Suède, 
la  seule  présence  à  bord  d'un  chat  volé  suffit  pour 
avoir  du  bon  vent.  Aux  États-Unis,  de  vieilles  femmes 
en  emprisonnaient  un  sous  un  baril,  persuadées  que  tant 
qu'il  n'en  serait  pas  sorti,  la  brise  ne  pourrait  souffler  (3). 
On  emploie  aussi  des  espèces  de  girouettes  magiques  ; 
les  Esthoniens  suspendaient  un  chapeau  du  côté  où  ils 
désiraient  que  vienne  le  vent,  en  accompagnant  cet  acte 
d'un  sifflement;  une  peau  de  serpent  possédait  la  même 
vertu.  En  Suède  une  cuiller  de  bois  volée,  attachée  à  la 
proue  d'un  navire  qui  a  le  vent  contraire  lui  procure  une 
brise  favorable  (4). 

95.  —  Les  moyens  d'apaiser  le  vent  sont  moins  nom- 
breux que  ceux  qui  sont  destinés  à  l'exciter,  et  les  ter- 
riens les  emploient  plus  souvent  que  les  marins.  On  a 
vu  (p.  241)  les  procédés  par  lesquels  les  paysans  éloignent 
les  tourbillons  des  moissons.  Les  campagnards  siciliens 
conjurent  le  Mazzamarieddu,  vent  violent  dont  ils  ont 
fait  une  sorte  de  diable,  en  élevant  et  en  étendant  les 
bras,  et  en  lui  criant  :  «  Va-t-en  au  loin,  bête  brute  !  » 
et  les  paysans  de  Nossoria  lui  crient  :  «  Eau  et  sel  pour 

(l)Folk-Lore  Journal,  III  (1884),  p.  260. 

(2)  Folk-Lore,  XIV  (1903),  p.  302. 

(3)  SÉBiLLOT,  2,  II,  p.  245-238. 

(4)  SÉBILLOT,  2,  II,  p.  245. 


LES   MÉTÉORES  287 

toi  !  »  dans  la  persuasion  que  le  vent  est  l'œuvre  des 
diables  et  des  sorciers.  La  conjuration  ou  la  prière  usitée 
en  Sicile  pour  calmer  le  vent  s'adresse  à  sa  mère  :  «  Mère 
des  vents,  rappelle  ton  fils  »  (1).  Autrefois  les  paysans 
allemands  faisaient  une  sorte  d'offrande,  ils  secouaient 
un  sac  de  farine  et  disaient  :  «  Tiens,  vent,  prends  ceci, 
et  fais-en  de  la  bouillie  pour  ton  enfant  !  »  (2). 

En  Irlande  les  gens  du  peuple  croyaient  jadis  que  lors- 
que le  vent  avait  été  excité  par  les  appels  de  ceux  qui 
avaient  conclu  un  pacte  avec  le  diable,  il  ne  pouvait 
être  calnrè  que  par  la  mort  d'un  chat  noir,  d'un  chien 
noir  ou  d'un  enfant  non  baptisé  (3).  Un  conte  de  la 
Haute-Bretagne  parle  d'une  femme  qui,  ayant  épuisé 
tous  les  procédés  connus  pour  apaiser  le  vent,  finit  par 
lui  montrer  son  derrière  et  le  fit  reculer  (4).  Il  n'est  pas 
impossible  que  ce  geste,  dont  on  rencontre  un  parallèle 
pour  la  conjuration  de  l'orage  dans  les  Abruzzes 
(cf.  p.  276)  ait  été  en  effet  employé. 

96.  — ■  Les  marins  personnifient  quelquefois  la  brume  ; 
ceux  de  la  Manche  racontent  que  Gargantua  qu'elle  gênait 
lorsqu'il  revenait  de  Jersey  en  Bretagne,  l'avala  et 
la  retint  dans  son  ventre  autant  de  jours  que  la  baleine 
avait  gardé  Jonas.  Lorsqu'il  la  laissa  s'échapper,  il  lui 
dit  de  retourner  dans  son  pays,  et  que  si  jamais  il  la 
revoyait,  il  l'enfermerait  de  nouveau  et  pour  toujours  ; 
elle  eut  une  telle  peur  qu'elle  ne  revint  sur  les  côtes  de 
France  que  longtemps  après  la  mort  du  géant.  Lorsque 

(l)PlTRÊ,  i,iii,p.  72. 

(2)  Grimm,  IV,  p.  1788,  n»  282. 

(3)  Carleton,  II,  p.  90,  n. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  81. 


288  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

les  pêcheurs  sont  enveloppés  par  elle,  il  lui  adressent 
parfois  une  conjuration  dans  laquelle  ils  la  menacent 
du  ventre  de  Gargantua.  D'autres  légendes  parlent  d'ins- 
truments de  fer  qui  la  dissipent;  le  héros  d'un  conte 
gascon  tue  avec  une  épée  un  géant  de  brume  qui  s'en  va 
aussitôt  en  fumée  ;  lorsque  saint  Lunaire  venait  d'Ir- 
lande en  Bretagne,  il  frappa  avec  son  sabre  la  brume 
qui  entourait  son  bateau,  et  elle  se  dissipa  ;  depuis 
il  est  le  patron  de  la  brume,  et  les  matelots  l'invoquent 
quand  elle  les  incommode.  Ils  menacent  aussi  la  brume 
de  la  «  couper  par  la  moitié  avec  un  couteau  d'acier.  « 
Des  formulettes  de  la  région  pyrénéenne  lui  disent  que 
le  bourreau  ou  d'autres  personnages  vont  venir  la  battre 
ou  la  couper  (1),  et  les  paysans  portugais  lui  adressent 
de  nombreuses  incantations  comminatoires,  telles  que 
la  suivante  :  «  Fuis,  brume,  voici  St  Romao  qui  vient 
avec  son  bâton  »  (2). 

97.  —  Sur  le  littoral  de  la  Haute-Bretagne,  la  pluie 
est,  dans  les  contes,  la  fille  de  la  mère  des  vents  ;  les 
marins  l'appellent  la  mère  Banard,  et  disent  qu'elle  est 
la  femme  du  vent  d'ouest.  Une  formulette  de  l'île  de 
Batz  que  l'on  récite  pour  faire  cesser  les  ondées  s'adresse 
à  la  «  petite  pluie  de  Dieu  «  et  lui  parle  de  sa  mère  (3). 

J'ai  donné  au  chapitre  de  la  culture  des  exemples 
choisis  parmi  les  innombrables  procédés  magiques 
destinés  à  faire  succéder  la  pluie  à  la  sécheresse  (p.  243)- 

Les  rimes,  fort  nombreuses  en  France  et  à  l'étranger, 
que  les  enfants  et  aussi  parfois  les  adultes  chantent  ou 

(1)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  118-119. 

(2)  Leite,  1,  p.  49-51. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  83,  121. 


LES   MÉTÉORES  289 

récitent  quand  il  pleut,  expriment  le  désir  de  voir  con- 
tinuer l'ondée,  et  parlent  quelquefois  de  ses  vertus 
bienfaisantes;  mais  ces  débris  d'anciennes  conjurations, 
à  l'efficacité  desquelles  on  a  cru  autrefois,  ne  s'adressent 
pas  à  la  pluie  personnifiée  (1). 

Il  n'en  est  pas  de  même  de  celles  qui  ont  pour  but  de 
la  faire  cesser  ;  des  incantations  d'Angleterre  et  de  Basse- 
Bretagne  l'invoquent  expressément,  et  les  enfants  du 
Devonshire  lui  disent  d'aller  en  Espagne  et  de  revenir 
une  autrefois  en  lui  promettantungâteauàsonretour(2). 
Dans  le  comté  de  Durham,  on  croit  prévenir  le  temps 
pluvieux  en  mettant  deux  paOles  en  croix  et  en  disant  : 
((  Pluie,  pluie,  va-t-en,  et  ne  reviens  pas  d'ici  Noël  »  (3). 

La  pluie  est  rarement  invoquée  comme  dispensatrice 
de  grâces  :  cependant  les  femmes  siciliennes  adressent 
cette  prière  à  celle  de  mai  qui,  en  raison  du  pouvoir 
qu'on  lui  attribue,  s'appelle  Allunga  capelli  (allonge 
cheveux)  :  «  Pluie  de  mai,  fais  croître  mes  cheveux,  fais- 
les  croître,  car  ils  sont  courts  »  (4). 

98.  —  Les  explications  pittoresques  de  la  neige 
attribuent  sa  chute  à  des  actes  de  personnages  surna- 
turels, occupés  à  faire  leur  lit,  dont  les  plumes  tombent 
sur  la  terre  ;  en  Flandre,  c'est  Marie-au-Blé,  en  Allemagne 
dame  Hollé,  les  anges  ou  saint  Pierre;  en  France  le 
bon  Dieu,  la  Vierge,  plus  rarement  d'autres  saints,  et 
parfois  même  de  simples  mortels,  plument  leurs  oies  (5), 

(1)  GoMis,  1,  p.  25-26,  52-55.  Pitre,  1,  III,  p.  49.  Sébillot,  1,  I. 
p.  120-121.  Halliwell,  p.  156. 

(2)  Henderson,  p.  24. 

(3)  Denham,  II,  p.  22. 

(4)  PiTRÊ,  2,  p.  237. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  85-86.  Thorpe,  III,  p.  183. 

LE    PAGANISME    COSTEMPORAIX  17 


290  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

comme  aussi  en  Ecosse,  où  quand  il  neige  à  flocons  des 
formulettes  enfantines  disent  que  les  gens  de  l'Ouest 
ou  ceux  des  Orkney  leur  envoient  les  plumes  de  leurs 
oisons  (1).  En  Haute-Bretagne,  Madame  Fleur-de-Neige 
secoue  son  manteau,  en  Franche-Comté  TanteArie,  en 
Normandie  le  Bonhomme  Hiver  déchirent  leur  linge  (2). 
Aucun  de  ces  personnages  n'est  invoqué  pour  la  dis- 
pensation  de  la  neige,  et  c'est  à  elle-même  en  quelque 
sorte  persormifiée  que  s'adressent  les  enfants.  Alors  que 
tant  de  procédés  magiques  ou  de  formules  sont  destinés 
à  provoquer  la  pluie,  ceux  ayant  pour  but  de  faire  tom- 
ber la  neige  paraissent  à  peu  près  inconnus.  Cependant 
les  enfants  du  Périgord  récitent  quand  le  froid  est  très  vif 
un  quatrain  par  lequel  ils  semblent  l'appeler  :  «  Neige, 
neige,  neigé,  (tombe)  à  gros  flocons  pour  faire  venir  la 
vieille  sur  les  tisons  (3).  Lorsqu'il  commence  à  neiger 
ceux  du  Yorshire  s'écrient  :  «  Neige,    neige  plus    vite, 
la  vache  est  à  la  pâture».  Quand  elle  est  finie  et  qu'ils 
souhaitent  qu'il  n'en  tombe  plus  d'autre,  ils  chantent  : 
«  Neige,  neige,  cesse,  la  vache  est  dans  le  trèfle  »  (4). 
Ceux  d'Autun  croient  que  la  petite  chansonnette  qui 
suit  a  pour  effet  de  faire  cesser  la  neige  dès  le  lende- 
main : 

Neige,  neige, 
Les  sauterelles  sont  dans  la  crèche. 
Les  ouillaux  (oiseaux)  sont  dans   l'anhaut, 
Que  demandent  à  ton  manteau 
Pour  demain  qui  ferait   chaud  (3). 

(1)  Gregor,  1,  p.  153.  Chambers,  p.  184. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  86. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  101-102. 

(4)  Halliwell,  p.  157. 

(5)  SÉBILLOT,   1,   I.  p.   122. 


LES   MÉTÉORES  291 

99.  —  Plusieurs  des  innombrables  explications  de 
l'arc-en-ciel  l'assimilent  à  un  être  vivant  qui  descend 
sur  la  terre  ou  sur  la  mer  pour  étancher  sa  soif  ;  en  Corse 
on  dit  que  c'est  le  diable.  Si  parfois  il  dispense  des 
richesses,  il  est  aussi  nuisible  aux  hommes  et  aux 
choses  et  c'est  pour  cela  qu'on  lui  adresse  tant  d'incan- 
tations accompagnées  des  gestes  ou  d'actes  magiques, 
afin  de  le  faire  disparaître  (1). 

L'un  des  plus  curieux  de  ces  procédés  est  celui  qui 
est  usité  à  la  pointe  du  Raz  (Finistère)  et  qui  consiste 
à  planter  sur  un  rocher  ou  sur  un  muretin  une  file  de . 
pierres  debout  ;  tant  que  le  météore  est  visible,  on  con- 
tinue à  ériger  des  pierres  en  regardant  si  le  sommet  de 
l'une  d'elles  correspond  à  une  échancrure  de  l'arc-en-ciel, 
et  lorsque  cela  arrive  on  dit  que  la  pointe  de  la  pierre  l'a 
coupé.  A  Audierne,  on  entame  le  sol  avec  l'extrémité 
d'un  bâton  ou  la  pointe  d'un  couteau  en  disant  :  «  Coupe 
l'arc-en-ciel,  coupe  ».  Dans  quelques  localités  du  Finis- 
tère on  trace  en  l'air  une  croix  avec  un  couteau  ou  un 
objet  quelconque  en  récitant  une  conjuration. 

La  disposition  des  objets  en  forme  de  croix  est  pra- 
tiquée à  Audierne  où  l'on  se  sert  de  deux  pierres,  aux 
environs  de  Lorient  de  deux  morceaux  de  bois  posés 
sur  le  sol.  Les  enfants  du  nord  de  l'i^ngleterre  y  mettent 
des  branches  avec  une  pierre  à  chaque  bout  ou  des  brins 
de  paille  (2).  La  salive  lancée  sur  la  main,  et  parfois 
accompagnée  d'un  cheveu  ou  d'un  brin  d'herbe,  que 
l'on  frappe  avec  l'autre  main  de  manière  à  former  une 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  69,  91,92.  Méliisine,  11(1884),  col.  13-14,  110. 
PiTRÈ,  1,  III,  p.  55.  Méhisine,  II,  col.  17,  4,  41. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  117,  116.  Denham,  II,  p.  58.  GuTCH,  p.  43. 


292  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

croix,  intervient  dans  de  nombreuses  conjurations  dans 
divers  pays  de  France,  que  complètent  des  formules 
rimées.  Plusieurs  sont  menaçantes  et  ont  pour  but  de 
faire  peur  au  météore,  de  même  que  d'autres  usitées 
en  Portugal,  où  on  lui  dit  que  les  Maures  ou  les  voleurs 
vont  venir  le  tuer  (1),  en  Finlande  où  les  bergers  lui 
crient  :  «  Arc,  disparais,  le  forgeron  viendra  avec  sa 
faucille  et  il  te  coupera  le  cou  »  (2). 

En  Grèce  où  le  Feu  Saint-Elme  est  regardé  comme 
contenant  des  êtres  malfaisants,  on  leur  récite  des 
incantations,  comme  à  l'arc-en-ciel  et  on  essaye  de  les 
effrayer  en  tirant  des  coups  de  fusil  ou  en  faisant  un 
charivari  diabolique.  Si  ceux  qui  le  voient  sont  sur  un 
navire  et  qu'il  y  ait  des  cochons  à  bord,  on  les  tire  par 
la  queue  pour  qu'ils  grognent,  les  cris  de  ces  animaux 
que  l'on  croit  de  nature  diabolique  mettent  en  fuite  les 
esprits  malfaisants  (3). 

Quelques  formulettes  engagent  l'arc-en-ciel  à  s'en 
aller  en  lui  promettant  des  friandises,  ce  que  faisaient 
les  Déliens  qui  lui  offraient  des  gâteaux  composés  de 
farine,  de  miel  et  de  fruits  secs,  le  considérant  comme  une 
divinité  (4). 

Il  figure  parmi  les  météores  que  l'on  ne  doit  traiter 
qu'avec  respect.  Dans  les  Abruzzes  la  personne  qui  urine 
à  sa  vue  est  aussitôt  atteinte  d'ictérie,  qui  pour  cette 
raison  est  appelée  Maie  de  f  arche  ;  en  Slavonie  si  on 
satisfait  alors  ses  besoins  naturels,  ce  qui  sort  du  corps 

(1)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  115, 116.  Leite,  1,  p.  60. 

(2)  Mélusine,  II  (1884),  col.  71. 
'    (3)  Mélusine,  II  (1884),  col.  117. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  118  ;  Mélusine,  II,  col.  18,  110. 


LES   MÉTÉORES  293 

peut  se  changer  en  serpent.  Lorsqu'on  le  montre  avec 
le.doigt,  suivant  une  croyance  tchèque,  il  tonne  aussitôt 
ou  le  doigt  se  détache  de  la  main  ;  en  Picardie  il  peut 
être  coupé,  et  dans  les  Vosges,  il  y  vient  un  panaris  ;  en 
Allemagne  on  dit  qu'en  faisant  ce  geste  on  crèverait 
les  yeux  aux  anges  (1). 

En  Slavonie,  lorsque  le  premier  arc-en-ciel  se  montre 
au  printemps,  chacun  doit  sortir  de  sa  maison,  lever  les 
yeux  au  ciel  et  crier  :  «  Dieu  aide  !  «  et  les  enfants  dansent 
en  récitant  une  formulette  <(2).  L'arc-en-ciel  est  pris  à  té- 
moin dans  quelques  jurons  français  (3). 

(1)  NiNO,  p.  158.  Méliisine,  II  (1884),  col.  16.  Skbillot,  1, 1.  p.  93. 

(2)  Mélusine,  II,  col.  42. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  93. 


CHAPITRE     III 
Les  eaux. 


100.  Le  respect  de  l'eau.  —  ICI.  Les  fontaines.  —  Î02  Les  rivières. 
—  103.  Les  lacs.  —  104.  La  mer. 


Les  eaux  tiennent  le  premier  rang  parmi  les  forces 
de  la  nature  qui  sont  Tobjet  de  la  préoccupation  des 
hommes,  et  on  les  trouve  associées  à  des  coutumes,  à 
des  superstitions  et  à  des  rites  dont  les  précédents  cha- 
pitres contiennent  de  nombreux  exemples  caractéris- 
tiques. 

100.  —  Plusieurs  dires  contemporains  font  du  respect 
de  l'eau  une  obligation  quasi-religieuse,  et  blâment 
ceux  qui  osent  la  souiller  :  en  Portugal,  celui  qui  urine 
dans  l'eau  commet  un  péché,  qu'il  peut  cependant  effa- 
cer en  disant  :  «Mort  au  péché,  vive  le  petit  Jésus  !  «  (1)  En 
Sicile  cet  acte  est  expié  par  sept  années  de  purgatoire  ; 
dans  la  Suisse  allemande  celui  qui  crache  dans  l'eau 
crache  dans  les  yeux  du  bon  Dieu  (2):  en  Haute- 
Bretagne,  qui  crache  dans  les  rivières  fait  de  l'eau 
bénite  pour  le  diable.  Parfois  il  y  a  une  sanction 
immédiate  ;  si  l'on  jette  quelque  chose  dans  certains 
lacs,  il  s'élève  aussitôt  un  orage  (3). 

(1)  Leite,  1,  p.  71.. 

(2)  PiTRÈ,  1,  IV,  p.  446. 

(3)  SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  159,  464. 


LES    EAUX  295 

101.  —  D'innombrables  légendes  racontent  les  gestes 
localisés  des  génies  des  eaux  et  leur  assignent  comme 
résidence  des  demeures  mystérieuses  au-dessous  des 
ondes,  ou  dans  leur  voisinage  immédiat.  La  plupart 
s'appliquent  au  temps  passé,  mais  plusieurs  parlent 
comme  de  faits  connus  de  la  génération  précédente  ou 
même  de  la  nôtre,  des  apparitions  tantôt  gracieuses, 
tantôt  terrifiantes,  des  êtres  féminins,  et  plus  rarement 
masculins,  qui  y  président.  On  en  fait  peur  aux  enfants 
pour  les  empêcher  de  s'aventurer  ,près  des  endroits 
dangeureux  ;  mais  les  adultes  eux-mêmes  n'osent  s'ap- 
procher, surtout  la  nuit,  de  certaines  fontaines  (1). 
Dans  le  nord  de  l'Italie,  les  sources  sont  sous  la  protec- 
tion d'esprits  qu'il  est  bon  de  se  rendre  favorables  (2)  ; 
en  Portugal,  des  Mauresques  enchantées  apparaissent 
encore  près  de  celles  où  elles  ont  leur  retraite,  en  Sicile 
quelques  fontaines  ont  comme  génies  familiers  de  petites 
nonnes  (4),  en  France  ce  sont  le  plus  ordinairement  des 
fées  (5). 

Trois  fontaines  du  côté  d'Aberdeen  sont  sous  la  garde 
d'un  esprit,  et  une  autre  près  de  Corgrafï,  dans  la 
même  région,  avait  un  génie  Duin  glase  beg,  le  petit 
homme  gris  :  toute  personne  qui  y  puise  de  l'eau  doit  y 
jeter  une  épingle  ou  toute  autre  pièce  de  métal  ;  s'il  né- 
glige cette  offrande,  et  qu'il  vienne  une  seconde  fois  à 
la  source,  l'esprit  le  tourmente  et  le  poursuit  jusqu'à  ce 

(1)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  193-203. 

(2)  Ferraro,  p.  36. 

(3)  Leite,  1,  p.  74,  75. 
(4)PiTRÈ,  1,  IV,  p.  187. 

(5)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  195-201,  191. 


296  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

qu'il  meure  de  soif  ;  de  nombreuses  épingles  que  l'on 
voyait  en  1890  sur  le  sol  de  la  fontaine  attestaient  que 
la  coutume  du  présent  propitiatoire  n'était  pas  tombée 
en  désuétude  (1).  Dans  le  nord  de  l'itajie  l'esprit  de  la 
source  souterraine  ne  la  laissait  découvrir  à  celui  qui 
tournait  la  baguette  que  si  cet  acte  était  acompagné 
d'une  formule  (2).  En  Suède  au  milieu  du  XVIII®  siècle 
à  certains  moments  de  l'été,  on  lançait  du  fer,  de  la 
monnaie,  etc.,  pour  se  rendre  propice  le  Xeck  de  la 
fontaine  (3).  En  plusieurs  pays  de  France,  on  étrenne 
les  fontaines  par  des  présents  en  nature  (4),  et  dans  le 
nord  de  l'Italie  la  coutume  de  leur  jeter  comme  offrande 
de  petits  cailloux  est  assez  fréquente  (5). 

Les  plus  nombreux  présents  faits  aux  fontaines 
sont  en  rapport  avec  la  fécondité,  l'amour,  la  guérison 
ou  la  santé.  D'autres  semblent  l'accessoire  obligé  pour 
la  réalisation  de  souhaits  qui  ne  rentrent  pas  dans  ces 
divers  ordres  d'idées.  C'est  ainsi  que  les  croyants,  après 
avoir  fait  trois  fois  le  tour  de  la  fontaine  de  l'Épingle  à 
Alnwickdansle  Nortliumberland,  sautent  par  dessus  et 
y  lancent  une  épingle  en  formulant  leur  vœu  (6).  Ce  tour 
numérique  était  fait  plusieurs  fois,  en  priant,  par  les 
nombreux  dévots  qui  se  rendaient,  vers  1814,  à  une 
fontaine  de  saint  Patrick  à  Dungiven  en  Irlande,  qui 
s'y  lavaient  les  mains  et  les  pieds  et  y  trempaient  un 

(1)  Folk-Lore,  III  (1892),  p.  67-68. 

(2)  Ferraro,  p.  36. 

(3)  Thorpe  II,  p.  82. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  302. 

(5)  Ferraro,  1.  c. 

(6)  Balfour,  p.  1-2. 


LES    EAUX  297 

petit  morceau  de  leur  vêtement  qu'ils  suspendaient  au 
buisson  voisin  (1). 

Les  objets  posés  sur  la  surface  des  eaux  ou  lancés 
par  les  pèlerins,  ne  constituent  pas  toujours  des  offrandes, 
mais  des  agents  de  consultation  qui  sont  employés  par. 
les  amoureux,  les  malades  ou  leurs  parents  (cf.  p.  71,  87) 
Ils  servent  aussi  en  Basse-Bretagne  à  renseigner  sur  le 
sort  des  absents  :  les  femmes  des  marins  déposent  sur 
la  fontaine  un  linge  de  corps  d'un  de  leurs  enfants,  s'il 
flotte  c'est  que  le  père  est  vivant  ;  dans  une  autre  fon- 
taine, on  lance  un  morceau  de  mie  de  pain  qui,  s'il 
surnage,  indique  que  le  marin  a  fait  un  voyage  heureux 
et  qu'il  reviendra  bientôt  (2).  Ceux  qui  s'adressaient  à 
une  fontaine  à  Gulval  près  de  Penzance,  pour  connaître 
la  destinée  des  amis  qu'ils  avaient  au  loin,  regardaient 
les  eaux  en  récitant  une  formulette  pour  conjiirer  la 
source  de  leur  dire  la  vérité  :  si  en  bouillonnant  l'eau 
restait  bien  claire,  l'ami  était  en  bonne  santé,  si  elle 
était  bourbeuse  il  était  malade,  si  elle  restait  tranquille, 
il  était  mort  (3). 

Le  flottement  du  pain  qui  indique  la  destinée  future 
des  gens  pendant  une  période  déterminée  (cf.  p.  160) 
sert  aussi  à  découvrir  les  voleurs.  Celui  qui  s'adressait 
à  la  fontaine  de  Llandebrog,  dans  le  pays  de  Galles, 
devait  s'agenouiller  devant  elle  et  témoigner  sa  foi  en 
sa  puissance  ;  il  y  jetait  ensuite  un  morceau  de  pain 
en  prononçant  le  nom  de  la  personne  qu'il  suspectait, 


(1,1  Folk-Lore  Journal,  II  (1884),  p.  211. 

(2)  Sébillot,  1,  II,  p.  255. 

(3)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  92. 

17. 


298  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

le  pain  coulait  s'il  était  coupable  (1).  Vers  le  milieu  du 
XIXe  siècle,  des  épreuves  analogues  se  faisaient  à  quel- 
ques fontaines  des  environs  de  Lannion(Côtes-du-Nord). 
Celui  qui  les  interrogeait  devait  s'y  rendre  le  lundi, 
à  jeun,  et  jeter  dans  l'eau  plusieurs  morceaux  de  pain, 
à  chacun  desquels  il  donnait  le  nom  des  gens  qu'il  soup- 
çonnait :  celui  qui  restait  au  fond  indiquait  l'auteur 
du  larcin  (2). 

Des  opérations  d'un  caractère  coupable  et  qui  tou- 
chent parfois  à  la  magie,  s'accomphssent  près  des 
fontaines  ;  elles  sont  fréquentées  par  ceux  qui  veulent 
donner  des  maladies  (cf.  p.  147)  s'approprier  le  bien 
d'autrui  et  enfin  se  venger  de  leurs  ennemis,  sans 
les  vouer  expressément  à  la  mort.  La  fontaine  sacrée 
d'une  des  îles  de  l'Irlande  était  l'objet  d'un  pèle- 
rinage de  haine;  l'opérateur  s'agenouillait  devant, 
et  répandait  sur  le  sol,  au  nom  du  Diable,  quelques 
gouttes  de  son  eau,  en  disant  :  «  Que  mon  ennemi 
soit  renversé  sur  le  sol  comme  cette  eau  !  »  (3).  La 
fontaine  d'Elian  dans  le  Denbigshire  était  l'une 
de  celles  auxquelles  on  s'adressait  pour  ensorceler,  ce 
qui  se  faisait  en  lançant  sur  ses  eaux  des  linges  lardés 
d'épingles  ;  vers  1830,  elle  était  annuellement  visitée 
par  des  centaines  de  personnes  qui  accomplissaient 
ainsi  le  rite  de  malédiction  :  le  postulant  se  plaçait  à  un 
certain  endroit  près  de  la  source,  dont  le  propriétaire, 
après  avoir  lu  quelques  passages  de  l'Écriture,  lui  faisait 
boire  un  peu  d'eau,  et  lui  lançait  le  reste  par  dessus  la 

(1)  Rhys,  I,  p.  364. 

(2)  SÉBILLOT,  1,    II,  p.  255. 

(3)  Wilde,  p.  71. 


LES    EAUX  299 

tête  ;  cet  acte  était  répété  trois  fois  pendant  que  le 
pèlerin  murmurait  des  imprécations  dans  lesquelles 
il  désignait  la  façon  dont  sa  vengeance  devait  être 
réalisée  (1). 

L'eau  des  fontaines  confère  certains  privilèges  à  celui 
qui,  au  commencement  de  l'année,  en  prend  «  la  fleur  »; 
en  plusieurs  pays  de  France  elle  assure  du  bonheur 
pendant  un  an.  Celui  qui  boit  avant  tout  autre  dans 
les  trois  fontaines  de  Wark  (Northumberland)  acquiert 
pour  l'année  qui  vient  un  pouvoir  qui  s'étend  jusqu'à 
lui  permettre  de  passer  par  le  trou  de  la  serrure  ou 
de  voler  en  l'air  la  nuit.  Cet  heureux  mortel  jette  sur 
le  sol  du  gazon  des  fleurs,  du  foin  ou  de  la  paille 
pour  montrer  à  celui  qui  se  présente  après  lui  qu'il  a 
été  devancé  (2). 

102.  —  Les  rivières  sont  encore  personnifiées  et  les 
légendes  les  font  agir  et  parler  :  dans  une  formulette 
écossaise,  la  Tweed  et  la  Till  se  disputent  à  qui  fera  le 
plus  de  victimes  par  an  (3)  ;  plusieurs  rivières  d'Alle- 
magne en  exigent  une  annuellement  et  c'est  le  tribut 
que  demandent  quelques-unes  de  celles  de  France  ou 
de  Wallonie  (3). 

Le  génie  qui  y  préside  a  parfois  un  nom  propre,  comme 
celui  de  la  Tee,  Peg  Powler,  aussi  insatiable  de  vies 
humaines  que  Lorelei  ;  en  Norvège  le  Nok  demandait 
un  sacrifice  annuel  (4). 

(1)Rhys,  I,  p.  357,395. 

(2)  Sébillot,  1,  II,  p.  240.  Balfour,  p.  5-6. 

(3)  Leite,  1,  p.  79.  Grimm,  II,  p.  494.  Chambers,  p.  207.    Folk-Lore, 
III  (1892),  p.  72.  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  338-339. 

(4)  Henderson,  p.  265.  Thorpe,  II,  p.  20. 


300  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

Des  pratiques  préventives  mettent  celui  qui  les  ac- 
complit à  l'abri  des  noyades  naturelles  ou  surnaturelles; 
en  Wallonie  on  jette  dans  l'eau  une  galette,  en  formu- 
lant le  souhait  de  nouvelle  année,  afin  de  ne  pas  se  noyer 
pendant  cellequi  commence  (1).  En  Portugal, quand  on 
passe  une  rivière,  il  faut  y  lancer  trois  cailloux,  le  premier 
au  commencement,  le  second  au  milieu,  et  le  troisième 
à  la  fin,  ou  bien  en  tenir  un  dans  la  bouche.  Une  offrande 
de  pain  et  de  sel  lui  est  faite  par  celui  qui,  en  la  traver- 
sant, porte  des  œ.ufs,  afin  que  les  eaux  ne  leur  enlèvent 
pas  leur  vertu  génératrice  (2).  En  Suède  pour  se  pré- 
server des  mauvais  génies  pendant  la  nuit,  on  y  crache 
trois  fois  (3). 

Les  rivières  sont  l'objet  de  pratiques  accomplies  par 
les  malades  (p.  125-126).  En  Wallonie  jusqu'à  une 
époque  récente,  on  s'y  baignait  ou  l'on  s'j^  désalté- 
rait le  jour  Saint- Jean  à  minuit  juste,  pour  se  pro- 
curer divers  avantages  et  parmi  eux  le  pri\àlège  de  ne 
pouvoir  se  noyer  (4).  En  Catalogne,  c'est  avant  le  lever 
du  soleil  que  les  gens  vont  se  mirer  dans  les  eaux  cris- 
tallines du  torrent  de  la  vallée  ;  ils  s'agenouillent,  font 
le  signe  de  la  croix,  trempent  leur  mouchoir  pour  se 
frictionner  avec  son  eau,  et  vont  ensuite  cueiUir  les 
fleurs  de  bonne  aventure  (5). 

L'eau  courante  constitue  une  barrière  infranchissable 
contre  certaines  maladies,  et  aussi  contre  les  revenants 

(1)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  382. 

(2)Leite,  l,p.  79. 

(3)  Grimm,  II,  p.  596. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  374-375. 

(5)  Miscellanea  folk-lorica,  p.  21. 


LES   EAUX  301 

et  contre  les  sorcières  (1).  Dans  le  nord  de  l'Angleterre 
elles  ne  peuvent  poursuivre  celui  qui  a  traversé  une 
rivière,  pourvu  qu'il  le  fasse  au-dessous  du  premier  pont 
bâti  sur  son  cours  (2). 

103.  —  Les  génies  des  lacs,  encore  redoutés  par  les 
riverains,  ont  presque  toujours  un  caractère  malveil- 
lant. Le  Lochan-nan-Deaan,  présumé  sans  fond,  était 
la  demeure  d'un  esprit  des  eaux  qui  aimait  les  sacrifices 
humains,  et  on  n'avait  jamais  retrouvé  les  corps  de 
ceux  qui  s'y  étaient  noyés.  Des  gens  du  pays  ayant  eu 
dessein  de  l'écouler  dans  l'espoir  d'y  retrouver  les  ca- 
davres, un  hurlement  terrible  se  fit  entendre  au  moment 
où  ils  allaient  se  mettre  à  l'œuvre,  et  ils  virent  sortir 
de  l'eau  un  petit  homme  coiffé  d'un  chapeau  rouge.  Ils 
s'enfuirent  épouvantés,  laissant  leurs  outils  que  le  petit 
homme  leur  jeta,  puis  avec  un  grand  cri,  il  se  replongea 
dans  les  eaux  qui  bouillonnaient  et  étaient  devenues 
rouges  comme  du  sang.  Des  milliers  de  petites  créa- 
tures défaisaient  la  nuit  l'ouvrage  qui  avait  été  fait  le 
jour  pour  dessécher  un  autre  lac  (3). 

Dans  le  pays  de  Galles  on  recommande  aux  enfants 
de  se  défier  de  Morgan,  et  on  leur  répète  cjue  ceux  qui 
sont  méchants  seront  emporté  s  par  lui  dans  le  lac  ; 
à  une  époque  antérieure,  les  hommes  le  redoutaient 
aussi  (4).  En  Irlande  ceux  qui  faisaient  paître  en  com- 
mun leurs  troupeaux  près  du  Lochan  wan  (le  lac  de 
l'agneau)  offraient  à  l'esprit  qui  y  demeurait  le  premier 

(1)  SÉBILLOT,  1,  II,  p.  371. 

(2)  GuTCH,  p.  41. 

(3)  Folk-Lore,  III  (1892),  p.  70. 

(4)  Rhys,  I,  p.  372. 


302  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

agneau  du  troupeau;  s'ils  omettaient  ce  sacrifice,  avant 
la  fin  du  pâturage,  la  moitié  du  troupeau  était  noyée  (1), 
En  Irlande  on  allait  autrefois  proférer  des  malédic- 
tions contre  ses  ennemis  sur  le  bord  d'un  lac  appelé  du 
nom  significatif  de  Clou veneagh,  lac  de  la  vengeance  (2). 

104.  —  L'idée  que  la  mer  est  sacrée  est  courante  chez 
beaucoup  de  peuples  ;  en  Espagne  on  dit  qu'elle  est  sainte 
depuis  qu'un  des  trois  vêtements  de  la  Véronique,  sur 
lesquels  a  été  imprimée  l'image  du  Christ,  y  coula  à  la 
suite  d'un  naufrage  ;  en  Portugal  on  ne  doit  y  jeter  au- 
cune immondice,  et  si  on  le  fait  elle  se  hâte  de  les  rejeter  ; 
sur  la  côte  de  la  Manche  c'est  un  péché  d'y  faire,  à 
moins  d'y  être  absolument  contraint,  ses  nécessités,  et 
sur  ceUe  de  Tréguier  on  dit,  en  lui  attribuant  une  sorte 
d'animisme  dont  on  rencontre  des  traces  dans  les 
légendes,  qu'elle  pourrait  punir  celui  qui  oserait  la  salir. 
Sur  cette  même  côte,  quand  on  va  y  puiser  de  l'eau  on 
doit  en  répandre  quelques  gouttes  sur  la  grève,  comme 
une  espèce  de  libation  (3). 

Les  bains  rituels  dans  la  mer  qui,  dans  l'antiquité, 
constituaient  une  sorte  d'expiation,  étaient  encore  en 
usage  à  Naples  en  1580  ;  les  hommes  et  les  femmes  se 
baignaient  nus  la  veille  de  la  Saint-Jean,  persuadés 
qu'ils  s'y  lavaient  de  leurs  péchés.  Avant  la  Révolution, 
les  jeunes  marins  de  La  Ciotat  s'élançaient  dans  la  mer 
au  moment  ou  s'allumait  le  feu  de  cette  fête  et  ils 
s'inondaient  réciproquement  ;  cet  acte  était  peut-être 
aussi  expiatoire.  Pendant  la  première  moitié  du  XIX^ 

(1)  Folk-Lore,   III  (1892),   p.   71. 

(2)  Wilde,  p.  251. 

(3)  SÉBiLLOT,  2,  I,  p.  198,  84-85,  95;  1,  II,  p.  159. 


LES    EAUX  303 

siècle,  hommes  et  femmes  de  plusieurs  ports  de  la  Médi- 
terranée se  promenaient  dans  la  mer  à  la  Saint-Jean, 
culottes  et  jupons  retroussés,  et  plus  récemment  sur  les 
côtes  de  la  Gascogne,  hommes,  femmes  et  enfants  y 
entraient  la  nuit  qui  précède  la  fête  (1).  En  Sicile,  le 
bain  pris  le  jour  de  l'Ascension  est  accompagné  d'un 
geste  qui  consiste  à  puiser  de  l'eau  dans  la  main  et  à  la 
rejeter  par-dessus  son  épaule,  pour  se  délivrer  de  la  sor- 
cellerie et  de  se  mettre  à  l'abri  des  maléfices  à  venir  (2). 

Lors  des  bains  ordinaires,  on  a  employé  des  procédés 
magiques  pour  éviter  de  devenir  la  proie  des  génies, 
d'être  noyé  ou  d'éprouver  des  inconvénients.  En  Suède 
on  empêchait  les  moiîstres  de  nuire  en  leur  opposant 
un  objet  de  métal  ;  lorsque  le  baigneur  avait  neutralisé 
les  pernicieuses  propensions  du  Neck,  ou  qu'il  se  l'était 
rendu  propice,  il  jetait  dans  la  mer  auprès  de  soi, 
avant  d'y  entrer,  un  briquet  ou  un  couteau;  il  n'était 
pas  rare  de  l'entendre  lui  adresser  par  raillerie  ces 
mots  :  «  Neck,  voleur  d'aiguille,  tu  es  sur  la  terre,  et 
moi  je  suis  dans  l'eau  ».  En  sortant  du  bain,  l'homme 
reprenait  l'objet  de  métal  en  disant  :  «  Neck,  Neck,  le 
voleur  d'aiguille,  je  suis  sur  terre,  et  toi  tu  es  dans 
l'eau  »  (3).  On  avait  coutume  naguère,  dans  le  nord  de 
l'Ecosse,  de  réciter  une  formulette  avant  d'entrer  dans 
la  mer,  et  d'y  lancer  trois  pierres,  en  commençant 
par  la  plus  grosse,  et  l'on  préférait  celles  qui  étaient 
blanches  (4).  Les  enfants  portugais  prennent  neuf  cail- 

(1)  SÉBiLLOT,  2,  I,  p.  88-89  ;  1,  II,  p.  160-161. 

(2)  PiTRÊ,  1,  IV,  p.  140. 

(3)  Thorpe,  1,   II,  p.  83. 

(4)  SÉBILLOT,  2,  I,  p.  104. 


30  i  LES   FORCES   DE   LA   NATURE 

loux  et  les  lancent  à  trois  reprises  dans  l'eau  et  en 
répétant  ces  mots  :  «  Fièvres,  fièvres,  allez  vers  la  mer 
—  Pendant  que  je  vais  me  baigner  —  Fièvres,  sortez 
hors  de  mon  corps  (l).En  France  les  pratiques  préven- 
tives de  la  noyade  semblent  bornées  au  signe  de  croix 
fait  avec  l'eau  salée. 

Les  paysans  siciliens  s'adressent  à  la  mer  elle-même 
comme  à  une  dispensatrice  de  faveurs.  La  veille  de 
l'Ascension,  ils  s'agenouillent  sur  ses  bords  et  récitent 
chaque  fois  qu'un  flot  arrive  sur  le  rivage,  en  cessant  au 
neuvième,  une  prière  rimée  dont  voici  la  traduction  : 
«  Je  te  salue,  bassin  de  la  mer;  le  Seigneur  m'envoie  ici, 
tu  dois  me  donner  ton  bien  ;  je  te  laisse  mon  mal.  » 
Après  chaque  prière  ils  ramassent  une  poignée  de  sable  ; 
la  cérémonie  terminée,  ils  reviennent  au  village  et 
jettent  ce  sable  sur  les  toits  de  ceux  qui  élèvent  des  vers 
à  soie  en  disant  gaiement  :  «  Sept  livres  par  claie  »  (2). 

Plusieurs  actes  ont  pour  but  de  prévenir  les  tempêtes 
ou  d'y  mettre  fin.  Dans  les  Asturies,  lors  de  la  fête  de 
saint  Roque,  la  procession  va  en  mer  sur  plusieurs 
barques,  et  l'on  croit  que  les  vagues  sont  endormies 
pour  toute  l'année  ;  sur  la  côte  cantabrique  les  amis  de 
ceux  qui  naviguent  jettent  aux  vagues  en  fureur,  dans 
l'espoir  de  les  calmer,  des  chapelets  et  des  médailles. 
Sur  le  littoral  portugais  lorsc^ue  par  une  mer  houleuse 
les  navires  s'approchent  de  la  côte,  les  femmes  allument 
une  lampe  devant  un  saint  et  vont  ensuite  jeter  le  reste 
de  l'huile  dans  la  mer,  avec  la  certitude  que  cela  apai- 
serait les  ondes  ;  dans  le  même  but  on  lançait  sur  la  mer 

(I)Leite,  l,p.  69-70. 

(2)  Mélusine,  II  (1884),  col.  203. 


LES    EATJX  305 

tourmentée  de  l'eau  puisée  à  une  fontaine  de  saint  Kireck 
(Côtes-du-Nord)  (1). 

On  a  eu  recours  autrefois  dans  les  îles  britanniques 
à  des  opérations  magiques  pour  mettre  fin  aux  tempêtes  ; 
vers  le  milieu  du  XIX^  siècle  on  se  souvenait  à  Cro- 
marthy  (Ecosse)  d'une  pratique  en  usage  chez  les  géné- 
rations précédentes,  et  qu'on  appelait  «  charmer  les 
vagues».  Un  des  pêcheurs  se  plaçait  sur  le  plat-bord,  et 
il  agitait  la  main  dans  la  direction  opposée  au  cours  de 
la  mer,  dans  la  persuasion  que  cette  sorte  d'appel  l'en- 
gagerait à  perdre  de  sa  violence  (2).  Au  ^VIIP  siècle 
pour  apaiser  les  vagues  ou  pour  avoir  un  vent  favorable, 
une  femme  de  Scarborough  se  rendait,  seule,  à  une 
cavité  circulaire  entre  les  pierres  brutes  de  la  jetée  et 
l'arrosait  avec  de  l'eau  de  mer,  et  murmurant  de  ten- 
dres vœux,  regardait  du  côté  d'où  devait  revenir  son 
mari  ou  son  amoureux  (3).  En  Irlande,  les  patrons 
des  bateaux  de  pêche  de  Mayo  et  de  Connemara  atta- 
chent un  chien  par  les  pattes  et  le  lancent  dans  la  mer, 
persuadés  qu'elle  deviendra  calme  après  cette  oblation  (4). 

La  mer  sert  rarement  à  des  opérations  de  sorcellerie  : 
dans  le  Finistère  quelques  actes  d'envoûtement  étaient 
pratiqués  sur  ses  eaux  (cf.  p.  148)  et  vers  1795  aux 
environs  de  Plougasnou  des  sorciers  interprétaient  ses 
mouvements,  ses  flots  mourant  sur  le  rivage  et  prédi- 
saient l'avenir  (5).  Le  héros  d'un  conte  breton,  pour 

(1)  SÊBiLLOT,  2,  I,  p.  165, 168  ;  1,  II,  p.  477. 

(2)  Miller,  p.  59. 

(3)  GuTCH,  p.  52. 

(4)  MooNEY,  p.  145. 

(5)  Cambry,  p.  109. 


306  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

obtenir  un  vent  favorable,  fait  sur  le  sable  de  la  grève 
une  croix  avec  une  baguette  blanche  ;  c'est  peut-être 
une  transformation  d'une  ancienne  conjuration  pra- 
tiquée autrefois  par  des  prêtres  païens  (1). 

Les  rites  assez  compliqués  de  certaines  initiations  à 
la  sorcellerie  s'accomplissaient  sur  le  bord  de  la  mer  : 
dans  le  nord  de  l'Ecosse,  aux  îles  Orkney,  pour  devenir 
sorcier  il  fallait,  vers  le  commencement  du  XIX^  siècle, 
s'y  rendre  à  minuit,  faire  trois  tours  à  l'encontre  du  cours 
du  soleil,  se  coucher  sur  le  dos,  la  tête  tournée  vers  le 
sud,  et  dans  un  endroit  entre  les  lignes  de  la  haute  et  de 
la  basse  mer,  prendre  une  pierre  dans  chaque  main,  en 
avoir  une  à  chaque  côté  du  pied,  une  sur  la  tête,  une  plus 
grosse  sur  la  poitrine.  Le  postulant  devait  avoir  les  bras 
et  les  jambes  étendus,  fermer  les  yeux,  réciter  une  in- 
cantation au  diable,  puis  rester  sans  bouger  pendant 
quelque  temps  ;  il  ouvrait  alors  les  yeux,  se  tournait  sur 
le  côté  droit,  et  lançait  les  pierres  dans  la  mer  ;  chacune 
devait  être  jetée  avec  une  formule  de  malédiction.  Aux 
îles  Shetland,  lorsque  l'aspirante  est  une  femme, 
elle  va  seule,  à  minuit  de  la  pleine  lune,  s'étendre  sur 
le  rivage  au-dessus  de  la  marque  de  la  marée  haute, 
met  la  main  gauche  sur  la  semelle  de  ses  souliers  et  la 
droite  sur  le  sommet  de  sa  tête,  en  invoquant  le  diable 
qui  apparaît  et  conclut  le  marché  avec  un  serrement 
de  main  (2). 

(l)SÉBILLOT,  1,  II,  p.  142. 

(2)  Black,  1,  p.  51-52. 


CHAPITRE  IV 


La  terre  et  les  pierres. 


103.  La  terre.  —  106.  Les  montagnes.  —  107.  Les  pierres,  —  108, 
Actes  rappelant  d'anciens  cultes.  —  109.  Consultations  et  opéra- 
tions magiques,  —  110.  Les  pierres  de  malédiction 


105.  — La  terre  figure  rarement  dans  les  croyances  popu- 
laires qui  présentent  des  traces  de  paganisme.  Elle  inter- 
vient toutefois  comme  agent  de  guérison  (p.  72)  et  on 
lui  attribue  une  sorte  de  pouvoir  magique.  En  Haute- 
Bretagne, lorsqu'une  personne  est  placée  entre  deux  terres, 
c'est-à-dire  quand  ses  pieds  reposent  sur  le  sol  et  qu'elle 
a  dans  les  mains  ou  sur  la  tête  une  grosse  motte  de 
gazon,  elle  peut,  par  une  nuit  sans  lune,  voir  des  choses 
qu'il  n'est  même  pas  donné  aux  autres  d'entrevoir  (1). 
A  Noirmoutier  les  sorciers  ne  voient  pas  entre  deux 
terres  ;  aussi  quand  un  paysan  en  aperçoit  un,  réel  ou 
supposé,  il  se  signe  et  met  sur  sa  tête  une  motte  de  gazon. 
En  Ecosse,  on  connaissait  autrefois  un  singulier  paral- 
lèle de  la  fable  d'Antée  ;  celui  qui  pouvait  saisir  un 
esprit  de  façon  à  ce  que  l'air  passe  entre  la  terre  et  ses 
peds,  en  était  délivré  (2). 

La  terre  semble  avoir  horreur  du  sang  humain,  et 

(1)  SÉBILLOT,   1,    I.   p,   210, 

(2)  Stewart,  p.  43. 


308  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

elle  reste  éternellement  nue  aux  endroits    où  elle   en 
a  été  arrosée,  comme  à  ceux  où  sont  tombées  les  vic- 
times d'un   meurtre  ;   on  montre  encore  en  beaucoup 
de  pays   les  empreintes   que    leur  corps  y   a  laissées. 
Lorsqu'elle  a  été  prise  à  témoin,  elle  demeure  parfois 
stérile  pour  attester  la  vérité  de  celui  qui  l'a  invoquée. 
Les  serments  par  la  terre  semblent  avoir  disparu  ;   il 
en  reste  toutefois  un  vestige  dans  cette  imprécation 
bretonne  :  «  Que  la  terre  s'ouvre  pour  m'engloutir  !  »  (1). 
106.  —  Les  esprits  des  montagnes  sont  jaloux  de  leur 
domaine,  et  sans  parler  des  divers  accidents  qui  attei- 
gnent ceux  qui  les  gra\issent,  ils  en  interdisent  parfois 
l'accès  aux  mortels  :  on  disait  qu'un  seul  homme  avait 
pu  arriver  au  sommet  du  mont  Perdu,  et  encore  avec  l'aide 
du  diable  qui  lui  avait  ravi  son  âme  (2).  La  descente  du 
Ben  Newe in Strathdon (Ecosse) est  dangereuse;  celui  qui 
monte  à  son  sommet  doit,  s'il  veut  en  atteindre  vivant 
la  base,  déposer  un  petit  objet  dans  la  cupule  d'un  gros 
rocher  qui  est  toujours  remplie  d'eau,  et  en  boire  une 
gorgée  ;  en  1890,  on  y  voyait  encore  des  épingles  et 
diverses  autres  offrandes  (3). 

Les  sabbats  qui  se  sont  tenus  longtemps  sur  les  mon- 
tagnes, et  qui  se  terminaient  par  des  rondes,  comme  les 
ébats  des  fées  que  quelques-uns  placent  aussi  sur  des 
hauteurs,  sont  peut-être  des  vestiges  de  danses  ayant 
un  caractère  cultuel,  que  l'on  faisait,  à  une  époque  loin- 
taine, sur  ces  sommets.  Dans  les  Hautes-Alpes  au  com- 
mencement du  XIX^  siècle,  un  grand  nombre  de  per- 

(1)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  197,  211. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  L  p.  225. 

(3)  Folk-Lore,  III  (1892),  p.  69. 


LA   TERRE   ET   LES    PIERRES  309 

sonnes  se  joignaient  aux  bergers  le  jour  de  Saint-Jean 
pour  danser  sur  le  sommet  de  plusieurs  montagnes.  Le 
premier  janvier,  le  jour  des  Rois  et  le  premier  dimanche 
de  Carême,  les  enfants  dansaient  à  la  tombée  du  jour 
autour  de  feux  de  joie  allumés  sur  le  point  culminant 
d'une  montagne  de  la  Côte-d'Or  (1). 

107.  —  Le  rôle  des  pierres  dans  les  croyances  populai- 
res est  encore  important,  et  l'on  a  pu  voir  dans  nombre 
de  chapitres  de  cet  ouvrage  que  l'on  s'adresse,  en  maintes 
circonstances,  surtout  en  matière  d'amour  ou  de  santé, 
à  celles  qui,  adhérant  au  sol,  présentent  des  circonstances 
propres  à  exciter  l'étonnement,  ou  à  celles  érigées  de' 
main  d'homme.  Nombre  de  récits  populaires  accordent, 
surtout  aux  mégalithes  véritables,  une  sorte  d'animisme, 
et  elles  en  font  la  résidence  de  personnages  surnaturels, 
capables  d'accorder  des  grâces  et  aussi  de  punir  ceux 
qui  oseraient  leur  déplaire.  Bien  des  paysans  ne  passent 
pas  volontiers  seuls  près  de  ces  énormes  blocs,  à  la  nuit 
close,  et  même  parfois  en  plein  jour  ;  leurs  gestes  mon- 
trent le  respect  et  la  crainte  héréditaires  qu'ils  leur  ins- 
pirent, et  aussi  l'utilité  d'avoir  recours,  en  face  de  ces 
monuments  de  religions  passées,  à  des  pratiques  de  celle 
qui  leur  a  succédé.  Cette  pensée  dualiste  se  manifeste 
encore  par  plusieurs  actes  :  les  vieillards  de  l'Aveyron 
se  découvraient  respectueusement  auprès  du  dolmen 
de  l'Oustal  de  los  Fodorellos,  mais  ils  faisaient  aussi  un 
signe  de  croix  (2).  En  Mande  une  pierre  à  Inniscatery 
qui  porte  l'empreinte  des  genoux  de  saint  Senanus  était 
vers  1830  en  telle  vénération  que  les  paysans  s'inclinaient 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  L  p.  238-239,  247.- 

(2)  SÉBILLOT,  1,  I,  p.  317,  IV,  p.  54. 


310  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

devant  elle,  ôtaient  leur  chapeau  et  murmuraient  une 
prière  (1).  Les  guides  et  les  passants  embrassaient 
avec  ferveur,  en  faisant  le  signe  de  croix,  le  Caillou  de 
l'Arrayé  sur  la  route  de  Saint-Sauveur  (Basses-Pyrénées)  ; 
dans  le  pays  de  Ludion,  où  des  pierx'es  sacrées  étaient 
habitées  par  des  génies,  on  allait  prier  le  jour  près  de 
celle  qu'on  nomme  le  Caillou  de  Sagaret,  et  on  la  tou- 
chait avec  vénération.  On  se  souvenait  encore,  vers  1833, 
d'avoir  vu  des  vieillards  dire  leurs  prières  devant  les 
Roches  Pouquelaies  de  Vauville,  dans  la  Manche.  On  se 
signait,  pour  éviter  des  maléfices,  devant  le  menhir 
de  la  Femme  Blanche  dans  la  forêt  de  Marcon,  et  les 
enfants  puisaient  de  l'eau  pour  faire  le  signe  de  la 
croix,  dans  la  cuvette  du  polissoir  de  Netton ville  (Eure- 
et-Loire)  appelé  le  Bénitier  du  diable.  Les  paysans  bre- 
tons se  signent  la  nuit  en  passant  devant  les  menhirs  (2). 
108.  —  Les  actes  collectifs  qui  rappellent  explicitement 
d'anciens  cultes  sont  assez  rares  maintenant;  quelques- 
uns  consistent  en  danses,  (cf.  p.  2,  39,  79,  100,  251)  qui 
n'ont  pas  toutefois  la  forme  d'adoration,  comme  la  ronde 
échevelée  autour  d'un  menhir,  dont  saint  Samson  fut 
témoin  au  V^  siècle,  alors  qu'il  se  préparait  à  quitter 
la  Cornouaille  pour  se  rendre  en  Armorique  (3).  Au 
milieu  du  XVIIP  siècle  les  femmes  du  Croisic  qui  atten- 
daient le  retour  des  marins  dansaient  toute  la  matinée 
de  l'Ascension  autour  d'un  menhir;  la  jeunesse  des  deux 
sexes  formait  jadis  des  rondes  près  de  la  Pierre  percée 
de  Fouvent-le-Haut  (Haute-Saône)  autour  de  laquelle 

(1)  Folk-Lore  Journal,  VI  (1888),  p.  53. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  318,  342  ;IV,  p.  54. 

(3)  Revue  Celtique  (1897),  p.  314. 


LA    TERRE    ET    LES    PIERRES  311 

on  allumait  des  feux  les  jours  de  fêtes  patronales  ;  à 
Guernesey  on  dansait  à  la  Saint- Jean  sur  le  haut  d'une 
pierre  branlante.  Dans  le  pays  de  Ludion,  un  feu  de 
joie  était  allumé  sur  le  Cailhaou  d'Ariba  Pardin,  auprès 
duquel  les  jeunes  gens  dansaient  et  faisaient  une  pro- 
cession accompagnée  de  gestes  burlesques  et  obscènes. 
Les  garçons  et  les  filles  en  revenant  d'un  pèlerinage 
formaient  une  ronde  autour  de  la  Roche  du  diable 
aux  environs  de  Namur,  mais  ensuite  ils  témoignaient 
leur  mépris  pour  celui  dont  le  nom  avait  été  imposé  à 
ce  menhir,  en  le  souillant  d'une  étrange  façon.  Les 
hommes  qui,  en  compagnie  de  femmes,  se  trouvaient 
près  du  menhir  de  Peyra  de  Pcyrahita  au  pays  de  Luchon 
les  forçaient  à  l'embrasser,  peut-être  en  souvenir  d'un 
ancien  culte  (1). 

Le  rite  si  souvent  constaté  du  triple  tour  de  la 
pierre  fut  encore  observé,  en  1836,  autour  du  dolmen 
de  Poitiers  et  les  pèlerins  la  baisèrent  avant  de  s'en 
retourner. 

Quelques  cérémonies  chrétiennes  avaient  lieu  près 
des  mégalithes  ;  avant  1789,  le  clergé  allait  en  proces- 
sion au  dolmen,  d'ailleurs  christianisé,  de  la  Madeleine 
(Charente);  vers  la  même  époque  on  disait  la  messe  en 
bateau  au-dessus  des  pierres  «  druidiques  »  que  l'on 
voyait  sous  l'eau  près  de  Guilvinec  (Finistère)  (2). 

Les  pierres  reçoivent  assez  fréquemment  les  offrandes 
de  ceux  qui  leur  attribuent  du  pouvoir  en  matière  de 
fécondité,  d'amour  ou  de  guérison  (cf.  p.  83).  Des  présents 
en  nature  sont  offerts  pour  divers  motifs  à  des  mégalithes 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  IV,  p.  50,  62,  63. 

(2)  SÉBILLOT,  !,  IV,  55. 


312  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

d'Indre-et-Loire,  de  Vendée,  d'Eure -et-Loire,  etc.  ; 
la  veille  de  Noël,  les  pêcheuses  de  varech  mettaient 
des  morceaux  de  pain  dans  la  cavité  de  la  pierre  qui 
vire  de  l'île  de  Ré,  en  répétant  trois  fois  :  «  Tourne  ou 
vire  !  »  devant  ce  bloc,  qui  tournait  ce  jour-là  à  minuit 
sonnant,  et  elles  espéraient  après  cette  petite  cérémonie, 
avoir  des  pêches  abondantes  toute  l'année.  C'était 
peut-être  par  survivance  d'un  ancien  rite  que  les  enfants 
de  l'île  d' Yeu  déposaient  naguère  deux  petites  pierres  sur 
un  monolithe  en  disant  :  «  Grand'mère,  voilà  du  pain  et  du 
lard!»  A  certaines  époques, surtout  aux  solstices  on  brû- 
lait de  petites  chandelles  près  de  la  pierre  percée  de  Fou- 
vent  (Haute-Saône)  et  ceux  qui  priaient  devant  le  dolmen 
d'Amure  (Deux-Sèvres)  lui  offraient  de  menues  monnaies; 
à  la  fin  du  XVIIP  siècle,  les  paysans  des  rives  du  Lot 
oignaient  certaines  pierres  avec  de  l'huile  ou  les  ornaient 
de  fleurs  ;  les  habitants  d'Otta,  en  Corse,  arrosaient  autre- 
fois avec  de  l'huile  un  énorme  rocher  qui  surplombait 
leur  village,  afin  qu'il  ne  tombât  pas  sur  leurs  maisons  (1). 
Les  serments  prêtés  à  travers  les  pierres  trouées 
sont  considérés  comme  ayant  une  valeur  particulière 
(cf.  p.  109).  Plusieurs  de  celles  qui  servaient  aux  promesses 
amoureuses  recevaient  aussi  d'autres  serments,  comme 
la  pierre  d'Odin  dans  les  Orcades.  On  se  souvenait  encore 
en  1825  de  l'époque  où  les  deux  parties  contractantes 
mettaient  chacune  la  main  dans  la  cavité  de  la  pierre 
du  serment  à  Plougoumelen  (Morbihan)  et  juraient 
d'être  fidèles  à  leurs  promesses  (3).  Dans  l'Oise  on  venait 

(1)  Sébillot,  1,  IV',  p.  64-65  ;  I,  p.  342. 

(2)  Black,  1,  p.  2. 

(3)  Mahé,  p.  295. 


LA  TERRE  ET  LES  PIERRES  313 

naguère  signer  des  contrats  de  mariage  dans  un  coin 
de  rocher  de  grès  dit  Pierre  Sortière  (1)  Les  mineurs 
de  Newcastle  ont  l'usage  de  ratifier  toute  conven- 
tion commune  relative  à  la  paye  en  crachant  cha- 
cun à  son  tour  sur  la  même  pierre  (2).  Le  lancement 
de  la  pierre  pour  affirmer  un  serment,  qui  accompagnait 
autrefois  de  véritables  actes  juridiques,  est  encore  usité 
par  les  pêcheurs  de  la  Manche  qui  en  jettent  une  dans 
la  mer  pour  affirmer  leur  résolution  de  ne  pas  retourner 
de  sitôt  dans  un  endroit  où  ils  ont  eu  des  disgrâces  ;  les 
enfants  des  Vosges,  pour  prouver  qu'ils  sont  innocents 
d'un  vol  vont  chercher  à  reculons  une  pierre  dans  un 
cimetière  (3). 

109.  —  Les  pierres  servent  encore  à  des  consultations 
de  diverses  natures  :  en  nombre  de  pays  de  France, 
les  maris  désireux  d'être  renseignés  sur  la  fidélité  de 
leurs  femmes  s'adressaient  à  des  pierres  branlantes, 
et  la  coutume  n'est  pas  complètement  perdue  ;  la  ré- 
ponse était  favorable  s'ils  parvenaient  à  les  faire  remuer  ; 
la  même  épreuve  servait,  beaucoup  plus  rarement,  à 
attester  la  virginité  des  jeunes  filles  (4).  En  Cornouaille 
si  on  plaçait  avec  soin  deux  épingles  en  croix  survie 
sommet  de  la  pierre  percée  de  Mên  an  Toi,  elle  donnait 
une  réponse  à  la  question  posée,  les  épingles  acquérant, 
par  une  puissance  inconnue,  un  mouvement  particulier  (5) . 
Les  jeunes   cornouaillaises,    au   temps   de   la   moisson, 

(1)  Revue  archéologique  (1895),  p.  341. 

(2)  Balfour,  p.  62. 

(3)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  345-346,  353. 

(4)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  49. 

(5)  HuNT,  p.  177. 

18 


314  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

appuyaient  l'oreille  sur  les  pierres  d'un  dolmen  appelé 
Whispering  Knights,  les  Chevaliers  siffleurs,  et  l'inter- 
rog aient  sur  l'avenir  (1).  Naguère  dans  le  pays  de  Ludion 
des  gens  appliquaient  leur  lèvres  sur  le  sommet  du  Cail- 
haou  de  Sagaret  pour  parler  au  bon  génie  qui  l'habite 
et  collaient  leur  oreille  sur  la  pierre  pour  entendre  la 
réponse.  Le  passage  de  la  tête  par  l'ouverture  des  rochers 
percés  de  l'Aisne  était  pratiqué  par  les  personnes  des 
deux  sexes  qui  voulaient  connaître  l'avenir  (2).  ASainte- 
Marie,  l'une  des  Scilly,  pour  témoigner  un  désir  ou  pour 
rompre  un  charme,  on  introduisait  un  anneau  en  pronon- 
çant une  incantation,  dans  le  trou  d'une  pierre  percée  (3). 
Quoique  plusieurs  blocs  naturels  ou  érigés  de  main 
d'homme  portent  des  noms  qui  supposent  des  hantises 
diabohques  ou  des  fréquentations  de  sorciers,  il  semble 
que  l'on  a  rarement  fait  des  opérations  magiques  en 
rapport  direct  avec  eux.  Michelet  (La  Sorcière,  p.  147) 
parle,  sans  citer  sa  source,  de  sabbats  près  de  dolmens; 
il  est  toutefois  vraisemblable  que  les  adeptes  de  la  sorcel- 
lerie se  sont  donné  rendez- vous  près  des  mégalithes  situés 
dans  les  lieux  déserts.  Une  déposition  faite  au  procès 
de  Gilles  de  Retz  raconte  une  évocation  du  diable  dans 
une  prairie  où  se  dressaient  de  grandes  pierres  levées  (4) .  On 
rencontre  dans  les  pays  celtiques  de  la  Grande-Bretagne 
des  traits  plus  récents  et  plus  authentiques  ;  jadis  une 
pierre  debout  de  l'île  d'Iona  en  Ecosse  conférait  à  celui 
(lui  la  touchait  trois  fois  au  nom  du  Père,  du  Fils,  et  du 

(1)  Folk-Lore,  VI  (1895),  p.  29. 

(2)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  318  ;  IV,  p.  58. 

(3)  Folk-Lore  Journal,  V  (1886),  p.  40. 

(4)  Bull,  de  la  Soc.  d'Anthropologie  (1906),  p.  73. 


LA    TERRE   ET   LES    PIERRES  315 

Saint-Esprit,  le  privilège  de  ne  jamais  se  tromper  quand 
il  tenait  la  barre  du  gouvernail  (1).  On  devenait  sorcier 
en  touchant,  à  minuit,  une  pierre  branlante  de  la  Cor- 
nouaille  (2). 

110.  —  Il  est  vraisemblable  que  l'on  a  fait  près  des 
pierres,  en  divers  pays,  des  cérémonies  de  malédiction  ana- 
logues à  celles  encore  pratiquées  en  Irlande,  mais  je  n'en 
cormais  aucun    exemple    en   dehors  de  cette   île.  Les 
insulaires  d'Innis-Murry  qui  ont  subi  un  tort  réel  ou 
supposé  se  rendent  à  une  grosse  table  de  pierre  portée 
par  huit  supports  perpendiculaires,  sur  la  surface   de 
laquelle  sont  déposés  soixante-treize  cailloux  de  deux 
à  vingt  pouces  de  circonférence  qui  y  sont  depuis  les 
anciens  temps,  car  celui  qui  en  déroberait  un  serait 
en  danger  de  mort.  Tout  le  pouvoir  d'anathème  de  l'île 
est  concentré  dans  ces  pierres,  et  lorsqu'on  a  proféré  en 
les  tournant  une  malédiction    contre    son  ennemi,   si 
celui-ci  est  coupable,  il  mourra  ou  éprouvera  quelque 
calamité  avant  l'année  révolue.    Sur  les  bords   du  lac 
de  la  Vengeance,  on  plantait  une  longue  pierre,  autour 
de  laquelle  on  accumulait,  pour  la  rendre  solide,  une  py- 
ramide de  sable.   Les  pèlerins  accomplissaient  dessus 
certains  rites  mj^stiques,  et  récitaient  des  prières  qui 
prenaient  la  forme  des  imprécations  les  plus  terribles. 
Celui  qui  avait  été  maudit  par  la  pierre  était  considéré 
comme  voué  au  malheur  (3).  La  pierre  de  Malédiction 
près  de  Black  Lion,  comté  de  Cavan,  est  une  large  dalle 
couchée,  creusée  de  douze  ou  treize  bassins,  dans  chacun 


(1)  Brand,  III,  p.  319. 

(2)  Folk-Lore  Journal,  V  (1886),  p.  198. 

(3)  Wilde,  p.  227,  252. 


316  LES  FORCES  DE  LA  NATURE 

desquels,sauf  ua,est  une  grosse  pierre  ronde.  L'opérateur 
prend  l'une  d'elles  et  la  met  dans  le  bassin  vide,  et  il 
continue  jusqu'à  ce  qu'il  les  ait  toutes  employées  ; 
pendant  cette  opération,  il  maudit  son  ennemi,  et  s'il 
est  parvenu  à  les  placer  sans  en  laisser  échapper  une  seule, 
ce  qui  n'est  pas  facile  en  raison  de  leur  forme,  sa  malé- 
diction produit  son  effet;  autrement  elle  retombe  sur 
sa  tête  ;  il  y  a  une  de  ces  pierres  avec  cinq  bassins  dans 
dans  le  Donegal  et  une  autre  a  été  récemment  détruite 
dans  le  même  comté  (1). 

Dans  l'exemple  qui  suit  la  malédiction  se  faisait  à 
l'aide  de  pierres  ne  tenant  pas  au  sol.  Il  n'y  a  pas  bien 
des  années,  les  fermiers  du  comté  de  Fermanagh  qui  ' 
étaient  expulsés  par  leurs  propriétaires  apportaient  à 
la  maison  des  pierres  ramassées  tout  autour  de  leur 
ferme  et  posaient  sur  le  foyer  un  charbon  allumé  ;  ils  les 
entassaient  dessus  comme  si  elles  avaient  été  des  mottes 
de  gazon,  puis  ils  s'agenouillaient  en  priant  qu'aussi 
longtemps  que  ces  pierres  resteraient  sans  être  brûlées, 
une  terrible  malédiction  serait  suspendue  sur  leur 
propriétaire,  ses  enfants  et  petits -enfants  jusqu'à  la 
dernière  génération.  Dès  que  la  malédiction  était  finie, 
ils  enlevaient  les  pierres  et  les  dispersaient  par  tout  le 
pays.  Et  on  assurait  que  plusieurs  familles  avaient  dis- 
paru après  cette  malédiction  qui  ne  semble  plus  en 
usage  (2). 

(1)  Folk-Lore,  V  (1894),  p.  4.  Folk-Lore  Journal,\  (1887),  p.  68. 

(2)  Folk-Lore,\  (1894),  p.  3-4. 


APPENDICE 


Le  Paganisme  dans  les  églises. 


111.  Pratiques  en  relation  avec  l'extérieur  —  112.  Pratiques  dans  les 
temples.  —  113.  Les  messes  singulières  ou  sacrilèges.  —  114. 
Vertus  de  l'autel.  —  115.  Le  bénitier  et  l'eau  bénite.  —  116.  L,es 
cierges  et  les  envoûtements. 


Dans  beaucoup  de  chapitres  de  ce  livre  figurent 
des  actes  païens  en  relation  étroite  avec  le  voisinage 
immédiat  ou  avec  l'intérieur  des  églises.  La  plupart 
ont  trouvé  leur  place  naturelle  dans  la  Vie  humaine, 
aux  phases  de  laquelle  ils  sont  associés,  de  la  naissance 
à  la  mort,  ou,  plus  rarement  dans  les  chapitres  des 
livres  des  Travaux  et  des  Forces  de  la  nature.  D'autres 
qui  ont  le  même  théâtre  ne  rentrent  pas  logiquement 
dans  ces  classifications  ;  bien  que  leur  nombre  soit  rela- 
tivement petit,  probablement  parce  que  nous  n'en  con- 
naissons qu'une  faible  partie,  ils  ne  sont  pas  négligeables; 
et  ils  se  présentent  aussi,  tantôt  sous  la  forme  de  traits 
du  paganisme  le  plus  caractérisé,  tantôt  sous  celle 
d'observances  qui  en  dérivent,  mais  ont  avec  lui  des 
affinités  plus  lointaines  et  moins  aisées   à  découvrir. 

111.  —  Le  pourtour  des  églises  sert  à  des  opérations  en 
rapport  avec  la  naissance  (cf.  p.  28),  l'amour  (cf.  p.  95),  la 
guérison  (p.  139-140),  l'agonie  (p.  169).  EUes  consistent 
assez    souvent  en  déambulations  numériques,  que  les 

18. 


318  APPENDICE 

pèlerins  accomplissent  parfois  pieds  nus,  ou  même  sur  les 
genoux.  Les  marins  d' Audierne  sauvés  du  naufrage  tour- 
naient neuf  fois  autour  de  la  chapelle  de  sainte  Evette, 
après  s'être  plongés  dans  la  mer.  Al'île  de  Batz,  lorsqu'on 
est  inquiet  sur  le  sort  d'un  navire,  neuf  veuves  du  pays 
font,  pendant  neuf  jours  consécutifs,  le  tour  de  l'église 
en  priant  en  silence,  et  depuis  la  sortie  de  la  maison 
jusqu'au  moment  où  elles  y  rentrent,  elles  ne  doivent 
pas  non  plus  prononcer  une  seule  parole  (1).  D'autres 
toursdel'église  sont  beaucoup  moins  innocents.  En  Dane- 
mark le  diable  lui-même  semble  pouvoir  y  demeurer  la 
:iuit  ;  la  personne  qui  désirait  le  voir  ou  entrer  en  con- 
versation avec  lui  faisait  trois  fois  le  tour  de  l'église,  et 
s'arrêtait  à  la  porte  à  la  fin  du  dernier  pour  crier  :  «  Viens  ! 
ou  elle  sifflait  par  le  trou  de  la  serrure  (2).  Dans  la  Cor- 
nouaille,  on  devenait  sorcier  en  faisant,  à  minuit,  le 
tour  de  l'église,  du  sud  au  nord,  en  tenant  à  la  main  un 
pain  de  communion,  et  en  passant  trois  fois  par  l'est  ; 
alors  survenait  un  gros  crapaud,  la  gueule  ouverte, 
on  y  mettait  le  pain,  et  lorsqu'il  l'avait  avalé,  il  soufflait 
sur  l'homme,  qui  dès  lors  devenait  sorcier  et  avait  sous 
la  langue  cinq  signes  noirs  (3).  A  Swinemunde,  un 
homme  avait  obtenu  une  monnaie  merveilleuse  en  se 
rendant,  une  nuit  de  nouvel  an,  à  la  porte  du  temple, 
avec  un  chat  entièrement  noir  ;  il  le  tirait  du  sac,  le 
prenait  sur  son  épaule,  et  marchait  à  reculons  depuis 
la  porte  jusqu'à  ce  qu'il  y  fût  revenu  après  avoir  fait 
le  tour  de  l'édifice  ;  un  homme  survenait  alors  qui  lui 

(1)  SÉBILLOT,   1,   IV,  p.   137. 

(2)  Thorpe,  II,  p.  274. 

(8)  Folk-Lore  Journal,  V  (1887),  p.  198. 


LE    PAGANISME    DANS    LES    ÉGLISES  319 

demandait  à  acheter  un  chat  et  qui  en  débattait  le  prix 
avec  lui  (1).  A  Kendal  dans  le  Westmoreland,  celui  qui 
s'asseyait  sous  le  porche  une  certaine  nuit,  après  avoir 
fait  trois  fois  le  tour  des  murs,  voyait  apparaître  son 
cercueil  s'il  n'était  pas  destiné  à  se  marier  (2).  Au  XVII*^ 
siècle  des  fossoyeurs  agissaient  comme  les  soutireurs 
de  beurre  et  traînaient  le  drap  mortuaire  autour  de 
l'église  ou  dans  le  cimetière  afin  qu'il  y  eût  en  peu  de 
temps  plusieurs  décès  dans  la  paroisse  (3). 

En  Portugal,  pour  se  venger  de  Cfuelqu'un,  on  s'age- 
nouille à  minuit  sur  la  porte  d'une  église,  en  demandant 
que  les  plus  grands  maux  atteignent  la  personne  désignée, 
qui  dès  lors  commence  à  éprouver  des  infortunes  (4). 

Les  murailles  des  églises  servent  à  des  pratiques  en 
relation  avec  diverses  circonstances  de  la  vie  humaine 
(cf. p.  12,  102,  139).  Les  pèlerins  plantaient  aussi  dans  un 
but  qui  n'est  pas  indiqué,  mais  qui  se  rattachait  vrai- 
semblablement à  l'ancienne  croyance  qui  faisait  de  cette 
pratique  un  remède  contre  les  maladies,  un  préservatif 
contre  les  enchantements  (5),  un  clou  dans  la  paroi 
de  la  chapelle  de  sainte  Anne  du  Rocher,  près  de  Dinan. 

Les  fidèles  se  servent  quelquefois  des  fragments  em- 
pruntés à  l'extérieur  des  églises  pour  les  transformer  en 
amulettes  (cf.  p.  140).  On  a  vu  que  l'on  jetait  des  objets 
pesants  dans  les  niches  et  dans  les  ouvertures  (p.  86). 

(1)  Thorpe,  III,  p.  77. 

(2)  Denham,  II,  p.  284. 

(3)  Thiers,  I,  p.  210. 

(4)  Pedroso,  1,  n»  210. 

(5)  Gaidoz.  Deux  parallèles  (1883),    m-8^  p.  2.  Ext.  de  la  Reinie  de 
l'Histoire  des  Religions,  VII. 


320  APPENDICE 

Les  pêcheurs  dePovoa  en  Portugal  vont  même  jusqu'à 
briser  les  vitres  des  clia  pelles  lorsque  les  saints  aux- 
quelles eDes  sont  dédiées  n'exaucent  pas  leurs  vœux  (1). 

112.  —  Dans  ce  chapitre,   comme  dans  la  plupart 
de  ceux  où  j'ai  été  amené  à  parler  des  dévotions  popu- 
laires, j'ai  presque  toujours  laissé  de  côté  celles  qui  sont 
collectives  et  publiques,  parce  que  le  caractère  païen  y 
est  beaucoup  plus  atténué  que  dans  les  observances 
individuelles.  Nombre  de  celles-ci,  et  ce  ne  sont  pas  les 
moins  curieuses  et  les  moins  typiques,  se  font  à  l'insu 
des  prêtres  ou  malgré  eux  ;  ceux  qui  les  accompUssent 
pensent  parfois  que  le  secret  est  une  des  conditions  de 
leur  réussite,  et  lorsqu'elles  se  traduisent  par  des  actes 
facilement  visibles,  ils  ont  soin  de  choisir  pour  les  pra- 
tiquer le  moment  où  les  églises  sont  désertes.  On  peut 
ajouter  qu'elles  se  font  assez  souvent  dans  les  chapelles 
isolées,  où  l'opérateur  risque  peu  d'être  troublé.  C'est 
ce  qui  explique  pourquoi  les  traités  de  superstitions 
rédigés  par  des  ecclésiastiques  en  mentionnent  seule- 
ment quelques-unes,  soit  que  leurs  auteurs  les  aient  igno- 
rées,  soit   qu'ils   aient  fermé  volontairement  les  yeux 
sur  celles  que  recouvraient  un  vernis  chrétien  et  que 
l'accoutumance  les  empêchait  peut-être  de  remarquer. 
On  en  relève  aussi  moins  qu'on  ne  serait  tenté  de  le 
supposer  dans  les  œuvres  des  traditionnistes  ;  la  plupart 
du   temps   elles   s'y   rencontrent   comme   par   hasard, 
et  jusqu'à  présent  elles  n'ont  pas  fait  l'objet  d'une  en- 
quête spéciale  et  systématique.  Ce  qui  a  été  recueilli 
suffit  pourtant  à  montrer  la  vitalité  de  plusieurs  survi- 
vances ou  de  parallèles  des  cultes  primitifs. 

(1)    Leite,  2,  II,  p.  49. 


LE   PAGANISME    DANS   LES    ÉGLISES  321 

La  série  des  pratiques  hétérodoxes  commence  dès 
qu'on  a  franchi  le  seuil  du  temple,  elle  se  poursuit  à  tra- 
vers ses  divers  parties,  même  les  plus  sacrées,  et  s'attache 
à  presque  tout  le  mobilier  sacerdotal. 

On  a  vu  (p.  162)  que  l'on  peut  en  se  tenant  sous  le 
porche  voir  ceux  qui  doivent  mourir  dans  l'année  ; 
les  paysans  des  Abruzzes  désireux  d'assister  à  la  pro- 
cession des  morts  qui  sortent  du  cimetière  pour  visiter 
les  églises,  devaient  se  placer  sous  le  bénitier  avec  une 
fourche  à  deux  pointes  sous  le  menton,  et  tenir  un  chat 
à  la  main  (1). 

Le  rite  qui  consiste  à  entrer  dans  une  église  par  une 
porte  et  à  en  sortir  par  une  autre  (cf.  p.  51,  113,  141) 
s'applique  à  la  dévotion  à  un  Christ  de  la  chapelle  San 
José  à  Séville  :nl  accorde  tout  ce  que  lui  demande  la 
personne  qui,  le  Jeudi  saint,  récite  cinq  Pater  et  cinq 
Ave,  sort  à  la  fin  de  chacun  d'eux,  et  rentre  par  une  porte 
différente  avant  de  recommencer  le  suivant  (2).  En  Sicile, 
il  faut  entrer  par  le  côté  droit  de  l'égUse  et  en  sortir 
par  le  côté  gauche,  lorsqu'on  y  va  prendre,  les  pieds  nus, 
avec  la  main  gauche,  de  l'eau  bénite,  en  récitant  une 
formule  spécifiant  qu'elle  est  destinée  à  devenir  une  eau 
d'angoisse  pour  une  personne  que  l'on  nomme.  Elle 
est  mise  dans  une  bouteille  contenant  des  scories  de 
fer  et  du  mercure,  que  l'on  brise  le  soir  sur  la  porte  de 
son  ennemi  pour  se  délivrer  de  sa  malveillance  (3). 

La  première  visite  à  une  église  qui  est  réputée  efficace 
pour  la  guérison  (cf.  p.  143)  confère  d'autres  privilèges. 

(1)  FiNAMORE,  p.  182. 

(2)  GuiCHOT,  p.  251. 
(3)PiTRÈ,  1,  IV,  p.  136. 


322  APPENDICE 

D'après  une  croyance  assez  générale  si  on  forme  trois 
vœux,  l'un  d'eux  sera  exaucé,  à  la  condition  qu'on  en 
fasse  ni  plus  ni  moins  (1). 

Quelques  parties  des  églises  jouissent  de  certaines 
prérogatives  (cf.  p.  139  et  suiv.)  soit  en  raison  de  leur 
étrangeté,  soit  parce  qu'on  a  transporté  dans  l'édifice  sacré 
des  superstitions  qui  autrefois  se  pratiquaient  ailleurs. 
Parmi  les  cordes  des  cloches  qui  traînent  sur  le  sol 
dans  le  passage  entre  le  premier  et  le  second  corps  de 
la  cathédrale  de  Cordoue,  il  en  est  une  qui  fait  mourir 
celui  qui  met  le  pied  dessus,  mais  on  ne  peut  la  recon- 
naître des  autres  (2).  Un  pilier  monolithe  dans  une  cha- 
pelle de  Sainte  Gertrude  à  Nivelles,  appuyé  sur  une 
base  reliée  au  mur  par  deux  marches,  sert  à  une  sorte 
d'ordalie  :  toute  personne  qui  n'est  pas  en  état  de  grâce 
ne  peut  passer  dans  l'espacement  entre  le  mur  et  le 
pilier  qui  est  de  30  centimètres  environ  (3). 

113.  —  Les  messes  sacrilèges,  messes  noires  ou  messes 
à  l'envers  semblent  avoir  été  célébrées,  jusqu'à  une 
époque  récente,  par  quelques  prêtres  peu  scrupuleux 
ou  interdits,  auxquels  elles  étaient  grassement  payées 
par  ceux  qui  pensaient  obtenir  par  ce  moyen  la  réussite 
de  leurs  amours  (cf.  p.  151), l'envoûtement  de  leurs  enne- 
mis (p.  cf.  150),  ou  la  réalisation  de  désirs  coupables. 
Le  clergé  rural  d'autrefois  s'est  prêté  à  la  célébra- 
tion publique  d'autres  messes  moins  dommageables  à 
autrui  et  que  dans  sa  simplicité  il  ne  jugeait  pas  bien 
condamnables.     Le     missionnaire    Michel    le   Nobletz 

(1)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  148. 

(2)  GuiCHOT,  p.  275-276. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  157. 


LE    PAGANISME    DANS   LES    ÉGLISES  323 

rencontra   en   Basse- Bretagne   vers    1620,    des   prêtres 
qui  se  laissaient  aller  aux  superstitions  du  peuple,  et 
faisaient  croire  aux  paysans  que  la  guérison  des  bêtes 
et  des  hommes  dépendait  d'eux,  et  il  n'y  avait  point  de 
maux  dont  ils  n'entreprissent  de  les  délivrer  pour  de 
l'argent,  par  des  exorcismes  apocryphes,  et  plusieurs 
abusaient  de  la  coutume  louable  des  chrétiens  d'offrir 
neuf  fois  de  suite  le  sacrifice  de  la  messe  pour  implorer 
dans  leurs  besoins  la  miséricorde  du  ciel..;  la  crainte  de 
ces  pauvres  gens  les  leur  faisaient  payer  plus  libérale- 
ment qu'à  l'ordinaire,  et  l'avarice  de  ces  prêtres  les  leur 
faisait  les  conseiller  avec  plus  d'empressement  (1).  En 
Normandie,   on  croyait  avant  la  Révolution  que  les 
prêtres  pouvaient  célébrer,  avec  un  cérémonial  parti- 
culier, une  messe  du  Saint-Esprit  dont  l'efficacité  était 
si  merveilleuse,  que  Dieu  était  contraint  d'accorder  ce 
qu'on  lui  demandait,  quelle  que  fût  l'exigence  d'un  vœu 
téméraire  (2).    En   certains    pays   on  rencontre  encore 
des  gens  qui  croient  à  la  toute  puissance  des  messes  dites 
d'une   certaine   façon,    et   qui   parfois   les   demandent 
comme  une  chose  naturelle   et  licite.  Naguère   encore 
l'efficacité  de  la  messe  à  l'envers  était  admise  en  Sologne 
pour  chasser  le  mauvais  sort  et  désensorceler,  et  il  y 
avait  des  paysans   qui  venaient  prier  leur  curé  d'en 
dire  à  cette  intention  (3). 

Ceux   qui   attribuent   une   vertu   spéciale   aux    trois 
messes  dites  dans  trois  églises  différentes,  peuvent  les 
faire  célébrer  par  des  prêtres  qui  en  ignorent  les  parti- 
Ci)  Revue  Celtique,  II  (1876),  p.  485. 

(2)  SÉBILLOT,  1,   IV,  p.  239. 

(3)  Rèi'ue  des  Trad.  pop.  X  (1895),  p.  231. 


324  APPENDICE 

cularités  peu  orthodoxes.  En  Lorraine  pour  réussir  dans 
toutes  ses  entreprises,  on  a  recours  aux  messes  en  pied 
de  chèvre  ;  l'argent  destiné  à  les  payer  est  recueilli 
dans  trois  villages  placés  en  triangle,  et  elles  doivent 
être  au  nombre  de  trois,  dites  sur  l'autel  placé  à  gauche 
du  tabernacle,  et  à  la  même  heure,  dans  trois  églises 
formant  vin  triangle  ;  il  faut  allumer  trois  cierges,  ni 
plus  ni  moins,  et  sortir  de  l'église  en  se  signant  trois  fois, 
avec  de  l'eau  prise  dans  le  bénitier  du  côté  gauche. 
En  Sologne,  on  fait  célébrer  la  messe  de  guérison  dans 
trois  églises  différentes,  occupant  les  trois  angles  d'un 
triangle  fictif,  tracé  de  telle  sorte  que  le  logis  du  malade 
se  trouve  autant  que  possible  au  centre  (1). 

114.  —  Lorsqu'un  prêtre,  a  volontairement  ou  à  son 
insu,  célébré  la  messe  sur  un  objet  déposé  sur  l'autel, 
il  lui  confère  un  pouvoir  tout  particulier.  En  Sicile  celui 
qui  veut  se  délivrer  de  peines  infinies,  porte  à  l'officiant 
une  pincée  de  farine  enveloppée  dans  du  papier,  et  si 
celui-ci,  après  l'avoir  mise  sur  l'autel  à  côté  du  calice, 
prononce  dessus  les  paroles  de  la  consécration,  il  la 
rendra  très  efficace,  à  la  condition  que  celui  qui  l'a  portée 
la  mange,  en  trois  fois,  pendant  l'élévation  de  l'hostie  (2). 
En  Portugal  le  trèfle  à  quatre  feuilles  posé  sur  une  pierre 
d'autel  peut  enchanter  n'importe  quelle  personne 
quand  la  messe  a  été  dite  dessus  (3).  Beaucoup  de  pay- 
sans de  la  Haute-Bretagne  prétendent  que  si  le  prêtre 
passe  à  diverses  reprises  la  main  sur  la  nappe  d'autel, 
c'est  pour  s'assurer  qu'aucun  objet  n'est  caché  dessous; 

(1)  Revue  des  Trad.  pop.  X  (1895),  p.  281. 
(2)PiTRÈ,  1,  IV,  p.  142. 
(3)Leite,  l,p.  114. 


LE   PAGANISME    DANS   LES    ÉGLISES  325 

celui  sur  lequel  il  célébrerait  la  messe  aurait  des  vertus 
merveilleuses  ;  la  bourse  deviendrait  inépuisable,  le 
miroir  forcerait  celui  auquel  il  serait  donné  à  voir  tou- 
jours à  côté  de  la  sienne  l'image  du  donateur  qu'il 
serait  forcé  d'aimer  ;  si  c'est  un  couteau,  une  alêne,  ou  un 
tire-bouchon,  il  suffirait  de  le  piquer  dans  un  tonneau  et 
de  faire  ensuite  une  incision  dans  un  arbre  de  la  même 
essence  pour  qu'il  en  coule  autant  de  cidre  qu'il  y  en  a 
dans  le  tonneau  ;  en  Ille-et-Vilaine,  la  cendre  d'un  chat 
noir  brûlé  au  pied  d'une  croix,  et  mise  à  l'insu  du  prêtre 
sur  l'autel  pendant  la  messe,  rend  invisible  (1).  Les 
paysans  de  la  Lusace  cachent  sous  la  nappe  d'autel 
leur  billet  de  loterie  (2)  ;  ceux  de  Russie  déposent  sous 
l'autel  des  flèches  à  tonnerre  qui  sont  ensuite  placées 
comme  amulettes  dans  les  ruchers  (3). 

En  Sicile,  les  oraisons  pour  se  faire  aimer  sont  accom- 
pagnées de  pratiques  dont  l'efficacité  dépend  du  moment 
de  la  messe  où  elles  sont  accomplies  en  cachette  ; 
la  suppliante  qui  a  filé,  le  vendredi,  du  chanvre  et  vingt- 
cinq  aiguillées  de  soie,  entre  à  l'église  à  l'instant  de  la 
consécration,  et  quand  le  prêtre  soulève  l'hostie,  elle 
fait  trois  nœuds  à  son  fil,  de  la  main  droite,  avec  des 
cheveux  de  la  personne  aimée,  en  récitant  neuf  fois  une 
longue  conjuration  (4).  Dans  le  nord  de  l'Itahe,  on  a 
recours  contre  l'ensorcellement  à  la  bénédiction  du 
prêtre,  qui  doit  être  renouvelée  au  moins  trois  fois,  et 
chaque  fois,  par  un  prêtre  difterent;  à  chaque  visite  il 

(1)  Sébillot,  1,  IV,  p.  153-154. 

(2)  Tylor,  I,  p.  93. 

(3)  Revue  des  Trad.  pop.  XVII  (1907),  p.  351. 

(4)  PiTRÈ,  1,  IV,  p.  122  et  suiv. 

I.E    PAGANISME  CONTEMPORAIN"  -  19 


326  APPENDICE 

faut  que  le  patient  passe  par  dessus  un  cours  d'eau  (1). 

115.  —  On  rencontre  en  Ille-et- Vilaine,  appliqué  à 
une  cérémonie  orthodoxe,  un  parallèle  de  la  superstition 
qui  attribue  une  valeur  particulière  aux  prémices  des 
eaux.  Le  Samedi  saint,  à  Bain,  quand  le  prêtre  a  béni 
dans  un  grand  bassin  de  cuivre  placé  au  milieu  de  l'église 
l'eau  qui  doit  être  versée  toute  l'année  dans  les  bénitiers, 
les  bonnes  femmes  se  bousculent,  se  battent  même 
pour  arriver  les  premières  à  remplir  les  petites 
bouteilles  qu'elles  ont  apportées,  persuadées  que  celles 
qui  y  parviendront,  prenant  la  crème,  seront  plus  favo- 
risées que  les  autres,  et  surtout  que  le  lait  de  leurs  vaches 
sera  plus  abondant.  A  Luceau  (Sarthe),  les  paysannes 
se  disputent  les  gouitelettes  de  cire  que  le  sacriste  fait 
dégoutter,  d'un  cierge  allumé,  dans  l'eau  bénite  nouvelle, 
et  elles  les  mêlent  à  la  nourriture  de  leurs  cochons  (2). 
A  Mons  en  Hainaut,  on  attache  une  vertu  spéciale  à 
la  première  eau  bénite  que  l'on  retire  lors  de  la  béné- 
diction des  fonts  le  Samedi  saint.  Aussi  lorsque  le  clergé 
la  distribue,  chacune  des  femmes  s'évertue  pour  être 
servie  la  première  (3).  En  Portugal,  l'eau  bénite  dérobée 
ce  jour-là  dans  les  fonts  baptismaux  a  une  grande  puis- 
sance; trois  gouttes  mises  dans  la  nourriture  de  quelqu'un 
le  délivre  des  sortilèges,  mais  il  faut  qu'elle  ait  été 
chauffée  sur  le  feu  ;  l'employer  avant  serait  un  péché  (4). 

Dans  la  Gironde  et  en  Provence  quelques  personnes 
croient   que   chaque   fois   C[ue   l'on   trempe   ses   doigts 

(1)  Giovanni,  p.  99. 

(2)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  150. 

(3)  Wallonia,   IX  (1901),  p.    184. 

(4)  Pedroso,  1,  n"  278. 


LE    PAGANISME    DANS    LES    ÉGLISES  32? 

dans  le  bénitier,  en  entrant  dans  l'église,  pour  faire  le 
signe  de  la  croix,  tous  les  péchés  que  l'on  a  pu  commettre 
restent  au  fond,  mais  qu'on  les  reprend,  si,  en  sortant, 
on  procède  de  la  même  manière  (1).  Le  bénitier  peut 
conférer  en  d'autres  circonstances  des  privilièges  ap- 
préciables. Les  pêcheurs  de  Trapani  en  Sicile  se  hâtent, 
la  nuit  de  Ncël,  quand  on  a  découvert  le  Bambino, 
d'y  mettre  la  main  pour  ne  pas  faire  naufrage,  et  les 
marins  de  Marsala  agissent  de  même  au  moment  de 
l'élévation  de  l'hostie.  C'est  cette  nuit,  et  au  seul  mo- 
ment de  la  consécration,  que  l'on  peut  apprendre  une 
oraison  de  trois  paroles  qui  charme  les  chiens  et  les 
empêche  d'aboyer  et  de  mordre  (2).  A  Palerme  la  femme 
qui  est  néghgée  par  son  mari  ou  par  son  amant,  boit  en 
secret,  pure  ou  mélangée  avec  du  bouillon  ou  du  vin, 
de  l'acqua  maritata^  On  appelle  ainsi  l'eau  bénite  prise 
dans  le  bénitier  de  trois  paroisses  mâles  et  femelles, 
c'est-à-dire  dédiées  à  un  saint  et  à  une  sainte;  mais  il 
importe  qu'elle  le  soient  à  deux  mâles  et  à  une  femelle 
(saint  Antoine,  saint  Hippolj^te  et  sainte  Lucie)  ou  à 
deux  saintes  et  à  un  saint  (sainte  Lucie,  sainte  Cita 
et  saint  Antoine)  (3). 

116.  —  Les  cierges  jouent  un  rôle  important  comme 
agent  de  consultation  pour  les  malades  (p.  165)  ou  dans 
les  envoûtements  (cf.  p.  154).  Les  femmes  des  marins  qui 
sont  sans  nouvelles  de  leur  mari  en  allument  un  au  pied 
de  saint  Lanloup-le-Petit  en  Lanloup  (Côtes-du-Nord)  ; 
il  brûle  joyeusement  si  le  mari  se  porte  bien,  s'il  est  mort 

(1)  SÉBILLOT,  1,  IV,  p.  149. 

(2)  PiTRÈ,  1,  III,  p.  Si,  457. 

(3)  PiTRÈ,  1,  IV,  p.  120. 


323  APPENDICE 

il  luit  d'une  flamme  triste  intermittente  et  s'éteint  tout 
à  coup.  A  Paris  et  ailleurs  existe  dans  le  monde  galant 
l'usage  de  «  faire  un  cierge  »  à  tel  ou  tel  saint  pour  trouver 
un  amoureux  ;  parfois  on  y  cache  des  épingles  destinées 
à  causer  des  souffrances  à  l'infidèle  ou  à  l'indifférent. 
En  Wallonie,  on  pratiquait  autrefois  dans  les  églises  un 
acte  qui  maintenant  se  fait  à  domicile,  et  qui  consiste  à 
piquer  13  ou  21  épingles  en  spirale  dans  une  chandelle 
que  l'on  allume  en  se  mettant  en  prière  ;  à  mesure 
qu'elles  tombent  la  personne  visée  par  l'opératrice 
ressent  de  mortelles  douleurs  et  eUe  est  forcée  de  lui 
revenir  (1). 

(1)  SÉpiLLOT,  1,  IV,  p.  154-155. 


NOTES    ADDITIONNELLES 


117.  Causes  qui  motivent  les  actes  de  paganisme.  —  118.  Animisme 
des  forces  de  la  nature  et  génies  qui  y  président.  —  119.  Répar- 
tition géographique  du  culte  des  pierres  et  de  celui  des  eaux.  — 
120  Génies  de  la  terre.  —  121.  Vestiges  des  anciennes  divinités. 
—  122.  Survivances  probables  de  sacerdoces.  —  123.  Totémismes 
et  tabous.  —  124.  Les  pérégrinations  des  morts.  —  125.  Vitalité 
du  paganisme 


117.  —  Au  cours  des  monographies  dont  se  compose 
ce  livre,  dans  lequel  je  me  suis  efforcé  de  tracer  un 
tableau  aussi  exact  que  possible  des  actes  de  paganisme 
associés  aux  diverses  phases  de  la  vie  humaine,  je  les 
ai  disposés  dans  l'ordre  où  ils  se  manifestent  et  en  les 
situant  dans  le  cadre  où  ils  sont  pratiqués.  Cette  mé- 
thode objective,  qui  a  l'avantage  de  montrer  leur  rôle 
vivant  et  agissant  dans  une  multitude  de  circonstances 
sociologiques,  économiques  ou  psychiques,  ne  per- 
mettait pas  d'envisager  avec  ensemble  les  idées  aux- 
quelles obéissent  ceux  qui  s'adressent  aux  choses  ou 
aux  êtres  réputés  assez  puissants  pour  influer  sur  le 
bonhetu',  la  santé  ou  la  richesse  de  ceux  qui  les  im- 
ploient  avec  des  prières,  leur  font  des  présents  et  accom- 
pUssent,  pour  se  les  rendre  favorables,  des  observances 
ou  des  rites  qui  prennent  assez  souvent  une  sorte  de 
forme  cultuelle.  ^- 

Ceux  qui,  non  contents  de  relever  en  toute  sincérité 
des  faits  précis,  se  sont  préoccupés  de  connaître  les 
motifs  qui  guident  les  païens  innocents  de  notre  époque, 


330  NOTES   ADDITIONNELLES 

sem'ïlent  n'avoir  obtenu  d'eux  que  des  renseignements 
assez  vagues  et  dont  il  est  difficile  de  dégager  une 
théorie;  les  paysans  ou  les  matelots  qu'ils  interro- 
geaient leur  ont  vraisemblablement  fait  des  réponses 
analogues  à  celles  que  J'ai  obtenues  de  ceux  auxquels 
j'ai  posé  moi-même  ces  questions  à  maintes  reprises  en 
essayant  de  leur  inspirer  confiance  et  de  les  mettre  sur 
la  voie.  Ils  me  paraissaient  incai3ables  de  donner  des 
raisons  un  peu  motivées,  et  presque  toujours  ils  disaient 
qu'ils  faisaient  comme  leurs  «  anciens  »,  ajoutant  parfois 
qu'eux-mêmes  ou  leurs  voisins  avaient  trouvé  profit  à 
observer  ces  antiques  usages  dont  le  sens  et  la  raison  leur 
échappaient. 

On  peut  cependant  en  rapprochant  et  en  condensant 
les  conceptions  populaires  qui  résultent  d'actes,  souvent 
relevés  et  concordants,  en  examinant  des  légendes 
encore  vivantes,  des  préjugés  même,  arriver  à  analyser 
d'une  façon  assez  probable  les  raisons  de  la  persistance 
actuelle  des  pratiques  païennes.  Si  on  les  envisage  au 
point  de  vue  qui  les  inspire,  on  constate  que  ceux  qui  les 
observent  obéissent  à  deux  idées  principales,  comprenant 
à  elles  seules  plus  de  la  moitié  de  celles  qui  ont  été 
relevées  jusqu'ici.  Un  premier  groupe,  que  l'on  pourrait 
appeler  thérapeutique,  se  compose  des  procédés  infini- 
ment variés  auxquels  on  a  recours  pour  obtenir  la 
guérison  ou  la  prophylaxie  des  maladies,  qu'il  s'agisse 
des  «  maux  à  saints  »,  que  les  bienheureux  sont  appe- 
lés à  guérir,  parfois  après  les  avoir  causés  par  punition, 
et  de  ceux  qui  sont  dûs  à  l'intervention  des  méchants 
esprits  ou  du  diable,  ou  à  des  causes  mystérieuses  ou 
surnaturelles.  Dans  un  second  groupe,  presque  aussi 
important,  figurent  les  actes  qui  se  rattachent  à  l'amour 


NOTES   ADDITIONNELLES  331 

et  à  la  génération,   et    dont   plusieurs   conservent   un 
caractère  phallique. 

118.  —  Les  pierres,  dont  le  rôle  cultuel  est  encore 
important,  ne  sont  pas  uniquement  des  masses  inertes 
et  inconscientes.  A  nombre  d'entre  eUes,  soit  qu'elles 
présentent  des  formes  singulières,  parfois  presque  an- 
thropomorphes, soit  qu'elles  aient  été  érigées  de  main 
d'homme,  le  peuple  du  voisinage  accorde  une  sorte 
d'animisme.  Suivant  une  croyance  très  répandue  en 
France,  il  en  est  qui  tournent  à  minuit,  toutes  les  vingt- 
quatre  heures,  d'autres  seulement  au  milieu  de  la  nuit 
de  Noël.  Plusieurs  pivotent  sur  elles-mêmes  en  plein 
jour,  et  ce  mouvement  coïncide  avec  des  circonstances 
particulières,  qui  sont  d'ordinaire  en  relation  avec 
des  bruits  :  sonnerie  de  l'heure,  grondement  du  tonnerre, 
chants  d'oiseau,  tels  que  ceHii  du  coucou  ou  du  coq  (1)  ; 
en  Anjou  et  en  Cornouaille  Chanteclair  a  le  privilège  de 
les  faire  tourner  (2).  D'autres  sont  douées  d'un  mouve- 
ment plus  volontaire  qui  semble  avoir  pour  but  de 
contenter  un  besoin  ou  un  désir  :  eUes  vont  se  baigner  ou 
se  désaltérer,  le  plus  ordinairement  dans  les  rivières, 
pa'fois  dans  des  fontaines ,  quelques-unes  même  se 
plongent  dans  la  mer  ;  en  France  et  en  Wallonie  cet  acte 
a  lieu  à  Noël,  à  minuit,  parfois  seulement  tous  les 
siècles  (3).  En  Irlande,  un  bloc  va  se  baigner  à  cette 
heure,  mais  le  premier  mai,  dans  une  sorte  d'étang,  et 
un  bloc  druidique  dune  île  de  l'Ecosse  se  plonge  dans 
un  lac  le  de  nier  jour  de  l'année  (4\ 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  328;   IV,  p.  17-18. 

(2)  HuNT,  p.  187. 

(3)  SÉBILLOT,  1,  IV.   Livre  Premier,  passim. 

(4)  Folk-Lore  Record,  IV  (1881),  p.  118;  Black,  I,  p.  3. 


332  NOTES   ADDITIONNELLES 

A  ces  pierres  sont  associés  des  génies  qui  y  font  leur 
résidence  ou  se  montrent  dans  leur  voisinage,  et  qui  ont 
vraisemblablement  succédé  aux  dieux  ou  aux  demi- 
dieux  du  temps  passé.  Quelquefois,  comme  dans  le  pays 
de  Luchon,  les  fidèles  s'approchent  de  la  pierre  et 
adressent  leurs  vœux  à  la  puissance  qui  y  réside  (1), 
mais  la  tradition  est  rarement  aussi  explicite,  et  l'on 
ne  saurait  affirmer  que  les  offrandes  sont  destinées,  non 
aux  blocs,  considérés  comme  ayant  par  eux-mêmes  un 
véritable  pouvoir,  mais  aux  esprits  qui  les  hantent,  et 
que  les  mégalithes  ne  sont  que  des  sortes  d'autels, 
sur  lesquels  s'accomplit  le  rite  du  sacrifice,  ou  des 
représentations  de  divinités,  près  desquelles  on  dépose, 
comme  devant  les  statues  des  temples,  les  présents  qui 
appuient  le  vœu  ou  rappellent  la  grâce  soUicitée. 

L'annimisme  des  arbres  est  moins  caractérisé  ; 
pourtant  beaucoup  d'actes  montrent  qu'on  leur  ac- 
corde la  sensibilité,  le  pouvoir  et  même  l'intelhgence 
'cf.  p.  250-256)  et  qu'on  les  implore,  parfois  avec  dès 
formules  qui  s'adressent  directement  à  eux,  pour  les 
choses  du  cœur,  et  plus  souvent  pour  la  guérison  des 
maladies.  Dans  les  pays  celto-latins,  ils  ne  semblent 
pas  être,  comme  en  Allemagne,  la  demeure  et  l'incarna- 
tion des  esprits  (2)  :  en  France  où  les  fées  se  montraient 
naguère  encore  dans  leur  voisinage,  quelques  légendes 
seulement  parlent  de  celles  qui  entrent  dans  les  arbres, 
en  sortent,  ou  y  font  leur  résidence  (3). 

(1)  PiETTÊ  et  Sacaze.  Le  Culte  des  pierres  dans  le  pays  de  Luchon 
dans  Matériaux  pour  l'histoire  de  l'Homme,  t.  IX,  p.  2.50. 

(2)  Tylor,  II,  p.  287-288. 

(3)  SÉBiLLOT,  1,  I,  p.  262,  268  ;  III,  p.  369. 


NOTES    ADDITIONNELLES  333 

De  tous  les  anciens  cultes,  celui  des  eaux  est  de 
beaucoup  le  mieux  conservé  ;  il  a  encore  en  nombre  de 
pays  une  forme  purement  païenne,  alors  que  dans 
d'autres  les  pratiques  primitives  et  celles  du  christia- 
nisme y  sont  associées  à  peu  près  également  ;  une  autre 
catégorie  comprend  celles  qui,  bien  que  mieux  recou- 
vertes d'un  vernis  chrétien,  laissent  cependant  trans- 
paraître les  antiques  observances.  On  sait  que  les 
apôtres  se  rendant  compte  qu'il  était  difficile  de  détruire 
ce  culte  en  l'attaquant  de  face,  ont  essayé  en  mettant 
les  fontaines  sous  le  patronage  de  saints,  de  faire  oublier 
les  petites  divinités  topiques  qui  y  présidaient  ;  les 
édicules  ornés  d'emblèmes  chrétiens  ou  de  statuettes 
de  bienheureux  qui  s'élèvent  au-dessus  de  beaucoup 
d'entre  elles  comme  de  minuscules  chapelles,  constituent 
une  sorte  de  main-mise  destinée  à  les  sanctifier.  Les 
noms  de  saints  qui  leur  ont  été  imposés  sont  souvent 
ceux  de  thaumaturges  renommés,  tels  que  saint  Martin, 
auxquels  des  légendes  attribuent,  comme  créateurs  de 
sources,  le  rôle  que  de  plus  anciennes  traditions  faisaient 
jouer  aux  personnages  mythologiques  ;  le  bâton  des 
saints,  fait,  comme  le  javelot  d'Atalante,  jailhr  des 
sources,  et  le  pied  de  leurs  montures  opère  le  même 
miracle  que  celui  de  Pégase  (1). 

Ces  actes  sont  attribués  à  d'autres  bienheureux 
moins  connus,  qui  ne  figurent  que  dans  les  calendriers 
ecclésiastiques  régionaux  ;  mais  on  rencontre,  associés 
aux  miracles  ou  aux  vertus  des  fontaines,  des  saints 
dont  on  ne  retrouve  pas  même  le  nom  dans  les  hvres, 
et    il    est     permis    de     supposer    que    certains    sont 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  II.  Livre  second,  ch.  I  et  II. 

19. 


334  NOTES    ADDITIONNELLES 

ceux  plus  OU  moins  altérés,  de  divinités  locales,  aux- 
quelles les  apôtres  ou  le  peuple  lui-même  ont  accordé  le 
titre  qui  les  rend  sacrés  et  les  christianise.  Les  fées  et 
leurs  congénères,  dont  des  traditions  nombreuses  placent 
la  demeure  dans  les  sources  mêmes  ou  dans  leur  voisinage 
immédiat,  parfois  à  des  époques  peu  éloignées  de  la  nôtre, 
ou  même  contemporaines,  ont  vraisemblablement  suc- 
cédé aux  divinités  topiques  des  fontaines,  et  près  de 
celles-ci  s'accomplissent  nombre  d'actes  cultuels  qui 
s'adressent  aux  sources  elles-mêmes,  comme  en  Morvan 
(cf.  p.  101)  avec  des  protestations  de  foi  en  leur  puissance 
comme  dans  le  pays  de  Galles  (cf.  p.  297)  ;  des  présents 
destinés  à  se  les  rendre  favorables  afin  qu'elles  exaucent 
les  vœux  des  suppliants,  sont  lancés  dans  leurs  eaux  ou 
déposés  dans  le  voisinage,  suivant  une  coutume  dont  les 
auteurs  anciens  ont  parlé,  et  dont  la  fréquence  est  attes- 
tée par  la  découverte  dans  les  fontaines  d'objets  préhis- 
toriques, de  médailles  ou  de  monnaies  des  divers  âges. 

Plus  rares  sont  les  génies  des  rivières  ;  quelques-uns, 
comme  en  Angleterre,  sont  désignés  par  des  noms 
propres  (cf.  p.  299)  ;  en  Morvan  les  amoureux  ou  les 
malades  invoquent  expressément  la  rivière  personnifiée 
et  lui  font  des  offrandes  (cf.  p.  126).  Les  divinités 
lacustres  ne  figurent  en  France  que  dans  des  légendes 
qui  visent  des  époques  indéterminées  et  certainement 
lointaines  ;  il  n'en  est  pas  de  même  dans  les  pays  celti- 
ques des  îles  britanniques,  où  l'on  a  cru  jusqu'à  nos 
jours  que  les  lacs  étaient  la  résidence  d'êtres  surnaturels, 
que  l'on  voit  parfois  sur  leurs  eaux  ou  sur  le  rivage,  et 
dont  il  est  utile  de  s 3  concilier  la  bienveillance  (cf.  p.  301). 

Le  rôle  de  la  mer  qui  entoure  la  Grande-Bretagne  et 
l'Irlande,  et  baigne  su"  des  milliers  de  kilomètres  les 


KOTES   ADDITIONNELLES  335 

côtes  de  France,  d'Espagne,  de  Portugal  et  d'Italie, 
est  bien  moins  considérable  que  celui  des  eaux  douces. 
Les  bains  pris  par  les  malades  et  accompagnés  d'actes 
superstitieux,  les  bains  rituels,  les  ablutions  y  sont  assez 
rares  ;  fort  peu  nombreux  sont  aussi  les  actes  en 
relation  avec  l'amour,  les  conjurations  ou  la  sorcellerie 
(cf.  p.  304-306). 

119.  —  Si  l'on  considère  au  point  de  vue  de  la  distri- 
bution géographique  les  deux  principaux  cultes  natura- 
listes, on  voit  que  celui  des  pierres  est,  en  France,  sur- 
tout considérable  en  Bretagne,  et  aussi  dans  l'ouest,  le 
sud-ouest,  le  sud-eât,  et  le  centre,  alors  que  dans  l'est  on 
le  rencontre  assez  rarement;  il  correspond  du  reste  assez 
exactement  à  l'abondance  des  pierres  naturelles,  mais 
présentant  des  circonstances  singulières,  et  de  celles 
érigées  de  main  d'homme.  On  le  retrouve  aussi  dans  les 
parties  celtiques  des  îles  Britanniques,  principalement 
dans  le  S.  0.  de  l'Angleterre  et  en  Ecosse,  où  l'on  cons- 
tate des  observances  parallèles  à  celles  usitées  en 
France.  Dans  les  autres  pays  celto-latins,  il  est  plus 
rare  :  il  existe  cependant  en  plusieurs  endroits  du  Por- 
tugal et  de  l'Espagne,  et  dans  la  Belgique  wallomie, 
alors  qu'en  Italie  il  semble  presque  ignoré. 

Les  observances  et  les  paganismes  en  rapport  avec 
les  eaux  ont  à  peu  près  la  même  répartition  ;  en  France, 
ils  sont  associés  à  tous  les  actes  de  la  vie,  avec  une 
fréquence  variable  suivant  les  régions  ;  dans  les  îles 
Britanniques  qui  tiennent  le  second  rang  après  notre 
pays,  ils  s'appHquent  aux  mêmes  ordres  d'idées  ;  il 
semble  cependant  que  les  pratiques  y  sont  rares  en  ce 
qui  concerne  la  fécondité,  alors  qu'elles  sont  fréquentes 
en  matière  d'amour  et  de  guérison.   En  Portugal  les 


336  NOTES   ADDITIONNELLES 

eaux  interviennent  à  peu  près  dans  toutes  les  phases  de 
la  vie,  même  quand  il  s'agit  de  la  génération.  En 
Espagne  où,  les  eaux  ne  paraissent  pas  avoir  été  bien 
enquêtées,  on  peut  tirer  des  conclusions  analogues  de 
ce  qui  y  a  été  publié.  En  Italie,  où  jadis  on  s'adressait, 
rarement,  il  est  vrai,  aux  eaux  en  matière  d'amour  et  de 
fécondité,  ces  pratiques  semblent  tombées  en  désué- 
tude, alors  qu'on  a  recours  à  un  assez  grand  nombre  de 
fontaines  pour  la  guérison  des  maladies,  et  qu'on  y  a 
relevé  des  offrandes  faites  aux  diverses  eaux  dans  un  but 
qui  n'est  pas  toujours  précisé. 

120.  —  Bien  que  l'on  ne  parle  guère  d'apparitions 
des  génies  de  la  terre,  quelques  actes  supposent,  —  et 
ceux  qui  les  accomplissent  le  disent  expressément,  — 
qu'ils  exigent  des  égards  ;  des  rites  de  la  construction 
ont  pour  but  de  se  les  rendre  favorables,  ou  de  savoir 
si  l'emplacement  choisi  ne  les  contrarie  pas  (cf.  p.  199). 
En  Ecosse  et  en  France  le  diable,  les  fées  ou  leurs  con- 
génères, pour  lesquels  on  laisse  des  espaces  incultes,  ont 
pu  remplacer  des  divinités  qui  exigeaient  cette  sorte  de 
consécration  (cf.  p.  235). 

Des  observances,  des  actes  même  cultuels,  semblent 
motivés  par  la  pensée  que  les  astres,  les  météores,  les 
statues  et  même  les  cloches  sont  doués  d'un  certain 
animisme. 

121.  —  Je  n'ai  pas  compris  dans  l'énumération  des 
paganismes  les  cérémonies  qui,  comme  les  Rogations, 
sont  conduites  par  le  clergé,  et  qui,  bien  que  d'origine 
pré-chrétienne,  ne  conservent  guère  de  traits  supersti- 
tieux. D'autres  pratiques  se  rattachent  d'une  façon  plus 
ou  moins  apparente  à  d'anciens  cultes,  et  s'adressent  aux 
forces  de  la  nature  ou  à  des  esprits  en  rapport  avec  elles 


NOTES   ADDITIONNELLES  337 

et  réputés  puissants.  Plusieurs  de  ces  attributions  furent 
celles  des  anciens  dieux  ou  de  divinités  topiques  secon- 
daires, et  si  le  dieu  des  chrétiens  et  son  cortège  de  saints 
locaux  sont  venus  les  remplacer,  les  traditions  et  les 
croyances  des  peuples  celto-latins  conservent  des  traces 
de  ces  attributions  païennes.  Parfois,  elles  sont  assez 
explicites  ;  c'est  ainsi  qu'en  Ombrie  (cf.  p.  271),  le  Dieu 
du  ciel  lance  la  foudre  comme  Jupiter,  et  qu'un  ancien 
proverbe  français  :  «  On  n'entendrait  pas  Dieu  tonner  », 
désignait  un  grand  bruit. 

Les  noms  ont  rarement  persisté  et  encore  ont-ils  subi 
une  transformation  linguistique  en  devenant  le  vocable 
de  quelque  saint.  C'est  ainsi  qu'un  temple  à  Langon 
Ille-et- Vilaine),  à  peu  près  intact  et  où  l'on  a  découvert 
une  fresque  représentant  Vénus  sortant  de  l'onde,  devint 
une  chapelle  chrétienne,  qui  portait  au  Xlle  siècle  le 
nom  d'Ecdesia  sancti  Veneris,  francisé  en  saint  Vénier, 
qui  en  fut  le  patron  jusqu'au  moment  où  on  la  dédia  à 
sainte  Agathe,  que  viennent  invoquer  les  nourrices  dont 
les  seins  sont  malades  (1). 

122.  —  Ceux  qui  s'adressent  aux  fontaines  ou  aux  ar- 
bres pour  obtenir  l'accomplissement  de  leurs  désirs  ou 
solliciter  la  guérison,  sont  parfois  guidés  dans  les  prati- 
ques qu'il  faut  observer  par  des  hommes  et  plus  souvent 
par  des  femmes  ;  il  en  est  qui  y  président,  comme  pour- 
raient le  faire  des  prêtres  de  religions  organisées.  Nous 


(l)5Gun.LOTiN  DE  CoRSOX.  Traditions  historiques  de  la  Haute-Bre- 
tagne, Rennes,  1870,  in-12,  p.  25.  A.  Grain,  Géographie  de  l'IUe-et- 
Vilaine,  Rennes,  1887,  p.  312,  31 1. 

Il  est  vraisemblable  que  des  enquêtes  locales  révéleraient  d'autres 
christianisations  des  noms  de  divinités  anciennes. 


338  NOTES    ADDITIONNELLES 

savons,    par    un    passage    du    prédicateur    dominicain 
Etienne  de  Bourbon  qu'au  XIII^  siècle,  une  vieille  femme 
indiquait  aux  mères  des  enfants  hernieux  la  manière  de 
conjurer  les  esprits  de  la  forêt,  après  avoir  passé  le  petit 
malade  à  travers  le  tronc  d'un  arbre  fendu;   vers  1853, 
à  Richmond,  en  Angleterre,  une  espèce  de  sorcière  pré- 
sidait à  une  opération  analogue  et  prononçait  aussi  des 
incantations  (cf.  p.  76),  et  il  y  a  une  cinquantaine  d'an- 
nées, une  vieille  femme  enseignait  aux  parents  de  ceux 
qui  venaient  plonger  des  enfants  dans  la  fontaine   de 
Madron  en  Cornouaille,  la  façon  dont  ils  devaient  prati- 
quer le  rite  (cf   p.  81).  Naguère,  presque  aux  portes  de 
Paris,  des  femmes  dansaient  autour  d'un  arbre  sous  lequel 
avait  été  exposé  un  enfant  hernieux,  en  récitant  des  con- 
jurations (cf.  p.  79).  Ces  actes,  de  même  que  plusieurs 
autres  épars  dans  ce  volume,  constituent  vraisemblable- 
ment des  survivances  des  anciennes  religions,  et  ceux 
qui  servent  de  guides  aux  suppliants  sont  peut-être  les 
lointains  continuateurs  des  prêtres  qui,  après  le  triomphe 
du  christianisme,  pratiquèrent  encore  d'une  façon  plus 
oa  moins  ouverte  les  rites  de  leur  culte  persécuté,  et  fini- 
rent par  descendre  au  rang  des  sorciers  (2). Ceux-ci  sont 
encore  nombreux  dans  les  campagnes  où,  sous  ce  nom, 
sous  celui  de  devins,  de  désensorcelleurs,  de  rebouteurs, 
etc.,  ils  se  livrent  à  des  opérafons  magiques,    accom- 
pagnées de  gestes  et  de  formules  dont  la  bizarrerie  et 
parfois  l'obscurité  peuvent  faire  présumer  l'ancienneté. 

(1)  Etienne  de  Bourbon.  Anecdotes  historiques.  Paris,  1877,  in-8», 
p.  326-327. 

(2)  Ch.  Renel.  Les    Religions   de   la  Gaule  avant   le  christianisme, 
Paris,  190f3.  in-18,  p.  347,  385. 


KOTES   ADDITIONNELLES  339 

Ce  «  clergé  du  diable  »  fonctionne  d'une  façon  intermit- 
tente il  est  vrai,  à  côté  du  clergé  orthodoxe,  que  les  fidèles 
contraignent  assez  fréquemment  à  des  actes  de  paga- 
nisme, telles  que  les  conjurations  d'orages  (cf.  p.  277),  les 
oraisons  et  les  gestes  destinés  à  susciter  la  pluie  (cf.  p.  243). 

123.  —  D'après  les  faits  actuellement  connus,  il  ne 
semble  pas  que  l'on  puisse  affirmer  autrement  que  sous 
une  forme  hypothétique  la  persistance  du  totémisme 
dans  l'Europe  celto-latine.  Le  titre  de  «  parent  »  que 
naguère  encore  les  pêcheurs  de  deux  petits  ports  de  la 
baie  de  Saint-Malo  donnaient  au  coucou  se  rattache  peut- 
être  à  son  lointain  souvenir.  Ils  le  considéraient  comme 
un  oiseau  de  bon  augure  pour  la  pêche.  L'équipage  du 
premier  bateau  de  Saint-Jacut  qui  l'apercevait,  lui 
jetait  comme  offrande  une  raie,  et  lorsque  les  matelots 
de  Saint-Cast  entendaient  son  chant  au  moment  de 
s'embarquer,  ils  fumaient  une  pipe  en  son  honneur  (1). 
En  Irlande  on  rencontre  des  traces  de  clans  du  phoque. 
On  racontait,  au  XVII^  siècle,  que  des  fées,  filles  d'un 
grand  seigneur  du  pays,  s'étant  métamorphosées  en  oies 
lors  de  l'invasion  des  Normands,  venaient  chaque  année 
nicher  dans  des  alvéoles  de  pierre  situées  au  bas  du 
château  de  Pirou,  que  l'on  avait  soin  de  garnir  de 
paille. et  l'on  disait  qu'elles  présageaient  la  destinée  de 
ceux  qui  naissaient  dans  ce  château  (2). 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  III,  p,  198.  Dans  un  mémoire  lu  au  Congrès  des 
Traditions  populaires  de  1900,  Paris  1902,  in-S",  intitulé  :  La  Danse 
totémique  en  Europe,  M.  N.  W.  Thomas,  qui  citait  surtout  des  exemples 
slaves  ou  germaniques,  constatait  (p.  74)  des  danses  en  l'honneur  du 
coucou  dans  le  Friesland,  la  Lithuanie  et  au  S.-E.  des  monts  Curais. 

(2)  Folk-Lore,  XI  (1900)  p.  232  (art.  de  M.  Thomas);  Vigneul- 
Marvtlle.  Mélanges  d'histoire  et  de  littérature,  1699,  ln-12,  p.  121,  125. 


340  NOTES    ADDITIONNELLES 

Les  tabous  qui  s'attachent  à  certain  nombre  d'ani- 
mauxrsont  peut-être,  sans  que  l'on  puisse  l'affirmer  avec 
certitude,  des  persistances  d'un  antique  totémisme  ;  en 
Bretagne,  le  fermier  qui  tue  son  cheval  ;  en  Berry  et  en 
quelques  autres  pays,  l'équarisseur  sont  l'objet  d'une 
sorte  de  réprobation  (l).En  Sicile,  le  meurtre  du  chat  est 
puni  par  une  longue  et  douloureuse  agonie  ;  ailleurs,  il 
suscite  la  tempête  ;  en  Portugal  et  aux  Orcades,  il  est 
interdit  de  tuer  des  lavandières  ;  dans  le  comté  irlandais 
de  Donegal,  des  pies  ;  en  Sicile,  des  lézards,  et  la  tortue  y 
est  aimée-et  respectée.  En  d'autres  pays  on  a  de  la  répu- 
gnance à  manger  la  chair  de  quelques  animaux  (2). 

Certaines  interdictions,  des  actes  qui  confinent  à  la 
magie  et  qui  ont  pour  but  de  tabouer  des  êtres  ou  des 
choses,  rentrent  plus  directement  dans  le  paganisme  ou 
dans  ses  circonstances  accessoires.  Des  défenses  qui 
s'appfiquent  à  la  grossesse  et  qui  visent  soit  les  gestes  de 
la  femme,  soit  ceux  d' autrui  envers  elle,  sont  parfois 
inspirées  par  des  idées  hj^giéniques,  mais  aussi  par  des 
motifs  d'un  ordre  plus  voisin  des  interdictions  des  pri- 
mitifs. Il  en  est  de  même  de  circonstances  qui  accompa- 
gnent le  mariage  ou  la  mort.  Les  parallèles  du  tabou 
sont  plus  apparents  dans  les  cercles  magiques  destinés  à 
garantir  des  êtres  ou  des  choses  de  l'atteinte  des  animaux 
ou  des  entreprises  des  sorciers  ou  des  esprits  de  toute 
nature  (cf.  p.  206),  et  dans  les  fils  disposés  pour  préser- 
ver du  renard  l'enclos  des  poules  (cf.  p.  224-225). 

(1)  SÉBILLOT,  1,    III,  p.   112-113. 

(2)  Pedroso,  1,  no  50  ;  Black,  1,  p.  14  ;  Pitre,  1,  IIl,  p.  348,  353; 
cf.  Folk-Lore,  XI  (1900),  p.  239-243  des  listes  d' animaux  qui  ne 
doivent  être  ni  tués  ni  mangés. 


NOTES    ADDITIONNELLES  341 

124.  —  A  la  mort  et  à  la  période  qui  la  suit  se  lient 
des  actes  qui  rappeUent  ceux  de  l'antiquité  ou  des  pri- 
mitifs. Le  dépôt  dans  le  cercueil  d'aliments,  d'ustensiles 
et  même  d'amulettes  est  motivé  par  l'idée  si  répandue 
des  pérégrinations  des  esprits.  Ils  sont  destinés  à  les 
sustenter,  à  les  aider  ou  à  les  défendre  pendant  le  trajet 
qu'ils  ont  à  accomplir  pour  arriver  au  pays  mystérieux 
de  l'au-delà,  et  les  paysans  contemporains  observent  des 
pratiques  qui  ne  diffèrent  pas  beaucoup  de  celles  des 
sauvages.  Comme  l'obole  de  Caron,  l'argent  mis  dans  la 
bouche  ou  dans  la  main  du  mort  (cf.  p.  183-184)  est  pour 
le  paiement  de  la  barque  qui  transporte  les  défunts  sur 
des  océans  éclairés  par  le  soleil,  ou  sur  une  mer  souter- 
raine par  laquelle  ils  parviennent  au  «passage  des  morts  » 
par  une  route  qui  n'est  pas  indiquée,  pour  être  passés  de 
l'autre  côté  de  l'eau  et  arriver  au  lieu  de  leur  destination 
définitive  (1).  Suivant  une  idée  plus  rare  et  qui  n'est  pas 
exprimée  avec  une  grande  netteté,  le  cercueil  leur  servi- 
rait de  barque. 

Après  le  décès,  ils  sortent  de  leur  tombe  pour  errer 
pendant  quelques  jours,  visibles  ou  invisibles,  aux  envi- 
rons de  la  maison  mortuaire.  La  nourriture  déposée  pour 
eux  auprès  a  pour  but,  aussi  bien  que  diverses  autres 
pratiques,  de  les  empêcher  d'y  rentrer,  et  aussi  de  satis- 
faire à  des  besoins  qu'ils  sont  censés  éprouver,  pendant 
une  période  assez  courte,  comme  s'il  leur  restait  encore 
une  sorte  de  vie. 

A  des  époques  fixes,  il  leur  est  permis  de  quitter, 
ordinairement  pour  peu  de  temps,  la  tombe  où  ils  repo- 
sent, même  depuis  des  années,  pour  rentrer  dans  leur 

(1)  SÉBiLLOT,  1,  II,  p.  148  et  suiv.;  L  p.  418. 


342  NOTES    ADDITIONNELLES 

maison,  remblables  à  ce  qu'ils  étaient  de  leur  vivant. 
Pendant  ces  nuits,  on  laisse  pour  eux  des  mets  sur  la 
table,  des  feux  et  des  lumières  sont  allumés  à  leur  inten- 
tion. Souvent  ils  s'asseyent  dans  le  foyer,  et  c'est  là  que 
se  tiennent,  invisibles,  ceux  qui,  en  Italie,  peuvent  y 
revenir  depuis  le  Jour  des  Morts  jusqu'à  la  Chandeleur 
(cf.  p.  209).  Il  faut  bien  se  garder  de  troubler  en  quoi  que 
ce  soit  ces  hôtes  d'outre-tombe,  sous  peine  d'éprouver 
des  disgrâces.  Suivant  des  idées  assez  répandues,  les 
morts  sont  irascibles,  mal  disposés  envers  les  vivants 
qu'ils  jalousent,  et  certains  même  peuvent  avoir  le  des- 
sein et  le  pouvoir  de   satisfaire   d'anciennes  rancunes. 

L'âme  au  sortir  du  corps,  revêt  assez  fréquemment  une 
forme  animale,  qui  est  ailée  d'ordinaire  ;  en  Bretagne, 
elle  prend  parfois  celle  du  corbeau  (1)  mais  son  aspect 
le  plus  habituel  est  celui  d'une  mouche  et  plus  souvent 
encore  celui  d'un  papillon  (cf.  p.  177),  conforme  à  la  gra- 
cieuse idée  de  l'antiquité. 

C'est  sous  cette  enveloppe  que  les  âmes  font  pénitence 
sur  la  lande  ou  sur  les  ajoncs  (cf.  p.  196)  ;  elles  l'accom- 
phssent  aussi  sous  celle  de  lièvres,  de  chevaux  ou  de 
reptiles.  En  quelques  parties  du  Finistère,  on  recom- 
mande de  ne  pas  tuer  les  crapauds  qui  peuvent  renfer- 
mer une  âme  d'ancêtre,  et  en  Sicile,  où  la  même  idée 
métempsycosiste  est  courante,  on  a  soin,  lorsqu'on  tue 
un  reptile,  de  spécifier  qu'on  ne  s'attaque  à  lui  qu'en 
qualité  de  reptile  (cf.  p.  197),  formule  qui  rappelle  celles 
dont  se  servent  les  sauvages  lorsqu'ils  tuent  des  ani- 
maux ayant  avec  eux  des  rapports  de  totémisme  (2) . 

(1)  SÉBILLOT,  1,  III,  p.  209. 

(2)  Tylor,  II,  p.  300. 


NOTES   ADDITIONNELLES  343 

125.  —  Ce  livre  n'a  point  eu  comme  point  de  départ 
une  théorie  toute  faite  ;  il  n'a  point  été  composé  pour 
soutenir  une  thèse,  mais  pour  connaître  à  quelles  con- 
clusions aboutirait  l'ensemble  des  faits,  et  quel  est,  à 
l'époque  actuelle,  le  degré  de  conservation  du  paga- 
nisme. 

Les  exemples  cités  sont  assez  nombreux,  assez  concor- 
dants, assez  typiques  pour  permettre  de  conclure  à  sa 
survivance  ;  sous  le  vernis  chrétien,  qui  semble  au  premier 
abord  l'avoir  recouvert,  on  constate  encore  des  traits 
laissés  par  les  diverses  couches  cultuelles,  correspondant 
aux  religions  qui  ont  été  celles  des  peuples  qui  se  sont  suc- 
cédé depuis  des  époques  si  lointaines,  que  plusieurs  ne 
nous  sont  connues  que  très  hypothétiquement.  Les  cul- 
tes organisés  ont  passé  en  rongeant  sans  doute  des  par- 
ties du  substratum  superstitieux  ;  mais,  sur  beaucoup 
de  points,  il  n'a  pas  été  entamé  à  fond.  Les  pratiques 
que  l'on  peut  supposer  les  plus  anciennes,  puisqu'elles 
se  retrouvent  chez  les  sauvages  contemporains,  ont  été 
souvent,  —  mais  non  toujours,  —  atténuées  par  l'adou- 
cissement des  mœurs,  par  une  lente  pénétration  de  civi- 
lisation chez  les  groupes  rustiques  ;  mais  on  a  constaté 
assez  d'exemples  d'actes,  se  rattachant  surtout  au  culte 
des  forces  de  la  nature,  pour  permettre  d'affirmer  que  s'ils 
ne  se  manifestent  qu'assez  rarement  en  public,  surtout 
quand  il  ne  s"y  mêle  aucun  élément  chrétien,  ils  sont  loin 
d'avoir  disparu,  et  qu'ils  ont  assez  de  vitalité  pour  pos- 
séder un  certain  pouvoir  de  réparation.  C'est  ainsi  que 
l'on  peut,  en  se  plaçant  à  un  point  de  vue  purement 
scientifique,  et  sans  blesser  aucune  conviction,  dire  que 
de  nos  jours  nous  avons  pu  assister  à  une  renaissance  de 
la  foi  populaire  en  la  vertu  des  eaux.  Presque  tous  les 


344  NOTES   ADDITIONNELLES 

grands  pèlerinages  contemporains  se  font  à  des  sanc- 
tuaires bâtis  près  d'elles.  Les  foules  ne  seraient  peut-être 
pas  accourues  à  Lourdes,  pour  ne  citer  que  le  plus  reten- 
tissant, si  la  célèbre  grotte  n'avait  été  voisine  d'une 
source.  Les  pèlerins  obéissaient  sans  doute  à  des  senti- 
ments religieux,  mais,  habitués  à  la  croyance  au  pouvoir 
guérissant  des  eaux,  ils  se  trouvaient  dans  un  état  de 
réceptivité  qui  les  porta  à  admettre  facilement  les  vertus 
miraculeuses  d'une  source  entourée  d'un  appareil  chré- 
tien, et  à  accourir  en  foide  à  la  piscine  de  Lourdes, 
comme  plus  de  vingt  siècles  auparavant  les  Juifs  se 
pressaient  aux  piscines  guérissantes  de  Jérusalem. 


INDEX    BIBLIOGRAPHIQUE 


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TABLE  ALPHABÉTIQUE 

DES    AUTEURS    ET     DES    MATIÈRES 


Abeilles,  averties  des  événements  de  famille,  176,  231. 

Ablutions,  de  conscrits,  84  ;  d'âmes,  173,  174  ;  (v.  Lotions). 

Absents,  leur  sort  connu,  2%,  327. 

Académie  celtique,  95,  227. 

Accouchement,  §  9-11. 

Accoucheuses,  et  les  esprits,  22,  23. 

Adjuration,  à  Saint-Yves,  149;  aux  astres,  259  (v.  Conjurations)  ;  au 
loup,  227. 

Adorations,  d'astres,  258,  261,  262,  265,  268;  de  mer,  304  ;  de  pierres, 
310,  311.  (v.  Culte,  Offrandes,  Agenouillement.) 

Agenouillement,  au  mariage,  114  ;  devant  astres,  261,  266,  devant 
source,  101. 

Agitation  magique  de  l'eau,  245,  273. 

Agonie,  §  51  ;  provoquée,  151. 

Aiguille,  emplois  magiques,  38,  154,  179, 180. 

Aiguillette,  nouée,  114,  116. 

Amalfi,  20,  21,  27,  29,  50,  91,  169,  181. 

Ame,  se  séparant  du  corps,  169-172,  186  ;  se  lavant,  173,  174;  formes  ma- 
térielles, 177,  196,  197  :  exposée  à  destruction,  174-176  ;  pouvant 
être  blessée,  194,  196,  197,  214,  215  ;  ne  peut  franchir  l'eau,  191  ; 
reven;int  à  la  maison,  §  58  ;  relation  avec  les  étoiles,  266,  269,  270  ; 
pouvant  se  détacher  du  corps  vivant,  175. 

Amour,  §  30,  31,  32,  33. 

Amulettes,  3,  15,  17,  18.  24,  25,  S6,  37,  40,  41,57,  63,  64,  74,  140,  179,  182, 
219,  223,  230,  240,  274,  275.  (v.  Talismans). 

Analogiques,  procédés  ou  croyances,  11,  42,  123,  238.240,  254.  (v.  Arbres, 
Aspersion,  Chanvre,  Corset,  Enceintes,  Lotions,  Souffle). 

Ane,  et  coqueluche,  74. 

Ange,  de  la  mort,  174  ;  blessé,  293. 

Angélus,  63.  (v.  Cloches). 

Angles,  pratiques  s'y  rapportant,  63,  203. 

20. 


354  TABLE    ALPHABÉTIQUE 

Animaux.  §  70,  73,  75  ;  prévenances  à  leur  égard,  176,  231  ;  guérisseurs, 
64,  74,  75,  136  ;  iiii moles,  200.  201. 

Animisme,  des  arbres,  130,  176,  250-256,  332  ;  des  astres,  258  ;  des 
météores,  272,  288,  289,  291-293  ;  des  pierres.  309,  330  ;  des  cloches, 
278.  (v.  Laurier,  Libation.  Maladie,  Mort,  Nourriture.  Objets. 
Papillon,  Personnification,  Pluie,  Reptile,  Rivière,  Seuil,  Soleil. 
Statues,  Tonnerre). 

Année,  commencement  de  l'année  et  ordalies,  157,  158;  souhaits  aux 
animaux,  231  ;  aux  arbres,  250;  à  rivière,  300  ;  événements  devant 
se  produire  dans  l'an,  87-89,  157.  lGO-163  ;  nombre  connu,  85-90,  162. 

Alitée,  parallèle,  307. 

Anthropologie  (soc.  d'i.  Bulletins,  76,  316  ;  Mémoires,  105. 

Antiquaires  (soc.  des),  177. 

Arbres,  §  83-87,  ;  et  la  fécondité,  2,  6,  12  ;  passage  à  travers,  76  et  suiv.  ; 
offrandes  et  prévenances,  130,  176,250-252  ;  frappés,  253;  sur  les- 
quels âmes  font  pénitence,  196  ;  et  transmission  de  maladies,  138. 

Arc-en-ciel,  §  99. 

Archivio,  7,  68,  245,  247. 

Argent,  mis  avec  le  mort,  183,  191, 192,  341  ;  et  rite  de  construction,  217. 
219;  montré  à  la  lune,  264,  265  ;  ne  devant  pas  être  donne  en  paie- 
ment, 26,  88.  (v.  Monnaie). 

Arivau,  30,  36,  85,  125,  153,  162,  192,  193,  197,  272,  274,  277. 

Ascension,  sur  pierre,  rite,  98;  fête,  303,  304,  310. 

Aspersion,  de  mariée,  3  ;  du  sol  près  de  fontaine,  11,  62,  299;  de  fon- 
dation, 200  ;  de  bateau,  217  ;  de  parties  génitales  d'animaux,  228  ; 
pour  la  pluie,  244,  245  ;  contre  esprits,  207. 

Astres  ;  §  88-91  ;  et  maladies,  §  39. 

Attention  :  de  la  divinité,  appelée  par  procédés  matériels,  8,  11,  13,  18, 
19.27,28,  63,  69,  103.  104,  140,  143,  149,  244-247,  264.  (v.  Statues). 

Aubépine,  et  guérison,  138;  respectée.  255. 

AuBUEY,  263,  265,  274. 

Autel,  §  114  ;  61,  102,  117,  142. 


Bague,  94,  237,  314. 

Bains,  rituels,    302  ;    destinés   à  procurer  des  avantages,  13,  16,  66-68, 
80,  101,  132,  300,  303,  304  ;  de  pierres,  331. 

Balai,  contre  sorcellerie,  23,  207. 

Balayer,  les  églises,  143,  175,  176,  194,  214,  281. 

Balfour,  32, 38, 79,  97, 100, 118, 162,  175, 176, 177,  206,219,  232,  296,  299,  813. 

Ballesteros,  274. 

Baptême,  §  18  ;  Dangers  avant  sa    célébration,   ^  17  ;    Enfants    morts 
avant,  287. 


DES    AUTEURS   ET   DES    MATIÈRES  355 

Barbe  (sainte),  et  le  tonnerre,  274,  270. 

Barthety,  39,48. 

Bassett,  260,  279.  283. 

Bateau,    §  67-69  ;  des  morts,  183,  341. 

Bâton,  mis  dans  cercueil,  181  ;  de  pluie,  247. 

Battre,  procédé  magique,  171. 

Belette,  conjurée  et  mariée,  224. 

Bellucci,  17,  .37,  40,  63,  269,  270.271.  276. 

Bénitiers,  §  115;  83,  84,  142,  143,  144. 

Berceau,  remué  ou  promené  pour  implorer  la  fécondité,  13;  comment 
préservé,  45,  46;  vide  non  remué,  45. 

bérexger-féraud,  5,  6,  13,  44,  102. 

Berno.m,  7.  40. 

Bidault,  174,  187. 

BiLLSoN,  95.  177,  210,  264. 

Black  (G.),  12,  47,  53,  110,  127,  226,  306,  312,  331,  340. 

Black  (W.),  26,  51.  78,  123,  124,  135,  140,  142. 

Bladé,  60. 

Boire,  au  même  verre,  117  ;  sur  une  pierre,  118  ;  pour  fécondité,  10,  15, 
16  ;  lait,  42  ;  guérison,  66,  73,  75,  130  ;  amour,  101  ;  mort,  169  ;  cliance, 
299,  300;  eau  bénite,  144,  327. 

BORLASE,  9. 
BOTTRELL,  81,  89,  1.50. 
Boucher  de  Perthes,  165. 

BOUCHET,  13. 

BouET,  36,  173. 

Bourbon  (Etienne  de),  76,  3.38. 

Braga,  100,  103,  243. 

Braise,  lancée,  238. 

Branches,  protégeant,  205,  220  ;  et  opérations  magiques,  105,  252. 

Brand,  29,  31,  37,  3S,  51,  52,  53, 78, 118, 1-39,  159,  162,  165,  229, 2.34,  235,  315. 

Briser,  rite,  168,  217,  218. 

Brume,  origine,  conjuration,  287,  283. 

Bulles,  d'eau  et  présages,  88,  90,  297. 


Cadavre,  sous  fondations,  199  ;  cacheté,  177,  178  ;  sa  toilette,  178, 179, 192. 

Cailloux,  dans  opérations  magiques.  73,  303,  315,  316;  amoncelés,  6,  185, 
231  ;  lancés  dans  feu  sacre,  160,  238. 

Capture,  mariage  par,  113. 


356  -  TABLE    ALPHABÉTIQUE 

Castelli,  16,  23,  27,  55.  57,  72,  90,  91,  9B,  110,  <97,  205,  265. 

Cambry,7,  47,  268,  305. 

Campbell.  35,  147.  156,  157,  161,  163,  165,  177,  188,  189,  200,  204,  208,  209, 
211,  229.  260.  275,  282,  283. 

Carleto.n,  164,  182,  2S7. 

Caron,  similaire,  183,  341. 

Cartailhac,  2i,  26,  275.  * 

Cauchemar,  préservatif,  206,  223  (v.  Pieri  es,  Bâton). 

Caverne,  et  rachitiques,  72. 

Ceinture,  de  femme  enceinte,  17,  27;  de  sainte,  18,  25. 

Cendres,  et  empreintes  de  pieds.  159,  160. 

Cercle,  magique,  224,  225. 

Cercueil,  objets  qui  y  sont  mis,  45.  180^184  ;  heurté  à  croix  ou  à  l'église, 
185,  186;  au  cimetière,  186,  187;  apparition.  319;  servant  de  barque, 
341. 

Ceresole,  44. 

Cerner,  le  pied  de  la  bête  malade,  233. 

Chambers,  290,  299. 

Cliandelles,  et  jnorts,  193  ;  et  maléfice,  154;  et  présage,  51. 

Changeling=,  Enfants  changés,  19,  37-39,  54-56. 

Cliauger  de  commune,  pour  guérison,  44. 

Chanter,  pour  le  vent,  284. 

Chanvre,  répandu,  95  ;  procédés  pour  sa  réussite,  287,  239. 

Chapiseau,  115. 

Charbon,  et  divination,  70  ;  éteint  avec  sang,  16.  (v.  Tison). 

Charrue,  et  culture,  2.3C,  218;  vol  puni,  248. 

Chat,  domestiqué,  230  ;  meurtre  puni,  171  ;  mis  à  crever,  204,  286;  tué, 
287  ;  jeté  à  la  mer,  285;  emploi  dans  conjuration,  321,  325. 

Chatte,  sorcière,  23;    et  enfant,  56. 

Chemin,  ne  pas  revenir  par  celui  de  l'aller,  138. 

Cheminée  :  §  63  ;  et  domestication,  230  (v.  Foyer). 

Chemises,  touchées  aux  statues,  18  ;  bénies,  26  ;  flottant  sur  l'eau,  19, 
71  ;  trempées  pour  guérir,  07,73;  efficaces  contre  fascination,  20,  58  ; 
dans  conjuration  amoureuse,  106. 

Cheval,  calmé  par  magie,  230;  à  pèlerinage,  233,  234;  blessé,  232;  gué- 
risseur, 75. 

Cheveux  ;  et  transmission  du  mal,  75;  dans  conjuration,  101,  228,  292; 
et  maléfices,  152-151,  325;  comment  allongés,  264,  289. 

Chien,  dévorant  trépassés,  172  ;  lancé  dans  la  mer,  305  ;  charmé  par 
magie,  327. 

Chou,  ordalie,  72  ;  conjuration  en  le  plantant,  233. 

Christianisation,  2,  7,9,  25,  61. 


DES    AUTEURS  ET   DES    MATIÈRES  357 

CiiRiSTiLLiX,  49.  51,   m.  112. 

CiBELE.SS. 

Cierges,  à  la  naissance,  28,  39  ;  à  la  mort,  1G6,  171,  182  ;  présages,  82, 
115,  105,  166,  327;  et  maléfices,  154,328. 

Cimetière,  où  se  fait  cojisultation,  95,  162,  163;  gardé  par  dernier  mort, 
187  (v.  Enterrement,  Terre). 

Ciseaux,  dans  lit  d'accouchée,  24,  30  ;  berceau,  57. 

Cloches,  6.  27,  171,  276,  278  (v.  Corde). 

Clou,  planté,  137,  282.  319;  servant  à  maléfice,  107,  147,  153,  156;  ayant 
blessé  cheval,  232  ;  offerts  pour  guérison,  140. 

CoELHO,  34,  45,  46,  112,  135,  202. 

Coït,  humain.  15,  16;  d'animaux,  229. 

Communion,  §  28  ;  d'amoureux.  109. 

Compter,  ne  pas-,  les  étoiles,  266,  267  ;  les  clous,  140. 

Conception,  (v.  Fécondité),  à  distance,  14. 

Coniurations,  pour  maléfices,  106.  148-150;  pour  préserver,  124,  206 
208  ;  à  astres,  259,  263,  267,  269  ;  à  météores,  286  et  suiv.  (v.  Adju 
ration.  Aiguille,  sainte  Barbe,  Belette,  Braise,  Brume,  Caillou 
Caverne,  Chemise,  Chou,  Cloche,  Corde,  Couteau.  Cracher,  Cré 
maillère.  Crier,  Croix,  Cupules,  Derrière,  Diable.  Eau,  Epée,  Feu. 
Fontaine,  Fourmis,  Imprécation,  Incantation,  Injure,  Lait,  Lier 
Lit,  Loup,  Malédiction,  Monnaie,  Motte.  Oiseau,  Pierres,  Prêtre 
Rats,  Souliers,  Tourbillon). 

Conscrits.  §  29  ;  leurs  amulettes,  179. 

Consultation  :  par  pierres  lancées,  19,  86;  les  eaux,  19,  70,  71,  87,  88,  91, 
94,  95,  96  ;  les  végétaux,  85;  par  le  trou,  71,  96;  le  feu,  90,  97  ;  les 
oiseaux.  85,  86;  les  astres,  89.  92,  93;  la  glace.  91);  le  plomb.  91  ;  le 
fil,  91  ;  le  nom,  91  ;  le  pain,  157,  158.  (v.  Ordalies). 

Coqueluche,  §  26. 

Corbeaux,  et  orages,  272;  forme  d'âme,  33,  341. 

Corde,  de  cloche,  6,  27,  102,  141,  322. 

Corde,  mesurant  le  mal.  142:  mise  derrière  cadavre,  179;  servant  à 
tabouer,  224,  225  ;  et  le  vent,  282,  283. 

Cordon,  ombilical  et  fil,  24;  ne  pas  le  jeter,  30. 

Corset  :  exposé  à  rosée,  43  ;  ses  amulettes,  40. 

CoRTiLS,  21,  25,  253. 

Cou,  serré  provoque  avortement,  21. 

Coucou,  et  présage.  .331  :  honoré,  339. 

Coupe,  épreuve  par  flottement,  164. 

Couper,  les  arbres.  255.  256  ;  les  météores,  276,  288,  291. 

Couteau,  fiché  en  terre. 20;  mis  sur  berceau,  37  ;  dans  conjuration,  104,  291. 

Cracher,  pour  ]iréserver.  20,  24,  33,  58,  256.  300;  dans  conjuration,  291, 
292;  pour  chance,  265  ;  interdit,  211,  294;  pour  affirmer,  313. 

Crapaud,  et  mal  transmis,  152  ;  dans  bateau,  216  ;  forme  d'âme,  197;  et 
diable,  318. 


358  TABLE    ALPHABÉTIQUE 

Créiiiaillère.  passer  autour.  44,  52,  70,  230  :  et  conjuration  d'orage,  275, 
276;  et  maléfice,  203;  défense  delà  remuer,  208. 

Crêpes,  et  récolte,  240. 

Crier,  après  le  décès,  171,  172,  189;  pour  le  vent,  278,  279. 

Crins,  brouillés  par  esprits,  223. 

Cristallisation,  de  l'eau  et  époux  futur,  90. 

Croissance,  retardée  par  fascination,  60,61. 

Croix,    objets  en,  23,  153.  210,  289  ;  gestes  cruciaux.  106.  276.  277,  292.  306. 

Croix,  sur  route  d'enterrement,  185  ;  tracée  sur  bateau,  217,  218  ;  retour- 
née, 214. 

Crosse,  retournée,  285. 

Cruche,  enfermant  le  vent,  284. 

Culottes  :  mises  sur  berceau,  37. 

Culte,  Répartition  géographique  de  celui  des  pierres  et  des  eaux,  335- 
336.  (v.  Adoration,  Agenouillement.  Danse,  Diable,  Génies.  Gerbes, 
Invocation,  Lac,  Lune,  Mer.  Montagne,  Mouchoir.  Nom.  Peigner, 
Pierres,  Prières,  Saluer,  Serment,  Vent). 

Cupules,  conjurations,  281,  315;  leur  eau  efficace,  234,  .308,  310. 

Cdsacq.  61. 

D 

Daleau,  25,  41,  50,  269. 

Danse,  pour  procurer  des  avantages.  2.  39,  79,  100.  252  ;  en  l'honneur 
d'astres,  293;  sur  montagnes,  309;  pierres,  311;  d'astres,  261; 
près  de  feu  sacré,  308,  309. 

Dardy,  48. 

Darzuzv,  l&G. 

Dexham,  2.  8,  11.  46,  59,  68,90,  93,  94,  96,  232,  264,  289,  291,  319. 

Défenses  (  v.  Argent,  Balayer,  Compter,  Cordon.  Cracher,  Doigt, 
Etoiles,  Feu,  Filer,  Flammes,  Interdiction,  Marcher,  Montrer,  Nuit, 
Placenta,  Tabous,  Uriner,  Verrues,  Vue). 

Dents,  mises  dans  cercueil,  180  ;  de  lait,  64-66. 

Dergny.  167,  176,    187. 

Dernier,  fruit,  255  ;  mort  gardien  du  cimetière,  186, 

Derrière,    heurté,  5;  montré,  277,  287. 

Desrousseaux,  33. 

Deuil,  d'animaux,  231  ;  de  plantes,  250. 

Dieu  et  diable.  208  î"^  et  le  tonnerre,  270,  337  ;  et  son  arc.  271;  nom 
donné  au  soleil,  259. 

Diable  (v.  Dieu.  Dualisme),  invoqué.  298.  306,  318:  offrandes  ou  actes 
pour  lui  être  agréable,  234.  243,  272,  275,277  ;  évoqué.  lïK)  ;  guettant, 
22.  39,  59.  166,  167,  172.  176;  à  la  maison,  45,  106,  148,  156,  208,  248; 
a  l'église,  318  ;  et  météores,  241,  242,  272. 

Doigt,  mouillé,  110;  ne  pas  montrer  avec,  293. 


DES    AUTEURS   ET   DES    MATIÈRES  359 


Domestication,  d'animaux,  230. 

Double,  163.  IGi. 

Drap  mortuaire,  pronieno,  319. 

Droite.  124,  126. 

Dualisme,  257,  308. 

DULAURE,  8,  12. 


Eau,  §  100-104  ;  préservant  des  maléfices,  206.  300.  30l.  303  ;  inlranchis- 
sable  aux  morts,  191.  192;  dans  la  maison  mortuaire.  167;  et  la 
fécondité,  2,  16;  guérison,  75;  non  jetée  la  nuit,  215;  emplois  magi- 
ques, 245.  304,  90,  94  ;  circonstances  lui  donnant  vertu  particulière, 
35,  75,  135  (v.  Oupules). 

Eau.  bénite  et  conjurations,  245,  321,  324  ;  et  remèdes,  145  ;  de  baptême. 
50,  51. 

Effeuillement.  consultations  par  .'-,  85, 

Eglises.    §  111-116;  2.  6.  7,  9,  12.  13,  18.  19.  27,  28,  42,  49.  51.  63,  64.  66, 
82,  86,  95.  96.  99,  102,  103,  105,  113-117,  139-145,  149-151,  156.  162,  165, 
166,  168,  170,  185.  186,  190,  277,  2,sl,  2S5. 

El  me  (feu  Saint),  192. 

Emmurement,  de  créature  vivante,  200;  simulacre,  199,  2l)0. 

Emplacement,  choix,  198,  199. 

Empreintes,  et  guérison,  62,  69;  amour  et  fécondité,  98. (v.  Cupules). 

Enceintes,  femmes,  §  6-8;  et  cueillettes  de  fruits,  254. 

Enfants.  §  13-27.  Changés  (v.  Changelings). 

Enjambées,  magiques,  60,  237  ;  de  bâche  sur  le  seuil,  32. 

Entendre,  ne  pas-,  45. 

Enterrement.  §  54  ;  vu  à  l'avance,  163  ;  rencontré.  112. 

Enterrer,  animaux  vivants,  387  (v.  Emmurement),  objets,  154,  156; 
olfrandes,  199,  222. 

Envers,  choses  à  1'.  — ,  229. 

Envoiitement,  152-157. 

Epaule,  jeter  par  dessus,  128,  165,  248;  regarder  par  dessus,  161. 

Epée,  et  brume,  2S7,  2'<8  ;  et  conjuration,  105. 

Epingles,  offrandes,  42.  81,  101.  129,  133.  296  ;  ordalies,  87.  96,  160.  313  : 
fichées,  104,  105,  137,  140,  152,  153,  154,  155,  156,  157,  328. 

ESTIESXE,  xviii,  9. 

Etables.  §  70. 

Etalon,  229. 

Etoiles,  §90;  marchant.  266;  comptées,  91,  92,  266,  287;  et  maladies, 
123  ;  FUantes,  123,  268-270. 

Evangiles  des  Quenouilles,  xvii,  60,  61,  92,  261,  268. 

Excréments,  311. 


360  TABLE    ALPHABÉTIQUE 


Fairies,  fées  anglaises,  mâles  et  femelles,  19,  29,  36,  37,  38,  55,  56,  58, 
207,  229,  23i,  236. 

Fascination  ;  d'enfants,  57,  58.  60,  61  ;  à  accouchement,  23  ;  par  procédés 
jnagiques,  61  :  du  loup,  228  ;  prévenue,  2i,  33, 36,  48,  58,  114.  116,  205, 
229.  (v.  Aiguillette). 

Faucille,  et  actes  magiques,  248,  276. 

Fauteuil,  et  fécondité,  2.  6,  8;  et  amour,  97. 

Fées,  56,^73,  204.  229,  332,  334,  339.  (v.  Fairies). 

Fenêtre,  passer  par  la-,  47  ;  ouverte  à  la  inurt.  109.  172  ;  à  ne  pas 
fermer  brusquement,  196. 

Fer;  et  préservation.  26.  28.  30,  37.  38,  .57,  58,  173,  275,  297,  303,  (v.  Ai- 
guille, Couteau,  Ciseaux,  Epée). 

Fer  à  cheval,  talisman,  3,  205;  et  dentition,  64. 

Ferraro,  60,  193,  210,  259,  272,  274,  295,  296. 

Feu,  §  64-65.  —  Obtenu  par  friction,  232;  nouveau,  212  ;  à  ne  pas  enlever 
ou  donner.  24,  211  ;  éteint  dans  maison  mortuaire,  175;  préservant, 
38,39,207-210.229,2.32;  et  guérison.  59.135;  passage  à  travers, 
38.  231.  260;  envuûtement,  157;  offrandes,  65;  paroles  qui  lui  sont 
adressées,  65,  97,  209,  316;  périodiquement  allumé,  2-39,  308,  309. 
(v.  Tison,  Saint  Jean,  Flammes). 

Feuilles,  faisant  concevoir,  12;  jetées  dans  ruisseau.  126;  et  augures, 
85,  89,  93,  1.58  ;  envoûtement,  153;  opérations  magi(jues,  105. 

Fiançailles  ;  §  34.  —  (v.   Serment,  Crachat). 

Fiancé,  actes  interdits,  110  ;  funeste  à  bord,  111. 

Figurine,  brûlée  contre  ensorcellement,  223;  et  ordalie  de  mariage,  90; 
dans  envoûtement,  155-157. 

Fil,  tendu  et  mari  futur,  91;  servant  à  tabouer.  221;  et  guérison.  145  ; 
enlevés  à  la  mort,  172;  ayant  cousu  linceul,  179;  conduisant  ton- 
nerre, 274. 

Filer,  interdit  pendant  la  grosesse,  21. 

Fi.NAMORE,  125, 139,  141, 145, 195,  207,  209, 2.53, 282,  270, 271,  273, 276, 277, 321. 

Flamme,  ne  doit  pas  être  coupée,  212;  enfant  balancé  dessus,  38,  52; 
passage  à  travers,  286;  forme  d'âme,  173,  193. 

Fleurs,  et  maléfices,  148. 

Flottement,  épreuve,  96;  ordalie,  19,87,  160,  297, 

Folk-Lore.  2,  10,  11,  20,  27,  .33,  34.  47,  58,  59,  74,  77,  Si.  95.95,  106.  107,  111, 

116.  117.  128,  132,  137,  1.59.  163.  169,    17fs,  180,  181.  183.  184.  185.  188, 

193.  195.  199,    206,    207,  209.  219,  220,  223,  231,  236,  2.56,  266,  2i4,  286, 
296,  299,  301,  302,  308,  3)4,  316. 

Folk-Lore  gallego,  203. 

Folk-Lore  Journal.  20.  24.  .30.  33,  34,  39,  46.  47,  48.  51,  55.  58,  67,  68,  70,  74. 
76,  8".  &S.  96,  109,  120,  123.  13D.  131,  13i.  156.  160.  163,  177.  203.204, 
206.  207.  209.  214,  215,  219,  223,  236,  251,  256,  264,  205,  'iS2,  286.  297. 
310.  314,  315,  316,  318. 


DES    AUTEURS   ET   DES    MATIÈRES  361 

Folli-Lore  Record,  fô,  141,  209,  331. 

Fontaines,  résidences  de  génies,  128,  295,  334  ;  influence  sur  la  fécondité, 
3.  10-i2:  la  grossesse.  1":  le  lait,  42;  la  chance.  S3,  St  ;  la  gnerison, 
66,  80.  128-182;  la  niurt,  169;  les  inalétices.  147.273;  supplicatii.nset 
iiffraïuies  ([ui  leur  sont  adressées,  11,  41,  42.  68,  87  ;  ordalies,  18,  19. 

70.71.87.88. 

Forniulettes.  3.  31.  31.  39.  60.  61.  75.  78.  HS.  89,  91.  92.  97,  102,  105.  106, 
107.  109,  122.  123.  125.  126,  128.  136.  137.  138,  139.  1«.  149.  153,  204, 
209,  214,  215.  22  ».  225.  230,  237,  2.38,  239,  240.  245,  216,  2,50.  251,  2.53,  2.59, 
262.  265,  267.  269,270.  274.  275,276.  279,  2S0.  2s3,  286,  287,  289,  290,  292, 
293,  291,  29>s,  3u3,  304.  312.  318. 

Foudroyé,  objet.  84;  endroit.  271  ;  homme,  272. 

Fouetter,  pour  avoir  du  vtnt,  278,  285. 

Fourche,  et  magie,  267,  321  ;  à  charrue,  223,  218.  253. 

Fourmis,  et  guérison,  136;  conjurées,  208. 

Foyer,  §  61  ;  et  morts,  193,  195. 

Frapper,  acte  magique,  43.  281,  pour  la  chance,  115;  les  arbres,  253  ;  et 
rite  do  construction.  199,  201. 

Fraysse,  14,  21.  26,28,  30,  111,  112,  113.  211. 

Frazer.  30,  124,  175,  200,  201,  220,  237,  239,  2M),  242,  214,  245,  247,  253,  254. 

Fricti  in.  destinée  à  procurer  des  avantages,  4,  5.  7,  8,  40,  62.  79.  99, 
133,  13S,  282. 

Fromage,  protecteur,  47,  52. 

Fruits,  cueillette.  §86;  comment  procurés,  252,  253  ;  dans  opérations 
magiques,  105,  151,  153,  154. 

Fumée,  chassant  lutin,  221  ;  ordalie,  189. 

Fusiller,  les  nuages,  276  ;  pour  eifayer  les  esprits,  292. 


Gaidoz,  52.  76.  77.  79,  226,  229,  233,  320. 

Gargantua,  et  la  brume.  287. 

Gâteaux,  talisman,  57  ;  phalliforines,  109. 

Gauche,  rite,  165.  202.  238.  241,  .321,  324. 

Gazon,  découpé,  148  ;  c^rné,  233  ;  seiué,  63. 

Génie,  des  eaux,  127,  295;  des  pierres,  314,  332;   d-i  caverne,  72;  de  la 

terre,  199. 

Gerbes,  en  croix,  242  ;  offertes  à  esprits,  213  ;  enterrées  pour  envoûter, 
156. 

Gestes,  et  opérations  magiques,  2.37,  238,  267,  28G. 

GiGLi,  108,  189. 

Giovas.m,  90,  145,  193,205,  326. 

Glissade,  rite,  5.  16.  99. 

LE  PAGANISME  COXTEMPORAIX  21 


362  TABLE     ALPHABÉTIQUE 

GoMii,  78,  86,  87.  91.  2il.  259,  233,  26i,  273.  274,  276.  278,  2t9. 

Graines,  ou  Grains  préservant.  116.   192;  à  donner  au  diable,  190. 

GrattemenI,  de  pierres,  104,  139  ;  de  vitre,  104.  (v.  Poussière). 

Gregor.  16,  28.  25.  33.  3i,  35.  36.  38,  46,  47.  58,  70.  97.  111.  112.  113, 
li9,  155.  165.  16S.  169,  172,  173.  174,  175,  177,  189,  199,  201,  218.  221. 
230,  235.  236.  242,  243,  266,  293. 

Grêle,  provoquée  jjar  magie,  273. 

Grimm,  14,  24,  35.  45.  47.  49,  50.  53.  ,57,  60,  85,  91,  101.  119,  148,  161.  102, 
109, 170,  171,  191,  193,  237.  233,  242.  248.  251,  268,  270.  287.  299,  300. 

Grisanti,  56,  168,  228,  234,  207. 

Grossesse,  §  6,  7,  8. 

GuASTELLA.  172.  178.  188. 

GuBERNATis  (Alessandro),  30.  93,  166,  179,  192. 

GuBERNATis  (Ange)o),  63.  84.  206,  239. 

GuiCHOT,  21.  4i3,  5!),  91.  9t,  104.  107,  110,   119.   203.  211.  267,  269.  321.   322. 

GuRDON,  20.  33.49.  78,  163,  232.  26k 

GuTCH,  68,  161.  2S5,  279.  201.  3)1,  305. 

H 

Habasque.  150.  235. 

Haches  de  pierre,  26.  135,  168,  182,  209,  222-221,  250. 

Hache  à  enjamber,  32. 

Halliwell.  2^9.  293. 

Harou,  22,  167.  191. 

Hartland,  68. 

Henderson,  31.  32.  34.  46.  49,  64.  72.  75,  87.  90.  93.  106.  111.  112,  118.  119. 
127,  155,  177,  184,  201.  211.  223.   250.  260,  266,  289.  299. 

Hernie:  et  arbre  fendu.  77  et  suiv. 

Hor.K.  26.  212, 

L'Homme.  63,  04.  65. 

Huile,  et  opération  magique.  107.  304. 

Hunt.  51.  .58,  67.  69.  73,  79.  95,  133,  134,  135,  170,  213.  260.  313.  331. 


I 


Immersion,  de  malades.  62,  67,  73,  80  :  d'objets,  245-247,  285. 

Impair,  6i,  69,  279. 

Imprécations,  259.  (v.  dinjurations). 

Incantations,  72,  76.  95,  97.  2j>9,  2;>1  (w  Conjurations). 

TnL-ision.  dans  arbre.  133. 


DES    AUTEURS    ET    DES    MATIÈRES  363 

Infidèles,  comment  ramenés.  259.  ;127. 

Injures,  aux  carnassit-rs.  227  ;  au  vent,  279, 

Interdiction,  21,  4i.  110.  111  (v.  Défenses). 

Invisibilité,  comment  procurée,  32.5. 

Invocations,    aux  astres,  101.  122.  259;  à  pierre.  3)2. 


Jarretières;  et  oj)érations  magiques.  91,  102,  103. 

Jean    (Jour  saint).  78.  90,  91.  9t.  95.    96.  125,  131.  137,  195,  214,  223,   227. 

231,  253,261.  2.;2.  275.  300,  .3'»2.  303.  309.311.  312. 
Jeûner,  rite,  12S.  137.  138.  149,229.  252.  268,  295. 

JoxES.  285. 

Jouets,  mis  dans  cercueil  d'enfant,  181. 

Joug,  à  bœuf,  et  guérison.  136;  et  agonisant,  167;  de  charrue  brûlé  et 
agonij  douloureuse,  168. 

JCGE,  21. 

Jurer;  en  semant.  238;  après  arbre,  255  ;par  l'arc-en-eiel,  293;  le  soleil, 
256. 


Kerardven,  115. 


Lac  :  §  103.  331  ;  offrandes,  127-128,  301-302. 
LADOUCETrE,   120. 

Laisnel,  25.  31.  114.  167.  172.  173.  182. 183. 

Lait.  §  15;  préservant  enfant.  55.  59;  de  vache  soutiré,  209,  229;  dans 
maison  mortuaire.  174. 

Lampes,  et  ordalies,  193;  d'autel.  151. 

Lan;ement.  d'objets.  13.  19.  20.  61.  SI.  86-88.  96.  100.  ICI,  103.  127-129. 
149.  151.  153,  160.  165.  22.}.  2;i8,  212,262.  277.  278,  2S1.  296.  297,  300. 
303.  30t  ;  d'eau,  73.  215,  244.  298. 

Lancement  de  navire.  217. 

Latham,  46,  49,  52,  78,  93,95,  97,  137,  169,205,  231,  251,  264. 

Lavage,  premier-  d'enfant,  35;  de  pierres,  282. 

Le  Braz.  115.  117.  14S,  149.  157.  160.  166.  166.  167.  169.  176.  185.  186.  188. 
189.  196. 

Lecœur.  114.  117.  174. 

Leite.  9,  17.  19.  21.  27.  2S.  34.  35.  .36.  .37.  38.  40.  41.  42.  53.  60.  66.  7s.  85. 
86,90.  H,2.  106.  m.  119  122.  123.  131.  135.  136.  i:W.  174.  175  17s.  179. 
183.  189.  2J3,  20s.  210.  211.  215.  219.  225.  228.  230.  211.  210.  251.  25s. 
2<>4,  265,  266.  267.  269.  274,  276.  288.  «92,  294,  295.  299,  300.  304.  319,  324. 


36i  TABLE    ALPHABÉTIQUE 

Le  Men,  15,  5i,  2i8. 

Le  NoBi.ETZ,  xis,  265. 

Lex,  10. 

Libatiun,  rita  de  plantation,  249;  de  construction,  199,  216,  218  ;  à  arbre 
251;  sur  le  sable,  302;  le  sol,  24S.  (v.  Aspersion). 

LiÉGARD,  8,  66,  73. 

Lier,  le  mal.  130,  136.  137  ;  le  loup,  227;  les  arbres,  250,  252. 

Lièvre;  et  femme  grosse<40;  forme  de  revenant.  195. 

Ligne,  blancbe  pour  tabouer,  206. 

Lin,  et  culture,  239;  semé  et  enfant  en  retard,  62. 

Linceul,  178,  179. 

Lit.  amulettes,  3,  2i-26.  28  ;  et  conjuration,  107  ;  préparé  pour  les  morts, 
192,  193;  d'où  l'on  enlève  l'agonisant,  169;  de  pierre.  9, 13i. 

Lotion;  et  fécondité,  1.  2,  10;  et  lait,  42;  et  maladies,  127,  132,  142. 

Loup,  conjuré,  226,  227. 

Lumière,  et  accouchement,  29.  31  ;  et  agonisant,  166,  167;  préservant, 
39,  45;  présages,  51  ;  ordalie-,  89. 

Lune,  §89;  faisant  concevoir,  14;  et  grossesse,  49;  et  amour,  89,  91-93, 
95.  101  :  opérations  magiques,  306  ;  personnifiée,  263;  invoquée,  93, 
101,  124.  125;  et  maladies,  124,  125. 

utins,  29  ;  préservatif  contre  eux,  223. 

M 

Mac  Culloch,  94. 

Magie,  (v.  Adjuration.  Agitation.  Aiguille.  Aspersion,  Bague,  Belette. 
Battre.  Braise,  Branciic'S,  Caillou,  Cercle.  Cdanter,  Chanvre,  Chat. 
Cheval,  Chien,  Conception.  Corset,  Cou,  Couper,  Crier,  Domesti- 
cation, Eau.  Enjambées,  Envoûtement.  Fascination,  F-Tucille.  Fil, 
Fouetter,  Fourche,  Frapper.  Fruits,  Gazon,  Gestes,  Grêle,  Hernie, 
Huile.  Immersion,  Incantation.  Infidèle.  Jarretière,  Lavage,  Lin, 
Messes,  Meule,  Nœud,  Noix.  Ombre,  Passage,  Pierre,  Poussière,  Sac, 
Soleil,  Souffler,  Tempête,  Terre,  Tête.  Tours,  Vagues,  Vengeance, 
Vent). 

Mahé,  312. 

Mai,  et  pratiques,  68,  80,  88,  95  ;  premier,  68,  94.  100,  211,  261,  331. 

Maison,  §  50-66. 

Maîtrise,  en  ménage  et  actes  à  l'église,  114.  116.  117. 

Mal  touché,  129,  137.  140,  143  (v.  Verrue). 

Maladie,  §24-27;   .39-45;  noyée,  139;  arrêtée  par  eau  courante,  76,  300. 

Malédiction,  107,  15J,  151.  259,  264,  276,  277,  315,  316. 

Maléfices,  pour  priver  de  sommeil,  106;  pour  la  mort,  147-149;  nouer 
l'aiguillette.  114,  115.  (v.  Chandelle,  Cheveux,  Cierge,  Clou,  Cré- 
maillère. Croissance,  Croix,  Drap.  Epingles,  Enjamber,  Feu, 
Feuilles.  Figurines.  Fleurs,  Fontaines,  Gerbes,  Liit,  Lampes, 
Messe,  Montagne,  CEufs,  Pierres  branlantes,  Rosée,  Tempestaires, 
Tète,  Veuve). 


DES    AUTEURS    ET   DES    MATIÈRES  365 

M.Tiiger.  rite  de  guërismi,  65.  60,  75. 

Marcher,  pratiques  pour  faire,    61-63;  rite,  10.  (v.  Reculons,  Tour). 

Marcher,  ne  pas,  -sur  le  pas  d'un  autre,  113;  sur  une  tombe,  20. 

Mari;  futur  coaiinent  vu,  §  31. 

Mariage,  §  3i-38. 

Maumier,  191. 

Marraine,  65. 

Mégalithes,    2.  4,  5.   7.  S,  0.    10.  41.  51,  62,  68,  69,  84,  86,  97-99,  100,  109, 
110,  118,  132-135,  309.  313,  315. 

Mélusine.  13,  37.  41.  46,  47,53,  60,  75,  79,  82,    110.    142.  109,  219.    220,  279, 
291,  292.  2i>3.  304. 

Menaces,  à  saints.  l')3.  246,  285,  292  ;  à  arbres,  253;  à  météores,   276.279, 
286,  288,  291.  292. 

Mendier,  rite,  65,  324. 

Mensignac.  21,  25,  32,  33,  50,  108,  174,  175,  176.  177,  181,  184. 

Mer,  §  104  ;  et  guérisou,  127  ;  souterraine.  ISl,  341. 

Mère,  (v.    Naissance.  Accouchement),  revenant  voir    son    enfant,  181  ; 
du  Vent,  287,  288;  de  la  Pluie.  2s8. 

Messes,  de  maléfices.    150,  151  :    superstitieuses.  323,   324  ;    opérations 
faites  quand  on  la  dit,  153,  161.  321. 

Mesurer,  le  mal,  142. 

MÉTIVIER,   170. 

Meule   de  foin,  et  opération  magique,  96. 

Metrac,  25,  45,  117, 153,  169, 173.  174. 

Miller,  162,  191.  279.  284,  305. 

Minuit.  39.  69.  78,  83.  93,  95.  100.  105.  123,  127,  141,  142,  151,  153,  161,  162, 
163.  207,  267,  300.  306,  312,  315,  318,  319,  331. 

Miroir,  et  la  mort,  175. 

Mnémotechnie,  en  relation,  avec  la  mort,  179. 

MoisET,  10,  91,  173, 182. 

Moisson,  241-243. 

Monnaie,  dans  rite  d'adjuration,  145-150;  merveilleuse,  318  (v.  Argent), 
offerte,  312. 

Monseur,  23,  35,  49,  61,  174,  175,  203. 

Montagnes.  §  106  ;  et  feux  allumé?,  239  r  prières    sur  les  sommets.  247, 
visités  à  la  Saint-Jean,  201  ;  et  faltrication  de  la  grêle,  272,  273. 

Montrer;  ne  pas  —,263.  267,  293  (v.  Doigt). 

MooxEV.  74,  75,  121,  123,  129,  132,  135,  136, 149,  215,  305. 

Mordre,  arbre,  137,  138  ;  pomme,  109. 

Mort  ;  personnifiée,  163,  202. 

Mort.  §  46-59. 

Mort,  (Le),  vu  àl'avance,  162, 163,  321  ;  appelé  par  son  nom,  178;  traité 


366  TABLE    ALPHABÉTIQUE 

coinme  monture,  185;  sa  destinée  connue.  189,  190  ;  périerination'!. 
§  124. 

Molher's  Bunch  Closet,  XIX,  9-2,  105. 

Motte,  etguéiison,  233  ;  préservant  des  sorciers,  307  (v.  Gazon). 

Mouche,  forme  d'ànie,  177. 

Mouchoir,  et  lune,  90  ;  posé  sur  l'eau,  96. 

Moudre,  la  coqueluche.  9.5. 

Mur,  objets  fichés,  140,  232  :  gratté,  139. 

N 

Naissance  :  §  9-19. 

Neige,  §  98. 

Neuf.  10.  18,  27,  28.  59.  73.  7i,  75.  76.  77,  78.  83,  92.  94,  95,  131,  132,  133, 
165,  166,  26(,  268.  303,  325. 

Nœud,   magique,  226,  283,  325;   mnémotechnie,  179. 

Noël,  161,162,  327,  331. 

NoGUÈs,  32,  37,  38,  49,  lU,  116,  175,  181,  182. 

NiNo,  73.  124,  143.  145.  267.  293. 

Noix,  et  magie,  154:  et  ordalie.  97. 

Noms,  provisoires.  47;  de  mari  su,  91.;  de  divinités,  337;  dans  acte 
magique,  43,  7S. 

NoRE.  34,  48.  103.  114.  167,  168,  187. 

Nourrice,  (v.  Allaitement). 

Nourriture,  au  mort,  188,  lîr9.  194,  1-95  ;  interdite,  340. 

Noyade,  préservatif  contre  la-.  48,  300  ;  de  l'àme,  174. 

Nuages,  chevauchés  par  tempestaires,  273,  277,  278;  fusillés,  ou  me- 
nacés, 276. 

Nudité,  condition  de  pratiques,  4,  7,  8,  39,  67,  78,  80.  98,  99.  123,  125. 

Nuit,  dangers.  19,  22,  39,  56.  166,  223,  248,  295:  interdictions,  214.  215; 
et  ordalies.  90.91,  95,  102,  163;  et  les  esprits,  162,  187,  188.  193-  195, 
318,  319,  321. 


Objets  :  mis  au  mort,  187;  pointus,  39,  57,  287,  288  (v.  Aiguille,  Ciseaux, 
Couteaux,  Clous). 

Œufs.  44,  152,  182,  224,  300. 

Offrandes,  aux  eaux.  127.  123,  285,  296.  2.)7,  300.305:  aux  pierres,  69,  83, 
132.  311.  312:  au  feu.  64:  aux  arbres.  130,  1:18  :  au  vent,  2s7  ;  aux 
carnassiers.  225  226  :  à  génies.  243.  2',)5  (v.  Arbre,  Chat.  Enterrer, 
Epingles,  Feu,  Fontaine,  Gerbe,  Lac,  Libation,  Monnaie.  Paille, 
Pain.  Présents,  Sac.  Vêtements). 

Oiseaux,  conjurés,  225,  226,  240,  241  ;  consultés,  84;  respectés,  340. 

Olavarria,  21.  30,  63.  64.  144,  2J2,  269. 


DES    AUTEURS   ET   DES   MATIÈRES  367 

Ombre,  et  construction,  106;  et  m.-iléflce,  £06;  et  présages,  161. 

Onction,    de  pierre,  312. 

Ordalies  et  Consultations,  v.  Absent,  Bouillonnement.    Bulles.    Cliou, 

Consultation,    Coucou,  Couj),  Doigt,    Effeuillenient,   Emplacement, 

Epingles,  Figurine,    l'ontaines.    Fumée,   Glace,    Lampe,    Lumière, 

Mari,  Moucboir,  Noix,;  Nuit.  Pain,  Pierres.  Plomb,  Sillon,  Sorcier, 

Souille. 

Oreiller,  talismans,  3,  27,  57,  58,  93,  94;  et  mort,  168,  169. 

Ossement,  talisman,  83. 

Ossuaire,  162. 


Paganisme,  sa  persistance,  XVII  et  suiv.,  XXI  et  suiv.,  §  117-125. 

Pain,  offert,  2,  44,  68,  128  ;  efficace    contre  esprits.    36,    47.  48,  58,  171  ; 
procurant  avantages,65,  74,  203,218,236;  agent  de  consultation,  157. 
297,  298;  béni,  218. 

Papillon  et  âme,  177,  196,  342. 

Parler,  retard  à  — ,  65,  66  :  ne  pas  —  (v.  Silence'. 

Paroles  entendues  et  augure,  110,  161. 

Parrain,  au  baptême,  48.  49. 

Passage,  guérissant  ou  magique  à  travers  un  objet  percé,  51,  52,  76-79, 
133,  131,  226;  cercle,  123,  221. 

Péchés,  bus,  173  ;  laissés,  dans  le  bénitier,  .327. 

Pedroso,  11.  21.  27,  211,  30,  3(,  38,  39,  44,  46,  47.  49,  .57,  58;  60.  61.  63.  65, 
72.  106.  111.  123.  142.  147,  152.  169,  173,  178,  180,  183.  185,  187,  195,  2i)4, 
205.  206,  207.  215.  25i,  267,  269.  319,  326,  341. 

Peigner,  (se)  au  clair  de  la  lune.  102. 

Pénitences,  posthumes,  196,  197  ;  de  statues,  247. 

Perraudière,  117, 

Perron.  119. 

Personnitication.  §  118  ;  d'astres,  257,  262;  de  météores,  272,  278.  287, 
2S9,  291  ;  de  rivières,  299;  de  maladies,  66. 

Phallisme.  3,  4,  5,  7,  8.  9,  12,  40.  98,  99,  109,  311. 

Pieds,  et  pratiques  en  relation  avec  les  eaux,  2,3.101,126;  les  em- 
preintes, 9:  la  mort,  169,  179. 

Pierres.  §  109  ;  passag.j  à  travers.  10,  51,  (;S,  109.  110.  312,  314:  friction. 
97,  99,  133:  tour,  3il  ;  station,  98.  118;  consultées,  314;  et  serments. 
312.  313;  retournées,  243,  244  ;  amoncelées,  6,  291  ;  lancées,  61,  103, 
238.247,  303;  dans  ordalie,  97.  conjurations,  291,  316  ;  posées  sur 
arbre,  252;  percées,  38,  40,  206,  219,  223. 

Pierre,  première,  200,  201. 

Pierres  branlantes,  69,  311,  313,  315. 

Pierres  à  tonnerre,  talisman.  83,  84.  274,  275,  325  (v.  Haches). 

PlKEAU,  167. 


368 


TABLE    ALPHABETIQUE 


Pitre,  18.  24,  25,  26,  36,  46,  59,  77.  91,  101,  113,  115,  117,  125,  131.  134, 
137,  141,  142, 144.  145,  153,  166,  168,  171,  178,  179,  182,  188.  190,  197,  210. 
224,  227,  238,  239.  240.  243.  246.  247.253.  25S.  264.  265.  267,269,  270,  274. 
276,  284,   287.  2s9,  291.  295.  303.  321,  324,  325.  327,  341. 

Placenta,  16,  30. 

Plantation,  rites,  249,  250. 

Plomb  fondu,  60,  90. 

Pluie,  personnifiée,  288  ;  conjurée,  289  ;  excitée,  §81;  261. 

Plumes,  retardant  mort,  168, 169. 

Pont,  et  enterrement,  184,  185  ;  des  morts,  183. 

Porche,  et  visions,  162,  319  (v.   Mort). 

Porte,  entrer  par  une  et  sortir  par  l'autre,  51,  65,  113.  135.  141.  321  ; 
ouverte  et  sortie  de  l'àme,  169  ;  morts  auprès,  194;  talismans  protec- 
teurs. 56,  205-207,  223.;; 

Poules,  29,  153,  230,  268. 

Poussière,  et  le  vent  excité,  284,  285  (v.  Balayer),  dans  sachet,  16,  143  ; 
avalée,  5,  10,  70,  79. 

Premier,  levé  ou  sorti  à  mariage,  116,  117;  àentrer  au  cimetière,  187; 
souhait,  263  ;  fruit,  254. 

Première,  visite,  321;  nuit,  119. 

Présages  (v.  Cendre,  Chandelle,  Chemise,  Cierge  Cimetière,  Enterre- 
ment, Lumière,  Mort,  Ombre,   Rencontre,  Songes,  Trébucher). 

Prêtres,  XXI,  50,  114,  166, 190,  245,  273,  277,  278,  325,  326,  338. 

Prières  à  étoile,  123  ;  au  soleil,  261  ;  au  vent,  279. 

Processions,  pour  la  pluie.  244,  245,  261. 

Purification  de  l'âme.  173,  174, 


Rachitisme,  66-70 

Rage,  guérison,  141. 

Rats,  et  dents,  65;  conjurés,  207.  208. 

Rebours,  du  soleil,  69,80,123,170,203,260,261,  306;prières  à  rebours, 149, 

227. 

Reculons,  marcher  à-,  187,  203,  229.  313. 

REGIS,  46,  49,  114,  152,  212. 

RelevaiJles,  §  12. 

Remuer  un  objet,  13,  264. 

Rencontres,  48,  112. 

Reptiles,  guérisseurs,  136;  contenant  âmes.  197;  respectés,  340  ;  peau 
et  vent,  286. 

Revenants,  179,  188,  189,  191,  195,  207;  non  vus,  51. 

Retourner,  ne  pas  se,  6,  48,  73,  130. 

Bévue  Celtique,  100,  102,  174,  195,  214,  243,  265,  310,  323. 


DES  AUTEURS  ET    DES    MATIÈRES  369 

Revista  lusilina,  LU,  12(j,  114,  171,  189,  217. 

Revtie  des  Traditions  populaires.  3,  5,7,  8,  12.  18.  22,  23,  24,  26.  2'.).  :50,  :?!• 
32.  42,  43,4.'),  48.  49,05,  51.57.  «0,  til.G2,  GG.  82,  83,  91,  109,  113,  114,  UG- 
117.  119,  124,  loi),  1G7.  170,  171.  172,  175,  176,  17«,  179,  180,181.  182, 
183,  ISG,  187,  199,  201.  208,  216,  217,  218,  323,  324,  325. 

Rhys,  54,  96,  129,  130,  157,  159,  164,  169.  214.  2.36.  298,  299,  301. 

RiccARDi.  21.  22,  29.  45.  90.  137,  152,  158.  l.')9.  161,  167.  195,  241,  251.  î52. 
2.53,  267,  271. 

Richard,  24,  25,  114,  160,  166, 173.  174,  179,  182,  248. 

Rites  rAlbution,  Angélus.  Angles.  Arbres.  Ascension,  Astres,  Aufei. 
Bague.  Hain.  Balayer,  Bateau,  Blé,  Boire,  Bouteille,' Briser,  Brûler. 
Cercueil,  Cerner,  "Chemins,  Cierges,  Clou,  Corde,  Cracher,  Cré- 
maillère. Crier,  Danse.  Eau,  Entendre,  Enterrenient.  Envers. 
Epaule,  Fauteuil,  Fenêtre,  Feu,  Flamme.  Fouetter,  Frapper,  Fric- 
tion, Gaucho.  Glissade,  Hache,  Impair,  Incision,  Jefiner,  Jouer, 
Lancement,  Lavage,  Lever,  Libation.  Lier,  Manger,  Marcher.  Men- 
dier, Mesurer.  Mordre.  Moudre,  Muer,  Neuf,  Nudité,  Ombre, 
Passage,  Pierres.  Porte.  Prêtre,  Rebours.  Reculons,  Retourner, 
Rivière,  Sauter,  Secret,  Sel,  Sept.  Serment,  Seuil,  Sexe,  Siffler, 
Silence,  Sorcier.  Soleil.  Tablier,  Terre,  Tison,  Tour,  Trois,  Uriner, 
Vêtement,  Vente,  Voler. 

Rivière. 

Rivière,  §  102  ;  aetes  accomplis  près  d'elle,  83,  95,  125,  126, 156,  184,  185, 
245,  246  ;  personnifiée,  125.  299. 

Rolland,  153,  216. 

RosAPELLY.  39,  79. 

Rosée,  guérissante,  68,  125;  et  maléfice,  152. 

Rouler  (se),  rite  143. 

S 

Sac,  et  semeur,  237;  de  farine  offert  au  vent,  287. 

Sachets,  15,  17,  25,  147,  229. 

Sacrifices  (v.  Chat,  Chien,  Emmurement,  Enterrer,  Feu,  Sang. Vivant). 

Sang,  arrosant,  199,202,208,  2i2. 

Saints,  des  vents,  280-282,  284,  285  (v.  Statues  et  divinités  païennes,  337). 

Saluer,  astres,  258,  261,  268. 

Sauter,  rite.  44,  98,  135,  239,  261,  296. 

Sauvé,  25,  29,  40,  46,  53,  160,  S38. 

Savoye,  178. 

Sawyer,  263. 

SCHULH,  211. 

SÉBILLOT,  3,  5,  6,  7,  8,  9.  10,  12.  14,  15,  16.  17. 19.  20,  22,  26,  27,  28.  30.  32, 
40.  41,  42.  43.  44,  48.  50,  52.  53.  55,56.  59,  61,  63.  65.  66,  G7.  68,  69.  70. 
71,  72.  76.77.  79.  SO.  83,  84.  85,  86.  87,  88.  89,  92.  93.  95.  9G,  98.  99,  100, 
101,  lOrJ,  103,  104,  105,  109,  110,  112,  113,  115,  116,  118,  122,  1"23.  124, 

21. 


370  TABLE    ALPHABÉTIQUE 

125.  12fi,  127.  128,  129,  130,  131,  133.  134,  135,  136,  137,  138,  139,  140, 

141,  142,  143,  144,  147,  148.  149,  151,  152,  1.54,  158.  160,  161,  162.  163, 

164,  168,  169.  170,  172,  176,  177,  178,  180,  182,  186,  190,  191,  192,  193, 

196.  197.   199,  200,  201,  202,  205,  206,  208,  209,  215,  217,  218,  219;  220, 

222.  223,  224,  225,  226,  227,  228.  229,  -.30,  231,  232,  233,  234,  237,  238, 

239.  240,  241,  242,  243,  244,  245.  246,  247,  250,  251,  252,  253,  254,  255, 

250,  258,  259,  261,  262.  263,  264,  26'î,  267.  2>)8,  269.  270,  271,  272,  273, 

274.  275,  276.  277,  278,  279,  280,  281,  282.  283,  284.  285,  286,  287,  288, 

289,  290,  291,  292,  293,  294,  295,  296.  297.  298,  299.  300,  301,  302,  303, 

305.  3m6.  307,  308,  309,  310,  311,  312,  313,  314,  318.  322,  323,  325,  326, 
327,  328,  331,  332,  333.  339,  340,  341,  343. 

Seconde  vue,  165. 

Secret,  obligatoire.  76,91,  98,  123,  136,  1.37,  147,  224. 

Seins,  lotionnés,  42  ;  ob'ets  ayant  cette  forme,  41. 

Sel,  protecteur,  29,  33,  .38,  39,  45,  47.  106,  116.  167,  176,  177,  203,  209,  300; 
à  baptême,   49;  ordalie,  57,  157. 

Semeur,  gestes,  237,  238. 

Sept,  65,105,  127,  144. 

Serment?.  109,  110,  214,  256,  259,  308.  312,  313. 

Serrure,  ouverte,  28,  170;  ses  talismans,  206. 

Seuil,  202,  222. 

Sevrage,  44,  45. 

Sexe,  interversion  dans  rite,  69,  74,  133,  144,  254,  327;  et  premier  vête- 
ment, 33. 
Siège  de  pierre,  8,  97,  134. 
Siffler,  pour  exciter  le  vent,  .279,  2S0. 

Silence,  à  observer,  73,  80,  88,  93,  95,  100,  129,  130,  138,  160,  318. 
Sillon,  et  ordalie,  161;  premier,  236. 

Soleil,  §  88;  invoqué.  258,  259:  guérisseur,  121-123;  actes  faits  en  suivant 
son  cours,  132.  184.  186.  236.  260;à  rebours,  204,  260.  261;  à  son  lever, 
94,  123  ;  avant,  125,  126,  127,  131.  300;  après  coucher,  214. 

Son,  et  présage,  161,  189. 

Songes,  et  mari  futur,  92,  94. 

Sorcières,  56.  57,  148,  167.  210,  223,  301.  §  122. 

Sorciers,  273.  276,  305,  306,  307,  315,  338. 

Souche.  83,  9i,  112,119,  124,  212. 

Souffle,  ordalie,  85;  pour  avoir  du  vent,  280;  pour  guérir,  127. 

Souhaits,  263,  270  (v.  Vœu). 

Souliers,  trempés,  3;  et  rêves,  94  ;  lancés  à  nues,  277,  278. 

Statue,  habillée,  73;  menacée,  103.  285;  tournée,  285;  châtiée,  104,  285  : 
arrosée,  244,  245;  bombardée,  13;  touchée,  8,  42,  72. 

Stérilité,  §,  3  ;  volontaire  punie,  14. 

Stewart.  19,  36,  .37,  56,  57.  213.  307. 

swainson,  85. 


DES    AUTEURS    ET   DES    MATIÈRES  371 


Tabou  (%'.  Défenses)  340;  procédés  par  tabouer,  206. 

Talismans,  200,  205,  206,  223  (v.  Amulettes,  Ciseaux,  Conscrits,  Corset, 
Culotte,  Fer.  Fourcbe.  Gâteau,  Hactie,  Œuf,  Lit.  Loup,  Oreiller, 
Ossements,  Pierre  à  tonnerre.  Sel). 

Tenipestaires,  272,  277. 

Tempête,  apaisée  par  magie,  305. 

Terre,  dans  amulettes.  40;  trou  dedans,  232,  233;  guérissante,  72,  124; 
de  cimetière,  147  ;  entre  deux  terres,  307. 

Tête,  non  serrée,  2i';  mise  en  bas,  36;  mise  dans  trou,  71,  96,  314; 
serrée  et  ensemencement,  237,  238;  lancer  par  dessus,  2!1'J. 

Thiers,  xviii,  62,  115,  170,  173.  î2!),  319. 

Thorpe.  20,  34.  .33.  39,  46,  61.  66,  85.  126,  169,  181,  203,  206.    231,  239,  254, 

256,  289,  296,  299,  303,  318,  319. 
Ti^on,  promené,  31;  mis  en  croix,  58;  et  guérison,  213;  et  épreuve,  213, 

et  foudre,  275. 

Toilette,  de  nouveau-né,  34-3»>. 

Toit,  amulett-s  posées  dessus,  195,  205  ;  jeter  par  dessus,  236. 

Tombeau,  20,  61,  72,  82,  134. 

Tonnerre,  §  92. 

Totémisme,  3.39,  342. 

Tourbillon,  conjuré,  241,  242. 

Tours.  31,  42,   61.  69,  231,  234;    numériques,   2.  8.  28,  42,  43,  52.  61,  62, 

67.74,    100.  140,    141,    142.  160.  170,  185,  186,    187,  190,    234,  236.  260, 

296,  311,  318. 
Transmission,  du  mal,  74.  75,  129,  131.  136-139,  142.  144.  1.52,  232,  233;  de 

fécondité,  §  4. 

Trébucher,  114. 

Trèfle  à  quatre  feuilles,  324. 

Tradiçao,  299. 

Trépied,  230,  275. 

Trois.  2.  5.  8,  20.  27.  52,  58,  62,  70.  73,  76.  95,  96,  122,  123,  129,  135,  140- 
142.  160,  170,  174,  185,  186,  187.  190.  21.3.  230,  234,  236.  260,  267,  273' 
276,  277,  295,  296,  299,  303,  304,  306,  311,  312,  318,  323,  324,  327. 

Trombatore,  203,  247,  267,  274. 

Trou  (V.Pierre),  de  pierre,  71,  314;  dans  terre,    165,233;    laissé    dans 

mur.  204. 
Tuile,  retournée,  28,  170  ;  mise  sur  tête,  32  ;  et  âmes  du  purgatoire,  195- 
Tylor,  32,  122,  139,  174,  176,  183,  193,  261,  262,  325,  332,  342. 


372  TABLE    ALPHABÉTIQUE 


u 

Uriner,  interdit   ou  dangereux.  14,  211,  212,  263,  266,  392  ;    pour    guéri 
son,  62,  143. 


Vagues,  calmées  par  magie,  304,  305. 

Vaschalde,  61. 

V'engeance,  et  opérations  magiques,  298,  299,  302,  316. 

Vente,  fictive,  139;  de  vents,  282-284. 

Vent?.  §  94-95  ;  invoqués  pour  les  agonisants,  171  (v.  Tempêtes,  Tour- 
billon). 

Verrues,  venant  par  punition.  267  ;    guéries,  124,  129,  130,  132, 135,  137, 
139,  141,  144. 

Vêtements, retournés,  23;  et  sexe,  33;  olïerts,67,S0,£97  ;  et  amoureux, 95. 

Veuve,  funeste  à  accouchement,  23  ;  faisant  pèlerinage,  318. 

Victime,  annuelle  à  rivière.  299, 

Vivant,  animal,  enterré  ou  enfermé,  200,  202,  234  ;  briiié,  213. 

Vive,  poisson,  conjuré,  136. 

Vol,  portant  malheur  au  volé,  £20,  254. 

Volé,  objet  conférant  privilège,  58,  217,  286. 

Voleur,  comment  découvert,  213.  297,  298. 

Vue  interdite.  101,  224  (v.  Secret). 

W 

^VaUonia,  212,  £31,  276.  326. 

Wilde,  20,  28,  29,  38,  1£9,  132,  165,  167,  171.   172,  185,  186,   188,   191,  195, 
203,  207,  211,  212,  215,230,  2>;6,  298.  302,  315. 

Y 

Yeux,  fermés,  161. 

Yves  (saint),  adjuré,  149-150. 

Z 
Zanetti,  14,  15,  16,  18,  40,  57,  63. 


TABLE  SYSTÉMATIQUE  DES  MATIERES 


Introduction xv 

PREMIÈRE    PARTIE 
LA       VIE      HUMAINE 


CHAPITRE    PREMIER 

La  fécondité. 

1.  Pratiques  avant  la  consommation  du  mariage  (p.  li.  —  2.  Pen- 
dant la  période  qui  la  suit  (p.  4).  —  3.  En  cas  de  stérilité 
manifeste  (p.  6).  —4.  La  transmission  de  la  fécondité  (p.  13). 

—  î).  La  stérilité  volontaire  (p.  14).  —  6.  Les  femmes  grosses 
et  leur  protection  (p.  16).  —  7.  Pèlerinages  et  consultalions 
(p.  18).  —  8.  Tabous  de  la  grossesse  (p.  21). 

CHAPITRE  II 

La    naissance. 

9.  Précautions  avant  et  pendant  l'accouchement  (p.22).  — 10.  Actes 
qui  le  suivent  (p.  29).  —  11.  Le  placenta  et  le  cordon  ombi- 
lical (p.  30).  —  12.  Avant  et  après  les  relevailles  (p.  31).  — 
13.  Actes  favorables  au  nouveau-né  :  le  premier  bain  (p.  33). 

—  14.  Pratiques  protectrices  (p.  36).  —  lo.  L'allaitement  et 
l'abondance  du  lait  (p.  39).  —  16.  Le  berceau  (p.  45).  — 
17.  L'enfant  non  baptisé  (p.  47).  —  18.  Le  baptême  (p.  48).  — 
19.  Le  retour  à  la  maison  (p.  51). 


374  TABLE    SYSTÉMATIQUE   DES   MATIÈRES 

CHAPITRE  III 
L'enfance. 

20.  Les  ennemis  des  enfanls  (p.  34).  —  21.  Préservation  lors  des 
premières  sorties  (p.  58).  —  22.  L'évolution  :  la  croissance 
favorisée  ou  retardée  (p.  39).  —  23.  La  marche,  les  dents  et 
la  parole  (p.  61).  —  24.  Le  rachitisme  guéri  par  les~eaux  ou 
les  pierres  (p.  66).  —  23.  Les  maladies  de  l'enfance  et  les  pro- 
cédés magiques  (p.  70).  —  26.  La  coqueluche  et  les  animaux 
guérisseurs,  le  passage  à  travers  l'arbre  et  les  mégalithes 
(p.  72).  —  27.  Les  fontaines  (p.  80). 

CHAPITRE  IV 
La  jeunesse   et   les   amours. 

28.  La  première  communion  (p.  82).  —  29.  Le  tirage  au  sort  (p. 82). 
—  30.  Conjurations  et  pratiques  pour  savoir  si  on  se  mariera 
(p.  84).  —  31.  Pour  connaître  son  futur  époux  (p.  90).  — 
32.  Procèdes  pour  se  faire  aimer  (p.  97).  —  33.  Envoûtements 
des  insensibles  ou  des  infidèles  (p.  103). 

CHAPITRE    V 

Le  mariage. 

34.  Les  fiançailles  et  les  procédés  d'engagement  (p.  108).  —35.  Les 
augures  de  bonheur  (p.  110).  —36.  Le  jour  du  mariage  :  actes 
de  la  maison  à  l'église  (p.  111).  —  37.  Actes  pendant  et  après 
la  cérémonie(p.  113).- 38.  Usages  et  actes  traditionnels(p.il7). 

CHAPITRE    VI 
Les  maladies. 

39.  La  guérison  par  les  astres  ou  les  météores  (p.  121).  —  40.  Par 
les  eaux  (p.  123).  —  41.  Par  les  pierres  (p.  133);  —  42.  Par  le 
feu  (p.  133).  —  43.  Par  les  animaux  (p.  133).  —  44.  La  trans- 
mission du  mal  aux  arbres  (p.  136).  —  43.  Pratiques  en  rela- 
tion avec  les  églises  (p.  139). 


TABLE   SYSTÉMATIQUE  DES  MATIÈRES  375 

CHAPITRE   VII 

La  mort. 

46.  Opérations  magiques  destinées  à  faire  mourir  (p.  140).  — 
47.  Conjurations  synallagmatiques  (p.  148).  —  48.  Messes 
magiques  et  envoûtements  (p.  ioO).  —  49.  Consultations  pour 
savoir  qui  doit  mourir  (p.  lo7).  —  50.  Si  un  malade  guérira 
ou  succombera  (p.  104).  —51.  L'agonie  (p.  100).  —  52.  Actes 
qui  suivent  le  décès  (p.  171).  —  o3.  La  veillée  et  l'ensevelis- 
sement (p.  176).  —  54.  L'enterrement  (p.  184).  —  53.  Précau- 
tions pour  empêcher  le  mort  de  rentrer  dans  la  maison  (p.  188i. 
50.  Consultation  pour  connaître  son  sort  (p.  189i.  —  57.  Le 
voyage  des  morts  (p.  190).  —  38.  Visites  périodiques  des  tré- 
passés (p.  192).  —  39.  Les  Pénitences  des  morts  (p.  196). 


DEUXIEME    PARTIE 
LES   CONSTRUCTIONS    ET    LES    TRAVAUX 


CHAPITRE  PREMIER 
La  maison. 

60.  Le  clioix  de  l'emplacement  (p.  198).  —  61.  Rites  de  la  cons- 
truction (p.  190).  —  62.  Dangers  de  la  maison  neuve  ip.  201i. 

—  63.  La  cbeminée  (p.  208).  —  64.  Le  foyer  et  le  feu  (p.  209). 

—  63.  Vestiges  du  culte  du  feu  (p.  212).  —  66.  Actes  interdits 
à  la  maison  (p.  214). 

CHAPITRE    II 

Les  bateaux. 

07.  La  construction  et  le  lancement  (p.  216).  —  68.  Le  lest  et  les 
amulettes  (p.218|.  —  69.  Procédés  de  désensorcellement  (p.  220). 


376  ,    TABLE  SYSTÉMATIQUE  DES  MATIÈRES 

CHAPITRE   III 
L'étable  et  la  basse-cour. 

70.  La  protectiOQ  de  l'étable  et  du  poulailler  (p.  222).  -  71.  Pro- 
cèdes pour  tabouer  les  abords  de  la  ferme  (p.  224).  —  72.  Con- 
juration des  oiseaux  de  proie  et  des  carnassiers  (p.  223).  — 
7.3.  La  fécondité  et  la  domestication  (p.  228).  —  74.  Prophy- 
laxie des  maladies  (p.  231).  —  75.  Procédés  magiques  pour 
la  guérison  des  bêtes  (p.  232). 

CHAPITRE  IV 
La  culture. 

76.  les  espaces  non  cultivés  (p.  235).  —  77.  Le  labour  et  l'ense- 
mencement (p.  236).  —  78.  Procédés  pour  obtenir  une  bonne 
récolte  ou  pour  la  pioléger  (p.  239).  —  79.  La  préservation 
des  tourbillons  (p.  241).  —  80.  Les  offrandes  de  gerbes  (p.  243). 

—  81.  Moyens  magiques  d'exciter  la  pluie  (p.  243).  —  82.  Par- 
ticularités des  instruments  agricoles  (p.  247). 

CHAPITRE    V 
Les  arbres. 

83.  Rites  de  la  plantation  (p.  249).  -  84.  Prévenances  à  l'égard 
des  arbres  (p.  250).  —  85.  Moyens  de  les  faire  fructifier  (p.  251). 

-  86.  Les  premiers   fruits  (p.  253).  -  87.  Le  respect   des 
arbres  (p.  255). 


TABLE  SYSTÉMATIQUE  DES  MATIÈRES  377 

TROISIÈME   PARTIE 
LES   FORCES    DE    LA   NATURE 


CHAPITRE   PRExMIER 
Les  astres. 

88.  Le  soleil  :  observances  et  vestiges  de  culte  (p.  257).  —  89.  La 
lune  :  puissance  et  invocations  (p.  262),  —  90.  Les  étoiles  : 
respect  qu'on  leur  porte,  oraisons  (p. 266).  —  91.  Les  étoiles 
filantes  (p.  268). 

CHAPITRE   II 
Les  météores. 

92.  L'orage  et  ses  causes  (p.  271).  —  93.  Procédés  pour  s'en  garan 
lir  (p.  273i.  —  94.  Les  vents  personnifiés  :  procédés  magiques 
pour  lesexciter(p.278).  — 95.  Procédés  pour  les  calmer  (p. 286). 
—  96.  La  brume  (p.  287).  -  97.  La  pluie  (p.  2S8).  -  98.  La 
neige  (p.  289).  —  99.  L'arc-en-ciel  ^p.  291). 

CHAPITRE    m 
Les  eaux. 

100.  Le  respect  de  l'eau  (p.  294).  -  101.  Les  fontaines  (p.  29S).  — 
102.  Les  rivières  (p.  299).  —  103.  Les  lacs  (p.  301)  -  104.  La 
mer  (p.  302). 


378  TABLE  SYSTÉMATIQUE  DES  MATIÈRES 

CHAPITRE  IV 
La  terre  et  les   pierres. 

lO.j.  La  terre  (o.  307i.  —  lOS.  Les  montagnes  {9.  308).  —  107.  Les 
pierres  (p.  309).  —  108.  Actes  rappelant  d'anciens  cultes  (p.  310j. 
—  109.  Consultations  et  opérations  magiques  (p.  313).  — 
110.  Les  pierres  de  malédiction  (p.  31o). 

APPENDICE 

LE    PAGANISME    DANS    LES    ÉGLISES 

111.  Pratiques  en  relation  avec  leur  extérieur  (p.  317).  —  112.  Pra- 
tiques magiques  dans  les  temples  (p.  320i.  —  113.  Les  messes 
singulières  (p.  352).  —  114.  Vertus  de  l'autel  (p.  324).  —  115.  Le 
bénitier  (p.  326).  —  116.  Les  cierges  et  les  envoûtements 
(p.  327). 

NOTES  ADDITIONNELLES 

117  Causes  qui  motivent  les  actes  de  paganisme  (p.  329;.  —  118. 
Animisme  des  forces  de  la  nature  et  génies  qui  y  président 
(p.  331).  —  119.  Répartition  géographique  du  culte  des  pierres 
et  de  celui  des  eaux  (p.  3.35).  —  120.  Génies  de  la  terre  (p. 
3^6).  —  121.  Vestiges  des  anciennes  divinités  (p.  336).  —  122. 
Survivances  probables  de  sacerdoces  (p.  347).  —  123.  Toté- 
mismes  et  tabous  (p.  3.39).  —  124.  Les  pérégrinations  des 
morts  (p.  340)   —  123.  Vitalité  du  paganisme  (p.  341). 

Lndex  bibliographique 343 

Table  alphabétique  des  auteurs  et  des  matières    .  3.33 

Table  systé.matique  des  matières 373 


Paris-Lille,  A.  Taffin-Lefort.  —  07.77. 


% 

OCTAVE   DOIX,    ÉDITEUR,    8,    PLACE   DE   l'oDÉOX,    PARIS 


ENCYCLOPEDIE    SCIENTIFIQUE 

Publiée  sous  la  direction  du  D'  TOULOUSE 


Nous  avons  entrepris  la  publication,  sous  la  direction 
générale  de  son  fondateur,  le  D""  Toulouse,  Directeur  à 
l'Ecole  des  Hautes-Etudes,  d'une  Encyclopédie  scientifique 
de  langue  française  dont  on  mesurera  l'importance  à  ce  fait 
qu'elle  est  divisée  en  40  sections  ou  Bibliothèques  et  qu'elle 
comprendra  environ  1000  volumes.  Elle  se  propose  de  riva- 
liser avec  les  plus  grandes  encyclopédies  étrangères  et 
même  de  les  dépasser,  tout  à  la  fois  par  le  caractère  nette- 
ment scientifique  et  la  clarté  de  ses  exposés,  par  l'ordre 
logique  de  ses  divisions  et  par  son  unité,  enfin  par  ses 
vastes  dimensions  et  sa  forme  pratique. 


PLAN    GÉNÉRAL    DE    L'ENCYCLOPÉDIE 

Mode  de  publication.  —  L'Encyclopédie  se  composera  de  mono- 
giapliics  scieiitiliqiies,  classées  métliodiqiiemcnt  et  l'ormant  dans 
leur  enchaînement  un  expose  de  toute  la  science.  Organisée  sur 
un  plan  systématique,  cette  Encyclopédie,  tout  en  évitant  les 
inconvénients  des  Traités,  —  massifs,  d'un  prix  global  élevé,  dif- 
ficiles à  consulter^  —  et  les  inconvénients  des  Dictionnaires,  — 
où  les  articles  scindés  irrationnellement,  simples  chapitres  alpha- 
bétiques, sont  toujours  nécessairement  incomplets,  —  réunira  les 
avantages  des  uns  et  des  autres. 

Du    Traité,    V Encyclopédii    gardera    la    supériorité    que    possède 


Il  ENCYCLOPÉDIE   SCIENTIFIQUE 

un  ensemble  complet,  bien  divisé  et  fournissant  sur  chaque  science 
tous  les  enseignements  et  tous  les  renseignements  qu'on  en  réclame. 
Du  Dictionnaire,  l'Encyclopédie  gardera  les  facilités  de  recherches 
par  le  moyen  d'une  table  générale,  VIndex  de  l'Encyclopédie  qui 
paraîtra  dès  la  publication  d'un  certain  nombre  de  volumes  et  sera 
réimprimé  périodiquement.  V Index  renverra  le  lecteur  aux  différents 
volumes  et  aux  pages  où  se  trouvent  traités  les  divers  points  d'une 
question. 

Les  éditions  successives  de  chaque  volume  permettront  de 
suivre  toujours  de  près  les  progrès  de  la  science.  Et  c'est  par  là 
que  s'affirme  la  supériorité  de  ce  mode  de  publication  sur  tout 
autre.  Alors  que,  sous  sa  masse  compacte,  un  traité,  un  diction- 
naire ne  peut  être  réédité  et  renouvelé  que  dans  sa  totalité  et 
qu'à,  d'assez  longs  intervalles,  inconvénients  graves  qu'atténuent 
mal  des  suppléments  et  des  appendices,  l'Encyclopédie  scienti- 
fique, au  contraire,  pourra  toujours  rajeunir  les  parties  qui  ne 
seraient  plus  au  courant  des  derniers  travaux  importants.  Il  est 
évident,  par  exemple,  que  si  des  livres  d'algèbre  ou  d'acoustique 
physique  peuvent  garder  leur  valeur  pendant  de  nombreuses 
années,  les  ouvrages  exposant  les  sciences  en  formation,  comme 
la  chimie  physique,  la  psychologie  ou  les  technologies  indus- 
trielles, doivent  nécessairement  être  remaniés  à  des  intervalles 
plus  courts. 

Le  lecteur  appréciera  la  souplesse  de  publication  de  cette  Ency- 
clopédie, toujours  vivante,  qui  s'élargira  au  fur  et  à  mesure  des 
besoins  dans  le  largo  cadre  tracé  dès  le  début,  mais  qui  constituera 
toujours,  dans  son  ensemble,  un  traité  complet  de  la  Science,  dans 
chacune  de  ses  sections  un  traité  complet  d'une  science,  et  dans 
chacun  de  ses  livres  une  monographie  complète.  Il  pourra  ainsi 
n'acheter  que  telle  ou  telle  section  de  VEncyclopédie,  sûr  de  n'avoir 
pas  des  parties  dépareillées  d'un  tout. 

L'Encyclopédie  demandera  plusieurs  années  pour  être  achevée  ; 
car  pour  avoir  des  expositions  bien  faites,  elle  a  pris  ses  colla- 
borateurs plutôt  parmi  les  savants  que  parmi  les  professionnels 
de  la  rédaction  scientifique  que  l'on  retrouve  généralement  dans 
les  œuvres  similaires.  Or  les  savants  écrivent  peu  et  lentement; 
et  il  est  préférable  de  laisser  temporairement  sans  attribution 
certains  ouvrages  plutôt  que  de  les  confier  à  des  auteurs  insuffi- 
sants.  Mais   cette  lenteur   et   ces  vides  ne  présenteront  pas  d'in- 


ENCYCLOPEDIE  SCIENTIFIQUE  III 

convcnients,  puisque  chaque  livre  est  une  œuvre  indépendante 
et  que  tous  les  volumes  publics  sont  à  tout  moment  réunis  par 
Y  Index  de  l'Encyclopédie.  On  peut  donc  encore  considérer  ri-",ncy- 
clopédic  comme  une  librairie,  où  les  livres  soigneusement  choisis, 
au  lieu  de  représenter  le  hasard  dune  production  individuelle, 
obéiraient  à  un  plan  arrêté  d'avance,  de  manière  qu'il  n'y  ait  ni 
lacune  dans  les  i)arties  ingrates,  ni  double  emploi  dans  les  parties 
très  cultivées. 

Caractère  scientifique  des  ouvrages.  —  Actuellement,  les  livres  de 
science  se  divisent  en  <leux  classes  bien  distinctes  :  les  livres 
destinés  aux  savants  spécialisés,  le  plus  souvent  incompréhensibles 
pour  tous  les  autres,  l'aute  de  rappeler  au  début  des  chapitres 
les  connaissances  nécessaires,  et  surtout  faute  de  définir  les 
nombreux  termes  techniques  incessamment  forgés,  ces  derniers 
rendant  un  mémoire  d'une  science  particulière  inintelligible  à  un 
savant  qui  en  a  abandonné  l'étude  durant  quelques  années  ;  et 
ensuite  les  livres  écrits  pour  le  grand  public,  qui  sont  sans  profit 
pour  des  savants  et  même  pour  des  personnes  d'une  certaine  culture 
intellectuelle. 

L'Encyclopédie  scientifique  a  l'ambition  de  s'adresser  au  public 
le  plus  large.  Le  savant  spécialisé  est  assuré  de  rencontrer  dans 
les  volumes  de  sa  partie  une  mise  au  point  très  exacte  de  l'état 
actuel  des  questions  ;  car  chaque  Bibliothèque,  par  ses  techniques 
et  ses  monographies,  est  d'abord  faite  avec  le  plus  grand  soin 
pour  servir  d'instrument  d'études  et  de  recherches  à  ceux  qui 
cultivent  la  science  particulière  qu'elle  représente,  et  sa  devise 
pourrait  être  :  Par  les  savaitls,  pour  les  savants.  Quelques-uns 
de  CCS  livres  seront  même,  par  leur  caractère  didactique,  desti- 
nés à  devenir  des  ouvrages  classiques  et  à  servir  aux  études  de 
l'enseignement  secondaire  ou  supérieur.  Mais,  d'autre  part,  le 
lecteur  non  spécialisé  est  certain  de  trouver,  toutes  les  fois  que 
cela  sera  nécessaire,  au  seuil  de  la  section.  —  dans  un  ou  plu- 
sieurs volumes  de  généralités,  —  et  au  seuil  du  volume,  —  dans 
un  chapitre  particulier,  —  des  données  qui  formeront  une  véri- 
table introduction  le  mettant  à  même  de  poursuivre  avec  profit  sa 
lecture.  Un  vocabulaire  technique,  placé,  quand  il  y  aura  lieu,  à 
la  fin  du  volume,  lui  permettra  de  connaître  toujours  le  sens  des 
mots  spéciaux. 


IV 


ENCVCLOPEDIE  SCIENTIFIQUE 


II 

ORGANISATION    SCIENTIFIQUE 

Par  son  organisation  scientifique,  ï Encyclopédie  paraît  devoir 
oflrir  aux  lecteurs  les  meilleures  garanties  de  compétence.  Elle 
est  divisée  en  sections  ou  Bibliothèques,  à  la  tête  desquelles  sont 
placés  des  savants  professionnels  spécialisés  dans  chaque  ordre 
de  sciences  et  en  pleine  force  de  production,  qui,  d'accord  avec 
le  Directeur  général,  établissent  les  divisions  des  matières,  choi- 
sissent les  collaborateurs  et  acceptent  les  manuscrits.  Le  même 
esprit  se  manifestera  partout  :  éclectisme  et  respect  de  toutes  les 
opinions  logiques,  subordination  des  théories  aux  données  de  l'expé- 
rience, soumission  à  une  discipline  rationnelle  stricte  ainsi  qu'aux 
règles  d'une  exposition  méthodique  et  claire.  De  la  sorte,  le  lecteur, 
qui  aura  été  intéressé  par  les  ouvrages  d'une  section  donfil  sera 
l'abonné  régulier,  sera  amené  à  consulter  avec  confiance  les  livres 
des  autres  sections  dont  il  aura  besoin,  puisqu'il  sera  assuré  de 
trouver  partout  la  même  pensée  et  les  mômes  garanties.  Actuelle- 
ment, en  efi'et,  il  est,  hors  de  sa  spécialité,  sans  moyen  pratique  de 
juger  de  la  compétence  réelle  des  auteurs. 

Pour  mieux  apprécier  les  tendances  variées  du  travail  scienti- 
fique adapté  à  des  fins  spéciales,  V Encyclopédie  a  sollicité,  pour 
la  direction  de  chaque  Bibliotlièque,  le  concours  d'un  savant  placé 
dans  le  centre  même  des  études  du  ressort.  Elle  a  pu  ainsi  i-éunir 
des  représentants  des  principaux  corps  savants,  Établissements 
d'enseignement  et  de  recherches  de  langue  française  : 


Institut. 

Académie  de  Médecine. 

Collège  de  France. 

Muséum  d'Histoire  naturelle. 

École  des  Hautes-Études. 

Sorbonne  et  École  normale. 

Facultés  des  Sciences. 

Facultés  des  Lettres. 

Facultés  de  Médecine. 

Instituts  Pasteur. 

École  des  Ponts  et  Chaussées. 

École  des  Mines. 

École  Polytechnique. 


Conservatoire  des  Arts  et  Mé- 
tiers. 

École  d'Anthropologie. 

Institut  National  agronomique. 

École  vétérinaire  d'.Alfort. 

École  supérieure  d'Électricité. 

École  de  Chimie  industrielle  de 
Lyon. 

École  des  Beaux- A  rts. 

École  des  Sciences  politiques. 

Observatoire  de  Paris. 
Hôpitaux  de  Paris. 


ENCYCLOPEDIE  SCIENTIFIQUE  V 

III 

BUT    DE    L'ENCYCLOPÉDIE 

Au  XVIII8  siècle,  «  rEncyclopédie  »  a  marqué  un  magnifique  mou- 
vement de  la  pensée  vers  la  criii(iuo  rationnelle.  A  cette  époque, 
une  telle  manifestation  devait  avoir  un  caractère  pliilosophiquc. 
Aujourd'hui,  l'heure  est  venue  de  renouveler  ce  grand  effort  de 
critique,  mais  dans  une  direction  strictement  scientifique;  c'est  là  le 
but  de  la  nouvelle  Encyclopédie. 

Ainsi  la  science  pourra  lutter  avec  la  littérature  pour  la  direc- 
tion diss  esprits  cultivés,  qui,  au  sortir  des  écoles,  ne  demandent 
guère  de  conseils  qu'aux  œuvres  d'imagination  et  à  des  encyclo- 
pédies où  la  science  a  une  place  restreinte,  tout  à  l'ait  hors  de 
proportion  avec  son  importance.  Le  moment  est  favorable  à  cette 
tentative  ;  car  les  nouvelles  générations  sont  plus  instruites  dans 
l'ordre  scientifique  que  les  précédentes.  D'autre  part  la  science 
est  devenue,  par  sa  complexité  et  par  les  corrélations  de  ses 
parties,  une  matière  qu'il  n'est  plus  possible  d'exposer  sans  la 
collaboration  de  tous  les  spécialistes,  unis  là  comme  le  sont  les 
producteurs  dans  tous  les  départements  de  l'activité  économique 
contemporaine. 

A  un  autre  point  de  vue,  V Encyclopédie,  embrassant  toutes 
les  manifestations  scientifiques,  servira  comme  tout  inventaire 
à  mettre  au  jour  les  lacunes,  les  champs  encore  en  friche  ou 
abandonnés,  —  ce  qui  exphquera  la  lenteur  avec  laquelle  cer- 
taines sections  se  développeront,  —  et  suscitera  peut-être  les 
travaux  nécessaires.  Si  ce  résultat  est  atteint,  elle  sera  fière  d'y 
avoir  contribué. 

Elle  apporte  en  outre  une  classification  des  sciences  et,  par  ses 
divisions,  une  tentative  de  mesure,  une  limitation  de  chaque  domaine. 
Dans  son  ensemble,  elle  cherchera  à  refléter  exactement  le  prodi- 
gieux effort  scientifique  du  commencement  de  ce  siècle  et  un  moment 
de  sa  pensée,  en  sorte  que  dans  l'avenir  elle  reste  le  document 
principal  où  l'on  puisse  retrouver  et  consulter  le  témoignage  de  cette 
époque  intellectuelle. 

On  peut  voir  aisément  que  l'Encyclopédie  ainsi  conçue,  ainsi 
réalisée,  aura  sa  place  dans  toutes  les  bibliothèques  publiques, 
universitaires  et   scolaires,    dans   les  laboratoires,   entre   les  mains 


VI  ENCYCLOPEDIE    SCIENTIFIQUE 

des  savants,  des  industriels  et  de  tous  les  hommes  instruits  qui 
veulent  se  tenir  au  courant  des  progrès,  dans  la  partie  qu'ils  cul- 
tivent eux-mêmes  ou  dans  tout  le  domaine  scientifique.  Elle  fera 
jurisprudence,  ce  qui  lui  dicte  le  devoir  d'impartialité  qu'elle  aura 
à  remplir. 

Il  n'est  plus  possible  de  vivre  dans  la  société  moderne  en  ignorant 
les  diverses  formes  de  cette  activité  intellectuelle  qui  révolutionne 
les  conditions  delà  vie;  et  l'interdépendance  de  la  science  ne  permet 
plus  aux  savants  de  rester  cantonnés,  spécialisés  dans  un  étroit 
domaine.  Il  leur  faut,  —  et  cela  leur  est  souvent  difficile,  —  se 
mettre  au  courant  des  recherches  voisines.  A  tous  ï Encyclopédie 
offre  un  instrument  unique  dont  la  portée  scientifique  et  soci'ale  ne 
peut  échapper  à  personne. 

IV 

CLASSIFICATION    DES    MATIÈRES  SCIENTIFIQUES 

La  division  de  V Encyclopédie  en  Bibliothèques  a  rendu  néces- 
saire l'adoption  d'une  classification  des  sciences,  où  se  manifeste 
nécessairement  un  certain  arbitraire,  étant  donné  que  les  sciences 
se  distinguent  beaucoup  moins  par  les  diiïérenres  de  leurs  objets 
que  par  les  divergences  des  aperçus  et  des  habitudes  de  notre 
esprit.  Il  se  produit  en  pratique  des  interpénétrations  réciproques 
entre  leurs  domaines,  en  sorte  que,  si  l'on  donnait  à  chacun 
l'étendue  à  laquelle  il  peut  se  croire  en  droit  de  prétendre,  il 
envahirait  tous  les  territoires  voisins  ;  une  limitation  assez  stricte 
est  nécessitée  par  le  fait  même  de  la  juxtaposition  de  plusieurs 
sciences. 

Le  plan  choisi,  sans  viser  à  constituer  une  synthèse  philosophique 
des  sciences,  qui  ne  pourrait  être  que  subjective,  a  tendu  pourtant  à 
échapper  dans  la  mesure  du  possible  aux  habitudes  traditionnelles 
d'esprit,  particulièrement  à  la  routine  didactique,  et  à  s'inspirer  de 
principes  rationnels. 

11  y  a  deux  grandes  divisions  dans  le  plan  général  de  V Ency- 
clopédie  :  d'un  côté  les  sciences  pures,  et,  de  l'autre,  toutes  les 
technologies  qui  correspondent  à  ces  sciences  dans  la  sphère  des 
applications.    A    part  et    au    début,    une    Bibliothèque    d'introdnc- 


ENCYCLOPEDIE  SCIENTIFIQUE  Vil 

tioii  générale  est  consacrée  à  la   piiilosophie  des  sciences  (liistoirc 
des  idées  directrices,  logique  et  métliodologie). 

Les  sciences  pures  et  appliquées  présentent  en  outre  une  divi- 
sion générale  en  sciences  du  monde  inorganique  et  en  sciences 
biologiques  Dans  ces  deux  grandes  catégories,  Tordre  est  celui 
de  particularité  croissante,  qui  marche  parallèlement  à  une  rigueur 
décroissante.  Dans  les  sciences  biologiques  pures  enfin,  un  groupe 
de  sciences  s'est  trouvé  mis  à  part,  en  tant  qu'elles  s'occupent 
moins  de  dégager  des  lois  générales  et  abstraites  que  de  l'ournir 
des  monographies  d'êtres  concrets,  de])uis  la  paléontologie  jusqu'à 
ranthropologie  et  rethnogra])liie. 

Étant  donnés  les  principes  rationnels  qui  ont  dii'igé  cette  classi- 
fication, il  n'j-  a  pas  lieu  de  s'étonner  do  voir  apparaître  des 
groupements  relativement  nouveaux,  une  biologie  générale,  — 
une  physiologie  et  une  pathologie  végétales,  distinctes  aussi 
bien  de  la  botanique  que  de  l'agriculture,  —  une  chimie  phy- 
sique, etc. 

En  revanche,  des  groupements  liétérogcnes  se  disloquent  pour 
que  leurs  parties  puissent  prendre  place  dans  les  disciplines 
auxquelles  elles  doivent  revenir.  La  géographie,  par  exemple, 
retourne  à  la  géologie,  et  il  y  a  des  géographics  botanique, 
zoologique,  anthropologique,  économique,  qui  sont  étudiées  dans 
la  botanique,  la  zoologie,  l'anthropologie,  les  sciences  écono- 
miques. 

Los  sciences  médicales,  immense  juxtaposition  de  tendances 
très  diverses,  unies  par  une  tradition  utilitaire,  se  désagrègent 
en  des  sciences  ou  des  techniques  précises  ;  la  pathologie, 
science  de  lois,  se  distingue  de  la  thérapeutique"  ou  de  l'hygiène, 
qui  ne  sont  que  les  applications  des  données  générales  fournies 
par  les  sciences  pui'es,  et  à  ce  titre  mises  à  leur  place  ration- 
nelle. 

Enfin,  il  a  paru  bon  de  renoncer  à  l'anthropocentrisme  qui 
exigeait  une  physiologie  humaine,  une  anatomie  humaine,  une 
embryologie  humaine,  une  psychologie  humaine.  L'homme  est 
intégré  dans  la  série  animale  dont  il  est  un  aboutissant.  Et  ainsi, 
son  organisation,  ses  fonctions,  son  développement  s'éclairent  de 
toute  l'évolution  antéiieure  et  préparent  l'étude  des  formes  plus 
complexes  des  groupements  organiques  qui  sont  ofl'erts  par  l'étude 
des  sociétés. 

22 


VIII  ENCYCLOPEDIE    SCIENTIFIQUE 

On  peut  voir  que,  malgré  la  prédominance  de  la  préoccupation 
pratique  dans  ce  classement  des  Bibliothèques  de  VEncgclopédie 
scientifique,  le  souci  de  situer  rationnellement  les  sciences  dans 
leurs  rapports  réciproques  n'a  pas  été  négligé,  Enfin  il  est  à 
peine  besoin  d'ajouter  que  cet  ordre  n'implique  nullement  une 
hiérarchie,  ni  dans  l'importance  ni  dans  les  difficultés  des  diverses 
sciences.  Certaines,  qui  sont  placées  dans  la  technologie,  sont 
d'une  complexité  extrême,  et  leurs  recherches  peuvent  figurer 
parmi  les  plus  ardues. 

Prix  de  la  publication.  —  Les  volumes,  illustrés  pour  la  plupart, 
seront  publiés  dans  le  format  in-18  Jésus  et  cartonnés.  De  dimen- 
sions commodes,  ils  auront  400  pages  environ,  ce  qui  représente 
une  matière  suffisante  pour  une  monographie  ajant  un  objet  défini 
et  important,  établie  du  reste  selon  l'économie  du  projet  qui  saura 
éviter  l'cmiettement  des  sujets  d'exposition.  Le  prix  étant  fixé 
uniformément  à  5  francs,  c'est  un  réel  progrès  dans  les  conditions 
de  publication  des  ouvrages  scientifiques,  qui,  dans  certaines  spécia- 
lités, coûtent  encore  si  cher. 


TABLE  DES  BIBLIOTHEQUES 


Directeur  :  D''  Toulouse,  Directeur  de  Laboratoire  à  l'tcolo  des  Hautes-Études. 
Secrétaire  géséral  :  H.  Piéron,  agrégé  de  l'Université. 

Directeurs  des  Bibliotbèques  : 

1.  Philosophie  des  Sciences.    P.  Paiklevé,   de  l'Institut,   professeur  à  la 

Sorbonue. 

I.  Sciences  pures 

A.  Sciences  matliématiques  : 

2.  ilathématiques,     .     .     .    .J.  Drach,  professeur  àla  Faculté  des  Sciences 

de  l'Université  de  Poitiers. 

Z.  Mécanique J.  Drach,  professeur  àla  Faculté  des  Sciences 

de  l'Université  de  Poitiers. 

B.  Sciences  inorganiques  : 

4.  Physique A.  Leduc,  professeur  adjoint  de  physique  à 

la  Sorbonne. 

5.  Chimie  physique  .     .     .    J.  Perrix,  chargé  de  cours  à  la  Sorbonne. 

G.  Chimie    .     .  ...     A.  Pk.tet,  professeur  à  la  Faculté  des  Sciences 

de  l'Université  de  Genève. 

7.  Asironomie  et  Physique    J.  Mascart,  astronome  adjoint  à  l'Observa- 

célesle toire  de  Paris. 

8.  Météorologie     .     .    .    .    B.  Brushes  ,  professeur  à    la   Faculté   des 

Sciences,  directeur   de  l'Observatoire  de 
Clerinont-Ferrand. 

9.  Minéralogie    et    Pélro-    A.  Lacroix,  de  l'Institut,  professeur  au  Mu- 

graphie séuni  d'Histoire  naturelle. 

10.  Géologie M,  Boule,  professeur  au  Muséum  d'Histoire 

naturelle. 

11.  Océanographie  physique .    J.  Richard,  directeur  du  Musée  Océanogra- 

phique de  Monaco. 


X  TABLE   DES   BIBLIOTHÈQUES 

C.    Sciences  biologiques  normatives  : 

/'  A.     Biologie    M.  Caullery,   jjrofesseur  adjoint   à   la  Sor- 
l       générale .        bonne. 

12.  Biologie   <  g,    Océano-    J.  Richard,  directeur  du  Musée  Océanogra- 

/         graphie  phique  de  Monaco. 

biologique 

13.  Physique  biologique.     .     A.  Imbert,  professeur  à  la  Faculté  de  Méde- 

cine de  l'Université  de  Montpellier. 

14.  Chimie  biologique     .     .    G.  Bertrand,  chargé  de  cours  à  la  Sorbonne. 
iô.  Physiologie  et  Pulholo-    L.  Mangin,  professeur  au  Muséum  d'Histoire 

gie  végétales.    .     .     .        naturelle. 

16.  Physiologie J.-P.  Langlois.  professeur  agrégé  à  la  Fa- 
culté de  Médecine  de  Paris. 

i".  Psychologie E.    Toulouse,    direi-teur    de    Laboratoire   à 

l'Ecole  des  Hautes-Études,  médecin  en  chef 
de  l'asile  de  Villejuif. 

18.  Sociologie G.    Richard,    professeur   ;i   la  Faculté    des 

Lettres  de  l'Université  de  Bordaaux. 


19.  .Microbiologie  et  Parasi-  A.  Calmette,  professeur  à  la  Faculté  de  Mé- 

tologie decine  de  l'Université,  directeurde  l'Insti- 
tut Pasteur  de  Lille. 

iA.  Pathologie  M.  Klippel,  médecin  des  Hôpitaux  de  Paris. 
médicale  . 

B.  Neurologie.  E.    Toulouse,   directeur   de   Laboratoire   à 

loijie.  \  '  '^^ole  des  Hautes-Etudes,  médecin  en  chef 

I  de  l'asile  de  Villejuif. 

'.C.Path.     chi-    L.  PicquÉ,  chirurgien  des  Hôpitaux  de  Paris. 
^        rurgicale  . 

D.    Sciences  biologiques  descriptives  : 

21.  Paléontologie  ....    M.  Boule,  professeur  au  Muséum  d'Histoire 

naturelle. 

/A.  Généralités    H.  Lecomte,  professeur  au  Muséum  d'His- 
i         et    phar,  '         '    '  •       ■• 

22.  Bol  a-  }         rogames 


et    phané-  toire  naturelle. 

rogames    . 
nique.  \ 

/B.      Cryptoga-  L.  Masgin,  professeur  au  Muséum  d'Histoire 

'          mes.     .     .  naturelle. 

23.  Zoologie G.  Loisel,  directeur  de  Laboratoire  à  l'École 

des  Hautes-Études. 


TABLE    DES    lillîMOTHKQUES  XI 

2i.  Anatomic  et  Embryolo-    G.  LoisEL.iliivcleiu-  de  Laboratoire  à  l'Ecole 
gie des  Hautes-Etudes. 

25.  Anthropologie  et  Ethno-    G.  Papillaulï,   directeur-adjoint   du   Labo- 

gmphie ratoire    d'Anthropologie    de    l'Ecole    des 

Hautes-Études,  iirofesseur  à  l'Ecole  d'An- 
thropologie. 

26.  Économie  politique  .    .    D.  Bellet,  professeur  à  l'Ecole  des  Sciences 

|)olitiiiues. 


II.    Sciences  appliquées 

A.  Sciences  mathématiques  : 

27.    yiathématiques     appli-    M.  d'Ocagxe,  professeur  à  l'Ecole  des  Ponts 
quées et  Chaussées,    répétiteur   à  l'Ecole   poly- 
technique. 

2S.  Mécanique  appliquée  et    M.  d'Ocagne,  professeur  à  l'Ecole  des  Ponts 
génie et    Chaussées,    répétiteur  à  l'Ecole  poly- 
technique. 

B.  Sciences  inorganiques  : 

29.  Industries  physiques.     .    H.  Chaumaj,  sous-directeur  de  l'Ecole  supé- 

rieure d'Electricité  de  Paris. 

30.  Pliotoaraphie    ....    A.   Seyewetz,  sous-directeur   de  l'Ecole  de 

Chimie  industrielle  de  Lyon. 

31.  Industries  chimiques    .    J.  Derôme,  professeur  agrégé    de  physique 

au  collège  Chaptal,  inspecteur  des  Etablis- 
sements classés. 

32.  Géologie  et  minéralogie    L.   Cayeux,  professeur  à  l'Institut  national 

appliquées    ....        agronomique,   professeur    de    géologie    à 
l'Ecole  des  Mines. 

31.  Construclion    .     .     .     .     J.  Pillet,   professeur  au  Conservatoire  des 

Arts  et  Métiers  et  à  l'École  des  Beaux-Arts. 

C.  Sciences  biologiques  : 

31.  Industries  biologiques    .     G.  Bektraxd.  chargé  de  cours  à  la  Sorbonne. 

35.  Botanique  appliquée  et    H.   Lecomte,   professeur  au  Muséum  d'ilis- 
agriculture  ....        toire  naturelle. 

liQ.  Zoolojie  appliquée    .     .     R.  Barox.    professeur  à  l'Ecole   vétérinaire 

d'Alfort. 


XII 


TABLE    DES    BIBLIOTHEQUES 


3".  Thcrapeulique  générale    G.  Pouchet,  membre  de  l'Académie  de- lue- 
el  pharmacologie  .     .        decine,  professeur  à  la  Faculté  de  Médecine 
de  l'Université  de  Pkris, 

38.  Hygiène     et     médecine    A.  Calmette,  professeur  à  la  Faculté  de  Mé- 


publiqucs.     .     .     . 

39.  Psychologie  appliquée 

40.  Sociologie  appliquée . 


decine  de  l'Université,  directeur  de  l'Insti- 
tut Pasteur  de  Lille. 

E.  ToDi-ousE,  directeur  de  Laboratoire  à 
l'École  des  Hautes-Etudes,  médecin  en  chef 
de  l'asile  de  Villejuif. 

Th.  Ruyssex,  professeur  à  la  Faculté  des 
Lettres  de  l'Université  de  Dijon. 


t 


M.  Albert  Maire.  Iiibliothécaire  à  la  Sorbonne,  est  chargé  de  VIndex 
de  l'Encyclopédie  scientifique. 


1 


I 


University  of  Toronto 
Library 


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REMOVE 

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